Denys-Louis Colaux - Page 2

  • Atelier d'écriture centré sur Marcel Moreau

    Atelier d'écriture centré sur le style du géant de la littérature

    MARCEL MOREAU

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    Samedi 21 Octobre 2017  -  20h00   -  Bruxelles
    Atelier d'écriture autour de Marcel Moreau
    Animation : Suzy Cohen et Denys-Louis Colaux
    Inscription : suzyco1190@gmail.com
    Atmosphère festive et détendue

  • Suzy Cohen (suite, 2)

    S U Z Y   C O H E N

    L a   q u ê t e

    En approfondissant mon enthousiaste approche de l'oeuvre, je m'aperçois de l'ingéniosité et de l'infatigable diversité des moyens d'expression auxquels l'artiste recourt. (Il faudra,plus tard, consacrer un espace à ses Chants du monde, à ses fascinantes porcelaines). Entre la maîtrise, l'impétuosité, la brutalité, l'élégance, le rapide, l'abrupt, l’aléatoire, le dense, l'électrique, le nerveux, Suzy Cohen cherche à dire une conception de l'art en étroit rapport avec une capture du réel et de la matière de l'existence. Elle cherche à mettre au point, - dans un spectre large où elle ne cesse d'inventer une création qui dit l'être dans ses grâces, ses fêlures, sa force, son resplendissement et ses misères, dans sa rencontre avec les événements de sa vie - un retentissement artistique de la vie. Non pas sous la forme d'un embellissement, moins encore d'une édulcoration, mais dans une fulgurance lucide, une empreinte sauvage, dans un geste habité. 

    Chaque oeuvre dit un instant, une convulsion, un bien-être, un séisme, un sentiment. Chaque oeuvre cherche une liberté où se dire entre esthétisme et vérité brute, spontanéité, poésie, technique et savoir.

    L'art, selon Suzy Cohen, consiste à chercher, à saisir et à fixer, à retenir comme unique, comme empreinte sur le chemin de vie, ce qui fuse, ce qui jaillit, ce qui blesse, ce qui charme, ce qui brûle. Chercher, chercher inlassablement, expérimenter, admettre pour sien, comme un signe de soi, le léger, l'aride, le classique, le beau, le sensuel, le torturé, le rapide et l'intense. L'art poétique de Suzy Cohen n'admet aucune mutilation, aucun rejet, il réfute tout angélisme et toute censure et n'est alors perceptible que dans un long et patient voyage dans l'oeuvre. 

    Sa vision se traduit dans la complexité multiforme, variable, instable, tellurique. Chaque oeuvre est une lettre de l'alphabet existentiel selon Suzy Cohen, artiste passionnée par les signes et les graphies du monde et de son monde. Nomade, citoyenne du monde, elle porte en elle, comme une rampe à son monde intérieur, un long périple dans le monde et une ardente panoplie de souvenirs vivants.

    Ce monde est un vertige qui danse et tombe et vacille et danse et conquiert. Ce monde est tout ouvert à une quête de l'âme panoramique, celle qui permet d'embrasser le paysage secoué de tous nos sentiments. Cette âme même qui se livre, à l'instigation de sa détentrice, à une identification de l'incomplétude douloureuse, heureuse, résignée, rebelle et terrible de l'être. Cette âme qui n'occulte ni ses ombres ni ses flamboiements, ni ses lueurs, ni la couleur de ses cris et de ses chants. 

    Voici, me semble-t-il, ce que, pour composer son anthologie, Suzy Cohen recueille au bout de ses doigts : fleurs, profils délicats, empreintes, gestes gracieux, - ecchymoses, plaies, brûlures, cicatrices, systoles d'art, appels, signes, éclaboussures. Tout cela forme le visage d'une vérité contrastée, vraisemblable, sensible, éclatée, libérée du navrement, de la consternation et de la misère intellectuelle qu'engendrent les enfilades de truismes et de certitudes géométriques.

    Il y a ici, invariablement, obstinément, une recherche de la liberté jusqu'en ses âpretés, ses inconforts, ses folies. Ici, chez Suzy Cohen, la liberté paraît aussi en majesté. En suavité. En soie vivante. Avec des couleurs qui réenchantent.

