Moché Kohen

  • Moché Kohen

    MOCHÉ KOHEN

    L a   t r a m e   d e   l ’ ê t r e

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    D'où sont issus les papillons humains de Kohen ? Quelle est cette poudre (cette poussière, cette cendre) qui recouvre le tissu léger de leurs ailes invisibles ? Ces suspensions menacées d’évaporation, ces êtres d’une étrange grâce tragique  nous étreignent le cœur. Ils visitent et émeuvent, dirait-on, ce qu’il y a de frêle en nous, ce qu’il y a de fragile, la soie menacée, le coton léger, le tulle fluet de l’être. Il me semble parfois que Kohen rend la trame de l’être, sa toile. L’humanité se dépouille ici de ses apparences, de ses armures, de ses cuirasses pour dire, pour chuchoter le cristal fragile qui la constitue. Ce murmure assourdissant, cet obsédant zonzonnement d’abeille valent tous les cris. Kohen a compris que l’essentiel est parfois ténu, secret, intime. Son œuvre muse, chante et danse cette conviction. Et l'hypnose opère.

    Fragiles, presque évanescents, ces êtres se manifestent par la luciole ou le charbon du regard, par des visages ambivalents où s'enchevêtrent les grâces de l'enfance et une douloureuse usure des traits. Ils entretiennent des rapports avec la fumée et la brume, quelque chose semble les menacer de dissipation, et, en raison du rendu de ce danger d'effacement, ils sont formidablement évidents, infiniment présents. Ils ont aussi la beauté, la force presque surnaturelle des halos et des fantômes. Ils ont la puissance de la hantise. Ils sont ourdis dans la toile de la mémoire.

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    Il arrive qu'ils aient pour fond, pour sauvage écrin un violent bain de sang. Ils ont racine dans l'enfance, le tragique et la légèreté. Ils sont le sfumato. Ils sont matiérés dans un modelé vaporeux, dans un état d'estompement. Kohen atteint à un très haut degré d'intensité poétique par cette façon qu'il a d'établir dans le présent, dans la présence ce dont il suggère l'infinie fragilité. Une tragique impression de chefs-d’œuvre en péril plane sur l’œuvre, l’intensifie, la rend ardente. Ici, lorsqu'ils sont plusieurs, les êtres se blottissent, se cramponnent, s'étreignent. Quelque chose de redoutable est autour d'eux, derrière. Lorsqu'ils sont seuls, quelque chose souvent appuie sur leurs épaules, les fait ployer. Une menace est tapie. Et pourtant, oui, au-delà d'un effroi parfois porté par les êtres, vulnérable et sublime, la beauté se signale, l'irréductible humanité se manifeste. 

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    J'ai lu quelque part que Kohen est entré en peinture dans le bouleversement provoqué par les oeuvres d'Egon Schiele. Se pourrait-il qu'au-delà de la contorsion violente et du troublant tourment des modèles de l'expressionniste autrichien, Kohen ait trouvé cet état intermédiaire de présence/absence où l'une et l'autre, la présence et l'absence, en raison de leur association intime, sont étrangement exaltées ? Ceci me remet en mémoire la scène de l'effacement des fresques dans Fellini Roma. Et Kohen serait le peintre qui œuvre à l'instant où l'effacement commence à opérer. Kohen serait celui qui jette dans la durée une braise qui a failli s'éteindre. Apollinaire écrivait : "Il y a un poème à faire sur l'oiseau qui n'a qu'une aile". Il me semble que l'oeuvre de Kohen porte cette affirmation en filigrane. Il me semble qu'il y a un poème menacé dans chacune des toiles de Kohen.

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    J'écoutais, en regardant les œuvres de Kohen, les magnifiques prières juives que l'excellente Sonia Wieder-Atherton interprète avec génie au violoncelle. Instant de sensibilité vibrante. Il me semblait que la musique et la peinture entraient en correspondance. Profonds échos mutuels, les respirations semblaient se croiser.

    http://www.youtube.com/watch?v=suAwiZ0y4Pk

    Bien sûr, il faut dire et redire que l'oeuvre est poignante, qu'elle remue le regardeur en profondeur. Et pourtant, cet art subtil fait songer à deux doigts délicats cherchant, pour le retenir, à pincer le fil ténu de la mémoire.