Denys-Louis Colaux - Page 5

  • Peregrina - Le premier album 5 titres + 1 de Rita Damasio

    R I T A   D A M A S I O

    Peregrina, son album 5 titres + 1 est là et c'est une merveille

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    Rita Damasio par Andreas Vanpoucke, peintre et graveur belge

    Avec l'équipe de Lhasa de Sela

    A & a & a Lhasa.jpgPour réaliser son magnifique album, Rita Damasio a bénéficié de deux collaborations magistrales, deux complices de notre très regrettée Lhasa de Sela. Lhasa, c'est la bien-aimée de Rita. Nous nous sommes connus, Rita et moi, dans la détresse du décès de Lhasa (ce qui arrive dans le sillage de Lhasa est pur bienfait). Aujourd'hui, Rita est à l'oeuvre avec les magiciens de notre elfe. Il y a une sororité secrète, merveilleuse. Les deux complices de Lhasa sont musiciens, ils apportent la qualité d'un son, l'originalité d'un pouls, une atmosphère, une vibration et ils sont aussi réalisateurs et producteurs : Jean Massicotte (guitare acoustique, basse, guitare électrique et clarinette) et François Lalonde (batterie, percussions, xylophone, guitare électrique, percussions sur eau). Le line-up complet de l'album est lisible ci-dessus. Pour l'essentiel, Rita Damasio est au gouvernail de ce Peregrina somptueux dont elle signe les textes et les musiques. Rita libère les oiseaux qu'elle a longtemps couvés, l'essor est superbe. 

    https://www.youtube.com/watch?v=0jEPKK_2OIo

    https://www.youtube.com/watch?v=ng-o4gQQFAE

    U n   a l b u m   m a g n i f i q u e

    Avec un premier titre, Rita Damasio nous avait enchantés. Mais le pari est désormais tenu, six titres sont là et ils forment une suite musicale d'une qualité exceptionnelle. C'est l'album du début d'année, le petit chef-d'oeuvre espéré. Je renoue là avec une émotion que je n'avais pas connue depuis longtemps. C'est Rita la tragédienne, Rita la liqueur de chant, Rita du fado, Rita la douce, Rita la soie, Rita la braise de rose, Rita le velours du Portugal, c'est Rita la beauté, Rita la douleur, Rita la mère, Rita la navigatrice, Rita la voix, Rita la foi, c'est Rita la citoyenne du monde qui entre en scène. Et qui culmine. Cette Rita démultipliée accomplit des merveilles. Elle a trouvé son chemin, il est doré de lumière, approfondi d'ombres, il est ouvert en majesté. Il n'y aura pas, en 2017, je vous l'annonce, dix albums de cette classe. Vous avez rendez-vous avec le souffle, avec le voyage, avec le feu et les lueurs d'humanité. Si vous les manquez, vous serez responsables. Impardonnables. Je ne plaisante pas. Nous sommes quotidiennement, d'heure en heure, assaillis de crottes sonores, de déjections acoustiques, nous souffrons passivement cette dictature du médiocre. La seule rébellion possible, c'est d'entendre et d'accueillir le talent quand il se manifeste, quand il passe.  Cet album de Rita est un passage du talent, happez-le, faites-le vôtre. Enfin, il y a un adjuvant personnel. J'en parle avec joie, comme on parle de la chance, comme on évoque le passage enchanteur d'une comète ou d'une fée. Une bénédiction. La diva me fait l'honneur de mettre un de mes poèmes en musique. Oh, je l'aimais depuis longtemps, depuis la première fois que je l'ai entendue chanter au sein de Madredeus e a banda cosmica. Coup de foudre sonore, immédiat, plein. Nous échangions des courriers depuis un certain temps. Je lui écrivis : "Un doute m'assaille, êtes-vous la chanteuse portugaise ?". C'était elle. Quelle aubaine ! Je connaissais déjà quelques-unes des chansons qu'elle interprétait. J'adorais Estrada da Montanha ou Eclipse

