La Pharaonne (avec Sam Sam)

  • La Pharaonne (avec Sam Sam)

    Avec pour astre mon amie la belle Sam Sam que je salue et remercie très vivement. Ses photographies sont reproduites avec son autorisation. Elles sont extraites de son espace personnel (photos de profil):

    https://www.facebook.com/photo.php?fbid=1661010777476862&set=a.1374315362813073.1073741825.100007038660197&type=1&theater

    Toutes ces photographies appartiennent à leurs auteurs. A ce superbe album ont contribué Artefact Usw, Laamari Nacera, Arthy Mad, Leila Daquin et Sam Sam elle-même.

    Poèmes : Denys-Louis Colaux

    Avec la musique de Marin Marais : https://www.youtube.com/watch?v=XXnwKlDvvAk

    L  A     P  H  A  R  A  O  N  N  E

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    A P R È S    E L L E
     
    1.
     
    Après
    la valse est lasse et la valise lourde
    et le chemin n’entre plus nulle part
    l’âme sait désormais
    le poids qui leste son épaule
     
    2.
     
    Après
    l’étoile est pâle dans la flaque
    le ciel perd son odeur d’encens
    très doucement tout se délaie
    et l’encre de la pluie
    écrit des lettres
    que personne ne lit
     
    3.
     
    Après
    les trains très loin
    audibles seulement
    par leurs appels désespérés
    descendent sans nous vers le sud
    quand tout en haut
    vers le sommet de la colline
    le cimetière des licornes
     nous hèle
     
    4.
     
    Après
    le grand Nègre qu’on est
    s’avance tout nu dans la neige
    le lait chaud de ses songes
    lève un peu de vapeur encore
    et s’absente dans l’aube
     
    5.
     
    Après
    le Gitan de qui l’aile
    laisse un moignon à notre épaule
    s’assoit dans l’herbe du fossé
    et  regarde verser
    l’épave de sa caravane
     
    6.
     
    Après
    l’Inuit enseveli en nous
    monte s’asseoir parmi les ombres
    et le charbon bleu de sa vie
    s’allonge sous les litres noires
    puis s’endort au verso du rêve
     
    7.
     
    Après
    le cœur est presque nu
    le cœur reste tenu
    dans un cercle de cœurs
    car avec le vinaigre
    l’éponge du cœur absorbait
    l’âme mêlée de sang
    des bien-aimés
     
    8.
     
    Après
    tout le lointain n’est plus qu’un drap
    un oiseau noir occulte la fenêtre
    la chambre penche
    comme une chute d’échafaud
     
    9.
     
    Après
    lorsque le silence a semé
    sa belle blancheur inféconde
    les indices et les gestes d’amour
    -  leurs silhouettes 
    comme des naufragés
    s’en viennent battre la surface
    des grosses eaux tumultueuses
    qu’on laisse derrière soi

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    M É M O I R E    D ' A I L E
     
    1.
     
    C'est il me semble
    un piège pour soi-même
    de chercher à glisser
    les lucioles dans un bocal
    de courir comme deux lièvres
    le graal nocturne d'un visage
    de lancer son lasso
    dans un flot d'étincelles
    à l'assaut des étoiles
     
    Si le rêve c'était
    de tenir en laisse toujours
    le lent nuage de la pesanteur
     
    Laisse la lune
    sur la forêt où tu t'assois
    passer comme le chant
    sur l'échine du bruit
     
     
    2.
     
    Elle a un air de vigne sombre
    désaltérée
    au bleu clair de la pluie
     
    Elle a un air de nuit
    qui retient par leurs ailes
    de longs filaments d'aube
     
    Elle a pour trancher et unir
    le proche et le lointain ouverts
    l'oud et le luth étreints
     
    3.
     
    Allant
    sous le lourd soleil d'août
    il regardait la poutre du ciel bleu
    ainsi qu'un homme résolu
    le chêne
    auquel il va se pendre

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    P R I M A   D O N N A
     
    quoi quel appel
    repris au fond de quel écho
    éteint au fond de quel vallon 
    quoi quel oiseau
    épanoui dans quel azur
    crucifié sur quel horizon
     
    non je ne sais rien à peu près
    du long chemin de ses secrets
     
    quoi quelle enfance
    amarrée à quel estuaire
    arrachée à quelle espérance
    quoi quel poème
    fécondé dans quel golfe d'encre
    noyé sous quelle arche de pluie
     
    non je ne sais rien à peu près
    du long chemin de ses secrets
     
    quoi quel parfum de fruit
    nappé sur quel coulis de nuit
    brûlé sur quel charbon ardent
    quoi quelle neige
    saupoudrée au chevet de quel rêve engourdi
    assise sur le seuil de quel livre savant
     
    non je ne sais rien à peu près
    du long chemin de ses secrets

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    L A   P E I N E   D E   S E S   Y E U X
     
    Je m'assois à la table de ses yeux
     
    Mettez à vos côtés lui dis-je
    afin d'atténuer la force de l'aimant
    pour en soutenir la vertu
    mettez à vos côtés 
    la mort
    l'élan bleu des dauphins
    la torsion noire des baleines
    devant l'écran de la banquise
     
    Parfumez vos cheveux lui dis-je
    au chrême de vos rêves
    rincez-les un instant
    au lait stérile du réel
     
    Pensez lui dis-je
    que le rêve est serti
    dans la bague du vrai
    pourtant
    le vitrail est sublime dans la nuit
     
    Je m'étais assis à la table de ses yeux

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    R E T A R D
     
    Quand je suis arrivé devant la scène où elle dansait depuis une heure, je me suis débarrassé des oiseaux morts empêtrés dans ma tignasse, des livres engourdis dans ma poche, des siècles coagulés à la semelle de mes bottines et j'ai retrouvé, intact, glorieux et mortel, le désir de fumer.  

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