Denys-Louis Colaux - Page 2

  • Suzy Cohen

    S U Z Y    C O H E N

    La liberté féconde

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    Ah ! trouillards de la vie
    Quelle oreille avez-vous
    Pour la coquille rose
    Où l'on entend
    La mer sombrer
    Avec ses mouettes
    L'atoll avec ses temples

    A quoi sert de lisser ses plumes
    Pour ne pas les laisser
    Briller au soleil de la vie

    A quoi sert le feu
    Si l'on ne s'y consume

    Suzy COHEN

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    Suis-je bien la femme

    Mûre que l'érosion

    Du temps a sculptée

    Ou la gamine éberluée

    Qui renaît parce qu'un stimulus

    Est revenu ... une odeur, une peau

    Les temps se confondent

    Le passé remonte à la surface,

    Le présent s'en retourne

    Au passé

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    a suzy cohen 1.jpgPoétesse, plasticienne, dessinatrice, collagiste, peintre, écrivaine, porcelainière et enseignante, Suzy Cohen est déjà apparue dans nos chroniques.  Il fallait, pour rendre justice à son envergure, qu'elle y eût sa place parmi les invités d'honneur. 

    http://denyslouiscolaux2.skynetblogs.be/archive/2017/03/06/les-chroniques-du-poisson-pilote-n-32-8707202.html

    Ici, sans autre désir que de louer un talent, je vais errer entre poèmes et œuvres graphiques, flâner dans les grâces d'une oeuvre à laquelle je suis particulièrement sensible. Et je vais recueillir. Je n'aurai pas aujourd'hui épuisé le sujet, loin s'en faut. Ceci me laissera, en outre, sur le réjouissant devoir d'y revenir. Tout au plus aurai-je laissé entendre pourquoi il me passionne. D'abord parce que Suzy Cohen, en tout ce qu'elle entreprend laisse transparaître, jusque dans ses pièces graves, une jubilation, un plaisir intense de la création et du partage immédiat. Elle n'a pas le souci de la représentation, elle danse dans une liberté inédite, elle est portée, elle livre dans l'élan, dans le goût du partage. Elle est artiste comme on est Gitane, dans une giration superbe seulement attentive à sa fièvre, à la grâce de son geste, à l'appel incessant vers le départ, elle est artiste à la façon du danseur de Nietzsche qui, de pas en pas, va sans cesse de l'anéantissement à l'art, de la destruction à la création.

    Dormir, je ne peux

     Bercée pas tes mots

     Par tes vibrations

    Par ta sobre aristocratie

    D’homme des bois

     Par tes rythmes

    Par ton océan d amour

    Par mon corps tendu

    Comme un arc

    Qui appelle ta peau

    Par ton prénom

    Double et unique

    Par cette lumière rayonnante

    Que tu portes pour éclairer

    Les chemins de ronces

    Et parce que tu m entoures

    Au lieu de m’encercler

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    Tricote-moi

    Des rêves

    Dans la moiteur

    des mots

     

    Dis Dodi

    Tu m'enrouleras

    Autour 

    Du jour finissant ?

     

    Dis Dodi

    Tu veux garder

    L'odeur

    De mon cri ?

     

    Dis Dodi

    Emmêlons nos doigts

    Dans le moelleux

    Du soir

     

    Dis Dodi

    Garde sur ta langue

    L'impudeur

    de ma vérité

     

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    Quand tu entreras

    Je fermerai les yeux

    Pour laisser

    La sensation couler

    Et les larmes suivre

    Ce sera

    Une union

    Prends l’énergie des arbres

    Et dis-leur que c'est pour moi

    Raconte-leur

    Ils te connaissent

    Ils t écouteront

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    Elle va du cœur au rire, insoucieuse de la pose, elle brûle tout instant comme un morceau d'encens, elle éprouve, elle est avide, gourmande, filante comme une étoile. C'est  en elle, dirait-on, une jubilation infantile toujours revenue, toujours enchantée, toujours désenchantée, toujours, devant elle, le grésillement de l'encens et la matière inerte de la cendre. Elle danse, elle dirige l'orchestre adoré de ses sensations mais jamais à l'abri des ombres, des jaillissements de sang, des entailles et des fêlures. Il y a chez elle, dans ce qu'elle donne à voir, dans les signes qu'elle adresse, la lumière et le sombre, l'épanouissement et le recroquevillement et, dans l'écart lié entre ses elles / ses ailes, quelque chose de l'Héautontimorouménos de Baudelaire. Selon moi, - pas d'art possible en dehors de cette dualité fondatrice et destructrice. Sans cette permanence du vertige périlleux. Je suis la plaie et le couteau / Je suis le soufflet et la joue / Je suis les membres et la roue,/ Et la victime et le bourreau

