30.07.2008

Jerry Batome Kuitchou

Faire-part de décès pour mes amis Elise Keutchawat et Pierre Kuitchou Batome

Monsieur et Madame Pierre Kuitchou Batome et Elise Keutchawat

ont l'immense douleur de vous faire part du tragique décès

de leur fils aîné

Jerry Batome Kuitchou

survenu ce 24 juillet 2008 lors d'un camp de vacances dans le Jura

Pierre Kuitchou Batome et Elise Keutchawat, 8, rue du Marly, 5537 Annevoie

Nous vous invitons à recueillir au cœur de votre mémoire le souvenir de notre enfant bien-aimé né le 6 septembre 1993 et tragiquement décédé ce 24 juillet 2008. A peine déployées, ses ailes se sont refermées. Notre détresse et notre malheur sont immenses. Seul l’amour que nous portons à notre fils les dépasse. Comme une île dépasse la mer.

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Jerry Batome Kuitchou

 

Il n’y a pas de plus terrible dépossession, le malheur franchit ici la limite du supportable, nous avons eu l’impression d’être jetés dans l’obscurité. Du fond de notre désespérance, nous nous engageons, par amour et par fidélité, à maintenir et à protéger l’étonnante qualité de lumière que produisait la jeunesse de notre enfant. Il est désormais établi entre notre âme et notre cœur comme un précieux trésor qu’il faut défendre contre toute espèce de poussière. Que Dieu, que tous les hommes de bonne volonté émus par notre tragédie nous assistent dans cette promesse de sauvegarde.

Dès aujourd’hui, nous adressons un salut plein de reconnaissance et d’affection à tous ceux qui nous ont témoigné leurs sentiments par des paroles et des actes, nous ont apporté un soutien et ont souhaité s’associer à notre désarroi.

VEILLEE POUR JERRY

9 août 2008 - Annevoie

Chers amis,

 

Ce soir, nous sommes réunis pour honorer, au cours d’une veillée, la mémoire de Jerry Batome Kuitchou, bien-aimé fils de Pierre et d’Elise. Tout d’abord, nous nous sommes recueillis et nous avons prié avec le Père Maldague. A présent, pour célébrer la présence de l’enfant parmi nous, pour honorer son berceau natal, pour donner sens au cercle que nous voulons former autour de lui, ses parents et ses amis, par intervalles, liront des poèmes d’écrivains camerounais qui tous, chacun à leur façon, cherchent l’humanité, la foi et pensent la dignité de l’être humain. C’est bien autour de cette dignité, de ce respect de l’être que nous voulons ce soir former une assemblée.

Ainsi, notre veillée autour de Jerry sera un temps de parole et d’échange. Tous les quarts d’heure, un membre de la famille, un ami viendra nous faire une lecture. Pour chacune de ces lectures, nous ferons silence, nous serons dans l’écoute, dans le respect et dans le recueillement. Entre ces temps de lecture, nous nous rencontrerons, nous évoquerons le souvenir de Jerry. Tous ensemble, réunis dans un esprit de célébration, de paix et de rencontre, nous ferons honneur à Jerry. A la demande d’Elise et de Pierre, je veillerai au protocole de cette veillée et annoncerai les lectures. Soyez tous les bienvenus ce soir.

Pour ouvrir notre veillée, nous allons entendre un poème de Gabriel Haipam.

 

 

Gabriel Haipam

 

 

HAIPAM GABRIEL est un étudiant et poète camerounais. Il est né en 1979 à Guiseye-Ardaf, petite localité de l'extrême-nord du pays. Il est actuellement à l'université de Douala où il suit les cours de français et d'études francophones.

 

Laissez-moi me perdre

A la plus inouïe demeure des animaux.

Que dis-je ?

Laissez-moi me recueillir

Dans les gibecières des forêts

Laissez-moi,

Je dis laissez-moi

Me ressourcer

Auprès des pygmées

Pour connaître parfaitement

L’Afrique de mes ancêtres

Pour expliquer

Sans coup férir

L’histoire ancienne

Du Cameroun

Ce n’est pas possible !