     

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  • Suzy Cohen

    S U Z Y    C O H E N

    La liberté féconde

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    Ah ! trouillards de la vie
    Quelle oreille avez-vous
    Pour la coquille rose
    Où l'on entend
    La mer sombrer
    Avec ses mouettes
    L'atoll avec ses temples

    A quoi sert de lisser ses plumes
    Pour ne pas les laisser
    Briller au soleil de la vie

    A quoi sert le feu
    Si l'on ne s'y consume

    Suzy COHEN

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    Suis-je bien la femme

    Mûre que l'érosion

    Du temps a sculptée

    Ou la gamine éberluée

    Qui renaît parce qu'un stimulus

    Est revenu ... une odeur, une peau

    Les temps se confondent

    Le passé remonte à la surface,

    Le présent s'en retourne

    Au passé

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    a suzy cohen 1.jpgPoétesse, plasticienne, dessinatrice, collagiste, peintre, écrivaine, porcelainière et enseignante, Suzy Cohen est déjà apparue dans nos chroniques.  Il fallait, pour rendre justice à son envergure, qu'elle y eût sa place parmi les invités d'honneur. 

    http://denyslouiscolaux2.skynetblogs.be/archive/2017/03/06/les-chroniques-du-poisson-pilote-n-32-8707202.html

    Ici, sans autre désir que de louer un talent, je vais errer entre poèmes et œuvres graphiques, flâner dans les grâces d'une oeuvre à laquelle je suis particulièrement sensible. Et je vais recueillir. Je n'aurai pas aujourd'hui épuisé le sujet, loin s'en faut. Ceci me laissera, en outre, sur le réjouissant devoir d'y revenir. Tout au plus aurai-je laissé entendre pourquoi il me passionne. D'abord parce que Suzy Cohen, en tout ce qu'elle entreprend laisse transparaître, jusque dans ses pièces graves, une jubilation, un plaisir intense de la création et du partage immédiat. Elle n'a pas le souci de la représentation, elle danse dans une liberté inédite, elle est portée, elle livre dans l'élan, dans le goût du partage. Elle est artiste comme on est Gitane, dans une giration superbe seulement attentive à sa fièvre, à la grâce de son geste, à l'appel incessant vers le départ, elle est artiste à la façon du danseur de Nietzsche qui, de pas en pas, va sans cesse de l'anéantissement à l'art, de la destruction à la création.

    Dormir, je ne peux

     Bercée pas tes mots

     Par tes vibrations

    Par ta sobre aristocratie

    D’homme des bois

     Par tes rythmes

    Par ton océan d amour

    Par mon corps tendu

    Comme un arc

    Qui appelle ta peau

    Par ton prénom

    Double et unique

    Par cette lumière rayonnante

    Que tu portes pour éclairer

    Les chemins de ronces

    Et parce que tu m entoures

    Au lieu de m’encercler

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    Tricote-moi

    Des rêves

    Dans la moiteur

    des mots

     

    Dis Dodi

    Tu m'enrouleras

    Autour 

    Du jour finissant ?

     

    Dis Dodi

    Tu veux garder

    L'odeur

    De mon cri ?

     

    Dis Dodi

    Emmêlons nos doigts

    Dans le moelleux

    Du soir

     

    Dis Dodi

    Garde sur ta langue

    L'impudeur

    de ma vérité

     

