Neuf Corps Célestes (Bousseau-Colaux)

  • Neuf Corps Célestes (Bousseau-Colaux)

    Neuf Corps Célestes

     

    Collaboration Philippe Bousseau (photographe) – Denys-Louis Colaux (poète)

    Copyright Philippe Bousseau & Denys-Louis Colaux, 2012

    http://www.philippe-bousseau.com/

     

    I.   La Fée des essors

     

    Posons qu’un corps céleste

    Est l’oiseau en la femme

    Et la femme en son sanctuaire

     

    Phili 1.jpg

     

    Les soies ruisselaient vers le sol

    Socle liquide de tussah

    Douce ambre de voilure et de brassées d’embruns

    Lentement descendue

    Dans le lait bleuté de la volupté

     

    Elle allait s’élever

    Et entrer de pleine aile

    Dans sa légèreté

    Et par les caprices d’une pluie inversée

    Par la grâce de sa pose soluble dans le marbre

    Frôler comme un pollen

    L’auréole mouillée des astres

     
  • Neuf Corps Célestes 2 (Bousseau-Colaux)

    II.    Nouveau Défi d’Ophélie

     

    Posons qu’un corps céleste

    Fût-il allongé sur la berge

    Est une femme libre et dégagée des tragédies écrites

     

    aalaska.jpg

     

    Ophélie ne fait plus naufrage

    Son visage sa gorge

    Tout le rouge ardent de sa bouche

    Sa neige de cygne averti

    Cherchent dans les nuages

    La lune d’un nouveau destin

     

    Ophélie ne s’étiole plus

    Et voit dans l’eau de son sommeil

    Qu’une esquisse de caresse déride

    La cloche renversée

    Des narcisses d’antan

     
  • Neuf Corps Célestes 3 (Bousseau-Colaux)

    III.  La Divinité du Cycle

     

    Posons qu’un corps céleste

    Ne se départit pas

    De ses duels avec le sol

     

    atokyo.jpg

     

    Pour entrer dans son assomption

    Il avait fallu qu’un instant elle connût

    L’ardeur noire

    Du charbon

    Le destin minéral

    D’un oiseau qui s’éteint

     

    Il avait fallu qu’elle éprouvât

    Le parchemin aveugle

    Des écritoires de l’écorce

    Et la chaux apaisée

    D’un visage de mort

     

    Il avait fallu qu’elle sût

    Aux parois de la grotte

    Et la salive des aurochs

    Et le suint noir du bois brûlé

     

    Il avait fallu qu’elle écopât

    De la coupelle de ses mains

    Ce lourd trop-plein de fleuve

    Qui roule au loin les rumeurs de la ville

     
  • Neuf Corps Célestes 4 (Bousseau-Colaux)

    IV.   La Sphinge

     

    Posons qu’un corps céleste

    S’entend encore chanter

    Dans l’écho de son propre sillage

     

     

    aventina.jpg

     

     

    Sur les empreintes de son pas

    Afin de ne s’en souvenir jamais

    D’un lent geste d’effacement

    Elle disséminait de l’oubli par pincées

     

    Et il s’en fallait d’un cheveu

    Qu’elle ne fût plus

    Que cet instant d’évanescence

    Dans le clair semis mesuré

    De la poudre de riz

     

    Qu’une sphinge de lait

    Un palimpseste presque blanc

    Dans l’écoulement presque noir

    De l’étoffe ajourée

     

    C’est ainsi qu’elle était

    Sur le filin ténu de sa dissipation

    Entre le verrou et la clé

    Le cliquetis léger qui les unit

     
  • Neuf Corps Célestes 5 (Bousseau-Colaux)

    V.   Le Nénuphar Antarctique

     

    Posons qu’un corps céleste

    Ne cherche pas sa preuve

    Sur les fibres de la voltige

     

    Anyarctica.jpg

     

    Avant de dériver

    Nénuphar antarctique

    Sur les vapeurs de l’eau

     

    Avant d’être sur l’onde

    Ce paisible coulis d’opale

    Cet échassier couché mêlé d’un saxophone blanc

    Sous la gaze un gisant en vie

    Humecté d’aube et de halos

     

    La nymphe avait été

    Cette forge fondue

    À l’aune de son propre feu

    Cet orchestre de chambre

    Assoupi dans sa sonatine

     

    Elle avait dû moudre ses ailes

    Dans les palmes du vent

    Ranimer dans l’âme du vase

    La pâte sauvage de l’argile