Francis Campiglia

  • Francis Campiglia (énième suite)

    Francis Campiglia

    Me revoici, - je ne compte plus mes visites -, chez le photographe Francis Campiglia, chez Francis le Parisien, Campiglia le Fellinien, l'ami empressé des femmes diverses et multiples, le chercheur d'orbe, le cueilleur d'instants propices. Je m'installe au labo de Francis l'ensorcelé ensorceleur, l'arrosé arroseur et j'y sirote le vin charnu des icônes, la grâce acidulée des acrobates, des épicières, des jongleuses de feu, des passantes, j'y hume le parfum fruité de la fête, l'encens poivré du lupanar, les coulis de fleurs, de fraises, de prunes, d'arbouses, de litchis de la folie douce, de l'audace, de l'exotisme, de la rue en effervescence, de la petite fièvre de nuit. Je m’accoutume chez Francis à de l'inhabituel, à du charmant, à une exquise inconvenance, à de la poésie lâchée en pleine rue, à de l'émoustillant, je m'y repose d'un monde de brutes, de médiocres, de cafards secs, de connards offensifs et entêtés. J'y retrouve les saveurs enivrantes du farfelu, du chaleureux, de l'hospitalité, de l'appétit, le goût du chant, du spectacle, de la sérénade, de l'étincelle dans l’œil. Je raffole de cette faune de zèbresses divinement zébrées, de geishas en goguette, de musiciennes & artistes à l'oeuvre, de tapins en fastueuse revendication, d'effeuilleuses en coulisses, de cafetières séduisantes, de petites beautés en villégiature, de mémés inhabituelles, de nymphes lunaires, de matrones appétissantes. Voici des lieux et des liens où trouver des éléments de l'oeuvre :

    http://franciscampiglia.over-blog.com/

    https://www.facebook.com/Francis-Campiglia-Photographe-372001309482469/

    http://franciscampiglia-photographe.blogspot.be/2013/01/galerie-de-francis-campiglia.html

    https://www.flickr.com/photos/franciscampiglia/

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  • Chez Campiglia, à nouveau

    F R A N C I S   C A M P I G L I A

    Je suis à nouveau de retour chez Francis Campiglia, mon photographe parisien favori. J'y reviens comme un lecteur revient aux grands auteurs, aux types qui savent y faire, j'y reviens par amitié pour la belle ouvrage. J'y reviens par plaisir, pour regarder, pour contempler, du beau, du bien troussé, du bien vu. Pour mon agrément que j'y reviens, ici, dans le Paris et parmi les faunes et flores de Campiglia. J'y reviens parce que je n'y ai jamais trouvé la lassitude. Et pour cette sorte d'histoire qui semble toujours embusquée dans les icônes du Gaulois superbe. Ici, les images ont bon goût, il circule dedans une qualité d'oxygène qui requinque le regardeur, j'y reviens mais oui, en raison d'une franche humanité en vigueur dans les albums. Ce sont des photographies de gourmet, de farouche esthète. Moi, oui, je n'en fais pas secret, en pur amateur, je pianote dans les paysages, les brumes, mais je donnerais tous mes clichés pour une minute du talent de Campiglia. Inutile de s'abuser, de perdre de vue la bonne mesure.  Il n'y a pas nivellement des valeurs. Il n'y a pas de lauriers dans toutes les soupes. Et il y a soupe en sachet, soupe, puis potage et velouté. L'excellence n'est pas à portée de tous les désirs ni de toutes les marmites. Honte à qui perd le goût de saluer, honte à qui perd le goût de lever les yeux. La chose se dit beaucoup : tout se vaut, tous des artistes, poètes, critiques, auteurs, photographes ! Une affirmation qui, selon moi, relève du bagage intellectuel de la perruche. Merde aux charlots, aux tocards, aux épouvantails prétentiards ! Assez. 

    C'est bon d'être dans l'imagier du maestro Campiglia, on y a rendez-vous, c'est sérieux et stupéfiant, avec le moelleux d'un bon vin, la saveur d'un beau poème. Je suis là, chez le maître, pour me consoler de ce monde si sensible au moche et au méprisable, pour emmagasiner, pour faire des provisions d'art. Il sait, le maître, faire icône dans le hasard, sublimer la seconde d'une rencontre ou d'une découverte et lui donner l'occasion de se déployer du circonstanciel à l'éternel. Un éternel à la mesure des hommes. Il n'y en a sans doute pas d'autre.   