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    Et pourtant, pourtant oui, comme sauvegardés de la lutte tendue et, au demeurant, de l'entente, voire de la complicité des contradictions, il y a chez Suzy Cohen, en marge des tensions, les perles inattendues de la désinvolture et de la nonchalance. Parfois, elle empoigne ses œuvres sans ménagement, elle taille dedans, elle chiffonne, elle rit, elle distribue, elle s'étonne, elle passe à autre chose, à une nouvelle tentative. Plus souvent pourtant, elle procède méticuleusement, elle fait des haltes, elle revient par petites touches, par nuances, elle respire moins vite, elle attend, elle considère, reconsidère, elle commente. "J'ai trouvé quelque chose". "J'ai réussi quelque chose". Elle y retourne. Durant plusieurs jours parfois. Flux, reflux. Mais toujours, ce qui la requiert davantage que le sérieux (qu'elle ignore avec une conviction stupéfiante), c'est l'urgence de tenter une nouvelle figure. C'est une créatrice insatiable. Mais d'un genre particulier. Son carburant, c'est l'humilité. Elle a raison. Hors de l'humilité, pas de salut. Mais je voudrais tout de même clamer tout haut que tout ce qu'elle entreprend, même avec désinvolture parfois, porte le signe du talent et de l'originalité. Il y a, en art et dans sa basse-cour, ce pli détestable, dégueulasse, répugnant, plus violent que la bêtise, qui consiste généralement à ne reconnaître du talent qu'à ceux qui prétendent en avoir. C'est médiocre. On laisse, avec de telles mœurs, s'envoler sans même les apercevoir des oiseaux somptueux. Suzy Cohen, rara avis in terris, c'est pour lui rendre justice, pour la célébrer selon ses mérites  et pour sortir de la cécité un impressionnant agglomérat de clampins, c'est encore par, disons, amour de l'humanité que je la chante sans lassitude. Ayant vu son talent, je ne pouvais pas plus longtemps me taire.

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    Chez Suzy Cohen, la joie, l'effroi ont partie intimement liée entre elles et avec l'instinct et la pensée. Il y a, chez elle, la brillance majestueuse, la luminosité de vitrail de l'imagier charnel, le semis de pétales d'or qui tombe sur les corps enlacés, occupés à l'amour et à l'étreinte, des corps glorieux, des créatures rebelles (deux fois belles) à toute velléité de censure, des corps en fête et en libre quête et conquête de bonheur. Dans cet art jouissif, il y a quelqu'un, une femme, qui ne se protège pas de ses accès de fièvre, de ses prédilections, de ses élans, de sa furieuse envie de liberté. La liberté est le filigrane gravé dans la personne de Suzy Cohen. J'aime ici la poésie fastueuse, colorée, allègre, parfois délicieusement japonisante, impressionniste ou d'un élégant réalisme onirique des corps amoureux mais pas moins que cette torsion sans couleur d'un corps nu et démangé, constitué de traits nerveux et vibrants, dans une veine parente de celle de Schiele. Si l'on observe une célébration enthousiaste et réjouissante de la fête charnelle, de la beauté en action, on trouve des nus plus étranges, plus obscurs, inquiétants, des nus où la mort est venue mettre sa griffe, son poinçon et sa menace. Le nu, chez Cohen, - qu'il chante, qu'il gémisse, qu'il gronde ou qu'il fasse singulier silence -  cherche davantage à imposer un émotion et une conception de vie, un hédonisme féminin rare et réjouissant et l'affirmation d'une hétérogénéité, d'une imbrication complexe, l'affirmation qu'une approche du corps.est aussi une démarche métaphysique. On sentira qu'au cœur des poèmes de l'artiste, ici, essentiellement des affirmations amoureuses, - avec l'art de chanter, de gémir, de feuler aussi, de faire tinter le mot et le songe dans une coulée brève et sensible - les mêmes ingrédients de matière et d'immatériel, de paix et d'inquiétude, de brillance et de noir, d'appel et de fête offrent corps et âme à la douce magie évocatoire, à la revendication, à la résistance à la douleur ou à l'étoupe chaude et oppressante du désarroi. Ces poèmes d'amour embaument le parfum troublant, obsédant, impérial de la femme amoureuse, ils disent cette sorcellerie conquérante et délicate, cette majesté du désir quand la chair sait se faire verbe, ils affirment la santé du rire, ils signalent la présence de cette forge brûlante et alchimique dans laquelle les sentiments sont coulés avant d'oser se porter, traversiers et ensorcelants, à la page et de la page à l’œil.

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    Viens viens

    Vite avant la nuit

    Des amours

    Il ne reste rien

    Sinon l'armure

    Et le cocon

    L'effet de serre

    Une façon

    De se tenir à distance

    De soi

    De crever

    Dans son feu

    D'emmurer 

    Sa semence

    Viens viens

    La nuit nous guette

    Je t'aime

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    La réalité 
    Nous conduit
    A la perdition
    Donnons raison
    Au Sang! 

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    Durant les nuits
    D'insomnie
    Et d'intenable
    Crucifixion
    Tu murmures
    À travers
    Le souffle
    De la tempête 
    Des mots
    De renaissance

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    Il s’endort
    Avec la spontanéité
    Malicieuse et robuste
    D’un enfant 
    Moi, j essaie de
    Descendre 
    Sans y parvenir
    Je ne veux émettre
    Aucun bruit
    Disgracieux
    Alors j’entame
    Les yeux ensablés
    Une sorte de combat
    Dans une clarté mortifiée
    Pour ne pas que le moindre
    Ronronnement me trahisse

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    Présence
    Au-delà
    Des 
    mots
    Au cœur
    Des rires

    Se défont
    Les angoisses
    Présence
    Dans
    Ce respect
    Qui porte
    Ton
    Sceau

    Le travail de Suzy Cohen, dans un spectre large et audacieux, ressasse, sans jamais cesser de la renouveler, l'aspiration vitale et féconde à la liberté. Nous savons que cette aspiration effarante, presque incongrue, tout à fait dangereuse et hautement suspecte met en fuite un nombre considérable, une majorité effarante de gens. On les entend encore courir quand on les a perdus de vue. L'oeuvre se pose ainsi à contre-courant, moins intéressée toutefois par l'insolence ou par l'arrogance que par le désir irrépressible de faire corps et esprit avec soi-même, que par la nécessité impérieuse d'être, par-dessus les entraves, à l'écoute de soi. Il y a là-dedans, dans ces dispositions, quelque chose qui me fait songer à de la pureté. Il me semble que l'oeuvre dit aussi la profondeur, le vertige, la légèreté, le mystère, la saveur, la délectation, la couleur, la musique, le péril, la gravité et la confondante absence de sérieux avec lesquels cette artiste mène ses affaires et son aventure.  Cela achève de fonder sa majesté toujours indisposée par les gens graves, graves, graves. 