Qu’est-ce cette manière ?

Laissez-moi donc retourner

Aux cimes des montagnes

Du Mayo-Sava

Pour renouer

Avec les sentiers battus

Des déraisons

Je ne dis pas

Qu’il faut absolument me suivre

Mais,

Je crois

Que la vérité

La vraie vérité naturelle

De mon être d’Africain

Se trouve dans l’univers

Micro et macroscopique

De l’Afrique

Afrique écoute la voix 

 

 

René Philombe

 

L'écrivain camerounais René Philombe, auteur d'une vingtaine de livres traitant aussi bien de la paraplégie qui l'a frappé à l'âge adulte ou de son engagement politique, considéré comme révolutionnaire, est décédé le 25 octobre 2001 à Yaoundé. Il était né en 1903, à Ngaoundéré.

 

J’ai frappé à ta porte
J’ai frappé à ton cœur
Pour avoir un bon lit
Pour avoir un bon feu
Pourquoi me repousser?
Ouvre-moi mon frère !…

Pourquoi me demander
Si je suis d’Afrique
Si je suis d’Amérique
Si je suis d’Asie
Si je suis d’Europe ?
Ouvre-moi mon frère !

Pourquoi me demander
La longueur de mon nez
L’épaisseur de ma bouche
La couleur de ma peau
Et le nom de mes dieux,
Ouvre-moi mon frère !…

Je ne suis pas un noir
Je ne suis pas un rouge
Je ne suis pas un jaune
Je ne suis pas un blanc
Mais je ne suis qu’un homme
Ouvre-moi mon frère !…

Ouvre-moi ta porte
Ouvre-moi ton cœur
Car je suis un homme
L’homme de tous les temps

L’homme de tous les cieux
L’homme qui te ressemble !…
 

 

David Mandessi Diop

 

De son nom complet David Mandessi Diop, il est né le 9 juillet 1927 à Bordeaux, d'un père sénégalais et d'une mère camerounaise. Ses premiers poèmes sont publiés en 1956 dans un recueil intitulé Les Coups de pilon. Il meurt au large des côtes du Sénégal dans un accident d'avion le 29 août 1960.

 

Afrique mon Afrique

Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales
Afrique que chante ma grand-mère
Au bord de son fleuve lointain
Je ne t'ai jamais connue
Mais mon regard est plein de ton sang
Ton beau sang noir à travers les champs répandu
Le sang de ta sueur
La sueur de ton travail
Le travail de l’esclavage
L'esclavage de tes enfants
Afrique dis-moi Afrique
Est-ce donc toi ce dos qui se courbe
Et se couche sous le poids de l'humilité
Ce dos tremblant à zébrures rouges
Qui dit oui au fouet sur les routes de midi
Alors gravement une voix me répondit
Fils impétueux cet arbre robuste et jeune
Cet arbre là-bas
Splendidement seul au milieu des fleurs blanches et fanées
C'est I'Afrique ton Afrique qui repousse
Qui repousse patiemment obstinément
Et dont les fruits ont peu à peu
L'amère saveur de la liberté.


David DIOP, Coups de pilon dans Présence Africaine, 1956.

 

Mekoul Israël Jacob Baruc

 

Mekoul Israël Jacob Baruc est né le 16 juin 1981, à Nguélé mendouka, département du Haut-Nyong, Province de l'Est Cameroun. Le poème, Senghoriens, est inspiré par Lépolod Sédar Senghor. Léopold Sédar Senghor est né à Joal au Sénégal, le 9 octobre 1906 et mort à Verson, en France, le 20 décembre 2001. Il était un poète, écrivain et homme politique sénégalais. Il a été le premier président du Sénégal (1960-1980) et il fut aussi le premier Africain à siéger à l'Académie française.

 

Senghoriens

Verson où vieillit le sage !
Tu es un pont où sourit le soleil
Paradis si doux de mes rêves
Que je forme pour mes senghoriens.

