Enrico Robusti

  • Enrico Robusti (2)

    E N R I C O   R O B U S T I

    somptueux prophète de malheur

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    Un maître nous crucifie à coups de pinceaux

    J'ai parlé déjà de cet artiste hors du commun. Et mon exaltation ne s'épuise pas d'une once. plus je regarde l'oeuvre, plus elle m'épate par son acuité affolante, sidérante, plus sa puissance me sidère et m'emporte. J'aime cette violente rupture d'équerre qui fait basculer le monde, en abolit la gravité, en déforme les perspectives, rompant avec tout équilibre physique et mental, créant une espèce d'aspiration du monde par ses points cardinaux, une impression de renversement, nous jetant dans un monde d'excès, d'hystérie, d'hallucination. Avidité orgasmique, engloutissement, attraction, ploiement, basculement. Le monde est un estomac qui broie, un espace qui fait osciller les choses comme des algues. Tout se vit dans une formidable caricature réaliste, dans une laideur hypnotique rendue par un art hautement maîtrisé. Tout d'un seul coup peut se retrousser. Tout est prédateur et proie, tout est amour et dévoration, tout est bonheur et écœurement. L'oeuvre tient, toise, traverse comme une dague. Tout est cri et folie. Il y a des indices d'apocalypse. Tout est consommation. Appétit démesuré, quête morbide de satisfaction.Tout, êtres, désirs, objets, espaces, animaux, tout est malade. L'oeuvre seule est une bouée dans la débâcle. Là, un effroi passe, une onde d'effroi. La sérénité a été engloutie comme un aliment. Le sérieux est troué, défiguré, découronné. Les peaux sont vertes, pourpres, les maxillaires serrées. Tout penche, la légèreté est proche de l’incontrôlé, du flottement, de la perte de maîtrise. Le beau et l'odieux se désirent, se veulent, se confondent. La satiété est impossible, inaccessible, désirée.  Les corps grimacent, se tordent, convulsent dans des expressions de suffisance pathologique. L'aisance est un cancer. Le mal prolifère. Prospérité de l'infirmité, de la morbidité. Peste érotique, lèpre esthétique. Tout s'enlise dans tout, tout empeste le foutoir de luxe, l'amour et le prurit. Gavage de soi par soi-même, course au gavage, engraissement nuisible. Teints cadavériques, altérés, nocifs, terreux. Pourtant ça bouffe, ça engloutit, ça surbouffe, ça surbâfre, ça se dilapide et se dilate en bouffes obscènes, en opéras-bouffetances. Le laid, l'immonde touchent à la somptuosité. Tout est tragi-clownesque, majestueusement hideux, c'est le plantureux cirque de la fin du monde.  Ce monde qui est un boyau instable, pris de spasmes. Des indices de beau subsistent, comme des cadavres sur un fleuve en crue.  Grâce, graisse, grimace. En fait, ça dérape, tout enfle, tout prend des proportions pas tenables du tout. Le vraisemblable n'est plus semblable au vrai. Le vrai, c'est la nausée. Nous sommes insupportablement vrais, nous tombons dans la fange sans fond, dans le jus d'estomac de la vérité. Le paradis, la morgue, l'enfer, c'est nous.

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  • ENRICO ROBUSTI

    Maestro ROBUSTI

    Formidables miroirs assassins

    Un maître italien contemporain nous regarde dans les yeux. Son regard insoutenable et magistral nous vaut une extraordinaire galerie de l’espèce humaine, de ses trognes, de ses sinistres cinoches, de ses pompes, de ses œuvres et de sa plantureuse misère. L’art nous fixe de grands rendez-vous. En voici un.

    Enrico Robusti est un grand peintre italien né à Parme en 1957. Bon sang, il me semble que je puis en dire davantage, crânement entamer la copie sur les chapeaux de roue : dites, voilà, je vous le certifie, un peintre exceptionnel. Un type d’une envergure considérable. Un homme qui a une geste artistique, une signature, un univers. Voilà un artiste qui déploie, pour montrer la difformité du genre, des trésors de maîtrise et d’excellence.

    Voilà, au travers du maestro parmesan, le monde rendu dans son immense déséquilibre, décentré, aspiré, secoué. Voilà le monde dans sa torsion, le monde « tordu ». Rupture d’équerre. Vertige. Houle de travers. Force de l’attraction revue et corrigée. La mise en espace elle-même interpelle, saisit, dérange, inquiète. Robusti est un type inquiétant. Un artiste qui n’inquiète pas, il vaut mieux qu’il dégage. Robusti va rester. L’œuvre est édifiante. Vous saute furieusement aux yeux, vous prend brutalement à la gorge. Sévère attrapade, distribution de giroflées à cinq feuilles, on va voir que c’est du sévère. Il n’est pas exclu qu’on rie, il est exclu qu’on sorte indemne de la galerie. L’enfer, c’est nous autres.

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    Il a de très solides ancrages, dirait-on, le talentueux Italien, c’est un lointain et libre descendant de Hieronymus Bosch et de Pieter Brueghel, de Goya, d’Honoré Daumier, c’est un parent éloigné des glorieux « dégénérés » allemands (ces gens-là étaient prodigieusement sains, insupportablement sains devant la gangrène nazie) comme l’immense Otto Dix ou le grand George Grosz, c’est un homme de l’exacerbation, c’est le peintre de la démangeaison d’être, du prurit existentiel, un maître de l’exorbitant  carnaval humain, du faramineux cirque humain. Il y a des citations dans l’œuvre, des éléments qui lie intimement l’artiste à l’histoire de son art.