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    Femmes entre Eros et ...

    Editions Traverse, Daniel Simon éditeur, Collection Ambo, octobre 2016 - 2 livrets - beaux et voluptueux poèmes manuscrits, mis en page et superbement illustrés

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  • Christine Nicaise

    Christine Nicaise

    UNE SOMPTUEUSE EUCHARISTIE AMOUREUSE

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    Christine Nicaise et Mamali, son époux disparu

    Elle peint
    Biche embarbelée
    Dont le nez cherche
    En vain
    Le vent
    Ivre de térébenthine
    Elle déchire
    Elle gratte
    Elle arrache
    Elle peigne
    Elle durcit
    Tout reste
    En suspension...

    Suzy COHEN, à propos de l’artiste 

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    De l’artiste peintre Christine Nicaise, il faut parler à voix feutrée, dans une poussée dominée de souffleur de verre, d’elle, il faut parler comme d’un poème de soie, d’un oiseau presque soluble dans l’air, d’une fragile et brûlante bulle de cristal.

    9eb5bd6b5b09ab345ab438a41341263b--abstract-drawings-abstract-art.jpgD’elle, dans l’œuvre qu’elle édifie, ceci d’abord m’a puissamment bouleversé, ceci m’a retroussé l’âme comme une layette d’enfant mise à sécher. L’artiste a perdu le conjoint qu’elle aimait passionnément. Comme une Pénélope nouvelle, douloureuse, veuve, une inédite Pénélope dont l’Ulysse est en invisible voyage autour d’elle, en suspension dans ses parages immédiats, Christine Nicaise sertit dans ses nouvelles œuvres des traces de lui, elle incorpore à ses travaux de toile, dans sa geste picturale nouvelle, des éléments graphiques de son passage, des signes, des caractères, des traces. Elle crée, dans une complicité amoureuse déchirante et sublime, des œuvres dans lesquelles son amour vit, dans lesquelles son palpitant amour est recueilli et se manifeste. Elle reçoit, en hôtesse amoureuse et passionnée, son amant dans l’univers intime de sa création, dans l’univers appelé à s’avancer à la rencontre du monde. Le précieux, le grandiose, le vital d’un amour déchiré se recomposent désespérément, s’inventent poétiquement, se survivent aux travers de ces mains qui retiennent, agrègent et suturent. Je n’ai pas vu, de ma vie d’amoureux des tableaux, de plus poignante, de plus inspirée traduction artistique du magnifique poème d’Eluard.

    Il s’est mis, au fond de moi et de son propre gré presque, à légender les nouvelles œuvres de Christine Nicaise.

    Je te l’ai dit pour les nuages
    Je te l’ai dit pour l’arbre de la mer
    Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles
    Pour les cailloux du bruit
    Pour les mains familières
    Pour l’œil qui devient visage ou paysage
    Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur
    Pour toute la nuit bue
    Pour la grille des routes
    Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert
    Je te l’ai dit pour tes pensées pour tes paroles
    Toute caresse toute confiance se survivent.

    Voilà cette œuvre qui m’étreint le cœur et qui dit avec son déchirement et au-delà de sa douleur ce poème et ce vers décisif : Toute caresse toute confiance se survivent.

    603.jpgAinsi, Christine Nicaise, dans ses toiles habitées, dans ses célébrations picturales, retrouve-t-elle, invente-t-elle, après et à travers le terrible d’une épreuve insurmontable, le sacré amoureux. Voilà celle qui dit à son amour qu’elle crée encore par lui, en lui. Voilà celle qui reçoit ensemble dans son atelier la peine, la fièvre et le l’inspiration et compose avec elles des œuvres qui font naître en nous de la reconnaissance, les effets d’un charme délicat et indispensable comme l’oxygène, quelques indices d’amour ému à l’attention de la belle artiste. Et c’est à cette envoûtante eucharistie amoureuse que d’abord j’ai cherché à rendre grâce. Rien n’est important, il me semble, comme de chanter, de louer ce qui nous touche intensément, nous éclaire, nous atteint par la chaude bienfaisance d’une lumière. La lumière, la fervente humanité, la palpitante qualité du message amoureux et artistique, l’intensité délicate et bouleversante produites par l’œuvre de Christine Nicaise me traversent, m’éblouissent, m’éclairent  et m’élèvent. La rencontre d’une œuvre, lorsqu’elle se vit dans l’intensité, ne saurait se limiter à un strict bénéfice intellectuel ou esthétique. Une œuvre nous est aussi un soutien, une émotion physique, une présence fébrile, une caresse, un supplément de grâce, le moyen d’une résistance à la lassitude, à l’angoisse et au renoncement.  C’est tout cela à la fois que je veux brasser ici, dans ce salut enthousiaste, respectueux et empressé que j’adresse à l’artiste. Et le vers d’Eluard, dans le prisme de l’œuvre de Nicaise, se répand alors sur un mode exponentiel : Toute caresse toute confiance se survivent.

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    L’œuvre est bien plus vaste que ce que j’en dis ici, plus longue dans le temps, elle possède un large spectre que je n’ai pas encore identifié.  Je viens de l’entrevoir par ce bord sublime que j’ai dit. Je viens d’y succomber. Je veux dorénavant la découvrir dans son entier, dans son histoire et dans sa diversité. C’est sur ce chemin que je suis. Mais d’emblée, j’ai voulu, dans l’irrépressible élan d’affection que l’artiste nous inspire à Suzy Cohen et à moi, témoigner tout de suite de la lumière reçue et partagée. A présent, mon désir est de cheminer un temps avec l’œuvre, de rencontrer et d’entendre l’artiste. Je rendrai ensuite compte de ces événements et de la grâce qui les enveloppera et que je pressens.