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    A    S U I V R E

  • Francis Campiglia

    E L L E S

    une série & une expo de Francis Campiglia

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    https://www.facebook.com/pages/Francis-Campiglia-Photographe/372001309482469
    https://www.flickr.com/photos/franciscampiglia/
    http://franciscampiglia.over-blog.com/

    J'ai écrit mille fois déjà le bonheur que j'éprouve devant les photographies de Campiglia. Un grand photographe parisien. Un maître. J'aime l'esprit du type, sa finesse, son genre, j'aime son aptitude à flairer l'instant, à susciter quelque chose, une seconde photogénique. Un œil formidable. Magistral dans la capture de l'étincelle. Et des moustaches captivantes. Pas à dire, ça doit aider, de pareilles moustaches. Campiglia est un artiste alerte, et massif, ce qui favorise la qualité de son assise. Ses photos sont ancrées. Elles ont une allure, un parfum de vraie fête, avec une vibration authentique et un cachet. Oui. Son bagage est immense. Il peut s'appuyer dessus et prendre ses aises. Il peut aller en confiance. Il a, en outre, précaution superbe, un infatigable qui-vive, une permanente vigilance. Il fait en sorte (il a des trucs, des sorcelleries, des recettes, du métier, du génie) que chacune de ses photographies s'adresse à moi personnellement. Il sait me rendre sensible à ce qui l'émeut. Il est futé, rusé, aussi. Il aime immodérément les femmes, il les célèbre comme personne. Et il leur plaît. S'il n'y a qu'une toute petite fleur dans une arrière-cour, il va la dégoter et d'un déclic la rendre indispensable. Les petites fleurs cachées, c'est la moitié de la beauté du monde. Il y a une charge émotionnelle dans chacune de ses photographies, une électricité, un instant d'intense échange. Ce type qui a un physique de docker et des moustaches de mercenaire vit en parfaite entente avec le frisson. Il le pince et le fixe quand il veut. En gloire, en splendeur. Il y a derrière l'hercule, le vrai dur, le colosse, un type d'une délicatesse inouïe. La créature sent ça, elle devine la luciole dans le phare, elle suppute cette entente secrète et ça la dispose au sourire, à la grâce. C'est ça, le truc, ce déménageur de pianos à queue est reçu dans les magasins de porcelaine avec tous les égards : il n'a jamais brisé ni un clavier, ni une enclume, ni un bibelot de faïence. Et lorsque, - toutes, les unes, les autres - Elles sont regardées par lui, elles savent qu'elles sont admirées. Elles comprennent qu'elles sont de la famille des chefs-d'oeuvre et des merveilles de Paris. Et du reste du monde. Et ça les rend comme ça, hospitalières, splendides à voir, étincelantes. On ne peut rien contre ça. Juste admirer et rendre grâce.

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  • Francis Campiglia (troisième partie)

    FRANCIS CAMPIGLIA

    TROISIÈME PARTIE

    Interview par Denys-Louis Colaux (suite) Février 2013

    Pour la superbe iconographie, consultez, par exemple :

    http://www.flickr.com/photos/franciscampiglia/

    Tu n’aimes pas parler de tes auteurs préférés, de tes cinéastes, tes peintres.  Comme toi, j’aime Dumas, RL Stevenson ou Hemingway. Ce sont des gens importants dans ma vie. J’aime leur rendre justice en parlant d’eux. Tu juges que cet affichage du  pedigree consiste à épater la galerie et qu’il est vain ou fat, inutile ?

    On ne parle jamais assez des gens qu'on aime et quand on parle d'eux on se rapproche, par le souvenir, des merveilles qu'ils ont écrites et ce n'est jamais inutile

    J’aime les photographes que tu évoques : August Sander, Sebastiâo Salgado, Martin Parr, Nachtwey, Doisneau, Cartier-Bresson, Brassai, Kertesz. Peux-tu me dire quelques mots à propos de cette autre photographe que tu aimes aussi (et que j’adore), Diane Arbus ?

    Quand j'ai découvert Diane Arbus, elle était encore de ce monde, au début 70 et sa façon de photographier " la marge" le "hors norme"  a produit sur moi le même effet que Freaks le film de Tod Browning, une véritable déflagration, je ne m'en suis jamais remis. Dans certaines photos j'essaie timidement de m'en approcher, très timidement.

