Suzy Cohen

  • Suzy Cohen

    S U Z Y    C O H E N

    La liberté féconde

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    Ah ! trouillards de la vie
    Quelle oreille avez-vous
    Pour la coquille rose
    Où l'on entend
    La mer sombrer
    Avec ses mouettes
    L'atoll avec ses temples

    A quoi sert de lisser ses plumes
    Pour ne pas les laisser
    Briller au soleil de la vie

    A quoi sert le feu
    Si l'on ne s'y consume

    Suzy COHEN

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    Suis-je bien la femme

    Mûre que l'érosion

    Du temps a sculptée

    Ou la gamine éberluée

    Qui renaît parce qu'un stimulus

    Est revenu ... une odeur, une peau

    Les temps se confondent

    Le passé remonte à la surface,

    Le présent s'en retourne

    Au passé

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    a suzy cohen 1.jpgPoétesse, plasticienne, dessinatrice, collagiste, peintre, écrivaine, porcelainière et enseignante, Suzy Cohen est déjà apparue dans nos chroniques.  Il fallait, pour rendre justice à son envergure, qu'elle y eût sa place parmi les invités d'honneur. 

    http://denyslouiscolaux2.skynetblogs.be/archive/2017/03/06/les-chroniques-du-poisson-pilote-n-32-8707202.html

    Ici, sans autre désir que de louer un talent, je vais errer entre poèmes et œuvres graphiques, flâner dans les grâces d'une oeuvre à laquelle je suis particulièrement sensible. Et je vais recueillir. Je n'aurai pas aujourd'hui épuisé le sujet, loin s'en faut. Ceci me laissera, en outre, sur le réjouissant devoir d'y revenir. Tout au plus aurai-je laissé entendre pourquoi il me passionne. D'abord parce que Suzy Cohen, en tout ce qu'elle entreprend laisse transparaître, jusque dans ses pièces graves, une jubilation, un plaisir intense de la création et du partage immédiat. Elle n'a pas le souci de la représentation, elle danse dans une liberté inédite, elle est portée, elle livre dans l'élan, dans le goût du partage. Elle est artiste comme on est Gitane, dans une giration superbe seulement attentive à sa fièvre, à la grâce de son geste, à l'appel incessant vers le départ, elle est artiste à la façon du danseur de Nietzsche qui, de pas en pas, va sans cesse de l'anéantissement à l'art, de la destruction à la création.

    Dormir, je ne peux

     Bercée pas tes mots

     Par tes vibrations

    Par ta sobre aristocratie

    D’homme des bois

     Par tes rythmes

    Par ton océan d amour

    Par mon corps tendu

    Comme un arc

    Qui appelle ta peau

    Par ton prénom

    Double et unique

    Par cette lumière rayonnante

    Que tu portes pour éclairer

    Les chemins de ronces

    Et parce que tu m entoures

    Au lieu de m’encercler

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    Tricote-moi

    Des rêves

    Dans la moiteur

    des mots

     

    Dis Dodi

    Tu m'enrouleras

    Autour 

    Du jour finissant ?

     

    Dis Dodi

    Tu veux garder

    L'odeur

    De mon cri ?

     

    Dis Dodi

    Emmêlons nos doigts

    Dans le moelleux

    Du soir

     

    Dis Dodi

    Garde sur ta langue

    L'impudeur

    de ma vérité

     