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  • Fabrizio La Torre

    Fabrizio La Torre

    Le monde des années 50

    Brussels Art Edition 2014

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    à Suzy Cohen, à qui je dois la découverte de l’œuvre 

    Fabrizio La Torre,  né en  1921 et mort en août 2014, est le petit-fils du photographe italien Enrico Valenziani, considéré comme l’un des pères de la photographie italienne. Son père est écrivain, sa mère est peintre, céramiste, styliste chez Hermès. Il naît donc dans un milieu d’art, il naît cerné par l’art et le goût de la création.

    Si La Torre aujourd’hui apparaît à son tour comme un artiste immense qui a mis au point une formidable signature graphique fondée sur une impressionnante maîtrise technique, une humanité profonde et sensible, une inventivité captivante et un sens poétique du témoignage, il n’a, à l’origine, pas l’intention de faire œuvre, son propos, c’est d’être « un honnête témoin de son temps ». C’est un projet simple et humble. Sans y prendre garde, peut-être, le photographe plein d’humilité, va prendre la mesure, la dimension de son nom et élever, photographie après photographie, une œuvre haute, raffinée et sensible.

    Rattaché par son propos à l’école humaniste, La Torre s’impose aussi comme un poète de l’image, comme un homme qui patiente, qui observe, qui apprivoise longtemps avant de déclencher. Avant de recueillir. Il voit les perles se préparer, il attend, il se laisse hypnotiser, son œil a de l’inspiration, du tact et de la dextérité, il saisit, il fixe. La Torre possède une qualité rare, une qualité humaine prodigieuse et qui produit de belles fleurs : il inspire confiance à ceux qu’il regarde, il n’a jamais l’air d’un intrus. Il est présent sans impertinence, sans volonté de conquérir. Ses belles intentions doivent être lisibles car il est toujours reçu. La Torre sans doute sait flâner longtemps, il sait errer, se laisser aimanter.

    Il a, dans son travail photographique, une épatante science du temps : il déclenche au bon moment. Le temps de son déclenchement est toujours le bon moment. Il ne cherche pas l’effet. Il attrape pourtant infailliblement le moment d’or, il capture le frisson, toujours. 

    Sa photographie est belle, elle se contemple longtemps, patiemment, elle se déplie comme les vers d’un poème, elle respire formidablement. Quelque chose de bienfaisant en émane et vous conquiert sans brutalité. C’est toujours un fascinant cocktail d’émotions : le poignant, l’étrange, le somptueux, le farfelu, le charmant, le complexe, le cocasse, le vaste, le ténu, le savant, le profus, le rigoureux, l’épatant, le simple s’y enchevêtrent avec une sorte de naturel confondant. L’intervention de l’art, celle de l’artiste, s’y sentent d’abord à peine. Mais dès qu’on s'aventure plus profondément dans le territoire de la photographie, on sent ce que La Torre a prémédité, ce qu’il a pris le temps de voir, comme il a détecté les concordances, les discordances, les effets de lumière, les danses, les ballets formels, l’instant magnifique d’un visage, la façon dont les éléments concertent. On sent que l’artiste a médité quelque temps sur la chose, qu’il s’est laissé bercer par son sujet, emplir par lui avant de le capturer. Et quand il y a capture immédiate, - ce qui est fréquent, au demeurant, dans l’œuvre-, elle est toujours le produit d’un être exercé, d’un artiste en pleine possession de son savoir et qui peut compter sur sa maîtrise et son inspiration jusque dans l’élan rapide et instantané. Dans le spontané, il y a chez lui une grande sûreté de l’œil et de l'âme, simultanément. De l'âme ? Oui, cet accessoire métaphysique qui permet de prendre la température du monde et de soi dans le monde, qui inspire une curiosité déférente pour l'autre, qui éveille au désir d'une communication, qui pressent le beau et qui tinte comme les clochettes de muguet au vent. La Torre est un esthète qui ne cherche pas à soumettre le monde à son prisme, qui n'a pas l'obsession de lui imposer sa griffe, c'est un artiste disponible qui aime être surpris, sollicité par l'immédiat, qui apprécie d'être ému, c'est aussi un compositeur capable de dompter ses vertiges et de les transmuer en créations vertigineuses. 

    La Torre, dans sa polyvalence artistique, excelle à saisir le proche, l’intime, l’immense, le vaste avec le même pouvoir de conviction. La vastitude, chez lui, ce sont des détails magiques additionnés comme dans l’art du vitrail ou de la mosaïque. Tout tient. Le hasard n’a guère de place là-dedans, l’image est poétiquement songée. Fils d’un pionnier de la photographie, homme averti sur l’art, La Torre ne peut pas ignorer qu’il a du talent. Peu lui importe. Quand il photographie, son ego est absent, tout son savoir est mobilisé, son humanité est en alerte, sa technique n’a d’autre souci que de servir le propos. On fait œuvre sans chercher à faire œuvre, en ayant simplement le sens de l’essentiel et le moyen de lui rendre justice. La Torre est à la fois homme de doigté et de tact. Sa belle nature humaine éclaire ses clichés. Toute l’œuvre dit que La Torre est guidé par une grande noblesse de sentiments. Une dignité. Une élégance.

