Petits inédits

  • Voici venir (8 juin 2015)

    VOICI VENIR

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                                            Pieter Claesz

    Il s’en faut quelquefois
    d’une aile d’un couteau
    pour que ce pouls en toi
    suffoque et se noie
    pour que cette lanterne
    s’éteigne

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                          Sylvie Cairon

    Elle n’aura ni regard ni seins ni parfum
    son âme sera froide
    comme un galet l’hiver
    il faudra pourtant bien
    baiser sa bouche
    d’oiseau assis dans son fossile

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                    Félicien Rops 

    A présent asseyez la mort
    parmi
    les absences qui m’accompagnent
    mettez
    dans l’âtre de la nuit
    une bûche de vers

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                                          Edvard Munch

    Il faut au soir
    au tout dernier instant
    changer le cheval de sa vie
    et  la charge à son flanc
    en cendre d’hippocampe
    au vent

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                                                  Otto Dix

    Assis sur la frontière hésitant  et curieux
    peut-être qu’on  entend
    l’archet de Sophie Watillon
    glisser sur l’eau  lente de l’aube
    ou le silence ouvrir
    sa bouche de fontaine aride

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                                           Egon Schiele

    Ne tombez pas sans emporter
    le doux d’un bas de soie
    l’illustre d’un baiser d’amour
    le sentiment d’avoir manqué
    un long chapelet de vrais trains
    l’appel d’un enfant dans la nuit

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                                            Jean Rustin

    Dans l’envoûtant parfum
    de l’herbe
    couchée
    qui se fait foin
    à la carrure du soleil
    je songe à ton cercueil

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                       Moché Kohen

    Que peu de choses soient écrites
    encore
    Villon Labé Rimbaud
    nous faisons repasser la faim
  • Avec Isabercée Di-Puglia

    Isabelle de la nuit et des couleurs

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    Oeuvres : Isabercée Di-Puglia - Poèmes : Denys-Louis Colaux
    Les oeuvres sont la propriété des auteurs
     
    http://www.isabercee.com/
    http://berceedipuglia.blogspot.be/
    http://www.agentdartistespeintres.ca/isabercee-di-puglia/
     
    INCIPIT
     
    J'aimerais
    après la traversée
    après le temps des foudres et des chutes
    que la nuit enfin réparée
    vous fût douce 
    comme sont à mes yeux
    intenses
    les lampadophores de vos couleurs

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    AVERSES NOIRES & CHANTEPLEURE
     
    Isabelle
    il pleut ces derniers temps
    d'énormes gouttes
    des brassées de fleuves
    et des cieux entiers
    sur la rue de votre vie
    je suis venu
    avec cette chantepleure
    afin de donner ou de rendre
    à toute cette eau de malheur
    le chemin de la mer
    et le sens oublié du bleu

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    AU FOYER D'ISABELLE
     
    Au foyer d'Isabelle
    là où sans se consumer
    brûlent et dansent les couleurs
    se mêlent les étincelles
    les papillons et les ombres
    je devine des astres de sang ardent
    le ciel mêlé au fond de la mer
    le jour attaché à la corde du soir
    le clou du rêve enfoncé dans la planche du réel
    le bénitier amoureux de la main qui se trempe à son eau
     
    Au foyer d'Isabelle
    à la javelle où ses gestes
    s'unissent et se déprennent
    j'entends valser l'âme enflammée
    du tableau vivant de sa vie
    j'entends bouillir
    le thé exalté
    de son désir de peindre
    j'entends hurler
    au centre de l'étang
    où ses huiles reposent
    la héronne cendrée qui se déploie en elle
    quand elle ouvre les bras
    pour mener son orchestre
     
    Au foyer d'Isabelle
    la mer entre par la fenêtre
    comme un grand chat liquide
    de gros caillots de nuit
    heurtent
    les banquises de l'aube
    des navires de glace
    fondent au soleil incendié
    de longs plumeaux de paons
    enlassent des corbeaux
    et dans la neige féminine l'ombre
    sertit son khôl et son rimmel
     
