Musée de la Photographie - Charleroi

  • Musée de la Photographie de Charleroi

    Musée de la Photographie à Charleroi

    http://www.museephoto.be 

    Pour l"iconographie de l'article, voir le reportage de Pascal Nivaille à cette adresse :

    http://pascalnivaillecontraste.skynetblogs.be/musee-de-la-photographie-charleroi.html

    Je reviens à l’instant, - dans l’état du vase de Soisson soudain reconstitué ou du plomb domestique changé en or du temps, de la laborieuse chenille élevée à la condition de machaon grand porte-queue, du faux cheval de manège transmué en vraie licorne de légende, du tremblotant vertige métamorphosé en acrobatie superbe -, d’un lieu exorbitant, inouï, fracassant qui m’a enchanté, retroussé de part en part, tourneboulé, écartelé, émerveillé, effaré, mis sens dessus dessous, secoué, traversé, épluché, jeté en lévitation et en orbite, fendu en deux. Je reviens d’un lieu qui risque fort d’épuiser une partie de ma collection de superlatifs. Je reviens d’un lieu passionnant, faramineux, envoûtant que, en compagnie de mon ami et néanmoins photographe Pascal Nivaille, j’ai visité pendant environ quatre heures, quatre heures qui m’ont paru une dérisoire poignée de minutes. En vérité, je n’en reviens toujours pas. Ah, je flotte, je ris aux archanges ! Ah ! je bée. Je demeure béat. J’ai vécu quatre grandes heures de ma vie.

    Je ne sais par où commencer tant je suis assailli d’images et de magies. Dans cet ancien carmel reconverti en temple de l’icône profane, j’ai connu des sommets d’émotions. Oh oui, j’ai retrouvé l’intact plaisir du tressaillement, la voracité curieuse de l’adolescence, le bonheur savoureux de la contemplation, j’ai renoué avec un effarement sans fard. Avec cette trépidation de la fièvre heureuse, ces agitations de l’état second que l’opium du charme ambiant exhausse et rend chorégraphiques. On pensera que je phrase quand, avec une candeur dont je me croyais débarrassé, j’essaie de rendre compte de mon exaltation. Entre les daguerréotypes du XIXème s. et les photographies d’aujourd’hui, parmi les glorieux pionniers et les considérables artistes contemporains, sur des milliers de mètres carrés d’exposition, au réjouissant carrefour d’une inconcevable diversité d’approches (une sorte de flore universelle aux mille espèces), dans l’ancien espace ou dans la nouvelle extension du musée, j’ai vécu une formidable aventure esthétique et émotionnelle. Oh, des heures importantes ! Une affaire considérable. Un rendez-vous. 

