Cohen-Colaux (Pas de danse)

  • Suzy Cohen (peintures) / Denys-Louis Colaux (poèmes) - Pas de danse 1

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    Potence du chevalet

    Les étoiles seront éteintes
    Le crépuscule aura
    Des sabots de boue noire
    Les palimpsestes seront blancs
    Un lent reste de vent
    soufflera la cendre des livres
    La neige n’ira plus
    border le plexus roux des arbres
    Des grappes d’oiseaux morts
    sécheront au fil du silence
    Les villes seront prises
    sous la conque de leur couvercle
    Les forêts auront bu
    la dernière aumône de sève
    L’océan lavera au sel
    à la brosse à l’écume
    de lourdes épaves blanchies

    Les chevreuils et les loups
    reposeront morts et ensemble
    sur des lits fanés de fougères
    Je ne voudrai 
    désormais plus de rien
    quand des barreaux
    devant l’icône de tes yeux
    auront scellé la fin du monde
    D’ici là tout est bienvenu
    l’âme du feu 
    le génie de la neige 
    le rouge et le feuillettement
    le grand rivet d’or du soleil 
    le lutrin à deux mains
    la rotation du lit et la valse de l’île 
    autour de la chandelle
    le banquet et la danse
    l’odeur chaude des aliments
    et des vers nourriciers
    dégustés à la même table
    la même langue

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    Presque présence d’un être

    Promenant un son de grelot
    l’être était là
    pareil à un épouvantail
    une tache un corbeau
    un os noirci au feu

    J’ai su qu’il s’agissait
    sans doute
    d’un être
    car il me ressemblait

    Lorsque je ne suis pas
    un hévéa au vent
    une épluchure du destin
    un gibet sous le ciel
    il arrive que moi aussi
    en vérité je sois
    pareil à un leurre à la lune
    une souillure un charognard
    un résidu de crémation
    tout comme un être
    un fakir assoupi
    dans le moelleux des clous

    Et ce son de grelot
    c’était je crois
    son âme qui tintait
    ou bien un osselet
    qui cliquetait
    au fond de mon oreille

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    Vertèbres & vertiges

    Je désespère
    je me déleste chaque jour
    du fardeau de l’espoir
    je jette les clous inutiles

    Je saigne et je crisse
    je hurle de toute ma porcelaine
    j’amarre mon vertige
    au souvenir de mon bateau

    Je lance
    à feu à fracture et à sang
    de grands barouds de vie
    sur le damier serré
    de mon destin

    J’aime de tous mes os
    et mon désir gravit la pente

    Il me faut chaque jour
    après la cognée et la scie
    réinventer
    l’arbre debout
    de mes vertèbres

     

    L'oeuvre de Suzy Cohen mise en scène et en espace par Claire Cambie

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