    Au foyer d'Isabelle
    les souffleuses de pigments
    aux embouchures du cristal
    mettent l'empreinte de leurs lèvres
    et les orgues de leurs poumons
    Puis comme un début d'éventail
    au secret d'Isabelle
    un mystère s'entrouvre
    et son charbon intime
    comme deux paumes jointes
    héberge
    la braise d'un couple d'oiseaux

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    ISABELLE EN SA FORGE
     
    Je la connais je crois
    cette ardeur à battre son fer
    à se déposséder
    des peuples qu'on héberge
    en un musée au fond de soi
     
    Sans vous lasser jamais
    vous poussez dans la course
    qui mène au pays de la trace
    au ciel visible de tous
    les comètes cachées
    dans vos constellations secrètes
     
    Du haut de vos balcons
    vous jetez des fenêtres
    ouvertes sur vous-même
    et le ciel tout entier
    De grands oiseaux d'extase
    mènent rêver vos femmes
    dans le velours des nuits
    et leurs regards sublimes
    ont cet éclat liquide
    des grands diamants crus
     
    Vous semez de la fièvre
    les vrais fantômes de l'étreinte
    les combustibles orangés
    les pelures d'or fin
    que la volupté laisse
    dans le ciel où elle passe
    vous répandez
    le goût 
    palpable et vif
    comme le corps d'un poisson pris vivant
    de la passion qui tourne
    dans ces fleuves qui vont
    leur ruban autour de la terre

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  • Annette Marx

    ANNETTE MARX

    Le rouge dans tous nos états

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    Dès mon premier contact avec un tableau d’Annette Marx, une sorte de dialogue entre sa peinture et moi s’est établi. Je me suis trouvé happé dans ce magnétisme rouge où des signes, des traces, des indices se mêlent à des accents de couleurs. Je me suis trouvé engagé dans ces bouillonnements, ces nuances, dans cet orage de vitalité rouge. Je me suis trouvé engagé dans ces strates de rouges, dans ces émergences de bleus, dans les ourlets où ils s’affrontent et s’épousent. Je m’y suis trouvé comme en moi-même, comme dans les traductions picturales de ces déchirements qui résultent en moi des attrapades entre le physique et le métaphysique, entre la lourdeur du sang et l’immatérialité de l’éther. Dans les rouges d’Annette Marx, j’ai reconnu, comme parentes d’images ou de métaphores qui sont et vivent en moi, le rouge chaud du sang, le rouge du péril et de la plaie, le rouge de la vigueur, de la sensibilité, le rouge de la colère, le rouge du carburant essentiel. Le rouge d’Annette Marx est celui du mouvement physique de sa peinture, le rouge où l’on devine le corps en action, les séismes du poignet, l’impulsion, l’élan. Et là-dedans viennent se greffer des bleus médités, des verts réfléchis, des noirs, des jaunes, des incisons, des éléments collés, des griffes, des traits. Des grands mouvements accompagnés de petits gestes. L’élan et la minutie. La force et la précision.

    Ce rouge, lorsque progressivement on l’apprivoise, lorsqu’on distingue ses mues, ses degrés, ses températures, n’est plus seulement métonymie de la matière, du liquide, il acquiert, lui aussi, une sorte de volatilité. Il n’y a plus le rouge de l’hémoglobine contre le bleu céleste, on découvre un rouge céleste, on découvre une parole du rouge, on découvre l’enveloppement de petits signes graphiques – cicatrices, marques, sutures, frontières et intersections – dans un ciel rouge par-dessus une terre bleue.

    On dirait que l’annonce nous est faite d’une libération du rouge. Le rouge est arraché à ses significations ou à ses associations habituelles, il s’émancipe dans une sorte d’épurement, il entre en métaphysique, il y a désormais une âme rouge. Il y a un cycle du rouge. Rouge liquide du sang qui s’évapore, monte et forme des nébulosités rouges, composent des ciels rouges qui génèrent des pluies rouges. Parti du corps, le rouge d’Annette Marx est devenu un rouge spirituel que les précipitations rendront à son état de liquide essentiel.

