sandro baguet

  • Baguet et moi

    Collage : Sandro Baguet - Poème : Denys-Louis Colaux
     
    Le collage et le poème sont la propriété des auteurs
    http://sites.google.com/site/sandrobaguet/double-vitrage

     

    DOUBLE VITRAGE
     
    La chambre le jazz
     
    toujours derrière les fleurs
    l'essaim grouillant des mouches
    derrière le gris du bonheur
    le rouge violent des loups
     
    toujours derrière la lampe blanche
    le couteau tranchant de la nuit
    derrière le noeud défait des robes
    les planches serrées de l'échafaud
     
    derrière le ruban de l'abandon
    les baves lourdes des curées
    derrière l'ouate molle du bonheur
    le rire aigu de l'animal
     
    Depuis longtemps il pleut des cendres
    sans éteindre jamais au bord de la fenêtre
    ni les parfums d'amour
    ni les odeurs de mort
     
    La chambre à gaz
  • Collaboration Baguet - Colaux

    Tableau : Sandro Baguet – Texte : Denys-Louis Colaux

     

     

    Rue du début du monde

     

    Il y a la mort

    Ne lui fermez pas la porte

    Entourez-là de lits

    de grottes

    et d’églises

    Placez des pharmacies aux angles des cimetières

    Mettez à la pointe des stèles des feux

    pour guider les avions

    et les hirondelles

    Laissez ici l’aube et la nuit

    opérer ensemble

    laissez l’haleine et la chandelle

    l’une de l’autre

    s’approcher

     

    Il y a la mort

    Ne la congédiez pas

    Cernez-là d’hôpitaux

    de kermesses

    et de foires

    Tracez des marelles dans le gravier des allées

    Laissez les putains racoler à la grille

    Faites-y danser les ballerines

    les gitanes

    les scrupules

    Laissez ici les ailes de l’adieu

    les sabots du chagrin

    s’asseoir au même banc

    laissez quelque chose de vous

    dans la fuite du sable

    entre vos doigts serrés

     

    Peignez les pierres d’azur et de bleu miroir

    pour que le ciel s’y prenne comme dans une flaque de lui

     

    Il y a la mort

    Menez paître dans ses prés

    des taureaux

    des golfeurs

    et des coléoptères

    Laissez l’archet perdu

    écouter à la table

    le silence qu’il produit

    Suspendez aux croix

    du linge blanc

    des lanternes

    des décisions

    Laissez l’huile rêver

    au chevalet absent

     

    Faites dans les chapelles

    chauffer du café noir

    grésiller de l’encens

    descendre des présences

    Semez partout autour

    des gestes de semeur

     

    Plantez ici des sémaphores

    des totems

    des choux

    Tendez des velours

    des pièges

    des mains

    Accrochez une horloge

    Bâtissez un quai

    Allez