    (Note de l’interviewer : Freaks (« La Monstrueuse Parade »), film de Tod Browning sorti en 1932. Au sein du cirque Terallini, parmi les artistes, on trouve des êtres différents : sœurs siamoises, homme-tronc, l’androgyne, l’homme-ver, femme sans bras, femme à barbe,…  Hans, un nain, s’éprend de la grande et belle trapéziste Cléopâtre. Il hérite d’une immense fortune …)

    Tu affirmes que tu n’as jamais d’état d’âme ? Je suis un peu sceptique mais résolu à te faire confiance. Dis-moi, cette affirmation, c’est  une plaisanterie ou tu es sérieux ?

    Je crois que je me suis mal expliqué. Tu vois, par la réponse que je viens de faire au sujet de Diane Arbus, que j'ai des états d'âme. J'ai des états d'âme dans le sens de ce que je dois photographier ou ne pas photographier. Ce n'est pas de la haute philosophie et ça ne m'empêche pas de dormir. Quand je fais la photo j'en fais un certain nombre mais je sais qu'il n’y en a qu'une de bonne, les autres, c'est pour la "sécurité", "au cas où". Ensuite je choisis LA PHOTO instinctivement sans beaucoup de tergiversations. Des états d'âme quand je traite l'image et quand le bébé est là, devant moi, je l'aime et je n'ai plus de questions à me poser et je ne douterai jamais de cette photo et je la défendrai bec et ongle et même avec une mauvaise foi évidente (en exagérant beaucoup). Pour tout dire, je ne suis pas quelqu'un de compliqué.

    Tu m’as promis de m’adresser la première photo que tu as réalisée et qui t’a plu. Peux-tu l’évoquer, la montrer, en dire quelques  mots, expliquer en quoi elle a été décisive ?

    En 1983, l'année où j'ai fait cette photo, j'étais pro depuis 10 ans et c'était plutôt le marasme et la confusion au niveau créatif (là il y avait de sérieux états d'âme, et des doutes considérables quant à mon avenir de photographe) je me cherchais au point de m'y perdre entre les nécessités économiques et ma volonté d'être, de me sentir photographe, créateur d'images qui avaient vraiment un sens pour moi, qui permettaient le passage entre qui j'étais dans la vie et ce que je voulais être. Je voulais abandonner la photo et revenir vers le cinéma à travers de la vidéo. j'ai donc décidé de réaliser  une vidéo musicale  et j'ai rencontré des punks inspirés ( mon attrait pour  la marge)et on a commencé à réaliser le clip  en essayant de récréer un atmosphère à la Léo Malet , on tournait d'ailleurs prés du Pont de Tolbiac, l'ancien avec les structures métalliques dans les entrepôts  frigorifiques. Là tout s'est mis en place, la lumière, le cadre, les personnages où ils devaient être et Doisneau et Diane Arbus, j'ai laissé tombé la caméra ,  j'ai pris mon Nikon FTN, il y avait dessus un 28mm et c'était du Tri X et j'ai fait La Photo, Ma Photo. Tout a été différent depuis ce jour, j'avais trouvé mon style, ma façon d'écrire et une façon de vivre. Je me suis totalement consacré à la photo en laissant vraiment tomber tout le reste. 

    J’aimerais t’interroger un peu sur ce désagrément que t’inspirent les photographes « conceptuels » (Je te cite : « ils me navrent, ils m’insupportent »). Tu n’aimes pas que l’idée prime sur la réalisation, tu refuses l’évacuation du savoir-faire ? Cela te paraît trop cérébral, masturbatoire, vide ? Une imposture ? Toi, tu es un artiste qui fonctionne à l’instinct, à l’intuition, au flair, au feeling. Tu te méfies des intellos ?

    J'ai fait des études d'histoire, j'ai un tas de diplômes, j'ai une formation d'intellectuel et en plus j'écoute "France culture", je ne me méfie donc pas des intellos. Mais, quant aux "photographes" conceptuels, je ne pense pas qu'ils aient grand-chose à dire, je pense plutôt que c'est , comme tu l'as dit, masturbatoire et quasiment vide. Mais ils vendent bien, les galeries parisianistes adorent.  

    J’ai visité, en m’instruisant sur toi, un bel espace (Taga’s fashion show) où tu apparais en tant que « photographe de mode ». Bon, c’est toujours du Francis Campiglia, il n’y a pas à s’y méprendre, c’est même de l’excellent Campiglia, c’est de la très belle photographie, de la photographie de classe. Peux-tu évoquer cette expérience ?

