Ruta Jusionyte

  • Ruta JUSIONYTE

    R U T A    J U S I O N Y T E

    L’art de faire penser la terre et frémir la couleur

    https://www.facebook.com/jusionyte

    a ru 13.jpgL’artiste, jeune, est lituanienne (Klaïpeda) et vit en Ile-de-France. A l'heure actuelle, me fait-elle savoir, elle se considère comme une artiste française. Elle a étudié aux Beaux-Arts supérieurs de Vilnius. Ruta Jusionyte réalise d’étonnantes terres cuites, plus petites que la grandeur nature, entre 15 cm et 160 cm de hauteur. Je me la représente, ayant longtemps contemplé ses réalisations, dans son atelier modelant ses étranges créatures comme une sorte de modeste  potière divine, comme un humble et orgueilleuse démiurge en action, mais plus encore comme une sage-femme qui met au monde les créatures étranges et touchantes qui peuplent son monde intérieur. Jusionyte a créé un univers singulier et passionnant, il est pleinement sien, très original.

    Ses êtres conservent quelque chose de fœtal, quelque chose du nouveau-né chauve et étonné de ce qu’il découvre. Ses créatures ont aussi quelque chose d’inachevé, leur enveloppe est rustique, trouée parfois, striée, leur enveloppe porte les visibles et ostensibles traces de la main de l’artiste. Dans le même temps, mais un peu à l’instar du nourrisson, les personnages portent en eux une sorte d’extrême vieillesse, quelque chose qui appartient à l’allure des ancêtres. De même, les animaux de la sculptrice ont-ils ces mêmes caractéristiques, ils sont jeunes mais viennent de très loin, de l’aube de l’humanité et leurs formes gardent une certaine imprécision en même temps qu’elles les rapprochent des états fossilisés. L’œuvre tout entière, comme un fildefériste audacieux, semble marcher sur la ligne du temps.

    Les créations de Jusionyte me semblent porter un troublant témoignage sur leur inachèvement, leur inaccomplissement, leur rusticité – qui sont, sans aucun doute, les nôtres aussi. Oui, ces créatures disent et portent des choses qui nous sont destinées et qui, bien qu’elles semblent exprimées dans un langage étrange, nous sont perceptibles. Ces drôles d’oiseaux nous parlent de nous. Ils nous parlent de tout ce qui est animé de vie (l’oiseau et l’être humain sont presque jumeaux, ou du moins y a-t-il des formes et des traits humains dans le corps de l’oiseau), ils nous parlent de ce qui est habité par la vie et semble en rester surpris. Ils laissent aussi sur une impression de méfiance. 

    Avec une impressionnante tendresse qui vous étreint le cœur et l’âme, avec une captivante qualité de présence, ces créations laissent un sentiment de haute mélancolie, d’inusable mélancolie. Elles vivent, dirait-on, dans un étrange et déstabilisant équilibre, dans une sorte de conscience attristée de leur incomplétude. Elles sont puissamment humaines, elles nous reflètent quelque chose qui appartient non pas sociologiquement mais intimement à notre condition. Elles sont à l'inédite intersection de la beauté et de l'inachèvement, de la grâce et de la pesanteur, de l'amour et de la crainte. Une fois entrevues, les créatures de Jusionyte deviennent inoubliables.

    Je viens à l'instant de découvrir quelques tableaux de Ruta Jusionyte. Le talent est là aussi au rendez-vous. Ces tableaux tiennent aussi dans un captivant écartèlement qui va de la nostalgie à la joie, de la solitude à la fête des couleurs, de la mélancolie à l'allégresse. Il y a ici un feu vif, une ardeur chromatique qui ravit, un rouge phénoménal qui peut inquiéter et toujours cette grâce doublée d'une épaisseur existentielle. Ces êtres-là portent ou semblent porter en même temps la jeunesse et le poids des ans. Une sorte d'ivresse hallucinée et troublante s'empare d'eux et les emmène dans une espèce de giration où nous sommes pris. Eux aussi vivent dans une sorte d'inachèvement, parmi des esquisses, des fantômes, des flottements. La paix et le tourment sont assis à la même table, le réel et une dimension inconnue cohabitent. Les fantômes et les fantasmes se superposent, se doublent. Cette belle maternité ensorcelée par les couleurs a soudain quelque chose d'étrange : ne dirait-on pas que cette mère attentive s'étreint soi-même ? Les peintures et les sculptures de Jusionyte font de vertigineuses incursions dans la destinée humaine, des bonds, des raccourcis, des ellipses. Ces œuvres vous happent et vous regardent tout au fond : quelque chose en vous frémit d'aise et d'angoisse. Formidable justification de la création artistique. 

    Espace de l’artiste : http://www.rutajusionyte.com/

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