    On voyage, entre le pictorialisme distingué de Léonard Misonne et les saignantes partitions d’abattoir de Marc Trivier, d’une geste à l’autre, d’un bout à l’autre de la sensation, du temps, de l’élastique esthétique. Entre une œillade admirative sur un superbe portrait de Victor Hugo par Nadar et un regard atterré sur l’épouse de Martin Luther King penchée sur le cadavre de son époux. Que du haut de gamme entre le témoignage social, historique et humain et la quête du beau, avec tous les ponts, tous les métissages jetés entre ces objectifs. Et l’imagier puissant de l’Amérique profonde patiemment constitué par le couple Wendy Watriss et Frederick C. Baldwin. Les œuvres, les images bouleversantes, saisissantes, insolites, sensuelles, brutales, feutrées ou crues abondent et me laissent sans répit, haletant, curieux, totalement mobilisé : la visite est une succession ininterrompue d’émotions denses, pointues. A l’instant où je transcris ce long chapelet de sensations, le kaléidoscope de ma mémoire impressionnée restitue mille icônes : les images somptueusement artificielles et composées des pictorialistes, les chaussettes sales et la poupée crasseuse d’une fillette de la misère, des paysages somptueux, l’iconostase des portraits de Guevara, le ballet de séminaristes dans la neige, ce jeune syndicaliste flingué et qui baigne dans son sang, les souliers de Marien gravissant seuls un escalier, toute une gamme de photos très blues de l’Amérique au début du vingtième siècle, la Russie rurale d’avant la révolution, je revois Garbo la sublime, une Monroe rêveuse, Paris il y a plus de cent ans, les premières photographies de la lune en 1870, des nus somptueux, le précieux legs des albums d’une amie du couple Magritte, un homme derrière les barreaux, le pied cisaillé d’une suicidée, des visages anonymes rendus captivants et hypnotiques, d’inhumaines structures architecturales, de sinistres images d’exode et de misère… C’est un lieu cinglant, le musée de Charleroi. Un lieu intense, ardent. Le visiteur halète, il palpite. Une affolante suite, hélas lacunaire, de noms prestigieux me revient : Man Ray, Bettina Rheims, Cindy Sherman, Hubert Grooteclaes, Auguste Belloc, Marcel Lefrancq, Diane Arbus (des portraits réellement affolants), Nadar, Adolphe Neyt, Robert Doisneau, Jeanloup Sieff (une suite de trois nus somptueux), Willy Ronis, Jacques-Henri Lartigue, Luang Kuo Lung, Dorothée Lange, Edward Weston, Cartier-Bresson, Gustave Marissiaux, Eugène Atget, Erica Harrsch, Brassaï, Lee Friedlander, Raul Corralès (les portraits du Che), Mario Giacomelli (les séminaristes dans la neige), Andres Serrano, Lisette Model, Esko Männikö, Dick Durrance, Marc Riboud, William Klein, Stephen Shore, Georges Vercheval, Izis, Thomas Ruff, Philip Lorca Dicorcia, etc.

    Les trois expositions temporaires

    Et puis, il y a les trois expositions temporaires. Il y a celle du photographe américain Dave Anderson. Elle s’appelle tout simplement « Charleroi ». Après avoir travaillé pour Bill Clinton, après avoir été producteur sur MTV, Anderson entre en photographie. « En 2007, il publie un ouvrage 'Rude beauté', reportage autour d'une ville du Texas assez singulière et fermée sur elle-même. Héritier de photographes comme Walker Evans ou Dorothea Lange, Dave Anderson observe l'humanité dans sa complexité à juste distance. » (evene.fr). C’est ce reportage sur la cité de Vidor (Texas) qui retient l’attention du Musée qui lui confie la mission d’un reportage sur la ville de Charleroi. Oui, nous avons longuement regardé sa suite de photographies, une centaine, une suite qui privilégie les grands formats carrés. Du très sérieux travail, très consciencieux, intelligent, précis, avec tout au long de l’espace, une véritable palpitation, une vraie qualité de regard et de pertinence, une réelle dimension humaine, une impressionnante maîtrise de la couleur et un art réellement épatant et dynamique du cadrage. Le travail justifie l’initiative du Musée et de la ville, le reportage est une vraie et belle réussite. C’est une œuvre cohérente et dense, sans complaisance et, par ailleurs, sans malveillance : Andersen montre la ville avec ses chancres, ses abîmes, ses blessures, ses attraits, ses agréments, ses enthousiasmes, sa population et sa diversité culturelle. Il la regarde dans un grand sentiment de liberté créatrice et lui tend un miroir qui échappe aux clichés, un miroir où la lucidité et le tact, l’art et la pertinence, le talent et l’humanité sont clairement visibles.

    Il y a Aurore Dal Mas. Elle propose « Ultima ». C’est une jeune et talentueuse photographe belgo-italienne. Cette suite d’une dizaine de hauts panneaux rectangulaires laisse sur une double impression de vastitude et de presque évanescence. La fragilité de l’immense. En même temps, cet art photographique présente une certaine parenté avec la gravure et repose sur la recherche dirait-on d’une sorte de frontière ultime avant l’évaporation, la quête de la fumée, de la buée même des choses. La trace et sa fuite, l’effacement, le fantôme des choses, leur voile, la presque disparition comme célébration fervente de la présence. L’espace de la jeune photographe laisse sur une impression d’encens et de spiritualité.  