    Les enfants qu’il photographie de par le monde forment ensemble une cascade poétique rassérénante. Sans tricher le monde, sans embellir l'humanité, sans céder à l'appel des sirènes du kitsch, semble nous dire La Torre, il y a moyen de cueillir partout des paillettes et des pépites d'or simple. Il y a matière et essence à recueillir. Toute son oeuvre concourt à un grand chant humain et à une vision élevée.    

    Je demeure hébété d’admiration devant les somptueuses images de La Torre où l’être humain apparaît minuscule parmi des architectures titanesques, énormes, boursouflées Et, en regardant longtemps ces images, il m’apparaît qu’il ne nous montre pas des créatures écrasées par la démesure des édifices, mais de petits êtres délicats, fragiles, étranges, étonnants en vie et en mouvement dans des écrins exorbitants. C'est à la fois observé et rendu comme saugrenu et touchant. L’œuvre de La Torre, dans une singularité exaltante, est un toujours plaidoyer pour la vie, pour les vies à travers le monde. Il y a moyen de dire ensemble, quand comme lui on est poète, l’insignifiance et la beauté, le fragile et le troublant. 

    A l’observation d’une photographie de La Torre montrant une pagode sur l’eau, flottant sous un ciel sourd et riche d’une étonnante morsure de lumière, je songe qu’il y a du peintre et du graveur en lui et, en feuilletant à nouveau l’ouvrage, je rencontre un homme de la nuance et du mariage des nuances, un homme des avant-plans précis et des lointains brumeux, un homme de la spontanéité intelligente, un artisan du poème visuel, de la lumière satinée, du contraste et de l’infusion lumineuse.

    Vu par La Torre, le monde des années 50 ne hisse pas le drapeau de la nostalgie, il s'impose comme un moment de modernité, un temps où le circonstanciel et l'éternel cohabitent au projet de se rendre inoubliables, à se faire une place dans la durée.

  • Du fond d'un puits - Otto Ganz

    Otto Ganz

    Du fond d’un puits

    Maelström reEvolution

     

    Ce n’est qu’au fond du puits que l’on voit la misère, la Grande Misère qui bat ses mille coups sur les vitres. Le reste n’est qu’un maquillage de surface. Une énième vulgarisation de la douleur, d’ixièmes temps au cours desquels est niée la crédibilité d’un seul.

    Ganz le poète, dans une situation personnelle de péril extrême, s’est trouvé nez à nez avec la Grande Misère. Ganz le poète a trouvé, est descendu en ce fond du monde le plus profond qui soit : le fond de soi-même. Scaphandrier nu dans les abysses. Dans le naufrage en piscine, on coule, on donne du talon tout en bas et on remonte à la surface. Au fond du fond, au fond de soi-même, dans le puits de la perdition dans lequel le poète Ganz est tombé, rien de comparable. Le coup de talon salvateur s’enlise dans la boue, geste qui ne sauve pas, coup dans la vase. Voilà la calamité à laquelle le poète, blessé et affaibli, risque de succomber sans renoncer jamais à arracher à l’effroi de la situation des paroles arides, considérables, d’une lucidité presque intenable.

    A l’exact inverse de celui qui d’un élan troue les plafonds, le poète est tombé, d’étape en étape, jusqu’au fond poisseux de son vertige à travers les certitudes devenues, consécutivement au choc, des illusions  et les illusions, consécutivement à la traversée verticale, des épaves disloquées.

    Au fond, dans une prostration morbide, la mort est vraie, elle a presque lieu dans le corps et dans l’esprit, l’épreuve est traversée – monstrueuse, de la naissance et de l’existence de la mort en soi. La mort entre en action, regardée, légendée par celui qui éprouve son intrusion en lui.

    Légende sans doute, comme tant d’autres, qui raconte d’un homme qui voulut fracasser l’illusion comment il s’est fracassé vingt mètres plus bas.  

    Ici, on entend hurler l’ambulance physique et métaphysique, du sang et de l’encre coulent, l’astre tombe, désastre. Le récit découpé au rasoir de ce calvaire en pente, moite, aqueux et tourbeux, de cet effleurement de la mort et du néant est un grand et affolant acte de résistance poétique, juste un ton au-dessus du râle d’agonie. L’icarien Ganz tombe à l’écart des mythes comme une pierre humaine seulement douée encore du miracle poétique de transcrire et de faire résonner le séisme. Expérience de mort, expérience de l’extinction. Non, ce n’est pas expérience qu’il faut écrire, c’est épreuve. Épreuve.   

    Tout au plus un apaisement de sépulcre.

    Moi qui connais l’homme et le poète, moi qui l’aime depuis longtemps, je mesure au millilitre de sang près ce que désigne et recouvre la formulation. Et la chute, la mise au supplice.

    L’effroi d’être présent.

    Entrée dans la dimension de l’insoutenable. Une dimension lovecraftienne dépourvue de tout effet, purement, nûment lovecraftienne. Evénement hyperréaliste, tragique  comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’un corps décousu et du fil tendu de son esprit. L’homme couché de tout son long dans la calamité existentielle, dans les abattis froids et glauques du sacré.

    Un homme ne perd pied que lorsque ses genoux refusent de soutenir sa masse spirituelle.

    Ganz s’est approché du fond, il l’a touché, il a touché l’horizon, il s’est avancé dans cette dimension où les contraires se jouxtent. Il est entré en terre interdite, derrière la limite. Il y a arraché des bribes d’écriture. Il a habité son effondrement jusqu’à l’orée de la folie, c’est-à-dire la lucidité en état d’ébullition. Il a vu, senti, éprouvé ce qui peut faire basculer définitivement.

    Ce n’est pas la possibilité de voir l’horizon qui est un indicateur de liberté, mais la capacité à reconstruire la conviction que celui-ci doit impérativement demeurer hors d’atteinte.

