le scaphandrier bicéphale

  • Brassens (partie 7)

    http://www.youtube.com/watch?v=tS2kpqPlGEo
    http://www.youtube.com/watch?v=gWRzopyZBSA 
    http://www.youtube.com/watch?v=3Mibw9BRKGU 
    http://www.youtube.com/watch?v=qxTv-PrgVOo
    http://www.youtube.com/watch?v=6lVhNSnXUeg
    http://www.youtube.com/watch?v=FHtjow9a9sU
    http://www.youtube.com/watch?v=JUQdczfrJ94 

     

    Il y a chez Brassens, pour affronter et évoquer les pires choses, un sens de l’humour qui n’appartient à lui, un petit air de provoc, une franche allure de défi à l’égard de certaines valeurs, si elles en sont, comme le patriotisme, l’héroïsme ou cette effarante nostalgie de l’aventure militaire .

    Alphonse Bonnafé, qui fut son enseignant à Sète et qui préface l’entrée du chanteur dans la collection Poètes d’aujourd’hui chez Seghers, est convaincu que les défis, les sarcasmes et les gauloiseries de Brassens « recouvrent un fond d’angoisse et de désarroi, une détresse ». Il y a aussi dans tout cela un refus catégorique, celui d’honorer les faits d’armes, les guerres glorieuses.

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    Ici, le bon maître atteint à une ironie d’une férocité exemplaire. Plutôt que de semer la bonne et très ingénue parole, le hérissant bêlement du pacifiste, il établit, dans un bel effet de surenchère, un palmarès des plus fameuses et sanglantes catastrophes guerrières à travers l’histoire.

    Après cela, pour lui, nul besoin de prendre position contre la guerre d’Algérie ou celle du Vietnam. Toute guerre est une sordide défaite de l’humanité, un terrifiant affront à l’intelligence humaine.  On écoute « La guerre de 14-18 ».  (A gauche, Brassens avec Tillieu er sa fille France, à l'arrière-plan, Paul Louka).

    Là, vos scaphandriers préférés ont préparé pour vous un petit florilège de ces joyaux brasséniens qui n’ont jamais l’honneur des ondes. C’est une injustice. Il y a là du pur chef-d’œuvre, un degré auquel la chanson n’a pas l’habitude d’atteindre. On renfile d’abord l’aimable végétal insinué entre deux pages de missel. Bon, on commence avec une pièce intitulée  « La marguerite ».

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    Dans l’œuvre de Brassens que j’apprécie dans sa totalité, voici une des chansons que je préfère et qui m’a toujours inspiré une grande tendresse. Elle s’intitule « L’Assassinat ».

    Ce qui épate dans l’œuvre du Sétois, c’est cette formidable habileté qui lui permet de conjoindre et de faire coopérer l’humour et la gravité. La chanson qui vient constitue dans cette perspective une sorte de pic, un véritable sommet. La chanson fait écho à un bal annuel parisien, une grande fête costumée et carnavalesque menée par des étudiants entre 1892 et 1966.

    Brassens joue ici merveilleusement avec les manières et le folklore des carabins et des potaches en joie. Toutefois, quelque chose de tragique couve sous le cotillon. On écoute « Les quat’z’arts ».

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    Nous ne dirons pas qu’ici Brassens signe un autoportrait. Nous dirons plutôt que le personnage de son musicien nous fait penser à lui. Il y a dans cette belle chanson un profond sentiment d’humilité, le refus de trahir sa modeste extrace pour parler comme Villon, la possibilité, somme toute, d’exercer son métier de musicien sans péter plus haut que son cul, sans enflure du cou. Ici aussi, on insistera sur la grande qualité de la mélodie. Hymne à la fidélité, à la loyauté aux siens, nous écoutons « Le petit joueur de fluteau ».

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    La seule révolution possible, c'est d'essayer de s'améliorer soi-même, en espérant que les autres fassent la même démarche. Le monde ira mieux alors, déclarait Brassens. Vos scaphandriers ont été ravis de passer autour de l’œuvre de Brassens, deux heures en votre aimable et néanmoins mosane compagnie. Nous n’avons fait qu’effleurer ce fabuleux patrimoine. Mais si nous avons, au cours de cette édition, été capables de vous faire découvrir et apprécier quelques titres du poète sétois qui n’ont pas la faveur du transistor, nous n’aurons pas échoué dans notre projet. Voilà que notre édition consacrée à Georges Brassens touche déjà à sa fin. La prochaine édition sera consacrée, là aussi, à une personnalité exceptionnelle. Il s’agit de Tom Waits, auteur-compositeur-interprète, musicien et acteur californien.