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    Quand tu entreras

    Je fermerai les yeux

    Pour laisser

    La sensation couler

    Et les larmes suivre

    Ce sera

    Une union

    Prends l’énergie des arbres

    Et dis-leur que c'est pour moi

    Raconte-leur

    Ils te connaissent

    Ils t écouteront

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    Elle va du cœur au rire, insoucieuse de la pose, elle brûle tout instant comme un morceau d'encens, elle éprouve, elle est avide, gourmande, filante comme une étoile. C'est  en elle, dirait-on, une jubilation infantile toujours revenue, toujours enchantée, toujours désenchantée, toujours, devant elle, le grésillement de l'encens et la matière inerte de la cendre. Elle danse, elle dirige l'orchestre adoré de ses sensations mais jamais à l'abri des ombres, des jaillissements de sang, des entailles et des fêlures. Il y a chez elle, dans ce qu'elle donne à voir, dans les signes qu'elle adresse, la lumière et le sombre, l'épanouissement et le recroquevillement et, dans l'écart lié entre ses elles / ses ailes, quelque chose de l'Héautontimorouménos de Baudelaire. Selon moi, - pas d'art possible en dehors de cette dualité fondatrice et destructrice. Sans cette permanence du vertige périlleux. Je suis la plaie et le couteau / Je suis le soufflet et la joue / Je suis les membres et la roue,/ Et la victime et le bourreau

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    Et pourtant, pourtant oui, comme sauvegardés de la lutte tendue et, au demeurant, de l'entente, voire de la complicité des contradictions, il y a chez Suzy Cohen, en marge des tensions, les perles inattendues de la désinvolture et de la nonchalance. Parfois, elle empoigne ses œuvres sans ménagement, elle taille dedans, elle chiffonne, elle rit, elle distribue, elle s'étonne, elle passe à autre chose, à une nouvelle tentative. Plus souvent pourtant, elle procède méticuleusement, elle fait des haltes, elle revient par petites touches, par nuances, elle respire moins vite, elle attend, elle considère, reconsidère, elle commente. "J'ai trouvé quelque chose". "J'ai réussi quelque chose". Elle y retourne. Durant plusieurs jours parfois. Flux, reflux. Mais toujours, ce qui la requiert davantage que le sérieux (qu'elle ignore avec une conviction stupéfiante), c'est l'urgence de tenter une nouvelle figure. C'est une créatrice insatiable. Mais d'un genre particulier. Son carburant, c'est l'humilité. Elle a raison. Hors de l'humilité, pas de salut. Mais je voudrais tout de même clamer tout haut que tout ce qu'elle entreprend, même avec désinvolture parfois, porte le signe du talent et de l'originalité. Il y a, en art et dans sa basse-cour, ce pli détestable, dégueulasse, répugnant, plus violent que la bêtise, qui consiste généralement à ne reconnaître du talent qu'à ceux qui prétendent en avoir. C'est médiocre. On laisse, avec de telles mœurs, s'envoler sans même les apercevoir des oiseaux somptueux. Suzy Cohen, rara avis in terris, c'est pour lui rendre justice, pour la célébrer selon ses mérites  et pour sortir de la cécité un impressionnant agglomérat de clampins, c'est encore par, disons, amour de l'humanité que je la chante sans lassitude. Ayant vu son talent, je ne pouvais pas plus longtemps me taire.

