Christine Nicaise

  • Christine Nicaise

    Christine Nicaise

    UNE SOMPTUEUSE EUCHARISTIE AMOUREUSE

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    Christine Nicaise et Mamali, son époux disparu

    Elle peint
    Biche embarbelée
    Dont le nez cherche
    En vain
    Le vent
    Ivre de térébenthine
    Elle déchire
    Elle gratte
    Elle arrache
    Elle peigne
    Elle durcit
    Tout reste
    En suspension...

    Suzy COHEN, à propos de l’artiste 

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    De l’artiste peintre Christine Nicaise, il faut parler à voix feutrée, dans une poussée dominée de souffleur de verre, d’elle, il faut parler comme d’un poème de soie, d’un oiseau presque soluble dans l’air, d’une fragile et brûlante bulle de cristal.

    9eb5bd6b5b09ab345ab438a41341263b--abstract-drawings-abstract-art.jpgD’elle, dans l’œuvre qu’elle édifie, ceci d’abord m’a puissamment bouleversé, ceci m’a retroussé l’âme comme une layette d’enfant mise à sécher. L’artiste a perdu le conjoint qu’elle aimait passionnément. Comme une Pénélope nouvelle, douloureuse, veuve, une inédite Pénélope dont l’Ulysse est en invisible voyage autour d’elle, en suspension dans ses parages immédiats, Christine Nicaise sertit dans ses nouvelles œuvres des traces de lui, elle incorpore à ses travaux de toile, dans sa geste picturale nouvelle, des éléments graphiques de son passage, des signes, des caractères, des traces. Elle crée, dans une complicité amoureuse déchirante et sublime, des œuvres dans lesquelles son amour vit, dans lesquelles son palpitant amour est recueilli et se manifeste. Elle reçoit, en hôtesse amoureuse et passionnée, son amant dans l’univers intime de sa création, dans l’univers appelé à s’avancer à la rencontre du monde. Le précieux, le grandiose, le vital d’un amour déchiré se recomposent désespérément, s’inventent poétiquement, se survivent aux travers de ces mains qui retiennent, agrègent et suturent. Je n’ai pas vu, de ma vie d’amoureux des tableaux, de plus poignante, de plus inspirée traduction artistique du magnifique poème d’Eluard.

    Il s’est mis, au fond de moi et de son propre gré presque, à légender les nouvelles œuvres de Christine Nicaise.

    Je te l’ai dit pour les nuages
    Je te l’ai dit pour l’arbre de la mer
    Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles
    Pour les cailloux du bruit
    Pour les mains familières
    Pour l’œil qui devient visage ou paysage
    Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur
    Pour toute la nuit bue
    Pour la grille des routes
    Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert
    Je te l’ai dit pour tes pensées pour tes paroles
    Toute caresse toute confiance se survivent.

    Voilà cette œuvre qui m’étreint le cœur et qui dit avec son déchirement et au-delà de sa douleur ce poème et ce vers décisif : Toute caresse toute confiance se survivent.

    603.jpgAinsi, Christine Nicaise, dans ses toiles habitées, dans ses célébrations picturales, retrouve-t-elle, invente-t-elle, après et à travers le terrible d’une épreuve insurmontable, le sacré amoureux. Voilà celle qui dit à son amour qu’elle crée encore par lui, en lui. Voilà celle qui reçoit ensemble dans son atelier la peine, la fièvre et le l’inspiration et compose avec elles des œuvres qui font naître en nous de la reconnaissance, les effets d’un charme délicat et indispensable comme l’oxygène, quelques indices d’amour ému à l’attention de la belle artiste. Et c’est à cette envoûtante eucharistie amoureuse que d’abord j’ai cherché à rendre grâce. Rien n’est important, il me semble, comme de chanter, de louer ce qui nous touche intensément, nous éclaire, nous atteint par la chaude bienfaisance d’une lumière. La lumière, la fervente humanité, la palpitante qualité du message amoureux et artistique, l’intensité délicate et bouleversante produites par l’œuvre de Christine Nicaise me traversent, m’éblouissent, m’éclairent  et m’élèvent. La rencontre d’une œuvre, lorsqu’elle se vit dans l’intensité, ne saurait se limiter à un strict bénéfice intellectuel ou esthétique. Une œuvre nous est aussi un soutien, une émotion physique, une présence fébrile, une caresse, un supplément de grâce, le moyen d’une résistance à la lassitude, à l’angoisse et au renoncement.  C’est tout cela à la fois que je veux brasser ici, dans ce salut enthousiaste, respectueux et empressé que j’adresse à l’artiste. Et le vers d’Eluard, dans le prisme de l’œuvre de Nicaise, se répand alors sur un mode exponentiel : Toute caresse toute confiance se survivent.

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    L’œuvre est bien plus vaste que ce que j’en dis ici, plus longue dans le temps, elle possède un large spectre que je n’ai pas encore identifié.  Je viens de l’entrevoir par ce bord sublime que j’ai dit. Je viens d’y succomber. Je veux dorénavant la découvrir dans son entier, dans son histoire et dans sa diversité. C’est sur ce chemin que je suis. Mais d’emblée, j’ai voulu, dans l’irrépressible élan d’affection que l’artiste nous inspire à Suzy Cohen et à moi, témoigner tout de suite de la lumière reçue et partagée. A présent, mon désir est de cheminer un temps avec l’œuvre, de rencontrer et d’entendre l’artiste. Je rendrai ensuite compte de ces événements et de la grâce qui les enveloppera et que je pressens.

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