11.08.2007

Toulouse et environs, août 2007 - Spectacles et événements culturels

Numériser0005

POIDS PLUME

PoidsPlume

Guérin, Bonin, Yvron et Brousse

Dans le cadre de son festival "31 Notes d'été" (dont c'était la dixième édition), le Conseil Général de la Haute-Garonne (ADDA 31, Délégation départementale Musique et Danse) présentait 30 spectacles gratuits. C'est dans ces cicrconstances que nous avons découvert le groupe "Poids Plume" le samedi 4 août à 21h00 sous la superbe halle aux marchands de Cadours. Deux chanteurs et acteurs : Fabrice Guérin et Jano Bonnin, Philippe Yvron au piano et Olivier Brousse à la contrebasse. Autant vous le dire tout de suite, j'ai été conquis par ce groupe atypique, loquace, absurde, hilarant. Le récital de chansons se double d'une comédie de l'interview (le groupe s'interviewe sur scène) et la chose est conçue, écrite et jouée, enlevée avec brio. C'est du music-hall de toute première force. Tout s'entremêle, se rencontre, se heurte pour créer un spectacle affolant, rapide, nerveux et réellement enthousiasmant. Les deux acteurs-chanteurs ont une présence extraordinaire, ils ont mis au point un jeu de scène fascinant, alerte, parfois bien déjanté. Leurs deux voix, parfaitement assorties, créent de remarquables effets de contre-chant. Derrière l'absurde du propos et de la façon, une grande rigueur, une grande maîtrise, un excellent duo de musiciens. Et des idées farfelues. Un espace prévu pour pallier une éventuelle panne de son : les deux chanteurs descendent de scène et chantent a cappella (un grand moment). De même, aucun rappel n'étant prévu, les artistes, devant l'enthousiasme du public, proposent de rejouer tout le spectacle ! Ils garantissent même l'effet dissuasif de la manoeuvre. Le spectacle livre également des personnages étonnants comme La Grande Andrée (un travelo musclé et plein d'ardeur) ou cet étonnant Edouard (disparu un jour sans faire de bruit, un vrai moment de grâce). On rit beaucoup mais quelques vérités brutes sont assénées dans l'hilarité (la chanson engagée revue et corrigée par Edouard ou le drame existentiel d'un pauvre CRS un jour tenu de matraquer sa propre descendance). Essentiellement, l'humour du groupe est d'une facture originale, imprévisible, jouant sur le principe de la mise en abîme ou prenant pour cible (ou pour objet de convoitise) les éléments les plus inattendus (la chambre d'agriculture ou la qualité de l'emballage, le pouvoir de fascination de l'apothicaire, etc...). Des voix superbes, un art original du texte, une dinguerie réjouissante, un tonus convaincant, une vitalité, de la verve, un sens du  jeu, d'excellents musiciens : un groupe qui devrait avoir un destin et que je donne pour preuve de la santé d'une certaine chanson française.

poids plume
     

Guérin et Bonnin

PARADIS-EPROUVETTE AU CHATEAU DE LAREOLE

Numériser0004

Dans l'après-midi, dans le majestueux cadre du château de Laréole, "témoignage essentiel de la Renaissance française", situé à proximité de Cadours, la Compagnie Paradis-Eprouvette offrait une magnifique balade littéraire sur le thème "Heures d'été, florilège de propos sur les vacances". Des lecteurs et des musiciens campés dans une dizaine de sites du château donnaient lecture de textes de Régis Geoffrey, Georges Perec, Colline Serrault, Tarkos ou Boulouque. Un lit à baladaquin dans la ramure, des lectrices délicieuses, des textes sur la sieste. Un lecteur sur le pont-levis, une lectrice dessous, des textes sur les fées, sur Camille Claudel internée. Derrière les douves, dans les arbres, un immense lecteur sur échasse, une lectrice-accordéoniste exquise qui, pour lire, accomplit des contorsions épatantes. Dans la cour centrale, splendide, un récital où tous les lecteurs s'associent pour taquiner le visiteur en short, le touriste lambda. Efficace ! Une heure trente de spectacle conçue sur le mode du déplacement de site en site, un enthousiasme, une drôlerie, un appétit du livre. Excellent. Dans le cadre des manifestations "Le Château se met en scène" organisées par le Conseil Général de Haute-Garonne. Spectacle gratuit. Beaucoup de talents dans cette Compagnie-Eprouvette, beaucoup d'intelligence et de doigté, une énergie.

