eden sela

  • EDEN SELA - "Maria Lucia"

    EDEN SELA

    Maria Lucia

     

    a eden sela c.jpgVoilà Maria Lucia, le nouvel et deuxième album d’Eden Sela. Eden Sela est un oiseau singulier perché sur un arbre implanté dans l’exact nombril de Brooklyn. Voici un arbre et son oiseau pris dans la houle de leurs propres réverbérations et de leurs effets. Eden Sela est un ange nocturne, un être insaisissable qui semble ici, par flux et reflux, aller de l’ironie au sentimental, dans une réjouissante ambigüité. On le sait, c’est l’ambigüité qui fait profitablement comprendre que le monde n’avance pas. Que le rêve d’avancer est une bêtise. Il y a un enfant de chœur dans la belle Eden, une fillette avec sa voix flûtée, il y a de l’enfance et une joie désespérée, les fils blancs de longs oxymores entremêlés, il y a la fillette et une chauve-souris futée, confiante en son sonar, il y a un aimable démon qui connaît la nuit, la fête, le vide. Il y a la belle Eden, avec son visage d’étoile du cinéma. Eden Sela a parfois la voix d’une adolescente qui court sur le bord de la falaise. Eden est un être attachant, poignant, ce n’est pas certain qu’elle le sache toujours. Rien n’est certain. Ici, plus que dans son premier
    album, elle joue, elle rit, elle ironise. Pas seulement, mais des pincées d’ironie saupoudrent l’arbre sur lequel elle est juchée et chante, dans Brooklyn, dans les petits lieux hors du grand trafic. Dans un univers sonore artificiel, maquillé, hypnotique, un univers d’une sobriété festonnée, elle avance et démultiplie sa voix, la jette dans d’infinis puits d’écho. Eden Sela est un vent, l’invention d’un vent sur clavier, dans un microphone, une liberté qui ne fléchit pas, qui nage dans l’eau propre de sa clandestinité. On dirait qu’elle a mis au point un espace où l’aube et le crépuscule peuvent entrer en contact. Tout est simple dans cet album, comme la lente poussée d’une fleur artificielle. Mais avec ces sons de synthèse, Eden, la petite reine, la petite sœur, parvient parfois a quelque chose de si chaud, de si vibrant, qu’on entre dans le lieu du sentiment et de l’émotion, juste en son centre. Are you ready est la perle de l’album. A l’intérieur de la conque, elle vit et respire merveilleusement. Elle dit, sur un ton de vent tiède et doux, des choses essentielles : 

     

    Are you ready

    Can you handle it

    Leaving your pain behind

    And going into the joy

     

    Though I am broken

    I can still dip my hands in the light

    I still can walk away at any old time

     

    I’ll repeat this motion

    I’ll come to you like a dream in the night

    I won’t ask questions

    I’ll just sleep tight

     

    Can you feel it

    Can you handle it

    Leaving your pain behind

    And going into the joy

     

    If I have limits

    Unchain my feet from the ground

    I will manage  them

    I’ll give back what I found

     

    Though I am aging

    I can still see angels in the sky

    I still can watch the day

    turn into the night

     

     

    Voilà le singulier univers d’Eden Sela. Dans Laying it to Rest, qui ouvre l’album, c’est la fin d’un amour dont on allonge le souvenir pour qu’il prenne du repos. Demain, j’aurai cessé d’appelé ton nom, je ne me souviendrai pas de ton visage. Oui, c’est touchant, l’ange volète sur les décombres de quelque chose, des plumes girouettent dans l’air déçu.

    Signalons que Dave Seidman accompagne Eden Sela aux drums.

    I Know You’ve Got A Woman est ce genre de chanson qui oscille entre le pathos d’un amour adultère et une certaine ironie singulière. Une Eden ça doit rire ainsi, avec cette voix flûtée, portée très haut. J’aime assez cette ambiance, ce filet de voix qui nage en altitude, qui sinue entre les nuages, les pylônes électriques et les grands oiseaux prédateurs. Tout cela est lent, inscrit dans le courant de la musique minimaliste, mais tout de même conçu et emporté dans une atmosphère d’étrangeté qui désarçonne et plaît.