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    Quand tu entreras

    Je fermerai les yeux

    Pour laisser

    La sensation couler

    Et les larmes suivre

    Ce sera

    Une union

    Prends l’énergie des arbres

    Et dis-leur que c'est pour moi

    Raconte-leur

    Ils te connaissent

    Ils t écouteront

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    Elle va du cœur au rire, insoucieuse de la pose, elle brûle tout instant comme un morceau d'encens, elle éprouve, elle est avide, gourmande, filante comme une étoile. C'est  en elle, dirait-on, une jubilation infantile toujours revenue, toujours enchantée, toujours désenchantée, toujours, devant elle, le grésillement de l'encens et la matière inerte de la cendre. Elle danse, elle dirige l'orchestre adoré de ses sensations mais jamais à l'abri des ombres, des jaillissements de sang, des entailles et des fêlures. Il y a chez elle, dans ce qu'elle donne à voir, dans les signes qu'elle adresse, la lumière et le sombre, l'épanouissement et le recroquevillement et, dans l'écart lié entre ses elles / ses ailes, quelque chose de l'Héautontimorouménos de Baudelaire. Selon moi, - pas d'art possible en dehors de cette dualité fondatrice et destructrice. Sans cette permanence du vertige périlleux. Je suis la plaie et le couteau / Je suis le soufflet et la joue / Je suis les membres et la roue,/ Et la victime et le bourreau

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    Et pourtant, pourtant oui, comme sauvegardés de la lutte tendue et, au demeurant, de l'entente, voire de la complicité des contradictions, il y a chez Suzy Cohen, en marge des tensions, les perles inattendues de la désinvolture et de la nonchalance. Parfois, elle empoigne ses œuvres sans ménagement, elle taille dedans, elle chiffonne, elle rit, elle distribue, elle s'étonne, elle passe à autre chose, à une nouvelle tentative. Plus souvent pourtant, elle procède méticuleusement, elle fait des haltes, elle revient par petites touches, par nuances, elle respire moins vite, elle attend, elle considère, reconsidère, elle commente. "J'ai trouvé quelque chose". "J'ai réussi quelque chose". Elle y retourne. Durant plusieurs jours parfois. Flux, reflux. Mais toujours, ce qui la requiert davantage que le sérieux (qu'elle ignore avec une conviction stupéfiante), c'est l'urgence de tenter une nouvelle figure. C'est une créatrice insatiable. Mais d'un genre particulier. Son carburant, c'est l'humilité. Elle a raison. Hors de l'humilité, pas de salut. Mais je voudrais tout de même clamer tout haut que tout ce qu'elle entreprend, même avec désinvolture parfois, porte le signe du talent et de l'originalité. Il y a, en art et dans sa basse-cour, ce pli détestable, dégueulasse, répugnant, plus violent que la bêtise, qui consiste généralement à ne reconnaître du talent qu'à ceux qui prétendent en avoir. C'est médiocre. On laisse, avec de telles mœurs, s'envoler sans même les apercevoir des oiseaux somptueux. Suzy Cohen, rara avis in terris, c'est pour lui rendre justice, pour la célébrer selon ses mérites  et pour sortir de la cécité un impressionnant agglomérat de clampins, c'est encore par, disons, amour de l'humanité que je la chante sans lassitude. Ayant vu son talent, je ne pouvais pas plus longtemps me taire.

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    Chez Suzy Cohen, la joie, l'effroi ont partie intimement liée entre elles et avec l'instinct et la pensée. Il y a, chez elle, la brillance majestueuse, la luminosité de vitrail de l'imagier charnel, le semis de pétales d'or qui tombe sur les corps enlacés, occupés à l'amour et à l'étreinte, des corps glorieux, des créatures rebelles (deux fois belles) à toute velléité de censure, des corps en fête et en libre quête et conquête de bonheur. Dans cet art jouissif, il y a quelqu'un, une femme, qui ne se protège pas de ses accès de fièvre, de ses prédilections, de ses élans, de sa furieuse envie de liberté. La liberté est le filigrane gravé dans la personne de Suzy Cohen. J'aime ici la poésie fastueuse, colorée, allègre, parfois délicieusement japonisante, impressionniste ou d'un élégant réalisme onirique des corps amoureux mais pas moins que cette torsion sans couleur d'un corps nu et démangé, constitué de traits nerveux et vibrants, dans une veine parente de celle de Schiele. Si l'on observe une célébration enthousiaste et réjouissante de la fête charnelle, de la beauté en action, on trouve des nus plus étranges, plus obscurs, inquiétants, des nus où la mort est venue mettre sa griffe, son poinçon et sa menace. Le nu, chez Cohen, - qu'il chante, qu'il gémisse, qu'il gronde ou qu'il fasse singulier silence -  cherche davantage à imposer un émotion et une conception de vie, un hédonisme féminin rare et réjouissant et l'affirmation d'une hétérogénéité, d'une imbrication complexe, l'affirmation qu'une approche du corps.est aussi une démarche métaphysique. On sentira qu'au cœur des poèmes de l'artiste, ici, essentiellement des affirmations amoureuses, - avec l'art de chanter, de gémir, de feuler aussi, de faire tinter le mot et le songe dans une coulée brève et sensible - les mêmes ingrédients de matière et d'immatériel, de paix et d'inquiétude, de brillance et de noir, d'appel et de fête offrent corps et âme à la douce magie évocatoire, à la revendication, à la résistance à la douleur ou à l'étoupe chaude et oppressante du désarroi. Ces poèmes d'amour embaument le parfum troublant, obsédant, impérial de la femme amoureuse, ils disent cette sorcellerie conquérante et délicate, cette majesté du désir quand la chair sait se faire verbe, ils affirment la santé du rire, ils signalent la présence de cette forge brûlante et alchimique dans laquelle les sentiments sont coulés avant d'oser se porter, traversiers et ensorcelants, à la page et de la page à l’œil.