  • Brassens (partie 6)

    http://www.youtube.com/watch?v=75sruWulOP4
    http://www.youtube.com/watch?v=qwckm5TqxjY
    http://www.youtube.com/watch?v=MP7hAzHmn1k
    http://www.youtube.com/watch?v=jz2HmxKUI5Y
    http://www.youtube.com/watch?v=03t8GA62vH0

     

    André aimait Brassens, c’est sur cette admiration commune qu’ont eu lieu nos premières rencontres et que s’est fondée ensuite notre amitié. Brassens aime à revisiter les mythes. C’est amusant ce qu’il fait de celui du Burlador, une sorte de saint libidineux qui aime à séduire et à contenter les plus vilaines. Mais derrière la farce, dans la coulée, deux ou trois choses essentielles se disent. Là, tout de suite, de Brassens, nous écoutons « Don Juan ».

    Brassens, et il entre un peu de coquetterie et de pudeur tout à la fois dans sa réaction, n’aimait guère qu’on parlât à son propos d’une œuvre. Ce mot sent le monument, affirmait-il. Nul doute, il y a du modeste en lui. Nul doute qu’il y a aussi quelqu’un qui a conscience de son impact, même s’il ne s’en glorifie jamais, même s’il ne déroge jamais aux lois de son humilité souriante. Fallet évoquait ainsi, avec une pointe d’humour, la tête de Brassens en début de carrière : « Staline, Orson Welles, bûcheron calabrais, Wisigoth et paire de moustaches ».  On écoute tout cela dans l’admirable et triste « Cupidon s’en fout ».

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    Brassens écrivait Pierre Desproges est un vaccin contre la connerie. Dans ses Lettres à Toussenot, 1946-1950, publié chez Textuel, Brassens, qui est encore parfaitement anonyme, a cette belle formule : « Je suis né pour fumer la pipe et mesurer la vanité de tout ».  Mais il ajoute : « Un jour, je vendrai des chansons. Ne crains rien, je mettrai dedans de l’insolite ». Il a incontestablement tenu parole. On écoute « Histoire de Faussaire ».

    Au début, le projet initial de Brassens n’était pas de monter sur scène. Ce qu’il souhaitait, c’était écrire des chansons qui seraient interprétées par d’autres. Dieu merci, des gens de la clairvoyance de Patachou chez qui il s’est d’abord produit ont estimé que de telles chansons ne pouvaient être valablement défendues que par leur auteur.

    Brassens, artiste à multiples facettes, est définitivement distinct du Gaulois à quoi certains s’ingénient à l’identifier. Certes, il aime la gauloiserie, l’énormité et le raffinement, la grâce, l’élégance. Ici encore, nous allons nous en rendre compte, la légende doit être nuancée. Et notamment la réputation, souvent justifiée, du mangeur de curé doit être revue au travers de ce magnifique hymne qui s’intitule « La Messe au pendu ».

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    Le dénuement brassénien. Brassens, sa guitare, Favreau à la seconde guitare, Pierre Nicolas à la contrebasse. Pas d’orchestration, pas d’arrangement, pas de fioritures. C’est comme une signature. Le dénuement. C’est ce dénuement, par ailleurs, qui rend la musique de Brassens intemporelle, qui la met à l’écart des modes surtout détectables dans les orchestrations et les arrangements.

    Notons, pour rendre hommage à ceux qui l’ont escorté, qu’avant Favreau, Brassens a été accompagné, à la seconde guitare par Barthelémy Rosso et Victor Apicella. Réservons une petite place à part à Pierre Nicolas. C’est à partir de 1954, pour son premier Olympia, que Nicolas devient le contrebassiste de Brassens. Leur collaboration ne cessera qu’avec la mort de Brassens. Brassens et Nicolas se sont connus en 1952 chez Patachou, dans son cabaret à Montmartre. Nicolas était contrebassiste dans le groupe de Léo Clarens qui accompagnait la chanteuse. Lorsque Brassens n’était pas sur scène, Nicolas accompagnait notamment Patachou, Barbara, Brel, Trenet ou Francis Lemarque. Nicolas, lors de l’enregistrement des inédits de Brassens, accompagne Jean Bertola. Pierre Nicolas est décédé en janvier 1990.

