22.09.2007

LE DACTYLOTYPE VIRTUEL

LE DACTYLOTYPE VIRTUEL

Salon Gutenberg

Le Dactylotype Virtuel est une revue de poésie virtuelle qui fonctionne sur invitation.

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Laurent Albarracin

Albarracin

Laurent Albarracin et son fils Martin

Laurent Albarracin est un poète français né à Angers en 1970. Il vit en Corrèze. Pour en savoir davantage sur lui, trois espaces peuvent être consultés :

http://pierre.campion2.free.fr/albarracin_chronique.htm - http://www.lecorridorbleu.fr/index.php?rub=catalogue - http://fr.wikipedia.org/wiki/Laurent_Albarracin

 

Trente-troisième sonnet 

à Véronique Loret

Et le ruisseau en bas est comme un pur méandre,

De l’eau de virage, de la moelle de coude,

Une usine à lambeaux, un doux canon de fonte,

Un grand mélange de forme et de défection.

 

Toute l’eau claire est le tintement des deux rives,

La rivière portant un toast à la rivière,

L’entrechoc des verres chassé en un clin d’œil,

Et du silence criant entre les rochers.

 

L’eau est un vent de plomb, un long canard de plumes,

Une grande dégradation de la lumière 

Sur un lit de tessons, un sang de fleurs, un bras

 

D’eau dans lequel puiser, tirer des mains en coupe

Ou des jambes dégringolantes ; et l’eau court

Précédée d’eau fonçante et de vivats glacés.

 

Trente-quatrième sonnet

à Joël Gayraud

Les cailloux du chemin au fond de la lumière

Se tiennent, bougent comme des œufs de cahots.

Passe sur eux la grande calèche du temps,

Le souffle de l’esprit, déchirement du songe,

 

Toute la silencieuse eau qui les fait briller

De l’éclat poli, du coupant sage qu’ils prennent

Dans l’eau, dans la lumière, dans la rêverie.

Dorment les cailloux sous de hauts rubans de sang,

 

Sous un doux vernis d’or qui leur tranchant aiguise.

Reposent les cailloux cailloux dans les cailloux

Comme en un lit pierreux, un oreiller d’éclats,

 

Inertes, retenus et comme rassemblés

Pour le jet, l’attaque, la lapidation,

Fondus en un seul flot, une même lampée.

 


 

Anne Guilbault

AnneGuilbault

Anne Guilbault est née en 1968. Elle est Docteur en littérature. Elle a publié au Québec Les Citadines (Septentrion, 1995), Loretta (Beaumont, 1999). Chez Maelström, elle participe au recueil collectif Descentes dans le Maelström (2002), elle publie La Cour (2003) et, avec Otto Ganz, On vit drôle (coédition Adage / Maelström).  Pour en savoir davantage sur cette écrivaine québécoise :

www.maelstromeditions.com/Anne_Guilbault_La_Cour....   http://diffusionadage.com/roman.htm   

Joies

Pour et par Pierre, Denys-Louis Colaux,Otto Ganz, Aube

Personne non plus ne devine par quels mystères douloureux on est à son tour traversé rompu et lié à l’éclair ni ce qui dans le corps dépose cette ponte dont l’éclosion ravagera sans fin le cœur battant dans la haute montagne du sang (Werner Lambersy, Maîtres et maisons de thé) 

 

Georgie tient ma main pour ne pas me perdre. La ville défile autour de nous. Les bruits, les odeurs, les couleurs, tout se mélange dans ma tête. On va voir le fleuve on va prendre le train ne marche pas dans les flaques d’eau. Les marchands sentent la sueur, les étalages, la pluie. Une vieille dame a échappé sa canne. Elle vacille. Elle tombe. Une petite fille se regarde dans une vitrine. Partout des gens que je ne connais pas. Partout des gens qui vivent. Je les vois. Ils existent dans ma tête après. Je les emporte avec moi. Ils me racontent des histoires la nuit, quand je ne dors pas. Ils me disent que Georgie ne reviendra pas, que je suis fou, que je n’arriverai pas à recoller les morceaux. Mais ce n’est pas vrai. CE N’EST PAS VRAI! Je les fracasse tous sur le mur dans mon cerveau. Les uns après les autres ils volent en éclats. Je balaie les morceaux dans un coin. Mais même en miettes ils continuent de vivre. Je ne dois pas les écouter. Je dois me concentrer. Georgie est là, avec moi. La ville défile autour de nous. On va chez Tomasz, à la mer. Il fait toujours soleil quand on va le voir. Il ne fait jamais pluie ou neige. Il ne faut pas que je crie. Il ne faut pas que je crie quand Georgie tient ma main. Même s’il y a le soleil dans ses cheveux. Même si mon cœur est trop grand pour ma poitrine. Même si ça fait mal dans ma tête, la vie… (…)