    Parfois, le rouge n’est présent que par indices, dans une brume bleutée, comme un ciel rouge lisible à travers des fumées. Parfois le rouge est celui de la terre que borde un océan bleuté. Le rouge d’Annette Marx convoque les interprétations. Il est ardent, il cherche en nous des échos de lui-même. Ou bien nous rappelle-t-il qu’il est, dans sa terrible et formidable complexité, nôtre ?

    Dans ce rouge, dans les états de ce rouge, dans ce rouge présent seulement parfois par touches, dans cette immense abstraction dominée par le rouge, il y a nos portraits, non pas la reproduction de nos traits, mais la singulière mise en couleur(s) et en espace – comme on parle de mise en scène –, de nos mondes intérieurs complexes, changeants, incertains, de nos pensées  oxymoriques, de nos chimies et de nos alchimies secrètes, de nos plombs changés en ors, de nos ors redevenus plombs et de l’incessant cycle de notre instabilité rouge.    

    L’ardent univers pictural d’Annette Marx développe une réelle puissance d’interpellation et de captation. On dirait qu’il nous hèle impérieusement, un peu comme la muleta magnétise le taureau. Toutefois sa patiente observation nous révèle que la relation qu’il établit avec nous se vit aussi dans la nuance, dans un relief d’intensités, dans la sensibilité et dans l’introspection, dans le jeu peut-être aussi. Ce rouge est aussi une infusion de rouge.

    Dissolvant peu à peu les masques qui l’incarnent habituellement, le rouge d’Annette Marx est le tumultueux, le vivant, le mobile point de convergence de tous les états de nos lumières intérieures. Il les rend avec leur torse solaire, leurs basses épaules de crépuscule, leur fragile disque lunaire, leurs brumes incertaines, leurs accès de toux, leurs tourments giratoires, leurs anémies et leurs vigoureux élans. Car oui, il me semble qu’il s’agit aussi et surtout d’un rouge spéculaire, un miroir rouge qui nous regarde et dans lequel nous nous regardons avec la curiosité fascinée d’aveugles un instant délivrés de leur cécité. Etonnant, passionnant, exaltant sursis rouge. 

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    Abstractions rouges 

     

    Denys-Louis Colaux parmi les carrés rouges d’Annette Marx  

     

    LETTRES ROUGES

     

    R, o gué

    0, grue

    U, orge

    G, roue

    E, gour

     

    LE BONHEUR ROUGE

     

    Tout le bonheur

    est rouge

    son socle

    et sa dislocation

    rouges

    le merveilleux pré

    de son champ de bataille

    rouge

     

    NATURE ROUGE

     

    Une poignée de noix rouges

    L’éclair roux d’un renard

    La braise pourpre de son cœur

    L’ourlet rose entre ses jambes

    L’aube comme un grand chien rouge

    vient dormir à ses genoux

     

    CATALOGUE ROUGE

     

    Le rouge des anges

    des auges et des songes

    le goût orange

    du rouge

    Le jour assis tout entier

    dans la grange

    sur quoi nage

    la lourde roue de l’orage

     

    DU ROUGE AVEC LE BLEU EN ALLÉ

     

    Le rouge infuse

    son âme

    comme un sein de femme

    le bleu intime de son lait

     

    IL ME FAUT À PRÉSENT

     

    Il me faut à présent

    le rouge savant du livre

    le rouge ondulé du poisson

    le rouge vivant du sang de femme

    le rouge ivre de Bourgogne

    le rouge caché de la neige

    le rouge tiède de Maman

    qui soufflait sur mes doigts gelés

    toute la forge de son âme rouge

     

    ACCÈS ROUGES

     

    Clous rouges dans l’azur

    Roulures

     

    Une Peau-Rouge à Cannes

    assise sur les marches du Palais

     

    Cerise assoupie

    dans le nid

    de ses commissures

     