    Jealours Lovers, une chanson qui ne dit pas exactement ce que disent les jeunes filles dans les chansons d’amour. Je me dis, en réécoutant cet album pour le chroniquer, qu’il a souvent une allure folle, qu’il danse dans une galaxie étonnante et inconnue. Des amis à qui je le fais entendre me parlent de Coco Rosie, d’autres me disent, c’est inédit, ça ne ressemble à rien, c’est passionnant, d’autres renâclent devant les effets techniques, la voix. Moi, avec le temps & l’écoute, je me dis qu’Eden Sela explore et fait des trouvailles, qu’elle danse toute entière sur les fils tendus de ses cordes vocales comme une fildefériste, comme l’un de ses sœurs tout en haut de la piste aux étoiles.

     

    Our love comes from nothing

    Our love comes from a hole in the ground

    Jealous lovers tied us down

    But now we are unbund

    Because your taking me away

    Because your holding me in

    Hour after hour

    I’m so far away from you now

    Jealous lover tied us down

    But now we are unbound

     


    I don’t
    . Chaque titre pourrait être la bande sonore d’un rêve, d’un court métrage onirique. Eden pourrait être un oiseau, un oiseau blanc et un échassier rapace. Quelque chose de volatil(e). Où est Maria Lucia ? Dans cette redondance du blanc ? Carré blanc sur fond blanc, voix blanche dans les nuages, voix mariale sur fond de drap immaculé ? Quelle neige, quelle poudre ? Quelle lumière ? Quelle éclampsie mariale ?  D’où vient qu’il y ait un âtre dans cet univers polaire, de la couleur, du bleu, selon moi, et du rouge, dans cet univers blanc ? Il y a du fascinant.

           

    Resistance est une pièce qui danse. Mais elle danse sur un curieux plancher. Resistance dit des choses étranges. Eden est comme personne, elle a une sphère, elle est respire un autre air (qu’elle dérobe), Eden est comme son regard, étrange et belle. Comme les oiseaux de Picasso, un peu, ces oiseaux qu’on aime entendre chanter mais dont on ne peut dire ce qu’ils chantent. Les mots d’Eden sont de petits souffles qui concertent autour de sa voix multipliée.  

     

     

    I forgave him

    I was sleeping

    We were better

    I was stealing

    I was stealing the air I was breathing

    Heart singing dreaming stinging beaming

    This is a message of love and resistance

    I know you are waiting

    I want you to be someone

     

    Oui, je ne vais pas détailler chaque chanson. Oui, nous attendions, nous aussi. Nous aussi, nous voulons qu’elle devienne quelqu’un. Nous observons que c’est ce qu’elle fait. Elle se fait un monde étrange, une sorte d’aéroplane en plumes et en chair de vent, un genre de faon-volant, elle le fait danser et tourner très haut. Et je pense que c’est une chance de voir passer ce genre de léger aérostat et d’entendre le chant qu’il répand.

     

    Ecoutez les huit titres de ce bel et original album:

     

    http://edensela.bandcamp.com/releases

     

    Denys-Louis Colaux, juin 2012

  • SOFT ROCK - Eden Sela

    SOFT ROCK

    Dentelle, neige et cristal

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    Le visage d’Eden Sela, fruit du surprenant et esthétique mélange entre l’ange et la femme fatale, annonce la belle singularité de l’artiste. Eden Sela est la sœur cadette de la bien-aimée Lhasa de Sela. Elle a reçu en partage cette sorte d’indéfinissable magie familiale et ce génie créatif qui habitent la grande tribu et que l’on distingue, que l’on identifie par exemple, dans l’art circassien de Sky, Miriam ou Ayin de Sela.