Laréole
    

Le Château de Laréole

Reportage du spectacle-lecture donné par la Compagnie Paradis-Eprouvette au Château de Laréole. Les photographies sont de Vincent Decorsière. Leur utilisation nécessite l'accord de l'auteur. (Contact : vincent.decorsiere@club-internet.fr )

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LEA CRESPI ET SABINE MEIER AU CHATEAU D'EAU DE TOULOUSE

 27 juin - 16 septembre 2007

LEA CRESPI

Léa Crespi expose à la Grande Galerie. A la première photo, un choc. Il y a environ une semaine que j'ai vu l'expo à l'instant où je tente de la commenter. Les images de Crespi ont infatigablement percolé en moi. Première impression, mais durable : il y a là comme une poésie aux antipodes du lyrisme. Une poésie presque âpre, débarrassée de ses pompes. Le corps, celui de la photographe, est toujours à la limite de l'évanescence, de la disparition. Il est comme un fantôme, un voile (la merveilleuse image d'un voile de nudité !) toujours à la lisière de lieux étranges, abandonnés, vaguement menaçants . On songe à l'aventure que c'est de s'aventurer seule, nue, dans ces lieux inconnus, perdus, de descendre dans ces gouffres animés. On a l'impression d'assister, si l'on fouille toutes les acceptions du terme, à une rencontre de hantises. Quand le second plan semble s'affirmer, le corps se dissout, s'approche de la dissolution, de la transparence. Une semi-transparence étonnante qui, dans sa presque disparition, attise sa présence. Rencontre de deux âmes, celles des lieux, celle du corps presque dévêtu de sa matérialité. Touchant, poignant poème de la désaffection. Poème de la subtilité où l'accessoire seul paraît stable, fixe, précis. Etonnante nudité de ce modèle presque diaphane, presque fantomatique. Etonnante nudité saisie à l'instant où elle se délaie dans son insolite écrin, son étrange écran. A mi chemin du lieu d'asile et du lieu d'exil pour reprendre le titre d'un ouvrage collectif auquel j'ai collaboré. Mirage d'un corps en une série de lieux désertés. Art du trouble, du trouble existentiel. Art de la fragilité, de la nuance. Art du seuil de la réalité du corps et du plain-pied de la réalité nue du lieu. Le lieu est une partie de l'espace (ici, nulle part, une déclinaison de no man's land, d'endroits dévastés) où se déroule une action (ici, peut-être l'effacement de la fresque humaine). Le corps en instance d'effacement dans des lieux brisés. Le corps suggéré. Peut-être ce qu'il y a d'immuable est-il ici rendu par le passage du corps, le passage de l'être dans des lieux précisément décrépits et réellement mystérieux ? Dans ce corps d'ombre, cette ombre de corps, ce corps de paravent, cette forme floue tremblant devant le réalisme abîmé du décor, le sortilège du lieu, (ce corps particulier, singulier, à l'écart de la course vers la monstration du corps), il y a le souffle d'une véritable aventure poétique. Deux mystères ici opérent, presque contradictoires et tout à fait compatibles. Oxymore ! La mystérieuse évanescence du corps, la mystérieuse présence de lieux habités par leur abandon. Curieux phénomène de vases communicants. Par certains aspects, Crespi semble se fondre dans l'architecture blessée de ses lieux. Il me faudrait un livre pour rendre compte de ce voyage auquel cette oeuvre me convie. Sans doute faut-il se préserver d'une espèce de "délire d'interprétation" mais je tiens pour acquis qu'une oeuvre importante est celle qui provoque du commentaire tout autant qu'elle inspire, qu'elle suscite un élan créatif. L'oeuvre de Crespi, Lieux, me conduit aussi à reconsidérer le mot "visite". A la fois aller voir quelqu'un et se rendre dans un lieu pour le voir, le parcourir. Les Lieux de Crespi témoignent tous d'une vie passée, sans doute révolue mais encore saisie dans l'élan de ses activités récentes (bris, papiers peints, outils, canalisations). J'ai l'impression qu'il y a là les signes d'une démarche pratiquement archéologique et poétique, le désir de saisir des espaces et des lieux dans le temps même de leur extinction tout autant que le désir (rencontrer quelqu'un) d'y capturer les remous et les traces de vie (les spectres, les ombres), le désir de connaître ce que la précipitation du temps pousse doucement ou brutalement dans la marge de la désaffectation. Et de pénétrer nue dans ces lieux jetés dans la nudité (dans ce qui est désormais privé d'ornements, - comme on parle d'un mur nu, d'une pièce nue) serait peut-être une façon de s'accorder au milieu ambiant, de créer avec lui un rapport de "parenté" ou de mimétisme. L'allègement de la présence du corps rendu flou est peut-être un moyen de rejoindre dans ce qu'il a de fluet, de vaporeux, d'invisible ce qui, dans ces lieux, survit au désastre. La nudité indique encore, me semble-t-il, que l'intruse s'introduit dans les lieux sans hostilité, désarmée, sans intention de nuire. L'objet de la visite (de la quête) ne me paraît donc pas de constater un délabrement mais de prendre un pouls, de sentir un écoulement, de capter une vibration et sans doute aussi d'établir une relation avec l'âme des lieux, et peut-être une relation (de nature analogique ?) entre soi (son corps, son esprit, ses doutes, etc.) et "l'état" des lieux. L'être comme un lieu désinvesti ? Le lieu désinvesti comme un endroit d'introspection, comme un reflet du drame existentiel ? J'ai pensé, en contemplant les photographies de Crespi, à une espèce de jeu avec le temps, à un singulier chiffonnement de la ligne du temps : un retour à une sorte de nudité originelle dans des lieux en fin de parcours, des lieux au bout, au terme de leur temps. J'ai encore envie d'écrire qu'à deux reprises au moins, dans l'ensemble exposé, le corps s'extrait du flou pour s'inscrire précisément, pour se sertir dans le décor. Il est précis comme un hiéroglyphe dans une cave sombre à dominante verte : il est une ombre précise, ciselée, superbe. Il est autorisé à s'inscrire nettement dans le décor parce que, sans doute, se faisant ombre, il épouse "l'esprit" des lieux, il atteint à une communion. Il est net et précis (quoi que un peu mangé par la lumière) encore dans un lieu gris bleu assailli par quatre accents de lumière composés de deux fois deux violents traits symétriques. Ne dirait-on pas deux ailes en suspension ? La photo, ainsi organisée, semble indiquer que le corps fait face à son double absent. Pour nous indiquer, peut-être, que la quête n'est pas vaine, que quelque chose se produit, que quelque chose advient. Le corps de la visiteuse peut se révéler dans les contraires, dans le violent accent de lumière, dans l'opacité.     