    https://www.youtube.com/watch?v=8YwyfCcSSvc

    https://www.youtube.com/watch?v=mELKc0EYyQU

    Et là, d'un coup, à travers une affection commune pour La Llorona, nous faisions connaissance. Petits miracles dans le sillage de Lhasa. Aujourd'hui, Rita a mis un de mes poèmes à son répertoire. Elle le chante en français. Jadis, Rita a vécu en France. De ma vie, jamais un de mes poèmes n'a été honoré ainsi. Jamais un de mes poèmes ne s'est aussi bien porté. Elle lui a appris à voler, à respirer, à traverser la nuit. Je suis empli d'affection et de reconnaissance. Enchanté, ensorcelé par le chant. Ravi que cette merveilleuse hôtesse ait recueilli un de mes poèmes entre ses bras et l'ait ainsi chéri. Pour moi, le beau visage de Rita est donc aussi celui de la chance, celui d'un exaucement secret : être un jour chanté par une diva que j'admire. Le poème m'a offert cela. Cette diva, ce n'est pas n'importe qui, c'est Rita Damasio. C'est une colline dans la vie d'un poète. Un instant de fierté dépourvu d'orgueil. Quelque chose de pur et de très intense. Une fleur sur mon vieux cœur. Merci, ma petite sœur de Lisbonne. 

    Ecouter l'album ou l'acheter

    Pour écouter l'album en streaming : 

    https://play.spotify.com/artist/2UkfgddYT7EakzuIzEWFTj

    pour acheter le disque il y a la platforme cd baby: 
     

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  • Candy Ming

    C A N D Y    M I N G

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    Photographie de Miss Candy dans le film Henri de Yolande Moreau

    Au sommet de la dynastie des Ming, Miss Candy

    http://www.missming.net/

    https://www.facebook.com/profile.php?id=100010791451306

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    Candy Ming avec Yolande Moreau

    J'ai découvert hier, en regardant Henri, le très beau film de Yolande Moreau (actrice et cinéaste supérieurement douée), un oiseau féminin tout à fait inédit, un oiseau marcheur, lumineux, charmant, habité, pesant, léger, une bille irrésistible, une voix, une allure, une présence hypnotique, un être formidablement attendrissant. Je n'aime pas paraître béatement sentimental, sombrer dans la sensiblerie mais, bon, Candy Ming, c'est la nouvelle forme, la forme totalement inédite de la femme fatale. On ne peut la voir sans l'aimer, sans espérer que la vie sera toujours noble et digne avec elle (sans déconner donc, puisque la vie est un véhicule aveugle et insensible), sans rêver que mille nouvelles occasions nous seront offertes de contempler son talent inédit et charmant. 

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    Candy Ming avec Gérard Depardieu dans Mammuth

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    Avec Isabelle Adjani et Gérard Depardieu

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    Henri

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    Henri

    Actrice, Candy Ming jouait déjà, avec Depardieu, Poelvoorde, Yolande Moreau ou Isabelle Adjani, dans l'excellent Mammuth de Kervern et Delépine en 2010. Avec la même équipe, aux côtés de Dupontel, Moreau, Poelvoorde et Lanners, elle joue en 2012 dans Le Grand Soir, prix spécial du jury à Cannes, la même année. On la voit aussi dans le film L'Hermine de Christian Vincent en 2015 avec Fabrice Lucchini et Sidse Babet Knudsen. Sa première apparition au cinéma date de 2008, elle tient un petit rôle dans Louise Michel de Kervern et Delépine, avec Moreau, Lanners, Kassovitz. Dans le désordre, Candy Ming est aussi peintre et dessinatrice, poétesse, lectrice, chanteuse. Elle est fait partie du monde délirant, féroce et indispensable de Groland conçu par l'équipe de Jules-Edouard Moustic au temps de la splendeur de Canal +. Sur le site de Miss Ming, vous trouverez des poèmes, des happenings, des bandes annonces. Vous trouverez une suite de peintures, de dessins et de collages de l'artiste. Vous trouverez également tous les courts métrages dans lesquels Miss Candy sévit :

    http://www.missming.net/courts.html 

    https://vimeo.com/candyming

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    Candy Ming à la une de L'Impératif