    Soft Rock, le premier album d’Eden Sela est une très heureuse surprise. Avec des moyens limités, dans une sobriété élégante et cristalline, la chanteuse, pianiste et compositrice ourdit délicatement un univers spécifique, singulier, volatil qui semble avoir pour décor de fond un ciel d’automne, des rideaux de dentelle, la légèreté d’une valse de flocons, le toucher délicat de la soie. Il y a de la neige et de la soie dans cette voix aérienne, une précieuse présence poétique. S’il fallait tenter une analogie, je dirais que les premières chansons enregistrées d’Eden Sela font songer à de délicates aquarelles musicales peintes avec une eau particulièrement fraîche. Des chansons comme Milk and Honey, poignante, comme suspendue et éclairée par un merveilleux halo de lumière, Me and my Woman, plus affirmée, belle dans ses développements de voix et dans sa mélodie, Letting go, composition patiente, éthérée, recueillie, merveilleusement assistée par le violoncelle de Matthew Robinson, The Geese,  attachante par ses inflexions, son ambiance aérienne, font pressentir un talent et une aptitude rare à faire retentir et s’épanouir l’émotion mais aussi le choix d’une couleur musicale, d’un univers poétique, d’une liberté de création à l’écart des productions industrielles. Voilà donc une artiste distincte, singulière, formidablement sensible et qui propose un univers différent. La voilà, pensons-nous, à l’aube d’une carrière.

    Découvrez l'album et ses titres à cette adresse: http://edensela.bandcamp.com/

  • Interview Eden Sela

    Interview Eden Sela

    Interview et traduction DL Colaux – Mars 2012

    ALBUM SOFT ROCK : http://edensela.bandcamp.com/album/soft-rock

     

    a eden sela a.jpg

    Soft Rock est-il votre premier album ?

     

    Oui, c’est mon premier album.

     

    Peut-on parler d’une aventure de création presque solitaire (il faut signaler la belle présence du violoncelliste Mathew Robinson) ? Aimez-vous composer et œuvrer en solitaire ? Le ferez-vous toujours ? Pensez-vous qu’il existe une relation entre solitude et création ?

     

    Je compose toujours seule, mais j’aime à penser qu’il existe une possibilité de créer avec quelqu’un s’il existe une réelle chimie. J’aime aussi à penser que la relation entre créativité, solitude et souffrance est un mythe. J’ai été entourée par des personnes aimantes durant toute ma vie et je suis parvenue à créer. Je crois que la clé, c’est de trouver des gens qui respectent votre intimité et votre liberté et vous aiment en même temps. Mathew est de de mes plus proches amis and c’est une personne très charmante. Il fait partie d’un groupe appelé « Opal Onyx » aux côtés d’une autre amie proche , Sarah Nowiki. Nous collaborons souvent et nous nous produisons ensemble sur scène. Cedar Apffel aussi, qui a enregistré et produit mes deux albums (Soft Rock et l’album à paraître), m’a beaucoup aidé pour arranger et m’a beaucoup appris sur l’utilisation musicale des éléments électroniques.

     

    Peut-on dire, selon vous, que ce premier album est un opus tendre et délicat, un album poétique ? Comment le qualifieriez-vous ? Puis-je le definer comme un travail poétique ? Que pensez-vous de la poésie ? Aimez-vous lire ? Vous considérez-vous comme une parolière, une musicienne, une chanteuse ?

     

    Je pense que l’album est délicat parce que je comprenais seulement comment jouer du piano lorsque j’ai écrit beaucoup d’entre ces chansons. J’ai toujours écrit de la poésie, depuis que je suis une enfant. Lorsque j’avais environ 21 ans, j’ai commencé à placer des poèmes sur de très simples accords.

    Je lisais davantage quand j’étais plus jeune et vivais à la campagne mais à présent je vis à New York City et je tente de puiser la poésie dans les gens et les lieux. Je tente d’expérimenter un maximum afin de provoquer une réaction en moi-même et de capturer cette réaction.

     

     Où avez-vous étudié le piano, le chant ?

     

    Mes parents m’ont dans l’enfance fait prendre des leçons de piano, mais c’est juste un peu ici et là avant l’âge de 10 ans. Ils aimaient l’idée de leur fille jouant du piano mais je n’avais pas réellement la discipline requise pour la pratique. J’étais une enfant rêveuse, sauvage, non concentrée et je ne m’engageais pas trop jusqu’à ce que je grandisse. Ensuite, vers ma 21ème année, quelqu’un m’a donné un piano et j’ai commencé à improviser et à expérimenter. Lentement, c’est allé de mieux en mieux et je suis réellement tombée amoureuse de l’instrument.