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    Viens viens

    Vite avant la nuit

    Des amours

    Il ne reste rien

    Sinon l'armure

    Et le cocon

    L'effet de serre

    Une façon

    De se tenir à distance

    De soi

    De crever

    Dans son feu

    D'emmurer 

    Sa semence

    Viens viens

    La nuit nous guette

    Je t'aime

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    La réalité 
    Nous conduit
    A la perdition
    Donnons raison
    Au Sang! 

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    Durant les nuits
    D'insomnie
    Et d'intenable
    Crucifixion
    Tu murmures
    À travers
    Le souffle
    De la tempête 
    Des mots
    De renaissance

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    Il s’endort
    Avec la spontanéité
    Malicieuse et robuste
    D’un enfant 
    Moi, j essaie de
    Descendre 
    Sans y parvenir
    Je ne veux émettre
    Aucun bruit
    Disgracieux
    Alors j’entame
    Les yeux ensablés
    Une sorte de combat
    Dans une clarté mortifiée
    Pour ne pas que le moindre
    Ronronnement me trahisse

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    Présence
    Au-delà
    Des 
    mots
    Au cœur
    Des rires

    Se défont
    Les angoisses
    Présence
    Dans
    Ce respect
    Qui porte
    Ton
    Sceau

    Le travail de Suzy Cohen, dans un spectre large et audacieux, ressasse, sans jamais cesser de la renouveler, l'aspiration vitale et féconde à la liberté. Nous savons que cette aspiration effarante, presque incongrue, tout à fait dangereuse et hautement suspecte met en fuite un nombre considérable, une majorité effarante de gens. On les entend encore courir quand on les a perdus de vue. L'oeuvre se pose ainsi à contre-courant, moins intéressée toutefois par l'insolence ou par l'arrogance que par le désir irrépressible de faire corps et esprit avec soi-même, que par la nécessité impérieuse d'être, par-dessus les entraves, à l'écoute de soi. Il y a là-dedans, dans ces dispositions, quelque chose qui me fait songer à de la pureté. Il me semble que l'oeuvre dit aussi la profondeur, le vertige, la légèreté, le mystère, la saveur, la délectation, la couleur, la musique, le péril, la gravité et la confondante absence de sérieux avec lesquels cette artiste mène ses affaires et son aventure.  Cela achève de fonder sa majesté toujours indisposée par les gens graves, graves, graves. 

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    Femmes entre Eros et ...

    Editions Traverse, Daniel Simon éditeur, Collection Ambo, octobre 2016 - 2 livrets - beaux et voluptueux poèmes manuscrits, mis en page et superbement illustrés

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  • Christine Nicaise

    Christine Nicaise

    UNE SOMPTUEUSE EUCHARISTIE AMOUREUSE

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    Christine Nicaise et Mamali, son époux disparu

    Elle peint
    Biche embarbelée
    Dont le nez cherche
    En vain
    Le vent
    Ivre de térébenthine
    Elle déchire
    Elle gratte
    Elle arrache
    Elle peigne
    Elle durcit
    Tout reste
    En suspension...