La ville nous encercle tandis que nous marchons vers le port. Elle nous encercle et nous sommes soudés l’un à l’autre au milieu du vacarme. Les sons me projettent contre Georgie. Les sirènes des ambulances, les coups de freins m’emplissent la tête et me projettent contre elle. Nous marchons dans la rue, au milieu de la rue, Georgie et moi, vainqueurs contre les va-nu-pieds des ruelles. Ils nous veulent du mal. Le chien là-bas poursuit un oiseau invisible, le chien de papier mâché, mince comme les pages d’un carnet. Je m’élance vers lui pour le plier en deux. Georgie me tire par la main et la musique me crève les tympans. La voix de Georgie, le chant des oiseaux, les moteurs des voitures, le soleil sur l’asphalte, la musique de tout ça me transperce les tympans. Je ne sais pas qui habite de l’autre côté du fleuve, là-bas, vers où nous allons pour trouver la maison de Tomasz. On avance dans le bruit qui nous avale, sa main dans ma main comme une attache qui m’empêche de perdre mon chemin. Je prends bien garde de ne pas lâcher sa petite main. Faut pas qu’elle tombe. Faut qu’elle évite les crevasses qui s’ouvrent sous ses pieds. Elle dit : « Nous allons quelque part où il y a des arbres. Quelque part où nous serons là sans vouloir être ailleurs ». Paume contre paume, c’est là que nous allons, dans la lumière qui éclabousse nos pas.

Plus tard on arrive au train. On est dans le train. Il siffle. La gare s’en va. Elle s’en va de plus en plus vite. Il n’y a plus ni ciel ni terre ni maisons ni rien. Seulement un mur qui file puis tout à coup des champs jaunes avec des collines vertes. Je regarde dehors. Le paysage va moins vite que la ville. Tout s’en va. Tout nous quitte. Quand tout nous quitte, on tombe par terre. On peut se relever aussitôt, rester debout en gardant l’équilibre, mais la terre s’est mise à bouger sous nos pieds. Il faut alors s’accrocher à quelque chose. Trouver une prise. Ne pas la lâcher. Jusqu’à ce que tout redevienne immobile et qu’on puisse à nouveau marcher sans risque de tomber. Quand Georgie est partie de la maison, mère est tombée par terre. Elle ne disait plus rien. Moi aussi je me suis accroupi. J’ai compté les carreaux du plancher jusqu'à ce que la secousse s’apaise. Je me suis relevé. J’ai regardé mère. Elle n’était plus là. Son visage était fermé comme une tombe. J’ai attendu que Georgie revienne me chercher. Elle est revenue et je n’avais pas oublié son odeur. « Mais tout ça c’était avant », elle dirait avec certitude. Et elle balaierait les images du revers de la main. Avant. Avant ce matin-là dans le train avec Tomasz. Georgie balaie toujours les images du revers de la main quand elle les situe « avant ». Comme si elles n’avaient alors plus d’importance.