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    Chez Suzy Cohen, la joie, l'effroi ont partie intimement liée entre elles et avec l'instinct et la pensée. Il y a, chez elle, la brillance majestueuse, la luminosité de vitrail de l'imagier charnel, le semis de pétales d'or qui tombe sur les corps enlacés, occupés à l'amour et à l'étreinte, des corps glorieux, des créatures rebelles (deux fois belles) à toute velléité de censure, des corps en fête et en libre quête et conquête de bonheur. Dans cet art jouissif, il y a quelqu'un, une femme, qui ne se protège pas de ses accès de fièvre, de ses prédilections, de ses élans, de sa furieuse envie de liberté. La liberté est le filigrane gravé dans la personne de Suzy Cohen. J'aime ici la poésie fastueuse, colorée, allègre, parfois délicieusement japonisante, impressionniste ou d'un élégant réalisme onirique des corps amoureux mais pas moins que cette torsion sans couleur d'un corps nu et démangé, constitué de traits nerveux et vibrants, dans une veine parente de celle de Schiele. Si l'on observe une célébration enthousiaste et réjouissante de la fête charnelle, de la beauté en action, on trouve des nus plus étranges, plus obscurs, inquiétants, des nus où la mort est venue mettre sa griffe, son poinçon et sa menace. Le nu, chez Cohen, - qu'il chante, qu'il gémisse, qu'il gronde ou qu'il fasse singulier silence -  cherche davantage à imposer un émotion et une conception de vie, un hédonisme féminin rare et réjouissant et l'affirmation d'une hétérogénéité, d'une imbrication complexe, l'affirmation qu'une approche du corps.est aussi une démarche métaphysique. On sentira qu'au cœur des poèmes de l'artiste, ici, essentiellement des affirmations amoureuses, - avec l'art de chanter, de gémir, de feuler aussi, de faire tinter le mot et le songe dans une coulée brève et sensible - les mêmes ingrédients de matière et d'immatériel, de paix et d'inquiétude, de brillance et de noir, d'appel et de fête offrent corps et âme à la douce magie évocatoire, à la revendication, à la résistance à la douleur ou à l'étoupe chaude et oppressante du désarroi. Ces poèmes d'amour embaument le parfum troublant, obsédant, impérial de la femme amoureuse, ils disent cette sorcellerie conquérante et délicate, cette majesté du désir quand la chair sait se faire verbe, ils affirment la santé du rire, ils signalent la présence de cette forge brûlante et alchimique dans laquelle les sentiments sont coulés avant d'oser se porter, traversiers et ensorcelants, à la page et de la page à l’œil.

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    Viens viens

    Vite avant la nuit

    Des amours

    Il ne reste rien

    Sinon l'armure

    Et le cocon

    L'effet de serre

    Une façon

    De se tenir à distance

    De soi

    De crever

    Dans son feu

    D'emmurer 

    Sa semence

    Viens viens

    La nuit nous guette

    Je t'aime

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    La réalité 
    Nous conduit
    A la perdition
    Donnons raison
    Au Sang! 

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    Durant les nuits
    D'insomnie
    Et d'intenable
    Crucifixion
    Tu murmures
    À travers
    Le souffle
    De la tempête 
    Des mots
    De renaissance

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    Il s’endort
    Avec la spontanéité
    Malicieuse et robuste
    D’un enfant 
    Moi, j essaie de
    Descendre 
    Sans y parvenir
    Je ne veux émettre
    Aucun bruit
    Disgracieux
    Alors j’entame
    Les yeux ensablés
    Une sorte de combat
    Dans une clarté mortifiée
    Pour ne pas que le moindre
    Ronronnement me trahisse

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    Présence
    Au-delà
    Des 
    mots
    Au cœur
    Des rires

    Se défont
    Les angoisses
    Présence
    Dans
    Ce respect
    Qui porte
    Ton
    Sceau

    Le travail de Suzy Cohen, dans un spectre large et audacieux, ressasse, sans jamais cesser de la renouveler, l'aspiration vitale et féconde à la liberté. Nous savons que cette aspiration effarante, presque incongrue, tout à fait dangereuse et hautement suspecte met en fuite un nombre considérable, une majorité effarante de gens. On les entend encore courir quand on les a perdus de vue. L'oeuvre se pose ainsi à contre-courant, moins intéressée toutefois par l'insolence ou par l'arrogance que par le désir irrépressible de faire corps et esprit avec soi-même, que par la nécessité impérieuse d'être, par-dessus les entraves, à l'écoute de soi. Il y a là-dedans, dans ces dispositions, quelque chose qui me fait songer à de la pureté. Il me semble que l'oeuvre dit aussi la profondeur, le vertige, la légèreté, le mystère, la saveur, la délectation, la couleur, la musique, le péril, la gravité et la confondante absence de sérieux avec lesquels cette artiste mène ses affaires et son aventure.  Cela achève de fonder sa majesté toujours indisposée par les gens graves, graves, graves. 

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    Femmes entre Eros et ...

    Editions Traverse, Daniel Simon éditeur, Collection Ambo, octobre 2016 - 2 livrets - beaux et voluptueux poèmes manuscrits, mis en page et superbement illustrés

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