    Je ne suis pas plus photographe de mode que photographe humaniste. J'ai fait des centaines de photos de musiciens , La Mano Negra, les Garçons Bouchers, les Négresses vertes pour ne parler que des plus connus, c'était un moment de ma vie et ensuite, j'ai fait des photos dans le mode du Burlesque et de la mode et c'était d'autres  moments de ma vie et je suis heureux que  tu écrives " Bon, c’est toujours du Francis Campiglia, il n’y a pas à s’y méprendre" . En fait, il me semble avoir fait toujours la même photo avec des personnages, des histoires, des lumières différentes et c'est ce qui me plait, l'essentiel est là.

    Veux-tu me parler un peu de ce livre paru chez Parimagine intitulé « L’Ilot Chalon ». Quelle est son histoire ? Où le trouve-t-on ?

    L'Ilot Chalon c'était un petit quartier de Paris juste à coté de la gare de Lyon, qui est né avec la gare, s'est épanoui avec elle et est mort à cause du développement de la gare, mort au sens qu'il a été rasé dans le milieu des années 90, sacrifié sur l'autel conjugué de l'urbanisme parisien et du TGV triomphant. Pendant plus de 10 ans j'ai pu photographier l'agonie programmée des quelques petites rues et passages qui dessinaient le quartier, j'ai photographié la misère de ces gens qui y vivaient pour la bonne et seule raison qu'ils ne pouvaient être ailleurs que dans ces taudis délabrés, mais aussi la vie qui s'accroche désespérément au moindre pan de mur.  Une expérience humaine qui s'est traduite par des centaines de photos  exposées pour la première fois  dans les années 80, mais qui ont attendu plus de 30 ans avant de devenir un livre. Ce livre " L'Ilot Chalon" est à paraitre dans le courant du mois de Mars et tu en seras, bien sûr, averti.

    J’aimerais que tu me racontes en quelques mots le moment où tu as acheté ton premier appareil.

    C'était au début des années 70 , j'avais déjà un appareil mais j'ai eu besoin de me rapprocher du monde professionnel et j'ai hésité pendant plusieurs mois entre Leica et Nikon et un jour d'août 71 j'ai  franchi la porte du magasin photo ELGE qui se trouvait à Champigny dans la banlieue parisienne et j'ai acheté un Nikon FTN avec un objectif de 50mm pour 2800 francs. J'ai toujours cet appareil qui dort du sommeil du juste sur un étagère et je ne pourrais jamais m'en séparer tant il est lié à mes photos. C'est un Souvenir, au grand sens du terme.

     

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  • Francis Campiglia (deuxième partie)

    Francis Campiglia

    DEUXIÈME PARTIE

    Interview par Denys-Louis Colaux – Février 2013

     Toutes les photographies sont la propriété de Francis Campiglia

    Vous êtes sans aucun doute l’un des grands photographes parisiens actuels et, sauf si j’ai mal dirigé mes recherches, il y a peu d’éléments biographiques sur vous. Comment expliquez-vous cela ?

    Tout simplement parce que parler de mon passé et encore plus écrire dessus est, pour moi, un exercice très difficile à affronter et dans lequel je perds beaucoup d'énergie. Exercice auquel j'ai bien dû me plier à l'occasion de la parution de mon livre "L'Ilot Chalon"(éditions Parimagine) et dont je te communique une copie. Ceci dit, je pense que si une image est suffisamment forte, elle peut très bien parler de son photographe de père, un peu comme une empreinte digitale.

    Il y a dans vos photographies  une grande chaleur humaine, une ouverture à l’autre, à la singularité de l’autre. Peut-on parler d’une sorte d’humanisme chez vous ? Avez-vous un public ?

    J'ai toujours photographié les gens avec lesquels je peux me sentir bien, il me semble que la "chaleur humaine" vient de là en revanche je ne peux pas photographier les autres, je les ignore complètement et là je ne sais pas si on peut parler d'un humanisme qui aurait pour fondement une empathie avec le restant de l'humanité, ce que je n'ai pas.

    Vous êtes aussi un homme de la fête, de la musique, de la salle de concert, de la rue, du bistrot.  Vous aimez la rencontre, la joie, les gens en situation de communiquer. Est-ce que vous parler avec les gens que vous photographier. Est-ce qu’il y a une approche verbale ? Je présume qu’à présent, les gens vous reconnaissent ?