    Braquage rouge : butin quinze briques

    Putain le cinoche onirique

    Clodo cosmique

     

    Ce qu’il fallait que

    Carmen incarnât

     

    Sur mon ombrelle

    averse rouge

    à n’en pluie finir

     

    Rossignol dans ma tête

    entre deux idées noires

     

    Dans la doublure de mon silence

    crête et cocorico

    coquelicot dans l’écho

     

    Sous un ciel de briques

    le phénix renaît de ses abattis

    Spoutnik  et pétanque dans les étoiles

     

    Les fleuves rouges

    descendus comme des chacals

    feu en plein flot

    vaisseaux traversés

    des fleuves qui se meurent

     

    Ma moitié d’ogre

    ma moitié d’ange

    quartier d’orange

     

    Poisson sur la piste de la poêle

    Flaque de sang sur l’Antarctique

     

    Divan rouge du boudoir

    où j’endormais mes humeurs noires

     

    Absence dans l’absinthe

    Giration dans l’œil rouge

    de la fée albinos

     

    Autour de l’étal où dorment les idées

    valsent des cercles

    de mouches rouges

    et

    l’aspirine d’un halo d’ange

     

    Dans l’évier les concepts

    découvrent

    l’apparence du marbre

    et le goût du savon

     

    Stendhal et le noir

     

    Le rouge amoureux

    de son passage sur la toile

     

    les troupeaux d’hippocampes

    descendent dans la mer

    que de longs voiliers rouges

    font trembler sur ses pilotis

     

    Esquimau dans Malmö

    l’appeau rouge attire la Squaw

    buffle bleu épinglé dans Lascaux

     

    au ciel je tousse

    entre deux afflux d’encens

     

    Site :

    http://www.annette-marx.de

     

    Annette Marx s’exprime   

    Conception

     

    Il est ce rouge…

     

    L’axe principal de ma peinture, c'est la confrontation avec la couleur, surtout avec la couleur rouge. Le rouge est pour moi la couleur principale. Le rouge, la première couleur à laquelle le peuple a donné un nom représente pour moi principalement l'énergie. Le rouge est un symbole de danger et est synonyme de chaleur, de passion et d'amour. Rouge signifie sécurité et crée de l'agressivité. Le rouge est le symbole des émotions contradictoires et des pensées. Il s’agit de capter la couleur dans des espaces de pensée, de suivre les différentes ambiances, les impressions subjectives de la réalité, puis de transformer les espaces de la pensée en espaces de couleurs.
    Je vois mon travail comme des projets qui traitent des thèmes sous différents aspects sur une longue période. Il en résulte des séries de tableaux qui reprennent certaines variantes des thèmes. Je préfère travailler avec des formats carrés. En partant du fait que mon travail montre des fragments, le format carré est le plus apte à représenter les parties d'un ensemble. Les peintures constituées de plusieurs tableaux en interaction sont composées par des tableaux carrés ou forment une peinture carrée. Les bords sont peints et incorporés dans les tableaux. Les surfaces des tableaux ne sont pas limitées. Cela permet une extension maximale. L'idée d'une image est créée avec une esquisse vague et est l'expression de l'instant, mais elle est séparée dans le temps de la réalisation artistique.

    Il s’en suit des couches irrégulières de couleurs et de matériaux. Au cours de cette phase, il est important de suivre les traces de structures émergentes ou de les brouiller, d'enquêter sur des soupçons, de compléter des formes et de faire naître l'image par le biais du jeu subtil de légères allusions. Chaque couche est précieuse dans sa matérialité, elle peut être visible et le rester et elle est immanente à l'œuvre. Les couches sont repeintes, cassées, brisées, coupées, gravées à plusieurs reprises.
    Mes éléments de conception sont, entre autres, des surfaces de couleurs. Je place les couleurs dans mes peintures de façon intuitive. Des constellations de couleurs expressives dominent. Je fais confiance à la force pour créer des espaces de couleurs en liaison étroite avec les matériaux. D'autre part, je travaille aussi avec un ensemble de lignes ludiques. Lignes marquées ou même suggérées, et avec des formes irrégulières. Des lignes et des accents tracés à la craie, fragiles, ou encore délicats avec un crayon de graphite ou bien encore « grattés». Parfois ces lignes peuvent devenir des objets interprétables, sans prendre un caractère anecdotique.