    J’ai vu Ganz. Il est en vie. Quelque chose est brûlé. Une lumière en lui s’est sertie. Par ailleurs, il y a désormais en lui de la lie de ciel, des étoiles de vase. L’événement le grandit, à mes yeux. Son texte est un incendie devant la raison, devant l’équilibre, devant la mesure, devant la tombe. J’aime ce recueil terrible, j’aime le terrible  Ganz. La poésie ainsi pratiquée ne demande pas de formules, n’appelle pas de critiques à paraître. Elle exige qu’on distingue son frère parmi les badauds. Le reste, littérature, passage, courants d’air.

    La vraie misère est de se révolter contre son état.

    L’ouvrage vit avec une superbe œuvre originale de l’auteur et une illustration de Frédérique Longrée. Sur les exaltantes et étranges œuvres graphiques de Ganz, je me suis prononcé.

    http://denyslouiscolaux2.skynetblogs.be/otto-ganz/

     

    J’y reviendrai sous peu. 

  • Hélène Bénardeau - suite

    H é l è n e   B é n a r d e a u

    P r é s e n t a t i o n

    En partage avec mon amie Christiane Mégel

    http://lacrabahuteuse.fr/

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    https://www.flickr.com/photos/100093610@N02/sets/72157644386361863/

    https://www.flickr.com/photos/100093610@N02/sets/72157635866672796/

    a hélène d.jpgD'abord, j'invite instamment le visiteur du blog à consulter les références à l'oeuvre photographique d'Hélène Bénardeau. Il en comprendra la qualité, l'originalité et l'âme.

    Née en 1970, Hélène Bénardeau, mère de Tom et Matisse, enseignait l’espagnol et habitait à Ingrandes, dans le Pays de la Loire. Lors de son troisième épisode cancéreux, Hélène décide de passer à l’abordage et conçoit l’idée de son blog La Crabahuteuse (http://lacrabahuteuse.fr/). Ce même blog deviendra en 2011 un ouvrage chez Jacques Flament, dans la collection L’air du temps,  Il est moins tard que tu ne crois, Carnet de bord d’une crabahuteuse. Ce livre formidable a été extrêmement profitable à toute une tribu de sœurs de déveine.

    Hélène est un être pas ordinaire du tout. Elle est douée d’un tempérament fort, d’une ligne d’esprit agréable à l’œil et musclée, tenace. Elle sait tenir tête à l’adversité. Elle a eu besoin de puiser dans ses réserves, la maladie l’a longtemps tourmentée. Elle aime depuis toujours les livres et petit à petit, dans un réjouissant éclectisme, le jazz, la chanson française, le rock, le reggae, etc. Elle s’impose à vous par une nature volontaire, robuste et élégante. C’est une très belle femme, ses yeux, malgré une évidente force de malice, émettent de la musique et portent à rêver  Ses talents de photographe prouvent qu’elle en avait le meilleur usage. Son visage lumineux et séduisant exprime une féminité épanouie, la présence d’un goût pour la poésie, une grâce exhaussée de quelques indices de cynisme. Débarrassée de ses beaux cheveux par les traitements agressifs, elle demeurait supérieurement belle.

    La distinguent encore un puissant instinct maternel et, révélé par son blog et son livre, un réel ressort littéraire, la pratique d’un humour alerte et inspiré, une aptitude à la colère et au cabrement. Et merveille des merveilles, que les vacheries du destin font apparaître, Hélène est douée d’un sentiment élevé de la solidarité. Elle fonde une tribu. Toujours d’une humilité tranquille, elle plaide, elle aide, elle explique, elle assiste, elle désigne, elle salue, elle proteste, la main avec laquelle elle écrit devient littéralement une main secourable. Autour de son îlot virtuel, de grands golfes de sentiments circulent, les gens la hèlent, l’appellent, elle est accueillante, sororale. Elle s’invente une autre vraie famille, une cohorte de femmes blessées, reconnaissantes,  rallient son panache couleur Loire. Elle réussit quelque chose de somptueux, de chaleureux, de chevaleresque. Toujours à sa façon, dans sa geste singulière, sans faire fi de ses humeurs, de ses tournures d’esprit, de son goût pour le style et les formulations soufrées. Son outil est affûté, paré pour les grands défis littéraires. Il y a en elle, avec ce que cela comporte de grâce, de poésie et de dignité, de la Doña Quichotte.

    a hél a.jpgHélène aime et pratique les chevaux, elle chérit les chats, son cœur palpite au passage des félins de poche, elle aime les chiens aussi, elle crée avec les fleurs de délicieux rapports d’affection et de complicité. Elle a le sens inné de la composition florale. Elle assiste, patiente et séduite, au mûrissement superbe de ses roses. Elle aime la Loire, l’âme lente et liquide de la Loire, ses faunes et ses flores, ses longs draps spéculaires, ses incendies, ses vapeurs d’aube, ses cieux et leurs nuanciers subtils. C’est beau, c’est touchant comme elle la regarde, sa Loire, durant de longs et amoureux affûts, en collectionneuse de tableaux, en orpailleuse d’or immatériel. Et ému, je songe que si le Rhin a sa nixe, Lorelei, la Loire a sa nymphe, Hélène..Hélène, sirène de la Loire. Elle cueille ce sublime qui est à sa portée, à deux pas d’elle, à deux coups d’ailes, elle le reconnaît, elle le célèbre. Enchantée, elle enchante à son tour. Elle comprend le rythme de ces eaux et de ces lieux, leurs variations visuelles et sonores, leurs coulées paisibles, leurs mouvements de conquête et de crue, elle les fait siens, un mimétisme opère entre Loire et Hélène.