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    Dénuement, en effet. Brassens a toutefois consenti à une exception avec l’orchestre des Petits français sous la houlette du monumental Moustache. Cette exception, très plaisante, je vous propose de la découvrir tout de suite. C’est l’Elégie à un rat de cave.

    Brassens possède l’art de faire jouer à la morale le rôle de l’acrobate et de la contorsionniste. Ici, il fait très subtilement appel à la marmite pour mitonner sa petite recette éthique. Brassens n’est pas un homme du rejet (si l’on excepte les va-t-en-guerre, les patriotards nostalgiques, les corbeaux et les processions) et il a toujours une sympathie naturelle pour les réprouvés, ceux que la bienséance s’autorise à  disqualifier. Par ailleurs, rarement une coda aura été aussi cinglante que celle-ci. « Il s’en fallait de peu, mon cher / Que cette putain ne fût ta mère ». Brassens chante « La Complainte des filles de joie ».

  • Brassens (partie 5)

    http://www.dailymotion.com/video/x3fpog_g-brassens-le-testament_news
    http://www.youtube.com/watch?v=WJ9ahN4mPHw
    http://www.youtube.com/watch?v=Z8wchMUkwK4
    http://www.youtube.com/watch?v=SR95jL27_6I

     

    André Tillieu, intime de Brassens, nous apprend encore qu’outre les poètes qu’il a chantés, Brassens aimait aussi Verhaeren, François Maynard, évidemment Jean de La Fontaine dont les fables furent le dernier livre de chevet, Nerval, Baudelaire, Prudhomme, Apollinaire, Georges Fourest, Tristan Derème ou Jacques Prévert. Bien sûr, c’est une indication, Tillieu ne cherche pas ici à être exhaustif. (Ici, à droite, Brassens et Paul Fort)

    Nous vous l’avons dit, nous mettons essentiellement en avant les œuvres moins souvent diffusées. Petit écart, nous diffusons néanmoins le célèbre et très gracieux « Je me suis fait tout petit ».

    La chanson qui vient, en raison de la qualité de sa formulation et de son imagier, mérite toute notre estime. De petits prodiges poétiques s’y trouvent déposés comme ce puissant et poétique raccourci : « Est-il encore debout le chêne / Ou le sapin de mon cercueil ? ». Il y a là quelques élégances. Faisant la tombe buissonnière, le personnage de la chanson s’explique : « Je veux partir pour l’autre monde par les chemins des écoliers ». Le chrysanthème effeuillé y est nommé la marguerite des morts. Les images sont extrêmement plaisantes. « Ici-gît une feuille morte, ici finit mon testament ». Georges Brassens chante : « Le Testament »  

    C’est tout le problème, quand on a le bonheur de consacrer une édition à un artiste de la trempe de Brassens, d’opérer des choix. Affreux casse-tête. On est hélé de tous côtés. On ne sait où donner de la tête. Entre 1952 et 1976, Brassens compose quatorze albums de chansons. A cela, on ajoutera un album-live enregistré en Grande-Bretagne en 1974. Faisons l’économie des nombreux albums-live posthumes et de l’impressionnante suite de coffrets. Les 14 albums officiels, enregistrés du vivant de l’artiste sont La Mauvaise Réputation, en 1952, Le Vent, en 53, Les Sabots d’Hélène en 1954 , Je me suis fait tout petit en 1956,Oncle Archibald en 57, Le Pornographe en 58, Les Funérailles d’antan en 60, Le temps ne fait rien à l’affaire en 1961, Les Trompettes de la Renommée en 62, Les Copains d’abord en 64, Supplique pour être enterré sur la page de Sète en 66, Misogynie à part en 69, Fernande en 72 et Trompe-la-mort en 76. On pourrait, après cette énumération, se désaltérer un instant dans un petit bistrot parisien. Gaffe, pas d’œillade à la patronne, toute audace est sévèrement punie. On écoute « Le Bistrot ».

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    Brassens, ce dimanche, à la une du Scaphandrier sur Run 88.1. Là, pour brosser un portrait original de Brassens, nous allons recourir à notre ami André Tillieu et à nos archives personnelles.

    Il s’agit d’une interview d'André que nous avons réalisée, mon fils Justin et moi, à Uccle, au domicile de l'écrivain, en mai 1996 dans le cadre d’une autre émission radiophonique. Voici comment André peignait au débotté le portrait de son ami Brassens.