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    Ici, on entend les chansons de Miss Candy (écrites et interprétées par elle et livrées sur un mode pop minimaliste singulier et craquant). C'est une sorte de punk hilarant, lunaire, semi-destroy et semi-d'étoile. Des souris chantent, des chiens aboient, des vers coquets dansent avec des robes de comptines, des pierrots et des moineaux passent, des trucs tintinnabulent, des sons électriques valsent, on chante dans des entonnoirs, c'est maboule, grisant, c'est tex avery sous acide, disons sous cannabis, oui, sous un bon cannabis ou sous bulles de savon, c'est joli, touchant, écrit. La Chandelle magique est allumée par les deux bouts.  

    http://mecapop.bandcamp.com/album/credo-quia-absurdum

    Ensuite de Candy Rainbow (Miss Ming déborde de blazes allumés), il y a Sucre d'orge. Musique plus élaborée, plus radiophonique, plus grand public. J'ai écouté quelques extraits. De la pop acidulée, charmante, délicieuse, provocante. La voix de la jolie Miss est très plaisante, pétillante, malicieuse, polissonne, libertine. Ludique !

    https://rdcstudios.wordpress.com/2013/09/09/candy-rainbow-sucre-dorge/

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    Voici le lien pour les recueils poétiques de Miss Candy. J'ai pu lire quelques extraits qui m'ont charmé.

    http://www.hypallage.fr/ming_hypallage.html

    Enfin, La Désencyclopédie du Groland :

    https://www.bod.fr/livre/candy-ming/la-desencyclopedie-du-groland/9782322076604.html

    Enfin, Miss Candy poursuit des études en langues modernes, arts plastiques, sociologie et art du spectacle. 

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    Candy Ming et le génial De Kervern

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    Quelques œuvres de Candy Ming

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  • Tom Colaux expose

    TOM COLAUX

    E    X    P    O    S    E

    du 9 au 20 décembre 2016

    Hôtel de Ville de Florennes

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    A peine rentré de l'expo, j'envoie, avant d'écrire quoi que ce soit, un petit message à Tom : Tom, ton expo à Florennes est une vraie réussite. La suite de photographies que tu proposes est supérieurement aboutie, avec un vrai contenu, une charge émotionnelle puissante, un rendu technique superbe, une vraie réflexion esthétique. Chaque image est habitée, elle porte une qualité de présence exceptionnelle. Chaque photo dit aussi ta qualité d'homme, ta présence parmi les autres, la générosité et la noblesse de ta nature. Je suis épaté et ravi d'avoir vu ça. Cette expo confirme qu'un talent est en train de s'épanouir. Soutien total, grand, immense respect et salut enthousiaste. Je garde ce message parce que ce qui est écrit dans le moment qui suit la visite d'une expo représente, quand on est conquis, un frisson qui essaie de tout dire. Il n'y parvient sans doute pas mais il a pour lui sa qualité de vibration authentique, presque nue. 

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    Un jeune et talentueux descendant de l'école humaniste

    Ah, voilà, les choses sérieuses commencent. L'affaire prend un autre tour, une autre dimension. Le jeune et fringant Tom Colaux se fait prophète en son pays et expose dans sa ville. Tom, c'est un très beau type, une gueule et une allure d'étoile du ciné, un jeune gars plein de vitalité, de fougue, de morgue, de talent, d'humeurs sombres, de spleen, de doutes existentiels, de protestations et de passions et il est habité, profondément, par un idéal fondé sur le respect, l'intérêt, l'altruisme, la justice sociale, la compassion, la curiosité. Son exposition d'ailleurs le rattache très clairement à l'école humaniste de la photographie. La touchante façon dont il a pris la parole lors du vernissage de son exposition dit l'être très sensible et fougueux, résolu et émotif, ouvert et réceptif qu'il est. Une année durant, le photographe a fréquenté le service c'accueil de jour Le Pouly à Jamagne. Le Pouly est agréé pour accueillir en service d'accueil de jour, 20 adultes, des deux sexes, bénéficiaires des prestations de l'Agence Wallonne pour l'Intégration des Personnes Handicapées, atteints de déficience mentale  modérée ou sévère avec éventuellement un handicap associé tel que troubles graves de la vue, de l'ouïe ou de la parole, épilepsie. C'est là, à Jamagne, qu'avec une patience infinie, un subtil désir d'apprivoiser et de partager, un capacité à ouvrir la relation, une aptitude à donner autant qu'à recevoir, avec une humanité droite et franche, avec un talent immense, précieux et intelligent, Tom a photographié les êtres et les lieux. En douceur, en connivence. Dentelles de la relation humaine. Complicités implicites. Il ne suffit pas de voir l'autre, il faut se révéler à lui, lui donner à saisir avec quelles intentions on est là. Tom convainc. Les photographies - il y a là des images d'une beauté saisissante, inhabituelle, des photos habitées par une bouleversante qualité de présence, des images qui attestent une estime et une confiance réciproques entre l'artiste et le modèle - révèlent l'élégance du photographe, sa maîtrise du noir et blanc, sa signature artiste, ses préoccupations sociales et ce filigrane étrange et magique qui signifie que l'âme fait de l'intérieur frissonner et irradier l'image accomplie. Ces images montrent encore autre chose de tout à fait essentiel : la dignité, l'étrange charme que ces êtres photographiés exercent sur nous, l'intensité de leur lanterne intérieure. Oui, il se passe quelque chose d'important et de respectable dans ces photographies, quelque chose qui a la faculté étrange de nous rasséréner et de nous élever. Il y a chez Tom une façon altière et respectueuse de porter le regard, d'accueillir l'autre dans son champ de vision. Pour reprendre l'heureuse formule de Claudel, l’œil écoute. Et c'est une écoute rare et pleine de talent. Cette expérience de découverte de l'autre et de sa particularité donne lieu à une première oeuvre faite d'une trentaine de photographies. Une oeuvre, oui. 