    La couleur est essentielle et non pas liée à des objets. Je travaille avec des détails qui séparent les surfaces ou les assemblent et rendent visibles les champs de force qui agissent les uns contre les autres. Manifestées par le jeu de couleurs et de lignes des surfaces, on y aperçoit la force et l’énergie, mais en même temps la fragilité et la douceur. Il s’y crée des motifs élémentaires, des compositions ouvertes qui sont profondément authentiques. Cela crée et des espaces de silence et des espaces pleins de dynamisme, remplis par la dynamique des couleurs et des lignes. Ils sont interdépendants et présents dès le début du processus de travail dans un dialogue réciproque. La fin du processus est imprévisible. Un tableau n’est terminé que lorsque ses relations de force sont justes. Autrement dit, si les champs de force sont équilibrés, le dialogue se poursuit. Le spectateur participe à ce dialogue, au jeu de la réalité et de l'irréalité, dans lequel il s’embarque, auquel il associe sa propre réalité. Il complète le dialogue avec sa propre imagination.

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    Biographie

      

    née à Völklingen / Sarre (D)

     

    1994 - 1998 l'éducation artistique à l'Académie d'été Sarre Wadgassen.

    Peinture libre avec Alain Simon, Nancy et Leslie Huppert, Sarrebruck.

    Dessin de Jean-Louis Guermann, Nancy et Francis Berrar, Sarrebruck.

    Peinture libre à l'Académie européenne de Trèves.

     

    Depuis 1998, une collaboration intensive avec la peinture abstraite.

    Collaboration avec le Service Little Van Gogh Art à Bad Honnef.

    La coopération avec les différentes galeries (Sarre et Rhénanie-Palatinat)

    Expositions individuelles et collectives

    Divers projets d'art (école de peinture des enfants, des ateliers pour les adultes et les activités artistiques)


    Expositions en Allemagne, en France et en Belgique.

    Vit et travaille à SarrebruckNée à Völklingen / Sarre.

    1987 - 1990 études en administration des affaires, Département de la gestion de l'information à l'Université de Sarrebruck sciences appliquées, diplôme en gestion d'entreprise. Profession à temps partiel dans le domaine de l'informatique.

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  • Le verre d'eau d'un déluge

    Le verre d’eau d’un déluge

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    Photo : Philippe Bousseau - Poème : Denys-Louis Colaux

    https://www.facebook.com/philippe.bousseau.75/photos_albums

    Avant l’avènement du déluge, avant, disons, d’être convenablement ratatiné sous le gourdin des ans, avant que, départi de tous mes anges, je sache au large le naufrage de toutes mes bibliothèques, avant que tous mes singes, dépités, s’en soient retournés mourir avec la canopée, avant que mon tomahawk ait renoncé à fendre des crânes, avant que toutes les blondes photogéniques aient cessé de taper mes manuscrits à la Remington

    Avant le patient flétrissement de mes mains et de mes claviers, avant que fléchisse et s’étiole l’hypnose sur moi de la feuille blanche, avant, disons, le lent engourdissement des chevaux du désir,  avant que me vainque et me gagne le goût de l’argile, avant que dépérisse en moi le chiendent de l’espoir, avant que tout jazz mette la clé de sol sous le paillasson  

    Avant que s’accumulent entre mon bateau et moi les chapelets d’encablures, avant, disons, que ne s’essoufflent mes chemins de chandelles, avant que le bâton de pluie de ma paternité s’approche du désert, avant que mes aimés ne jugent intempestifs mes horizons de poche et l’air à quoi s’abreuvent mes orgues barbares 

    Avant d’envisager le masque de la mort, le livre refermé, le trou humide du néant, avant, disons, de mettre un point final, un nez rouge à ma destinée, avant de concevoir comme une idée limpide le trait de mon insignifiance, avant d’avec mes dés verser sous la table de jeu, avant d’être rôti et semé sur la pelouse 

    Je veux hisser, pour en orner le ciel, le pavillon léger du visage de Rose.