    « Brassens est un anarchiste, mais tolérant et cette tolérance, ça va tellement loin qu'on s'aperçoit en regardant un petit peu sa chronologie et ses chansons que lui, qui n'était pas communiste, qui détestait somme toute, toute forme de totalitarisme et notamment le communisme (...), et bien, le premier type qu'il met en musique, c'est Aragon avec « Il n'y a pas d'amour heureux ». Et pour faire bonne mesure, il prend la même musique et il la met sur un poème de Francis Jammes qui est un chrétien alors que Brassens n'est pas du tout, du tout un chrétien. Il a cherché Dieu, il est manifeste qu'il l'a cherché, il ne l'a pas trouvé. Dans La Supplique, Brassens écrit : "Quand mon âme aura pris son vol à l'horizon, vers celles de Gavroche et de Mimi Pinson...", ce n'est pas un hasard. Gavroche et Mimi Pinson, ce sont les deux grands pôles de l'oeuvre brassénien ou brassénienne, comme on veut. D'un côté Gavroche, la révolte, la non-respectabilité, le côté un peu rebelle de Brassens et de l'autre côté, Mimi Pinson, le côté tendre et romantique. Il y a un côté romantique chez Brassens. Quand vous regardez de près une chanson comme «Le vingt-deux septembre », je m'en fous c'est fini, c'est l'adieu au romantisme mais avec tout l'appareil romantique, les larmes, les ailes qui se rompent, etc.  Mais ça se termine par : "C'est triste de n'être plus triste sans vous". C'est-à-dire que le serpent se mord la queue. La boucle est bouclée, c'est admirable ».

  • Brassens (partie 4)

    http://www.youtube.com/watch?v=hcI3_M4TOuc
    http://www.youtube.com/watch?v=61klageOn-4
    http://www.youtube.com/watch?v=GWlLNpJE1zI

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    Clark Terry 

    On reste dans les mêmes dispositions pour entendre une version musicale avec Clark Terry et Azzola d’un titre de Brassens, « Le Vieux Léon ». Né en 1920 dans le Missouri, Clark Terry est une éminence du jazz américain, il joue de la trompette et du bugle. Il a joué avec les plus grands : Count Basie, Duke Ellington chez qui il sera soliste pendant plus de huit ans, mais il oeuvre ou enregistre aussi aux côtés de Quincy Jones, Stan Getz, Dinah Washington, Thelonious Monk, Sonny Rollins, Bud Powell, Ray Charles, Sarah Vaughan, Charlie Mingus, Dizzy Gillespie, Gerry Mulligan, Bob Brookmeyer, Benny Goodman, Oscar Peterson, Michel Legrand, Coleman Hawkins, Lionel Hampton, T-Bone Walker, Louis Armstrong, George Benson, Art Blakey, Ella Fitzgerald, Miles Davies et j’en passe, sans compter la trentaine d’albums qu’il a enregistrés sous son nom . Pour célébrer Brassens, Moustache avait convoqué quelques légendes du jazz, Clark Terry est l’une d’entre elles.

    Oui, je me suis longuement aventuré sur le site personnel du prestigieux Clark Terry. C’est un endroit merveilleux, on y entend des choses d’une beauté exceptionnelle. Ceci, que nous allons entendre, nous paraît souligner à merveille la grâce et la joliesse de la mélodie de Brassens. Par ailleurs, ceci rend justice à la dilection de Brassens pour le jazz, une dilection qui s’entend dans ses propres compositions. On écoute, titré de l’album Hampton, Salvador, Clark Terry, Moustache et leurs amis jouent Brassens, « Le Vieux Léon ».

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    Début des années 50, Brassens, une masse velue et suante, débarque. Et pourtant, derrière cette allure rustique et ces affirmations catégoriques, il y a d’emblée un type raffiné, capable de trousser un vers comme personne parmi ses confrères, un type qui débarque avec Rabelais et Villon en tête, avec, mais oui, une dimension parfois aimablement romantique, avec, disons, une espèce de somme de l’histoire de la poésie. De la poésie qui met les formes. La poésie, via Brassens, entre dans la chanson populaire. Moins comme un état d’âme aux sonorités harmonieusement mélancoliques que comme la voix d’une muse libre, bien gaulée, savante et pleine de caractère.

