Le verre d'eau d'un déluge (P. Bousseau - DL Colaux)

  • Le verre d'eau d'un déluge

    Le verre d’eau d’un déluge

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    Photo : Philippe Bousseau - Poème : Denys-Louis Colaux

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    Avant l’avènement du déluge, avant, disons, d’être convenablement ratatiné sous le gourdin des ans, avant que, départi de tous mes anges, je sache au large le naufrage de toutes mes bibliothèques, avant que tous mes singes, dépités, s’en soient retournés mourir avec la canopée, avant que mon tomahawk ait renoncé à fendre des crânes, avant que toutes les blondes photogéniques aient cessé de taper mes manuscrits à la Remington

    Avant le patient flétrissement de mes mains et de mes claviers, avant que fléchisse et s’étiole l’hypnose sur moi de la feuille blanche, avant, disons, le lent engourdissement des chevaux du désir,  avant que me vainque et me gagne le goût de l’argile, avant que dépérisse en moi le chiendent de l’espoir, avant que tout jazz mette la clé de sol sous le paillasson  

    Avant que s’accumulent entre mon bateau et moi les chapelets d’encablures, avant, disons, que ne s’essoufflent mes chemins de chandelles, avant que le bâton de pluie de ma paternité s’approche du désert, avant que mes aimés ne jugent intempestifs mes horizons de poche et l’air à quoi s’abreuvent mes orgues barbares 

    Avant d’envisager le masque de la mort, le livre refermé, le trou humide du néant, avant, disons, de mettre un point final, un nez rouge à ma destinée, avant de concevoir comme une idée limpide le trait de mon insignifiance, avant d’avec mes dés verser sous la table de jeu, avant d’être rôti et semé sur la pelouse 

    Je veux hisser, pour en orner le ciel, le pavillon léger du visage de Rose.