  • L'Essor de Rose - Bousseau & Colaux

    L’essor de Rose

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    Photos : Philippe Bousseau - Poèmes : Denys-Louis Colaux

    https://www.facebook.com/philippe.bousseau.75/photos_albums

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    Chant I

     

    La nuit la pluie
    sème des yeux d’oiseaux
    des yeux penchés que borde
    le haïku tracé
    des trois traits de ta bouche
     
    Le silence est assis
    au cœur étal de ton étang
    il règne sur la grâce
    liquide de tes lignes
    comme un nénuphar rose
    sur un champ de nuages
     
    Tu songes sur le seuil
    d’une pensée qui sent
    le jasmin et la mer
     
    Ton long cou d’okapi
    semble attendre ou héler
    pour s’en poudrer un peu
    bleutés et blancs
    les embruns d’un bain d’aube
     
    Et tu prétends entendre
    aux doigts du sakura
    le cliquetis léger
    des fleurs de cerisier
    qui s’écoutent éclore

      

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    Chant II

     

    Elle attendait ainsi
    selon les desseins désinvoltes
    de sa grâce éployée
    et sans plus d’impatience
    qu’une déesse sous la pluie
    peignant un arc-en-ciel
    ou des moustaches au soleil
     
    Elle n’avait sur elle
    outre le voile de ses ailes
    et tout l’élan de la forêt
    qu’un bijou exotique
    fermé par une larme d’ambre
    et ravi je songeais
    comme enivré d’opium
    et de poison
    au lent frisson
    de quelques vers
    de Baudelaire
     
    Elle n’avait sur elle
    que le loup noir de ses yeux
    que l’âme de la nacre
    que cette seule eau mêlée de nuit et de mer
    que l’invention
    la découverte du velours
    que
    sur ses épaules d’agnelle
    la grâce d’une leçon de ténèbres
    et pour lui faire aura
    le mystère d’un livre
    qui sous sa couverture
    ne sommeille
    que d’un œil

      

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    Chant III 

    Puis elle eut ce genre inédit
    d’une marquise de la Jamaïque
    d’une Sista à quoi
    son doux zeste d’Asie
    épingle un clair rehaut d’épice
     
    Assis au clavecin
    pour célébrer l’encens bleu de l’instant
    j’improvisais
    soucieux du skank
    l’Ave profane
    d’une sonatine reaggae

      

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    Chant IV

     

    Oh Rose fleur de Jésus Rose
    Etançon du ciel Rose
    Cliquetis de roses entrechoquées à elles-mêmes Rose
    Petite déesse des oiseaux et des toits de Paris Rose
    Chapelle des anges Rose
    Lilas allongé de rose Rose
    Cousine des airelles et du lointain Rose
    Papillon de dentelle et de nuit suturées Rose
    Princesse sévère qui court après son métro
    Son moulin le vol de ses pétales
    Rose boussole ballerine
    Refuge des coquelicots et des coccinelles Rose
    Fleur des chemins sans foi
    Rose des roses et des vents et des harpes
    Et du vent dans les harpes
    Et du vent dans le linge parfumé des lessives Rose
    Rose du hautbois et du cri
    Des guitares et des édifices considérables Rose
    Rose aiglonne de pollen Rose d’organdi
    Rose des cèdres et des murs
    Des éventails du geste altier Rose de l’aristocratie des filles
    Rose au ciel par grand vent
    Dites Rose lent fauve savant
    Rose à la peau de papier bible et de riz
    Rose à sa joue délicatement appuyée
    Rose des joncs des hermines et des poèmes
    Rose des villes et des palombes assoupies
    Rose vin et parfum de roses Rose
    Rose des stances qu’un seul souffle relance Rose

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