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  • Martine Rouhart - "Proche Lointain"(Edtions Dricot, 2016)

    Martine Rouhart - Proche Lointain

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    a martine rou 2.jpgC'est très embêtant. vraiment. J'ai horreur de dire du bien de mes collègues écrivains belges. Je n'aime pas ça. Cela donne l'impression que l'on quitte sa tour d'ivoire ou son auge privée, son oubliette pour aller copiner au Café du Commerce. Mais il y a quelque chose qui doit prendre le pas sur toute forme de prévention ou d'hostilité ou même de règle morale : c'est la nécessité impérieuse de reconnaître le talent et de le saluer quand il passe. Assez taquiné le goujon, assez plaisanté, la Belgique est un vivier de morts magistraux (on se souviendra que je hais les poètes vivants!) et venons-en aux affaires. Martine Rouhart, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, juriste de formation, est une écrivaine belge née à Mons en 1954. C'est le premier ouvrage d'elle qu'il m'est donné de lire.

    Voilà la chose. En six heures, j'ai dévoré l'ouvrage. Pourquoi ? Essentiellement parce que c'est un excellent ouvrage. Un ouvrage soutenu, tendu, sans faille, sans essoufflement, qui se tient et qui tient son lecteur.

    C'est la genèse, la maladie, l'agonie et le salut d'une amitié. En périphérie, c'est le regard d'un être (le narrateur) sur les êtres qui comptent ou ont compté dans sa vie, sur ce qu'ils ont bâti ou manqué ensemble,  sur la façon dont chacun a eu ou a une influence sur le parcours de vie du narrateur. Le livre, d'un bout à l'autre, a une épaisseur, une densité humaine. Voilà un ouvrage bien conçu, bien ourdi, bien mené, un récit conduit à l'écart des anecdotes. Et ce n'est pas seulement l'étude d'une amitié en péril. Le roman consiste en la minutieuse et douloureuse radiographie d'une amitié (avec des prolongements, des échos, des retours dans la seconde partie), en la précise et émouvante radiographie d'une relation conjugale, en la sensible radiographie d'une relation père/fille. Tout cela s'enchevêtre comme des groupes instrumentaux qui concertent. La musique du livre existe. Oui, j'identifie l'amoureuse de la musique dans les variations qui composent l'oeuvre et la font vibrer d'un bout à l'autre. La facture est intelligente, subtile, sobre, efficace. Dans l'ouvrage, la pensée se porte bien, elle se dit avec une belle sensibilité. Les toiles relationnelles s'ourdissent dans une complexité vraisemblable, au-delà du superficiel et du convenu, avec une poignante acuité. L'oeuvre est profonde, douloureuse, exigeante, une vraie qualité d’humanité (sans complaisance) la traverse de part en part. Le roman épouse la flexibilité, l'instabilité des relations humaines. Et cette volonté de constance qui les habite, les maintient, les défend et les perturbe. Il épouse les secousses sismiques, les mouvements de mélancolie et de rejet, toutes les incertitudes, les fluctuations, les empreintes, les altérations et les permanences d'une relation. Il traduit parfaitement le trouble profond, déchirant d'un être et d'un duo en pente de duel. J'aime, comme c'est ici le cas, - sur une volte qui m'enchante ! les mises en abîme au sein des ouvrages. Un livre naît dans le livre. Et c'est ce livre coécrit par les deux amis en instance de rupture qui donne son titre à l'oeuvre. J'aime dans ce livre à quatre mains cette réponse, cette collaboration in extremis. C'est une trouvaille romanesque précieuse, passionnante. C'est bien au demeurant, à une romancière de dire, d'affirmer le pouvoir du livre ! A l'écart du sacre et du massacre, ce livre sur l'amitié apporte au thème un souffle différent, un regard scrupuleux et nuancé. Il porte des interrogations qui survolent de très haut les clichés. Je n'ai pas trouvé un obstacle sur le courant de l'ardente curiosité qui a conduit ma lecture de l'ouvrage. Et je salue avec respect et estime ce livre qui s'avançait vers une désespérance secrète et prend fin sur une mort doublée d'une rédemption somptueuse.