    Il se trouve que bon nombre de mes photos ont pour cadre la fête, la musique, étant éminemment urbain, la rue a toujours été mon principal champ d'action et quoi de plus idéal qu'une rue pour rencontrer quelqu'un et essayer de communiquer avec lui, la photo vient toujours après et n'est jamais un but en soi. Je suis totalement ouvert à toutes rencontres et on se confie très facilement à moi (mon apparente bonhommie me sert beaucoup) et si de cette conversation doit naitre une photo c'est que nous sommes allés plus loin que les civilités ordinaires. Nous sommes passés à un niveau plus intime, plus sensuel qui déclenchera chez moi le réflexe photographique.      

    De quel milieu êtes-vous issu ? Que faisaient vos parents ?

    Je suis du milieu juste au milieu (une plaisanterie) quant à mes parents...

    Quelle est la nature de l’attraction que Paris exerce sur vous ?

    Je suis urbain et Paris est l'archétype du monde urbain je suis donc le plus heureux des poissons, de plus dès que je suis hors de Paris je commence à manquer d'oxygène en exagérant un peu quand même.

    Peut-on dire qu’il y a chez vous un artiste de l’immédiat, un artiste qui capture la vie au débotté et  un artiste qui compose sa photo, qui l’organise, qui la met en scène. Peut-on parler d’une part d’une sorte de reportage poétique et de l’autre de travail d’art ? Est-il aisé d’aller d’un à l’autre ?  Ces deux aspects sont-ils très distincts ou bien se chevauchent-ils ?

    Cartier Bresson parle de l'instant décisif en fait cet instant décisif où tu te sens totalement obligé de faire la photo est la résultante d'une combinaison d'un nombre précis de facteurs qui fera que c'est à cet instant ( ni avant, ni après) qu'il faudra appuyer sur le bouton. Dans ces paramètres on retrouve le cadrage, la lumière, etc., etc. Pour moi la photo se compose d'elle-même et je n'interviens que très rarement sur la mise en scène originelle qui s'impose à mon regard. Il va sans dire qu'il est nécessaire d'avoir un œil  "photographique" comme un musicien doit avoir une" oreille". Maintenant si la composition, l'ambiance, les personnages que je photographie sont en harmonie, la photo me plait (petite note bio: j'ai mis 15 ans à trouver la photo, la première photo qui me satisfaisait et dans laquelle je me suis reconnu et qui a déterminé toutes mes autres photos je te la montrerai). Quant au coté artistique c'est à celui qui regarde de décider s'il ressent une émotion en regardant ma photo cela peut s'appeler de l'art ou de la poésie. 

    Est-ce que vous hantez un lieu avant de le photographier ?

    Non je ne hante pas, le lieu s'impose à moi et moi je tache de m'y installer mais défaut ça ne colle pas

    Le photographe doit-il être séduit pour photographier ? Le photographe doit-il séduire pour photographier ?

    La photo telle que je la pratique est, bien sûr, une question de séduction réciproque, je pense même qu'il s'agit d'une relation érotique très forte même si elle est excessivement brève.

    Vous êtes à l’aise dans le noir et blanc et la couleur, l’argentique et le numérique. Est-ce que dans votre for intérieur, des distinctions s’opèrent entre ces aspects de la photographie ?

    J'ai fait de la photo noir et blanc pendant 35 ans  je m'y sentais très bien , d'autant que je percevais très mal les couleurs. Le noir et le blanc me suffisaient parfaitement. Par la force des choses le numérique s'est imposé et comme je ne suis pas pour mourir avec une arrière-garde défendant glorieusement le patrimoine, et que je suis pour le progrès, j'ai adopté sans regret du jour au lendemain l'écriture numérique qui m'a ouvert à la couleur et m'a permis de m'échapper du labo où je me salissais les mains. J'aime toujours mes photos noir et blanc sans nostalgie je scanne mes négatifs et je les tire avec une imprimante. Je suis parfaitement heureux de mixer mes photos issues de négatifs avec celles issues de fichiers numériques et tout ça sans états d'âme d'ailleurs je n'ai jamais d'état d'âme (note bio)

    Êtes-vous un oiseau nocturne ? Subissez-vous le charme de la nuit ?

    N'ayant aucun a priori, mon hédonisme profond me dit que le plaisir se prend à chaque instant peu importe qu'il fasse jour ou nuit

    Lorsque vous partez en quête d’images, êtes-vous un homme de l’errance, du hasard, un homme qui se laisse porter ou bien vous fixez-vous des objectifs,  des sujets, des endroits, des lieux précis ?