Senghoriens, ce sont mes vers si souriants
Au regard écarlate d’une Normande
Entre deux pauses que je tape en riant
Sur la verdure mauve du monde.

O Senghor ! Ô Verson ! Ô Colette ! Ô Joal !
Les rues de mon cœur s’allument
Au petit bijou de tes hivernages
L’hiver est déjà là, ô mon ange !

Est-ce à Lyon que j’irai allumer
La bougie qui fait briller le visage de la Vierge
En
attendant le premier cri de l’enfantement
Du sauveur dont le retour est attendu.

Senghor ! Toi qui fabriques le tissu universel
Sur lequel chacun fait sa broderie
Voudras-tu encore jouer au ping-pong
Ou bien valser avec Béatrice Bettoumi.

Mon cœur s’allume aux sourires humains
Dehors tout brille bleu, blanc, rouge
Et mon cœur s’enivre de ta prose
Senghoriens, dis-moi l’amour des humains.

Je voudrais que la cigarette fume
Afin que la fumée des peuples neufs
Embrase toutes les rues de notre terre
Pour que ce soir d’espoir renaisse.

Senghoriens, amis du monde aveugle
Prenez le parapluie de la madone
Abritez-vous sous ses belles dentelles
Et que sa finesse vous endorme.

Ce soir, sur le sourire doux de Verson
Voilà nos peuples rassemblés pour la vie
L’odeur des roses commence son exhalaison
L’ Homme est né. Il goûte déjà la vie.

 

Israël Jacob Baruc Mekoul (Poèmes pluvieux)

 

 

Notre Enfant

Pour Elise et Pierre, de la part de leur ami Denys

 

 

Vous n’avez pas vêtu votre enfant pour qu’il se perde

Vous ne l’avez pas chéri pour qu’il s’anéantisse

Vous ne vous êtes pas étonnés de lui pour qu’il disparaisse

Son beau visage d’astre doux n’a pas pris la forme de la terreur

Il ne sait pas, il dort, on dirait qu’il veille

Parmi vous, avec vous, à mille lieues de vous

Comme un oiseau déposé dans l’idée du vol

Dans l’idée du ciel, dans la lointaine et accueillante idée du ciel

 

Que faut-il dire ?

La fin du monde est passée sur nous

Oui, il faut dire : « c’est trop de souffrance pour nos bras,

C’est emplir nos cœurs de trop de misère

Nous craignons de perdre notre souffle »

Il faut dire aussi : « notre amour de lui n’est pas fatigué

Il est neuf comme la jeunesse de son sourire

Comme la vitalité de son élan »

Il faut dire, que sais-je, moi qui ignore tout,

Il faut peut-être dire : « notre amour est tel qu’il ne s’arrête pas,

Notre amour est tel que la forge de son cœur bat tout le fer du monde,

Le souffle violent de la nuit n’éteint pas l’âtre de notre amour,

Nous ne renonçons pas, nous venons à dix, à cent, faire cercle autour de lui »

 

Il faut dire peut-être : «  Ce bel enfant est le nôtre,

Ce touchant et solaire enfant d’ébène et d’émail,

ce sourire de laine toute neuve

ce grand regard constellé d’étincelles et d’étoiles

nous appartiennent,  

voilà le vrai,

le plein mystère,

Voilà le cri déchiré de la tendresse humaine, cet enfant est le nôtre,

ni le chagrin, ni la détresse, ni nos bras qui tombent de dépit,

ni l’averse de nos larmes, ni les tumultes de nos incompréhensions

ne nous priveront de lui.

Il est à nous, nous souffrons, il est à nous,

que Dieu et toutes les ailes du monde se penchent sur lui,

que toutes les musiques bercent son sommeil

mais il est à nous, nous ne renoncerons pas, il est à nous,

il est au bout de nous comme la lumière sur l’horizon.

Et la vie qui passe, Seigneur assiste-nous, le malheur qui frappe

Ne peuvent pas défaire le nœud puissant de l’amour,   

Voilà quels sont notre lien et notre volonté. »