Dans le train, nous sommes. Elle caresse la main de Tomasz. Ses jambes sont collées aux jambes de son amant. Elle porte une longue jupe rouge et un pull noir, moulant. Elle est chaussée de sandales noires, avec des courroies croisées qui entourent ses chevilles. La couleur de son rire me heurte le regard. Dans l’enfance, elle rit toujours pour moi. Elle me garde dans son rire. Elle me place dedans. Elle est toute petite pour moi, tendre pour moi, sa chaleur toute pour moi. Dans le train, mes mains ne savent pas quoi faire d’autre que de se plaquer sur la vitre, sur le paysage qui court. Je ne peux pas l’arrêter. Mes mains ne sont pas assez fortes pour stopper le paysage. La terre qui défile emporte les images de douceurs et me laissent avec ce que je ne veux pas voir. Tomasz dans les yeux de Georgie. Tomasz dans son rire. Tomasz dans son parfum. Je veux le ciel bienveillant au-dessus de nos têtes et la terre solide sous nos pieds. Georgie ouvre la fenêtre du wagon. Elle sort la tête à l’extérieur. Son chignon se défait. Tomasz a peur : « Attention, ma chérie! ». Il a peur, mais moi je sais qu’elle ne peut que s’envoler.

On descend du train et tout de suite dans mes mains la chaleur du vent, dans mes yeux le cri des mouettes, dans ma bouche l’odeur du sel. Je me souviens des larmes de Georgie quand nous étions petits. De cela je me souviens clairement. Les maisons autour de nous, les maisons du village que nous traversons, ont des yeux qui nous suivent, des oreilles qui entendent. Faut pas que je crie. Seulement marcher tout droit. Seulement plonger mes yeux dans la noirceur des ombres sur les trottoirs, les ombres des maisons, les squelettes des arbres, par terre, sur l’asphalte. Faut pas que je marche sur les ombres. Ce sont des trous. On peut tomber dedans. Je le sais. Cela m’est arrivé. Je suis tombé sous l’arbre du jardin de mère. Dans le noir j’étais, très creux… Je ne pouvais pas revenir… Quand je suis remonté, le décor avait changé. Les choses que je connaissais étaient différentes. La maison de mère était toute proche. Je la voyais en gros plan. Je regardais les gens et les choses familières et j’en voyais chaque détail, grossi cinquante fois. Mère avait vieilli. Georgie était plus grande. J’ai voulu parler : je criais. Ma voix pour les mots était restée dans l’ombre. Je n’ai pas su aller la chercher parce que mère a fait remplir le trou par des tracteurs. Georgie pleurait, pleurait, des larmes salées qui rougissaient la peau de ses joues.

Le soleil est en miettes éparpillées sur le fleuve. La maison de bois est une ombre qui nous recouvre. Elle craque de partout dans le vent. Les bardeaux de cèdre sont délavés. La peinture des volets est écaillée. C’est ici que Tomasz vivait avec sa femme. « Avant », dit-il, lui aussi. Mais il ne s’agit pas du même « avant » que l’« avant » de Georgie… Il ne peut s’agir du même… Il ne parle pas du cirque. Il n’a pas connu l’acrobate. Son « avant », c’est cette maison derrière laquelle il y a un jardin frémissant avec des arbres pleins de vent et des fleurs pleines de lumière. Personne ne peut arrêter le mouvement ici. Il n’y a pas de buildings pour arrêter le vent, pas de mur contre le son, pas d’hommes qui lancent des insultes. Je cours, je saute dans le vent, j’éclate de partout. Nous sommes seuls ici au milieu de tout. Je me couche dans l’herbe chaude et le ciel tourne. Les nuages s’en vont…  Une fois que le ciel est parti, je me relève. Je reste assis dans l’herbe. Georgie a enlevé ses sandales. Sa jupe touche l’herbe. Oui, toute petite, elle est, comme dans les images d’enfance. Elle est toute là avec la vivacité dans ses gestes. Elle prend possession des objets et des lieux de la maison de Tomasz. Ses pieds sur la galerie, ses mains faisant claquer la porte, puis écartant les rideaux, puis ouvrant les fenêtres, font exister ces choses. Les lieux prennent de la profondeur. Les odeurs de la maison me parviennent : le bois, la poussière. Tomasz fait du feu pour chasser l’humidité. Il bouge les cendres avec le tisonnier. Il ne dit rien. Il ne regarde pas autour de lui. Il n’a pas eu un seul regard pour le jardin en arrivant quand il est allé chercher le bois. Il n’a pas regardé les arbres et les pierres de la terrasse. Il met des heures à faire du feu. Georgie explore. Elle ouvre des fenêtres. J’entends grincer les gonds des portes qu’elle ouvre. Je ne peux pas encore entrer à l’intérieur. C’est la maison de Tomasz et de sa femme d’autrefois. J’attends que Georgie ait exorcisé les lieux, qu’elle ait ouvert toutes les fenêtres pour chasser les fantômes, qu’elle ait claqué toutes les portes et refait tous les lits, qu’elle ait redonné du mouvement aux pendules. Je me répands dans le jardin où tout bat au rythme de mon âme.