    Hélène (et je me ressouviens du recueil de René-Guy Cadou, Hélène ou le règne végétal) est sensible et réceptive à toute forme de vie : un arbre, un brin d'herbe, un épi, une libellule, un fil de lumière, une perle d'insolite, un oiseau, tout en haut le bulbe de la lune. Elle y recueille de la grâce, de la danse, de l'oeuvre, une raison d'être, une participation intime et charmante au manège du monde. Aussi, elle a un sens extrêmement développé, affûté et esthétique du signe, de la silhouette, du hiéroglyphe, du langage aléatoire et poétique des formes.  

    Et, bien que, hélas, mille fois hélas, la belle Hélène ait pris son envol vers ailleurs ce 5 février 2017, il nous est donné de participer aux magies de son regard et de son cœur, il nous est donné encore de feuilleter ou de parcourir (puisque, désespérément, le livre tarde) le respectueux recueil de quelques-unes de ses somptueuses captures. Le livre tarde, ai-je écrit. Il tarde à mes yeux et à mon âme parce qu’il est pour moi l’outil supérieur de la célébration, de la reconnaissance et du respect. Qu’on sache pourtant que pendant que j’écris ces lignes, je me sens douloureusement sensible au chagrin des proches, à la douleur lancinante et terrible de ceux et celles qui se trouvent dépossédés d’un être indispensable et chéri. Devant ce désastre terrible, mon rêve de livre, qui persiste et se cherche des issues, se sait aussi mineur qu’inflexible. 

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    Un poème d'Hélène

    L e   s a b l i e r

    (2011)

    Les heures et les secondes

    Qui filent et se fourvoient

    Les creuses, les vagabondes

    Celles que préfère mon chat,

    Tournicotant, tranquilles

    Me glissant dans les doigts

    Comme le sable, agiles

    Traquant les falbalas

    Poussières des temps fragiles

    Innocentes, intrépides,

    Flèches légères, futiles

    que l’enfance dilapide

    Grains solidaires, infimes

    Que le grave éternise

    Que le doute, les énigmes

    Tamisent à leur guise

    Trame de perles faucheuses

    Qui sur nos peaux sillonnent,

    Creusant les ruelles sinueuses

    Qu’empruntent tous les hommes

    D’éclats de rire limpides

    En sanglots pathétiques

    De surprises candides

    En colères volcaniques

    Petites gouttes hémophiles

    Qui passent en vous priant

    De rendre indélébiles

    Leurs trépas incessants

    De croire que leur décompte

    Qui vous sera fatal

    Est comme du temps la fonte

    Comme du présent le râle

    Billes de sel cloîtrées

    Dans leur écrin de verre

    Que l’on croit amadouées

    Parce que faites prisonnières

    Qui coulent, même immobiles

    Sur l’endroit comme l’envers

    Qui tirent sur le fil

    Qui tricote votre hier

    Rendez les donc précieuses

    Uniques et singulières

    Ces heures impétueuses

    Qui deviendront Naguère,

    Antan et Autrefois,

    Bagatelles et chimères,

    Comme vous comme moi. 

    Hélène Bénardeau

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    Q u e s t i o n n a i r e

    Pour le site de notre éditeur commun, Jacques Flament, Hélène avait préféré répondre au questionnaire plutôt que de rédiger un autoportrait. Son art de la réponse constitue un merveilleux autoportrait.