    Robusti est un peu là pour secouer, comme un cocotier, le socle, le juchoir sur lequel nous nous croyons appelés à nous percher. Il sait les rendre, les trousser, les magistralement torcher, les appétits incontrôlés, la quête inaboutie, avortée du grand sérieux, les voracités fameuses et les phénoménaux vertiges d’être, les gloutonneries et les grimaces extatiques. Il y a du fellinien en lui, de l’outrance efficace, de l’excès pertinent. Il va à sa vérité par la voie de l’excès. Je le juge toujours perspicace, clairvoyant, formidablement démesuré. Il passe la mesure comme un indomptable Pégase saute l’obstacle. Prouesse. Ce n’est pas tout d’être méchant, il faut encore avoir la manière. Elle est là, classieuse en diable, époustouflante.

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    Il rend comme pas deux le sourire carnassier, effrayant, les soupes de grimaces, les tics, les contractions, la totale absence de paix et de sérénité, la torturante angoisse, les convulsions du vide ou de l’abrutissement, les tenailles de l’intranquillité, les électricités affolantes du désir, les affreuses et grotesques stratégies du désir de paraître et d’en imposer. Il grossit à la loupe déformante de son talent unique les simagrées de frime et d’esbroufe, les pavanes de la basse-cour humaine. Il fait le portait de l’invalidité tourmentée de l’être. Voilà l’homme tel qu’il se démène dans sa trop étroite, dans sa contraignante camisole d’humanité. Ce n’est pas une chrysalide et malgré tous les effarants et hilarants efforts que l’être accomplit pour s’en extraire, il y reste définitivement pris. Robusti nous livre l’homme tel qu’il est emprisonné dans sa très prétentieuse exigüité. Oui, le grotesque de l’humanité trouve ici un de ses talentueux observateurs, un de ses féroces contempteurs.

    Le maestro Robusti est intraitable. Il associe, comme c’est le cas dans la vraie vie, dans la rue, sous les toits, dans les chambres, partout, réalisme et caricature, mais il élève la température du mélange, il le porte à ébullition, sans ménagement. Il est le peintre de l’ironie, celui qui fait peser sur toute trace d’humanité l’insoutenable, le dévastateur regard de l’ironie. Féroce, désopilante, démoralisante, exaltante, l’œuvre de Robusti déshabille l’être de ses prétentions exorbitantes et le laisse risible, ridicule, fragile ou insignifiant  dans un monde instable où les lois de la pesanteur sont sujettes à d’étranges originalités. L’être est incapable de se dominer, il vit dans un espace qui lui échappe. Autre chose que l’homme maître du monde, autre chose que l’affabulation de l’homme souverain,  une autre fable, autrement dérangeante, singulièrement moins glorieuse, foutrement plus vraisemblable !

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    Le rassurant verni du tragique est décapé et fait place aux singeries de la comédie humaine, aux répertoires de grimaces du zoo humain, de la termitière humaine. L’œuvre nous renvoie à notre laideur, à nos médiocrités, elle nous impose sans fard et sans précaution une relation spéculaire délibérément désagréable, déstabilisante, désastreuse. Oui, désastre, nos astres s’écrasent au sol comme des fruits blets.

    C’est du pamphlet pictural très haut de gamme. L’homme ici, dans l’œuvre, est un homme pour l’homme, sommet de l’abjection, puits sans fond de la bassesse. Je l’avais dit, ça avoine sec.

    Tiens, tout de même, un personnage qui pleure. Kitsch émotionnel ? Sûrement pas, il tranche des oignons ! Il n’y a, décidément, guère de compassion dans l’œuvre. Même si l’on comprend qu’elle s’origine tout entière dans un intérêt immodéré pour l’espèce.

    On a peu dit, en écrivant cela. Et mon but, dans mes petites rubriques exaltées, n’est jamais de circonscrire une œuvre mais de susciter chez le visiteur un peu de cet intérêt que j’ai pris à découvrir l’artiste. Fourrer dans sa tête de badaud le germe de la curiosité. Et chez Robusti, on fera remarquer la connaissance et la possession de son art (il s’est consacré, durant ses études, à l’étude des techniques picturales du XVIIème siècle),  l’essentielle et fascinante maîtrise technique et picturale, l’art inaccoutumé des angles de vue et de la mise en scène, et son étonnante exigence esthétique. Un art magistral qui démultiplie tous les effets et la virulence des propos. Personne, pour dire la laideur, n’est pertinent comme un esthète. Pour en découvrir davantage sur l'artiste, consultez les liens suivants.          

    http://www.tumblr.com/tagged/enrico-robusti

    http://www.teknemedia.net/pagine-gialle/artisti/enrico_robusti/dettaglio-mostra/11278.html

    http://www.toxnco.com/index.php?option=com_content&view=article&id=58&Itemid=66

    http://www.facebook.com/enrico.robusti

    http://www.youtube.com/watch?v=U-2xyngbNmE

    http://www.youtube.com/watch?v=3aOuJ3BoZGo