    Brassens, c’est aussi quelqu’un qui a des lettres. Son vocabulaire est soigné et constellé de mots rares ou patinés par le temps et menacés d’oubli, son vers est un lieu d’asile pour un grand nombre de très jolis archaïsmes : le tabellion, le sycophante, la collerette, la gargotière, le croquant, le codicille, la grisette, la vergogne, le déduit, la bougresse, la goton, le croque-notes, les lazzi, les nonnains, le verbe attiger, le viatique, le patenôtre, la psyché, etc. Son vers est éclairé de formules astucieusement rejouées, on s’y délecte d’un goût pour la rime riche, pour la belle image, pour la citation détournée que ce soit de Mallarmé, de Valéry ou de Hugo. On aime sa façon d’inviter les poètes à la table de ses matières : Villon, Verlaine, Norge, Lamartine, Paul Fort, Banville, Moreau, Nadaud, Jammes, Richepin, Aragon, Corneille, Tristan Bernard, Musset et j’en oublie peut-être l’un ou l’autre.

    Indépendamment de son contenu, écrit Angèle Guller dans l’ouvrage déjà mentionné, l’œuvre de Brassens est donc d’une importance capitale, dans la mesure où il fait sien l’héritage d’un passé poétique prestigieux.

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    Il faut évoquer sa dilection pour la mythologie, pour ces dieux qu’il convoque sans cesse : Vénus callipyge, Aphrodite, Cupidon, le Grand Pan, Tantale, Jupiter, Silène, Bacchus, Eros, Caron, Pluton, Psyché, Saturne, Pénélope et Ulysse ou Sémiramis, la reine légendaire de Baylone… Son œuvre est traversée de mentions littéraires, d’auteurs, de héros et d’héroïnes romanesques : Homère, Maître François, Voltaire, Claudel, Prévert, Léautaud, Apollinaire, Hugo, Valéry, Balzac et son Rastignac, Blaise Pascal, Courteline, Montaigne et La Boétie, Madame de Sévigné, Paul et Virginie, Mimi Pinson, Gavroche, Mélusine, Manon Lescaut, etc. Et parfois, ces guest-stars, Claudel ou Blaise Pascal pour l’exemple, ne paraissent que pour être moquées.  (Ici, à droite, le poète Jean Richepin)

    Il y a une bibliothèque dans l’œuvre de Brassens. Il y a un long et patient apprentissage, une exigeante initiation. André Tillieu, dans « Un petit coin du panthéon de Brassens » paru au veilleur de Nuit en 2001, explique comment Brassens, lors qu’il fuit le service du travail obligatoire en Allemagne, entre en poésie. Voici ce qu’il dit :

    « De retour en France, contraint d’entrer dans la clandestinité, de chez Jeanne où il se terrait, il alla, comme il l’a dit, piller la bibliothèque du quatorzième arrondissement de Paris. C’est là qu’il découvrit en grandeur naturelle les poètes : ceux auxquels son professeur Alphonse Bonnafé l’avait déjà initié, et les autres. Tous les poètes ! Il les cajola. Georges devenait Brassens : il avait trouvé la pierre de touche où étalonner son outil ».

  • Georges Brassens (partie 3)

    http://www.youtube.com/watch?v=6uXei215978
    http://www.youtube.com/watch?v=Z8wchMUkwK4

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    Joël Favreau, Pierre Nicolas, Georges Brassens

    « La Thématique de Brassens, écrit Jean-Claude Klein, se rattache à une tradition anarchiste individualiste débarrassée de toute agressivité foncière vis-à-vis du système social ». Cela est assez juste, Brassens n’est pas homme à disqualifier l’homme, pas l’homme à indiquer des voies à suivre ou affirmer des solutions radicales, ou des solutions tout court, au demeurant. Ce qu’il convient de faire, répète Brassens, je ne le sais pas, je ne donne la leçon à personne.

    Il y a en lui, enfoui sous le masque de l’ours mal léché, un humanisme d’une réelle épaisseur même si, en certaines circonstances, certaines chansons du Sétois atteignent à une réelle virulence et véhiculent des humeurs offensives. C’est le cas de celle-ci, « La Mauvaise herbe ».