  • Marcel Gotlib

    Adieu au considérable Marcel GOTLIB

    http://www.marcelgotlib.com/

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    1934-2016

    a got 14.jpgMarcel, la Shoah le frôle de très près, il s’appelle Gottlieb (avant de devenir Gotlib), il est juif hongrois. Il y laisse de sévères plumes. Son père ne reviendra pas de déportation. Marcel est passé à travers les mailles du destin. Heureusement. On ne pouvait pas faire l'économie d'un type comme ça. Une force de frappe indispensable à la France malpensante, enfin, la France qui me plaît, celle qui marche à l'écart des clous, qui traverse où ça lui chante. La France espiègle, anar, irrévérencieuse. Moi, je ne suis pas un grand amateur de bd. J'aime Franquin, Tillieux, Goscinny, Bilal, j'aime l'équipe du grand Charlie, Reiser, Siné, Wolinski, Cabu, Pétillon, Gébé, Charb, ... Mais Gotlib, c'est autre chose, c'est un vieux coup de foudre. Un Pirate magnifique sur les encres de la bd. Lui, le somptueux fouteur de gueules, il fait passer son bac à la bd, il la propulse, pimpante et alerte, dans le monde des adultes. Où elle est reçue comme un bienfait libératoire. Totalement montypythonisé, Marcel, armé d'un trait magnifique, va mettre le ver dans la pomme du dessin, un ver génial, hilarant, totalement irrésistible. Il va bouleverser l'espace de la case et de la planche, y semer une anarchie salvatrice. Humble, accessible, rigolard, il va réjouir et moquer la France profonde, la déniaiser, lui faire découvrir l'hilarité, l'absurde, le nonsense, le camouflet. C'est un regard mémorable qu'il pose sur son époque, c'est un genre inédit qu'il impose à son temps. On ne riait pas comme ça, avant Marcel. On n'avait pas de telles audaces, de telles trouvailles, une pareille maboulerie. Moi, quand j'ai mis la main sur mes premiers Gai-Luron, je n'en revenais pas. Avec Marcel, j'ai été de surprises en surprises,  enchanté souvent par le ton, le trait, la liberté, les malices, l'art consommé, exemplaire du foutage de gueules. Il a été aimé, ce type-la. Beaucoup. Ce serait bien qu'il le fût longtemps encore. C'est un géant. L'héritage que nous laisse Gotlib est énorme, plantureux, précieux, varié. C'est , - sûr que ça le ferait rigoler ! un grand Français, un Français qui compte dans l'histoire de l'esprit français. Un révolutionnaire dans le monde de la bande dessinée. Inutile de chercher à minimiser les choses : quand on a du génie, dans quelque domaine que ce soit, c'est encore et toujours du génie. A mes yeux, Marcel, c'est un géant, une hénaurmité considérable. Le palmarès est fabuleux, je salue avec admiration, respect et tristesse. En voici quelques indices.

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