    Suzy COHEN, à propos de l’artiste 

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    De l’artiste peintre Christine Nicaise, il faut parler à voix feutrée, dans une poussée dominée de souffleur de verre, d’elle, il faut parler comme d’un poème de soie, d’un oiseau presque soluble dans l’air, d’une fragile et brûlante bulle de cristal.

    9eb5bd6b5b09ab345ab438a41341263b--abstract-drawings-abstract-art.jpgD’elle, dans l’œuvre qu’elle édifie, ceci d’abord m’a puissamment bouleversé, ceci m’a retroussé l’âme comme une layette d’enfant mise à sécher. L’artiste a perdu le conjoint qu’elle aimait passionnément. Comme une Pénélope nouvelle, douloureuse, veuve, une inédite Pénélope dont l’Ulysse est en invisible voyage autour d’elle, en suspension dans ses parages immédiats, Christine Nicaise sertit dans ses nouvelles œuvres des traces de lui, elle incorpore à ses travaux de toile, dans sa geste picturale nouvelle, des éléments graphiques de son passage, des signes, des caractères, des traces. Elle crée, dans une complicité amoureuse déchirante et sublime, des œuvres dans lesquelles son amour vit, dans lesquelles son palpitant amour est recueilli et se manifeste. Elle reçoit, en hôtesse amoureuse et passionnée, son amant dans l’univers intime de sa création, dans l’univers appelé à s’avancer à la rencontre du monde. Le précieux, le grandiose, le vital d’un amour déchiré se recomposent désespérément, s’inventent poétiquement, se survivent aux travers de ces mains qui retiennent, agrègent et suturent. Je n’ai pas vu, de ma vie d’amoureux des tableaux, de plus poignante, de plus inspirée traduction artistique du magnifique poème d’Eluard.

    Il s’est mis, au fond de moi et de son propre gré presque, à légender les nouvelles œuvres de Christine Nicaise.

    Je te l’ai dit pour les nuages
    Je te l’ai dit pour l’arbre de la mer
    Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles
    Pour les cailloux du bruit
    Pour les mains familières
    Pour l’œil qui devient visage ou paysage
    Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur
    Pour toute la nuit bue
    Pour la grille des routes
    Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert
    Je te l’ai dit pour tes pensées pour tes paroles
    Toute caresse toute confiance se survivent.

    Voilà cette œuvre qui m’étreint le cœur et qui dit avec son déchirement et au-delà de sa douleur ce poème et ce vers décisif : Toute caresse toute confiance se survivent.

    603.jpgAinsi, Christine Nicaise, dans ses toiles habitées, dans ses célébrations picturales, retrouve-t-elle, invente-t-elle, après et à travers le terrible d’une épreuve insurmontable, le sacré amoureux. Voilà celle qui dit à son amour qu’elle crée encore par lui, en lui. Voilà celle qui reçoit ensemble dans son atelier la peine, la fièvre et le l’inspiration et compose avec elles des œuvres qui font naître en nous de la reconnaissance, les effets d’un charme délicat et indispensable comme l’oxygène, quelques indices d’amour ému à l’attention de la belle artiste. Et c’est à cette envoûtante eucharistie amoureuse que d’abord j’ai cherché à rendre grâce. Rien n’est important, il me semble, comme de chanter, de louer ce qui nous touche intensément, nous éclaire, nous atteint par la chaude bienfaisance d’une lumière. La lumière, la fervente humanité, la palpitante qualité du message amoureux et artistique, l’intensité délicate et bouleversante produites par l’œuvre de Christine Nicaise me traversent, m’éblouissent, m’éclairent  et m’élèvent. La rencontre d’une œuvre, lorsqu’elle se vit dans l’intensité, ne saurait se limiter à un strict bénéfice intellectuel ou esthétique. Une œuvre nous est aussi un soutien, une émotion physique, une présence fébrile, une caresse, un supplément de grâce, le moyen d’une résistance à la lassitude, à l’angoisse et au renoncement.  C’est tout cela à la fois que je veux brasser ici, dans ce salut enthousiaste, respectueux et empressé que j’adresse à l’artiste. Et le vers d’Eluard, dans le prisme de l’œuvre de Nicaise, se répand alors sur un mode exponentiel : Toute caresse toute confiance se survivent.