    Oui l'errance me va bien ou plus, la divagation et vogue la barque sur une rivière sans lit, ma vie est comme ça.

    Qu’est-ce qui vous a amené à la photographie ? Qu’est-ce qui a été décisif dans votre choix de devenir photographe ?  

    Le cinéma m'a amené à la photo (voir mon douloureux exercice bio que je t'ai envoyé) (voir la première partie cle de notre espace Campiglia)

    Quels sont les photographes qui ont capté votre attention, qui ont décidé de votre attrait pour la photographie ? Quels sont ceux que vous aimez aujourd’hui ?

    J'ai appris à faire des photos en regardant celles des autres. Dans les années 60-70 ceux qui m'ont beaucoup appris,  August Sander, Arbus, Brassai, Kertesz, Doisneau, Cartier-Bresson pour ne citer que ceux qui me viennent spontanément à l'esprit. Pour aujourd'hui Martin Parr, James Nachtwey, Salgado et là aussi la liste est très longue en revanche les photographes dit "conceptuels" me navrent et m'insupportent.

    Sur votre blog, on lit que vous êtes photographe illustrateur. Qu’est-ce que cela signifie exactement ?

    Ce n'est qu'une appellation de "carte de visite"

    Dans « Tronches de vie », par exemple, ou dans « Eclats de vie », magnifiques suites de photographies, on sent à la fois votre vocation d’artiste (des portraits superbes, un art de fixer de la vie, de l’émotion, une braise de vie) et votre goût des autres. Qu’est-ce que le photographe veut saisir chez l’autre ? Son allure, son enveloppe, quelque chose de son être intime, un instant d’existence, le moment d’une rencontre ? Qu’est-ce que le photographe perçoit de l’autre ? Est-ce qu’une complicité, même furtive, est indispensable ?

    Quand j'ai fait cette exposition " Tronches de Vies" j'avais écrit un petit texte de présentation qui me semble toujours valable et j'en extrais une phrase qui répondra à ta question : "Je suis un conteur d'images qui transmet l'histoire personnelle et intime des gens que je photographie. A travers leur regard, leur façon de s'habiller et de paraitre devant l'objectif, c'est un condensé de l'histoire de leur vie qu'ils me confient au moment très bref où j'appuie sur le déclencheur. Une tranche de vie apparait sous leur tronche de vie"

    Souvent, vos photos, en noir & blanc ou en couleur, par leur intensité, par leur ardeur, par leur haute teneur en émotion, me font penser à des braises, des images ardentes. Elles ont un plus, une intensité extraordinaire, une sorte d’incandescence. Qu’est-ce qui fait qu’une photo vous semble bonne ou non ? Qu’est-ce qui fait que vous retenez une de vos images ou que vous l’effacez, que vous renoncez à la montrer ?

    Je fais confiance à mon instinct quand je pense qu'une photo est bonne je ne doute jamais de mon choix. Si je fais une photo c'est qu'elle s'est imposée à moi alors pourquoi en douter. J'ai douté pendant 15 ans et depuis 1985 je ne doute plus, ce qui ne veut pas dire que je ne me pose pas de questions quant à l'opportunité de montrer ou pas une photo à un moment précis et à une personne donnée.

    Vous êtes né en 1949. Que faisiez-vous en mai 68 ? D’où vous viennent ces formidables moustaches ? Avez-vous toujours fait de la photo ? Quels sont les auteurs, écrivains, poètes, musiciens, chanteurs, cinéastes que vous aimez ?

    En 68 j'ai fait mes premières photos, les magnifiques seins de ma copine (photo que j'ai d'ailleurs perdue lors de mes pérégrinations) depuis j'ai toujours fait de la photo ( d'abord parce que je ne pouvais entrer dans un école de cinéma) et je n'ai jamais fait autre chose que de la photo, avec mes moustaches bien sûr. Tout le reste n'est qu'accessoire et vernis culturel.

    visitez aussi : http://franciscampiglia.over-blog.com/album-1188346.html

    Vous souvenez-vous d’une chose que quelqu’un (journaliste, critique, ami, peu importe) a dit à propos de vos photos et qui vous a impressionné par sa pertinence, sa grâce, son intérêt ?

    Je ne me souviens plus de qui a dit à mon propos (mais j'y souscris totalement) que j'étais " libre, libertaire et libertin" c'est tout à fait moi.

    (À suivre)

     

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