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  Léa Crespi, un photographie de l'ensemble Lieux

SABINE MEIER  

Sabine Meier, à l'Espace 2, expose une suite d'autoportraits intitulée "Ah, voilà, voilà". Là aussi, une idée de la disparition, de l'avalement de la présence dans un immense flux de noir. Ce que je recherche tient de ce que l'on pourrait identifier à un désinvestissement, à un retrait de l'image comme une description, à une absence, voire à un aveuglement consenti. Travailler dans le noir. Voilà ce qu'écrit Meier à propos de ses autoportraits. Ses formats, tout comme ceux de Crespi, sont gigantesques. Ce remarquable travail dans le noir, dans lequel semble se prendre un peu de cynisme, est à la base de quelques oeuvres saisissantes. L'autoportrait en bas résille (nous montrant dans un décor bordélique une artiste en instance d'affalement, dans une pose avachie, insoucieuse de plaire, refusant de "poser") constitue une espèce de contre-icône d'une puissance étourdissante. Dans certains portraits, elle apparaît à peine, noyée ou dissimulée comme un fauve mimétique, éclipsée dans d'immenses zones d'un noir impénétrable. Ce refus de la pose se traduit même par le désir d'apparaître impassible, rétive à l'idée de véhiculer une émotion. Elle semble ne se révéler que par petits indices de couleur et de lumière, par éléments. Des jeux spéculaires étonnants (la surface piquée d'un miroir) la redessinent et semblent la tatouer, la jeter, inexpressive, dans l'altération des choses. Chez Crespi comme chez Meier, l'artiste est dans l'oeuvre et semble s'en absenter. Meier a parfois des allures de reine sceptique et récalcitrante (je pense au portrait à la collerette et à la poitrine nue), l'allure de quelqu'un qui dit non, qui ne se donne à aucun prix, l'allure d'une esthète qui tordrait son cou à la religiosité des images. Une sorte de violent talent incrédule. Une sceptique dans la pleine possession de son art. Une déclinaison originale et troublante de la question essentielle : être et ne pas être. 

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Sabine Meier, autoportrait

     HENRI MATISSE AU MUSEE D'ART MODERNE DE COLLIOURE

Le 7 août, lors de notre passage à Collioure, sur la côte catalane, nous avons visité le beau petit musée d'art moderne qui consacrait une exposition à Henri Matisse. Le peintre séjourna souvent à Collioure entre 1905 et 1914.  L'exposition s'intitule 'Traits essentiels". On y voit des monotypes, des eaux-fortes, des linogravures et des aquatintes. Traits rapides, essentiels, comme les furtifs traits d'un sismographe relié à l'âme du peintre. "Mon dessin au trait est la traduction directe et la plus pure de mon émotion. La simplification du moyen permet cela", dit Matisse en 1939. Cette exposition provient du Cabinet des Destapes de Genève. Cette très belle exposition révèle quelques-unes de ces perles de simplicité et d'évidence révélée dont rêvait Matisse. "Ce que je rêve, c'est un art d'équilibre, de pureté, de tranquillité, sans sujet inquiétant ou préoccupant, qui soit, pour tout travailleur cérébral, pour l'homme d'affaires aussi bien que pour l'artiste des lettres, par exemple, un lénifiant, un calmant cérébral, quelque chose d'analogue à un bon fauteuil qui le délasse de ses fatigues physiques" (In Henri Matisse, Traits Essentiels, catalogue de l'exposition). Et, en effet, l'exposition offre une suite d'oeuvres apaisantes, agréables, rondes, joufflues et enjouées, quelque chose comme, pour rendre hommage à la beauté des lieux, la Méditerranée rendue dans l'ovale d'une goutte d'eau bleue et magique. Et tout de même, le dessin elliptique de Matisse continue à m'apparaître comme la semence d'une oeuvre, comme le goût de l'oeuvre livré par le prodigieux mystère de sa graine.  

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