    Quel est votre trait de caractère majeur ?
    Sévèrement atteinte d’Électronite libre.
    Quelles sont vos qualités préférées chez un homme ?
    La bienveillance. L’autodérision. L’intégrité.
    Quelles sont vos qualités préférées chez une femme ?
    La bienveillance. L’autodérision. L’intégrité.
    Qu’appréciez-vous le plus chez vos amis ?
    Leur présence.
    Quels sont vos principaux défauts ?
    Trop péremptoire en phase passionnelle. J’espère que ce n’est pas incurable et que les coups pris sur la tête ou que les années qui passent me donneront l’antidote. Trop Saint-Bernard. Mais je me soigne. Je fume. Fumais. Refume.
    Quelle est votre occupation préférée ?
    Ramasser des bois flottés sur les plages et leur boutiquer une seconde existence avec les moyens du bord.
    Quelle est votre idée du bonheur ?
    Buller délestée de toute nostalgie, bien campée dans le présent, avec un amoureux qui râle en fond sonore après sa mayo qui ne prend pas, un chat sur le ventre qui roumione de bonheur sur mon transat en terrasse, un grillon qui se demande si il pointe à 19 ou 20h, des roses en pagaille sur la claie en osier, une carte postale de mes loulous qui barbottent en bord de mer posée sur le guéridon et Chet Baker qui funnyvalentine loin de sa fenêtre de malheur.
    Quelle est votre idée de la misère, du malheur ?
    Perdre un enfant. (au propre comme au figuré). Perdre son autonomie. S’oublier par amour. Se mélanger les pinceaux dans la hiérarchie des auxiliaires être et avoir.
    Si vous n’étiez pas vous-même, qui aimeriez-vous être ?
    Mon chat.
    Où aimeriez-vous vivre ?
    Je suis merveilleusement bien là où je vis. Mais je pourrais vivre dans bien des endroits, du moment qu’il y ait de l’eau à proximité.
    Quelle est votre couleur favorite ?
    Celle de la Loire.
    Quelle est votre fleur favorite ?
    La rose, mais la gogane, l’agapanthe, le lilas, le tiaré, les fleurs des champs la talonnent de bien près sur le podium.
    Quel est votre animal préféré ?
    Le chat, incontestablement.
    Quels sont vos auteur(e)s préféré(e)s ?
    Stefan Zweig, Gabriel Garcia Marquez, Vargas LLosa, Milena Agus, Luis Sepulveda, Alessandro Barrico, Herman Hesse, Saint Ex… Il y en a trop. Depuis gosse, je suis aussi hypnotisée par les livres qui tournent autour de la Shoah.
    Quels sont vos héros de fiction préférés ?
    Le petit Prince.
    Quelles sont vos héroïnes de fiction préférées ?
    Mafalda.
    Quels sont les derniers livres que vous ayez lus ?
    La vie est brève et le désir sans fin, de Patrick Lapeyre
    Ainsi mentent les hommes, de Kressman Taylor.
    Les théorèmes du Port de la lune, de Bernard Manteau.
    Personne, de Gwenaëlle Aubry.
    Quels sont vos acteurs préférés ?
    Philippe Noiret, Claude Rich, Albert Dupontel, Jacques Gamblin, Jacques Spiesser, Mickael Lonsdale, Massimo Troisi, Jeremy Irons…
    Quelles sont vos actrices préférées ?
    Romy Schneider, Annie Girardot, Jean Seberg, Ludmila Mickaël, Mélanie Laurent, Anne Consigny, Catherine Frot, Sandrine Kiberlain…
    Quel(le)s sont vos metteurs en scène préféré(e)s ?
    Agnès Jaoui , Zabou Breitman, Tim Burton, Clint Eastwood (même si le gars commence à me fatiguer), Albert Dupontel, Almodovar, Hitchcock,…
    Quels sont vos films préférés ?
    Le facteur, de Michael Radford.
    La vie des autres, de Florian Henckel Von Donnersmarck.
    Les vestiges du jour, de James Ivory.
    Et au milieu coule une rivière, de Robert Redford.
    Dans ses yeux, de José Luis Campanella… trop long.
    Quels sont vos chanteurs préférés ?
    Euh non. Là, je n’y arrive pas. Mes goûts sont beaucoup trop éclectiques pour que j’en nomme en oubliant les autres (chanson française, classique et moderne, pop rock, latino, un peu de classique mais pas beaucoup, reggae, vieux coucous espagnols, jazz, jazz manouche, etc. Même en ne citant que les grands courants, je n’arriverais pas à mettre de hiérarchie !)
    Quelles sont vos chanteuses préférées ?
    Idem.
    Quel(le)s sont vos musicien(ne)s préféré(e)s ?
    Alberto Iglesias. Django Rheinart. Goran Bregovic, Erik Satie, etc.
    Quels sont vos héros dans la vie réelle actuelle ?
    Ceux qui ont encore l’insolence de rêver. Ceux qui osent être insolents tout court.
    Quelles sont vos héroïnes dans la vie réelle actuelle ?
    Idem.
    Quels personnages de l’histoire aimez-vous le moins ?
    Ceux qui ont tout fait dans le seul but d’y rester graver.
    Quels sont vos héros dans l’histoire du monde ?
    Robert Badinter, Nelson Mandela, les Justes… trop long.
    Quelles sont vos héroïnes dans l’histoire du monde ?
    Virginia Hall, Nelly Bly, Fridha Khalo, Helen Keller… trop long.
    Quelles sont vos boissons et nourritures favorites ?
    Le Madiran, le Tariquet premières grives, un p’tit Sauvignon avec une douzaine d’huîtres, les fruits de mer en général, le Coca-Cola (mais le vrai) l’eau qui pique, le chocolat, les fraises Tagada, les nounours guimauve, les pistaches, les tartines de pain frais beurrrrrrrrrées, les gambas, le foie gras, l’oeuf à la coque…
    Que détestez-vous le plus ?
    L’hypocrisie. La méchanceté. La bêtise
    Quels sont les personnages historiques que vous détestez le plus ?
    Les bourreaux. Les résistants de dernière minute qui sentent qu’ils vont être en retard pour la photo.
    Quel est le fait d’actualité qui vous a le plus marqué ?
    Les résultats du premier tour des présidentielles en 2002. La bête immonde me fait peur. Elle rampe toujours.
    Quel est le don naturel dont vous voudriez être doté(e) ?
    Avoir l’oreille absolue pour pouvoir jouer d’un instrument sans passer par la case solfège !
    Comment aimeriez-vous mourir ?
    Sans regrets.
    Quel est votre état d’esprit présent ?
    Je suis comme un suricate converti au boudhisme. Je m’inquiète tranquillement.
    Pour quelles fautes avez-vous le plus de tolérance ?
    Pour celles dont je connais les racines.
    Quelle est votre citation favorite ?
    Une parmi d’autres : « Vous pouvez vous désoler que les roses aient des épines, mais vous pouvez aussi vous réjouir que les épines aient des roses. » (Tom Wilsom) Mais j’avoue que le : « Il y a des métastases qui se perdent » desprogien m’échappe assez souvent.
    Quels sont vos pays préférés ?
    Aucun. J’adore le mien, mais j’ai trouvé du charme à tous ceux que j’ai pu visiter.
    Où écrivez-vous ?
    Dans mon lit ou près du feu ou dans mon jardin.
    Quand écrivez-vous ?
    N’importe quand.
    Avez-vous des manies quand vous écrivez ?
    Non. À part celle d’oublier  régulièrement de boire mon café tant qu’il est chaud et celle de fumer beaucoup trop.
    Que représente pour vous l’écriture ?
    La Mary Poppins la plus efficace du monde pour faire le ménage.
    La façon la plus spontanée pour moi de communiquer.
    Un bouclier contre les tsunamis émotifs.
    Un stratagème pour obliger ma cervelle à tourner moins vite.
    Une cordée qui permet aux autres d’escalader ma face nord sans être trop chagrins.

    Hélène Bénardeau

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