     

    Où avez-vous donné des concerts ?

     

    Dans des petits lieux indépendants à Brooklyn et Manhattan, des endroits où l’on accepte de prendre des risques avec des musiciens relativement inconnus.

     

    Qui sont vos musiciens et chanteurs favoris ?

     

    Mes chanteurs favoris sont Otis Redding, Billie Holiday, Mahalia Jackson, Yma Sumack et Rickie Lee Jones pour en nommer quelques-uns. J’admire Prince, Bob Dylan, Paul Simon, Tom Waits et Radiohead


    Vous avez vécu dans le Mile End, à Montréal, à proximité de Lhasa pendant plusieurs années. Quels rapports entreteniez-vous avec elle ? Avec les autres membres de votre nombreuse famille ? Avez-vous parfois chanté avec elle ? Quel genre de sœur était-elle ?

     

    Lhasa était comme une mère pour moi. Quand je suis partie pour Montréal, j’avais 19 ans et j’étais une sorte de naufragée. Je n’avais jamais d’argent, je prenais de la came, j’étais effrayée et je n’avais pas la moindre idée de ce que j’allais faire de ma vie. Je suis allée chez elle et j’ai chialé tellement j’étais paumée et elle m’a nourrie et elle m’a parlé. Et peu importe le gâchis dont je m’étais rendue responsable, elle ne me jugeait pas, elle me disait de me faire confiance à moi-même.  Lhasa était un être merveilleux, aimant, amusant, généreux et attentif. Elle débordait de beauté, de délicatesse, d’idées, de plaisanteries et d’images. Lhasa m’a donné quelques leçons de chant mais, plus important, elle m’a apporté son soutien. Elle m’a dit qu’elle pensait que la musique m’aiderait à m’ancrer et elle m’a encouragé à continuer dans l’écriture de chansons.

     


    Que pensez-vous de l'hommage rendu à Lhasa au Rialto ? Connaissiez-vous tous les invités ? De quelle nature était votre contribution personnelle ?

     

    L'hommage au Rialto était très émouvant. Les autres invités étaient des musiciens qui avaient joué avec Lhasa dans le passé, je connaissais certains d'entre eux depuis l'enfance. Lhasa s'est toujours entourée de gens intelligents et nobles. Participer à ce spectacle était une réelle joie. J'ai chanté Fools Gold.

     

    Vous pouvez nous dire quelques mots à propos du nouvel album ? ëtes-vous l'auteur des textes, des musiques ?

    Oui. Toutes les chansons ont été écrites entre juin et septembre 2011.

    Y aura-t-il d’autres musiciens à vos côtés ?

    Cedar Apffel, le producteur, joue de la guitare et des percussions. Mon ami, Dave Ziedman, un fameux batteur de Portland, Oregon, dont j’ai fait la connaissance quand j’étais âgée de 11 ans et qui a un excellent groupe nommé « Breezin », joue de la batterie sur quelques morceaux.

     

    Où allez-vous enregistrer ? L’enregistrement est-il déjà en cours ? Sous quel label ?

    Vous écrivez que cet album sera très différent. Quelle sera l’atmosphère, la couleur de ce nouvel album ?

     

    Je n’ai pas signé sous un label.  En fait, je crois que Soft Rock était davantage un album d’automne : choses qui tirent à leur fin, s’assoupissent, s’apaisent. Le prochain album est un album d’été : riche, chaud, émouvant, romantique, ouvert, libre, un peu fou. Je pense qu’il révèle mon sens de l’humour davantage que Soft Rock. Les chansons se centrent davantage sur les relations humaines, l’état amoureux, les conflits entre personnes davantage que sur les questions existentielles.

     

    Comment s’appellera-t-il ? Quand sortira-t-il ?

     

    Il s’appellera « Maria Lucia ». Il sera terminé à la fin du mois de mai 2012.