 

 


Françoise Favretto

Favretto

Françoise Favretto

Pour en savoir davantage sur Françoise Favretto, consulter : www.sensorg.com

C'est rien un cousin

(texte en cours)

 (...) Retour arrière aux confins de ma naissance, à peine deux mois nous séparent, Gert et moi, on aura la même grand-mère qui nous scellera en nous appelant les jumeaux. La tante, sa mère, nous pose dans le même grand lit d'adulte pendant les vacances, on se refile nos verrues de genou, sang et sang mêlés, on joue et on joue, pas de différence de sexe. Tout le monde court faire pipi le soir au fond du pré contre la clôture, filles et garçons, dans le noir extrême, les pipis d'enfant ça ne salit pas; on ne va pas se relayer devant les cabinets en bois au fond de la basse-cour, il n'y a pas d'électricité et puis on risque de ne pas bien refermer la porte bringuebalante en treillis, traverser parmi les bêtes, c'est risqué, glisser sur les excréments de poules, réveiller les dindons, faire aboyer les chiens, alerter les voisins, la tante a choisi mieux : la traditionnelle course nocturne, senteurs de fleurs, et de pruneaux qui cuisent, c'était toujours l'été, et retour au premeir arrivé (on était 3 ou 4). Pour le retour, c'était facile, on visait le rectangle éclairé de la porte et la "loupiote" falote bouffée des moustiques au-dessus, et ... course folle.

 

Adolescent , Gert s'était replié, parlait peu. Vint un jour chez nous avec sa mobylette. Je pris la mienne, pantalons, casquette bleue et courtes sorties des dimanches sur les petites routes vers les fêtes des villages alentour, on faisait deux ou trois tours dans les baraques, il n'aimait pas danser, on revenait assez vite au fond des dimanches après-midi. Il me confiait la difficulté de vivre dans sa famille, oppressée, oppressante, bouffant du curé à toutes les sauces, il n'en pouvait plus. Il avait un certain flegme et moi pétulante, ça donnait une entente parfaite.

 

Un jour, cela a cessé, il est parti d'un côté et moi de l'autre, on ne sait plus pourquoi. Je me souviens de la souffrance de ne plus le voir, et d'autres souffrances de ne plus voir non plus d'autres de mon âge auxquels j'étais attachée, je dis bien "je" car de leur côté ça ne semblait pas compliqué de passer de l'enfance à l'adolescence, puis d'empaqueter et virer à l'âge adulte sans autre forme de procès, il faut grandir n'est-ce pas, couper les ponts. Puis j'apprends qu'il se marie, très vite, je ne vais pas à son mariage, je suis déjà ailleurs et lui ne fera plus aucun signe.

 

Alors pourquoi se prendre la tête ainsi pour Gert, c'est pas deux ou trois petits souvenirs qui vont se raccrocher à toi comme des sangsues !

 

Il a fait des enfants et il est mort, c'est un destin ! Regarde, né là, et mort pas loin, à un âge où il avait tout fait, et du bien autour de lui. Les éloges funèbres étaient clairs, te voilà rassurée, c'est une vie.

 

Je sais que tu voudrais rechercher encore des souvenirs. Si tu visites sa soeur ou son frère, tu vas être servie, tu peux y aller, et réunir tout cela, ça t'avancerait à quoi, à part écrire un texte où tu l'égrèneras à ta façon ? Et ça pourrait faire un roman, une autofiction comme on dit dans le milieu littéraire...

 

Tu penses à Castoriadis, la part garçon ado est morte. Réfléchis, ce n'est qu'un symbole qui est mort, tu as en toi cette part, elle ne t'est pas enlevée pour autant, ce n'est pas la mort effective de ce jumeau qui... Facile !