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    Avec la divine Juliette Greco et Georges Wilson

     

    La mauvaise réputation est le premier album édité en France du chanteur. À l'origine, il est sorti sous le titre : 'Georges Brassens chante les chansons poétiques (...et souvent gaillardes) de... Georges Brassens', accroche inscrite au recto et verso de la pochette. Il est identifié ici par le titre de la première chanson du disque. L’édition originale est sortie en novembre 1952. Avec les titres de ce premier album, Brassens tout à la fois séduit, surprend, effare, offusque et enchante et, disons-le, assure d’ores et déjà sa postérité. Cette première et tellurique estocade comporte les titres suivants : la mauvaise réputation, le Parapluie, le Petit Cheval de Paul Fort, le Fossoyeur, le Gorille, Corne d’Aurochs, La Chasse aux papillons et Hécatombe.

    Rien que du premier choix, la griffe Brassens est parfaitement identifiable. L’esprit, la vitalité, l’humour, l’élégance, l’originalité, la très salubre inconvenance brasséniens et son catégorique refus de la peine de mort sont là. Le Sétois débarque avec un répertoire qui fleure bon l’anthologie, une science métrique tout à fait inhabituelle, un sens poétique sûr associé à un goût pour la formulation virile et d’emblée, il affiche une personnalité distincte de ce que l’on entend sur la TSF. La Mauvaise Réputation sonne comme un curriculum vitae : il a sa propre route, sa voie indépendante, il n’est ni patriotard ni n’a le goût de la musique qui marche au pas, il ne regarde pas en ennemi le voleur malchanceux, sa route ne le mène pas à Rome. L’autoportrait est assez méticuleux. Par ailleurs, à son détonnant palmarès, on identifie un vigoureux primate qui viole un juge qui a le matin même décidé de l’exécution d’un homme. Des mégères aux poitrines protubérantes assomment des flics, de pauvres clampins de flics sans bijoux de famille dont on se moque sans le moindre scrupule. Un maréchal-des-logis, sous l’intraitable contrainte de quelques furies, crie « Mort aux vaches, mort aux lois, vive l’anarchie ! ». On devine la consternation, voire l’effroi que peuvent engendrer ces chansons proprement inouïes. Voilà une façon de s’annoncer qui n’a rien de protocolaire. Au début, il y a des gens pour se méfier, pour redouter, pour conspuer, pour chercher à repousser cet énergumène moustachu qui dégage un réel parfum d’anarchie. Avec le temps, bien que l’espèce ira en diminuant, Dieu merci, il en restera. Sait-on rien de plus affligeant que les gens qui font l’unanimité ?

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    Avec Paul Fort

    Quoi qu’en pensent ceux que le bon Fallet surnommait « les oreilles de lavabo », Brassens est un compositeur habile et un mélodiste de qualité. C’est le dénuement qu’il a choisi (une ou deux guitares et une contrebasse) qui induit les esgourdes superficielles en erreur. Dans son ouvrage, le 9ème Art paru chez Vokaer en 1978, l’éminente spécialiste de la chanson française qu’est Angèle Guller, tient sur la musique dans l’œuvre de Brassens des propos d’une grande perspicacité. Les voici : « Autant le dire sans plus attendre : si admirables que soient ses textes, qu’il n’est pas interdit de réciter – on l’a fait plus d’une fois -, la musique n’y est pas ajoutée comme un ornement ou un commentaire sonore, elle constitue un élément fondamental, indispensable de ces architectures si précises qu’on n’y peut rien ôter. Elle conditionne le vers et sa métrique, le corrige au besoin, lui donne son élan, son rythme, son mouvement, son allure ».

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    Oui, c’est judicieusement observé. Quoi qu’il en soit, on ne va pas perpétuer ce débat idiot. Ceux, pour paraphraser l’ironique saillie de Brassens, qui ne pensent pas comme nous sont des cons. Transportons-nous en 1983. Ici, on accueille Lionel Hampton, Henri Salvador, Attenoux et Moustache qui jazzent une chanson de Brassens, en l’occurrence, « La Première Fille ».

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    http://www.youtube.com/watch?v=EO6JRfW66bU&list=PL7VIanBMX9G_vYB7ZdGu8Cu5EM4HIsN7M&index=4
    http://www.youtube.com/watch?v=6_w6n9oSW3o&list=PL7VIanBMX9G_vYB7ZdGu8Cu5EM4HIsN7M&index=5
    http://www.youtube.com/watch?v=1OBECR0jan4&index=6&list=PL7VIanBMX9G_vYB7ZdGu8Cu5EM4HIsN7M
    http://www.youtube.com/watch?v=fTvJr4A8ERU&index=7&list=PL7VIanBMX9G_vYB7ZdGu8Cu5EM4HIsN7M