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    L’œuvre est bien plus vaste que ce que j’en dis ici, plus longue dans le temps, elle possède un large spectre que je n’ai pas encore identifié.  Je viens de l’entrevoir par ce bord sublime que j’ai dit. Je viens d’y succomber. Je veux dorénavant la découvrir dans son entier, dans son histoire et dans sa diversité. C’est sur ce chemin que je suis. Mais d’emblée, j’ai voulu, dans l’irrépressible élan d’affection que l’artiste nous inspire à Suzy Cohen et à moi, témoigner tout de suite de la lumière reçue et partagée. A présent, mon désir est de cheminer un temps avec l’œuvre, de rencontrer et d’entendre l’artiste. Je rendrai ensuite compte de ces événements et de la grâce qui les enveloppera et que je pressens.

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  • Fabrizio La Torre

    Fabrizio La Torre

    Le monde des années 50

    Brussels Art Edition 2014

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    à Suzy Cohen, à qui je dois la découverte de l’œuvre 

    Fabrizio La Torre,  né en  1921 et mort en août 2014, est le petit-fils du photographe italien Enrico Valenziani, considéré comme l’un des pères de la photographie italienne. Son père est écrivain, sa mère est peintre, céramiste, styliste chez Hermès. Il naît donc dans un milieu d’art, il naît cerné par l’art et le goût de la création.

    Si La Torre aujourd’hui apparaît à son tour comme un artiste immense qui a mis au point une formidable signature graphique fondée sur une impressionnante maîtrise technique, une humanité profonde et sensible, une inventivité captivante et un sens poétique du témoignage, il n’a, à l’origine, pas l’intention de faire œuvre, son propos, c’est d’être « un honnête témoin de son temps ». C’est un projet simple et humble. Sans y prendre garde, peut-être, le photographe plein d’humilité, va prendre la mesure, la dimension de son nom et élever, photographie après photographie, une œuvre haute, raffinée et sensible.

    Rattaché par son propos à l’école humaniste, La Torre s’impose aussi comme un poète de l’image, comme un homme qui patiente, qui observe, qui apprivoise longtemps avant de déclencher. Avant de recueillir. Il voit les perles se préparer, il attend, il se laisse hypnotiser, son œil a de l’inspiration, du tact et de la dextérité, il saisit, il fixe. La Torre possède une qualité rare, une qualité humaine prodigieuse et qui produit de belles fleurs : il inspire confiance à ceux qu’il regarde, il n’a jamais l’air d’un intrus. Il est présent sans impertinence, sans volonté de conquérir. Ses belles intentions doivent être lisibles car il est toujours reçu. La Torre sans doute sait flâner longtemps, il sait errer, se laisser aimanter.

    Il a, dans son travail photographique, une épatante science du temps : il déclenche au bon moment. Le temps de son déclenchement est toujours le bon moment. Il ne cherche pas l’effet. Il attrape pourtant infailliblement le moment d’or, il capture le frisson, toujours. 