    Et enfin, il y a la reine, la superbe, il y a Magali Koenig. Elle est née en 1952 à Lausanne. Sa plantureuse suite de photographies, « Milieu de rien », est une authentique merveille. « Depuis toujours, dit Magali Koenig, j’aime voyager et photographier et je photographie partout. Pas question de partir sans mon appareil. D’ailleurs, je vais dans des endroits que je choisis parce que j’ai envie d’y faire des photographies. Je m’arrête dans des décors qui me touchent, qui me semblent humbles ; qui me font sentir qu’ils aimeraient être autrement, mais qu’ils n’y arrivent pas. Dans ces endroits-là, je me sens bien, j’y guette la vie, ou les traces de vie ». « Pour mieux dire qui est Magali Koenig, explique Philippe Dubath, l’écrivain et photographe vaudois, on peut préciser qu’elle est photographe indépendante (elle y tient), qu’elle donne des cours à l’Ecole de photo de Vevey, qu’elle est photographe attitrée de la Fondation Theodora, qu’elle a un atelier à Lausanne. On peut aussi aller voir ses photographies, tirées sur papier baryté, et collées au mur. Simplement ».

    Les photographies de la Suissesse ont été prises lors de pérégrinations en Sibérie, Géorgie, Russie, à Cuba, etc. Elles montrent, en des images d’une formidable originalité, des lieux insolites, étranges, sinistres, grotesques, vides ou étrangement bariolés dans lesquels l’art imparable de Koenig a détecté un indice de grâce, une situation poétique, une trace de beauté ou d’humour, le battement d’aile d’un frisson, le battement de cils d’un clin d’œil. Koenig invente, dans ses photographies, de la poésie en des lieux d’où elle semble exclue. Quand on contemple les photographies, oui, la poésie est venue au rendez-vous, oui, quelque chose s’est passé, oui, l’invention a eu lieu. Oui, le regardeur est totalement séduit, il jubile, il est ému, il est heureux d’être là. Dans ses photographies de lieux clos, (chambres, pièces de vie, salons), la télévision joue avec le décor d’un kitsch humble dans lequel elle ne s’adresse à personne. A personne qu’à l’objectif de Koenig. A personne qu’à ce subtil sens de l’absurde, ce nonsense délicat, poétique et merveilleusement feutré d’ironie de la photographe. Une ironie aimable, imparable. Et il y a un petit lieu de vertige en chacune des photos. A propos du travail de Magali Koenig, Nicolas Couchepin, le romancier de Lausanne, écrit ceci : « Les photographies de Magali Koenig représentent rarement des personnes. Et pourtant, on pourrait presque dire que ce sont des portraits. Quelqu’un vient sans doute de passer par là, juste avant le déclic. Ces lieux qui semblent fraîchement abandonnés, ces espaces voués au désenchantement, ces paysages à la fois immenses et remplis de cachettes, sont investis de toute l’émotion de la vie qui se déroule, hors cadre, juste avant, juste après». Et de poursuivre sur la série Milieu de rien «Les photos de Magali Koenig montrent des tas d’endroits proches et lointains ; ils ont tous en commun d’être à la fois familiers et abandonnés, et de représenter des milieux de rien qui vous ramènent au milieu de tout. On y entre, on tombe dedans, on a la sensation de voler, on sent l’odeur du soleil sur les plumes, on se dit qu’il nous arrive quelque chose, et à la fin, on ne sait plus si le bonheur s’appuie sur la nostalgie, ou si c’est le contraire. » Beauté formelle, génie de l’angle, de la composition, sens inédit de l’humour et de la grâce, puissante intelligence technique, voici encore quelques-unes des cordes qui orne l’arc-harpe de Magali Koenig la magnifique.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Mus%C3%A9e_de_la_photographie_%C3%A0_Charleroi

    http://www.charleroi.be/node/186

    http://plusmagazine.levif.be/fr/011-412-Le-Musee-de-la-photo-a-Charleroi-le-plus-grand-d-Europe.html

    http://www.rtbf.be/info/regions/detail_le-musee-de-la-photo-de-charleroi-a-25-ans?id=7397953

    http://www.lalibre.be/culture/arts-visuels/article/564033/la-photo-est-une-fenetre-sur-le-monde.html