 

Il y avait cette intimité d'enfants, qu'on ne peut retrouver plus tard, une chaleur de corps et d'âme, des partages de vie, tout cela entré "trop" tôt dans l'inconscient.

 

Une chasse à la grenouille à trois, on avait inventé les arcs et les flèches, et on pataugeait dans une mare, indiens de fortune pour une proie qui paraissait facile, sauf à prévoir les sauts.

 

L'animal était plus preste que nous.Mais une flèche (un clou) s'enfonce dans le bras d'un des garnements et le sang coule, on accourt près de la grand-mère commune, on garrotte, on soigne. Je ne me souviens plus qui était là, les cousins, c'est presque un conglomérat dans la mémoire, personne interchangeables du reste d'enfance.

 

Alors si tu dis cela c'est que tu vois, tu as projeté encore une de tes obsédantes crises de gémellité.

 

(...) 

 


Amathéü & Otto Ganz

(Amathéü : illustrations - Otto Ganz : texte et poème)

Voir, pour ces deux artistes, les espaces qui leur sont impartis par nos soins dans la catégorie "amitiés".

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Amathéü (photo Otto Ganz)

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Otto Ganz

sites de références pour découvrir ces deux artistes :

http://amatheu.canalblog.com

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Rose,chevaleresque, s'est entourée de ses bras et s'est levée de toute sa hauteur. Les murs n'ont pas tremblé, seuls mes yeux ont bougé, l'accompagnant dans son mouvement avant de lécher sa silhouette tout entière, de haut en bas. Une lumière d'après-midi éclairait la fenêtre ... le fameux miracle de la lumière traversant le verre sans le briser... Une de ses vieilles vitres en manchon, avec ses bulles, ses irrégularités, ses ondulations. Ca projetait un halo doré sur le mur, traversé par l'ombre d'un végétal... une fleur que je lui ai offerte et qu'elle a planté dans un vase sur le rebord de la fenêtre. Rose : une lumière de fin d'après-midi court sur sa peau. Vue d'ici, Rose semble noire, cerclée d'or. Ombre sur ombre, fleur à fleur, ses bras enroulés autour du buste déforment sa silhouette. Quelque chose flotte dans l'air immobile, en suspension. Une suspicion de quelque chose flotte entre deux airs de rien à craindre ... C'est une belle fin d'après-midi et nous nous extirpons des draps ... peau à peau, comme ça, sans avoir eu envie de procéder à quoique ce soit d'autre que cette transfusion de chaleur corporelle. Rose reste droite au pied du lit. Je pense, au travers d'un sourire endormi : "l'image est belle". Je dis niente ... de peur que ce moment posé cesse... Les aiguilles reprennent leur course, mais à mon rythme. Rose soupire : " Il semble que notre temps soit compté". Je suis éveillé d'un coup ! Finie la langueur ! Finie la lumière caressante ! Le monde est resté tel que je l'ai laissé !!! Ma peau est toujours aussi fragile !!! Je me dresse : Rose se retourne, me fait face. Avec un mouvement de feuilles, ses mains forment une coque sur mon sexe ... elle rougit en s'illuminant. "Il fait beau vivre" elle dit en se collant. Mon coeur tente en vain de reprendre un rythme de veille. Badam... Badam... Badam...

* * *

amathé

Halo d’insectes

 pour Denys-Louis

 

Avancée plate paume

sur la ligne imaginaire

qui sépare le rêve quotidien

de l’inerte

 

Avancée plate paume

sur la patinoire

souple

du goût

 

Avancée plate paume

petites envies tièdes

vêtues

à tâtons

 

Avancée plate paume

traversant un voile

comme en tissent

les femmes


 

Avancée plate paume

sur le peau

veloutée

des ombres

 

Avancée plate paume

et lignes de vie

croisant sans surprise

celles rouges du coeur


 

Amarrée plate paume

caressant toujours

le désir  

de n’être pas seuls

 

à y croire


Werner Lambersy

lambersy

Werner Lambersy -  photo : Jean-Pol Stercq

Pour en savoir plus sur cet immense poète, visitez les sites suivants :

www.servicedulivre.be/fiches/l/lambersy.htm  

www.wernerlambersy.com

(Le texte de Werner est en cours de retranscripition et sera inséré sous peu)