    Sa photographie est belle, elle se contemple longtemps, patiemment, elle se déplie comme les vers d’un poème, elle respire formidablement. Quelque chose de bienfaisant en émane et vous conquiert sans brutalité. C’est toujours un fascinant cocktail d’émotions : le poignant, l’étrange, le somptueux, le farfelu, le charmant, le complexe, le cocasse, le vaste, le ténu, le savant, le profus, le rigoureux, l’épatant, le simple s’y enchevêtrent avec une sorte de naturel confondant. L’intervention de l’art, celle de l’artiste, s’y sentent d’abord à peine. Mais dès qu’on s'aventure plus profondément dans le territoire de la photographie, on sent ce que La Torre a prémédité, ce qu’il a pris le temps de voir, comme il a détecté les concordances, les discordances, les effets de lumière, les danses, les ballets formels, l’instant magnifique d’un visage, la façon dont les éléments concertent. On sent que l’artiste a médité quelque temps sur la chose, qu’il s’est laissé bercer par son sujet, emplir par lui avant de le capturer. Et quand il y a capture immédiate, - ce qui est fréquent, au demeurant, dans l’œuvre-, elle est toujours le produit d’un être exercé, d’un artiste en pleine possession de son savoir et qui peut compter sur sa maîtrise et son inspiration jusque dans l’élan rapide et instantané. Dans le spontané, il y a chez lui une grande sûreté de l’œil et de l'âme, simultanément. De l'âme ? Oui, cet accessoire métaphysique qui permet de prendre la température du monde et de soi dans le monde, qui inspire une curiosité déférente pour l'autre, qui éveille au désir d'une communication, qui pressent le beau et qui tinte comme les clochettes de muguet au vent. La Torre est un esthète qui ne cherche pas à soumettre le monde à son prisme, qui n'a pas l'obsession de lui imposer sa griffe, c'est un artiste disponible qui aime être surpris, sollicité par l'immédiat, qui apprécie d'être ému, c'est aussi un compositeur capable de dompter ses vertiges et de les transmuer en créations vertigineuses. 

    La Torre, dans sa polyvalence artistique, excelle à saisir le proche, l’intime, l’immense, le vaste avec le même pouvoir de conviction. La vastitude, chez lui, ce sont des détails magiques additionnés comme dans l’art du vitrail ou de la mosaïque. Tout tient. Le hasard n’a guère de place là-dedans, l’image est poétiquement songée. Fils d’un pionnier de la photographie, homme averti sur l’art, La Torre ne peut pas ignorer qu’il a du talent. Peu lui importe. Quand il photographie, son ego est absent, tout son savoir est mobilisé, son humanité est en alerte, sa technique n’a d’autre souci que de servir le propos. On fait œuvre sans chercher à faire œuvre, en ayant simplement le sens de l’essentiel et le moyen de lui rendre justice. La Torre est à la fois homme de doigté et de tact. Sa belle nature humaine éclaire ses clichés. Toute l’œuvre dit que La Torre est guidé par une grande noblesse de sentiments. Une dignité. Une élégance.

    Les enfants qu’il photographie de par le monde forment ensemble une cascade poétique rassérénante. Sans tricher le monde, sans embellir l'humanité, sans céder à l'appel des sirènes du kitsch, semble nous dire La Torre, il y a moyen de cueillir partout des paillettes et des pépites d'or simple. Il y a matière et essence à recueillir. Toute son oeuvre concourt à un grand chant humain et à une vision élevée.    

    Je demeure hébété d’admiration devant les somptueuses images de La Torre où l’être humain apparaît minuscule parmi des architectures titanesques, énormes, boursouflées Et, en regardant longtemps ces images, il m’apparaît qu’il ne nous montre pas des créatures écrasées par la démesure des édifices, mais de petits êtres délicats, fragiles, étranges, étonnants en vie et en mouvement dans des écrins exorbitants. C'est à la fois observé et rendu comme saugrenu et touchant. L’œuvre de La Torre, dans une singularité exaltante, est un toujours plaidoyer pour la vie, pour les vies à travers le monde. Il y a moyen de dire ensemble, quand comme lui on est poète, l’insignifiance et la beauté, le fragile et le troublant. 

    A l’observation d’une photographie de La Torre montrant une pagode sur l’eau, flottant sous un ciel sourd et riche d’une étonnante morsure de lumière, je songe qu’il y a du peintre et du graveur en lui et, en feuilletant à nouveau l’ouvrage, je rencontre un homme de la nuance et du mariage des nuances, un homme des avant-plans précis et des lointains brumeux, un homme de la spontanéité intelligente, un artisan du poème visuel, de la lumière satinée, du contraste et de l’infusion lumineuse.

    Vu par La Torre, le monde des années 50 ne hisse pas le drapeau de la nostalgie, il s'impose comme un moment de modernité, un temps où le circonstanciel et l'éternel cohabitent au projet de se rendre inoubliables, à se faire une place dans la durée.