Georges Brassens - Page 2

  • Georges Brassens (partie 3)

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    http://www.youtube.com/watch?v=Z8wchMUkwK4

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    Joël Favreau, Pierre Nicolas, Georges Brassens

    « La Thématique de Brassens, écrit Jean-Claude Klein, se rattache à une tradition anarchiste individualiste débarrassée de toute agressivité foncière vis-à-vis du système social ». Cela est assez juste, Brassens n’est pas homme à disqualifier l’homme, pas l’homme à indiquer des voies à suivre ou affirmer des solutions radicales, ou des solutions tout court, au demeurant. Ce qu’il convient de faire, répète Brassens, je ne le sais pas, je ne donne la leçon à personne.

    Il y a en lui, enfoui sous le masque de l’ours mal léché, un humanisme d’une réelle épaisseur même si, en certaines circonstances, certaines chansons du Sétois atteignent à une réelle virulence et véhiculent des humeurs offensives. C’est le cas de celle-ci, « La Mauvaise herbe ».

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    Avec la divine Juliette Greco et Georges Wilson

     

    La mauvaise réputation est le premier album édité en France du chanteur. À l'origine, il est sorti sous le titre : 'Georges Brassens chante les chansons poétiques (...et souvent gaillardes) de... Georges Brassens', accroche inscrite au recto et verso de la pochette. Il est identifié ici par le titre de la première chanson du disque. L’édition originale est sortie en novembre 1952. Avec les titres de ce premier album, Brassens tout à la fois séduit, surprend, effare, offusque et enchante et, disons-le, assure d’ores et déjà sa postérité. Cette première et tellurique estocade comporte les titres suivants : la mauvaise réputation, le Parapluie, le Petit Cheval de Paul Fort, le Fossoyeur, le Gorille, Corne d’Aurochs, La Chasse aux papillons et Hécatombe.

    Rien que du premier choix, la griffe Brassens est parfaitement identifiable. L’esprit, la vitalité, l’humour, l’élégance, l’originalité, la très salubre inconvenance brasséniens et son catégorique refus de la peine de mort sont là. Le Sétois débarque avec un répertoire qui fleure bon l’anthologie, une science métrique tout à fait inhabituelle, un sens poétique sûr associé à un goût pour la formulation virile et d’emblée, il affiche une personnalité distincte de ce que l’on entend sur la TSF. La Mauvaise Réputation sonne comme un curriculum vitae : il a sa propre route, sa voie indépendante, il n’est ni patriotard ni n’a le goût de la musique qui marche au pas, il ne regarde pas en ennemi le voleur malchanceux, sa route ne le mène pas à Rome. L’autoportrait est assez méticuleux. Par ailleurs, à son détonnant palmarès, on identifie un vigoureux primate qui viole un juge qui a le matin même décidé de l’exécution d’un homme. Des mégères aux poitrines protubérantes assomment des flics, de pauvres clampins de flics sans bijoux de famille dont on se moque sans le moindre scrupule. Un maréchal-des-logis, sous l’intraitable contrainte de quelques furies, crie « Mort aux vaches, mort aux lois, vive l’anarchie ! ». On devine la consternation, voire l’effroi que peuvent engendrer ces chansons proprement inouïes. Voilà une façon de s’annoncer qui n’a rien de protocolaire. Au début, il y a des gens pour se méfier, pour redouter, pour conspuer, pour chercher à repousser cet énergumène moustachu qui dégage un réel parfum d’anarchie. Avec le temps, bien que l’espèce ira en diminuant, Dieu merci, il en restera. Sait-on rien de plus affligeant que les gens qui font l’unanimité ?

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    Avec Paul Fort

    Quoi qu’en pensent ceux que le bon Fallet surnommait « les oreilles de lavabo », Brassens est un compositeur habile et un mélodiste de qualité. C’est le dénuement qu’il a choisi (une ou deux guitares et une contrebasse) qui induit les esgourdes superficielles en erreur. Dans son ouvrage, le 9ème Art paru chez Vokaer en 1978, l’éminente spécialiste de la chanson française qu’est Angèle Guller, tient sur la musique dans l’œuvre de Brassens des propos d’une grande perspicacité. Les voici : « Autant le dire sans plus attendre : si admirables que soient ses textes, qu’il n’est pas interdit de réciter – on l’a fait plus d’une fois -, la musique n’y est pas ajoutée comme un ornement ou un commentaire sonore, elle constitue un élément fondamental, indispensable de ces architectures si précises qu’on n’y peut rien ôter. Elle conditionne le vers et sa métrique, le corrige au besoin, lui donne son élan, son rythme, son mouvement, son allure ».

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    Oui, c’est judicieusement observé. Quoi qu’il en soit, on ne va pas perpétuer ce débat idiot. Ceux, pour paraphraser l’ironique saillie de Brassens, qui ne pensent pas comme nous sont des cons. Transportons-nous en 1983. Ici, on accueille Lionel Hampton, Henri Salvador, Attenoux et Moustache qui jazzent une chanson de Brassens, en l’occurrence, « La Première Fille ».

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    http://www.youtube.com/watch?v=EO6JRfW66bU&list=PL7VIanBMX9G_vYB7ZdGu8Cu5EM4HIsN7M&index=4
    http://www.youtube.com/watch?v=6_w6n9oSW3o&list=PL7VIanBMX9G_vYB7ZdGu8Cu5EM4HIsN7M&index=5
    http://www.youtube.com/watch?v=1OBECR0jan4&index=6&list=PL7VIanBMX9G_vYB7ZdGu8Cu5EM4HIsN7M
    http://www.youtube.com/watch?v=fTvJr4A8ERU&index=7&list=PL7VIanBMX9G_vYB7ZdGu8Cu5EM4HIsN7M
  • Georges Brassens (partie 2)

    http://www.youtube.com/watch?v=XRXJyw200TI
    http://www.youtube.com/watch?v=d9dWmijny2U
    http://www.youtube.com/watch?v=6uXei215978

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    a and 1.jpgNous n’allons pas, pour notre spéciale Brassens, trop investir le volet biographique qui a fait, ses derniers temps, l’objet d’un ressassement un peu laborieux et souvent maladroit. Nous allons nous promener dans l’œuvre en cherchant, comme c’est un peu notre façon de procéder, à diffuser les pièces moins connues de l’œuvre. Moins connues du grand public s’entend.

    Et nous dédions l’édition du jour à notre ami André Tillieu, biographe belge et exégète du bon maître qui était aussi romancier, journaliste et nouvelliste. Nous aurons plus d’une fois l’occasion de recourir à ses lumières.

    On aura l’occasion d’en parler, le répertoire de Brassens accueille quelques poètes considérables. Parmi ces prestigieux élus, le père Hugo, celui-là même dont l’ombre majestueuse s’étend sur le 19ème siècle.  De Victor Hugo, Brassens mettra en musique Gastibelza et La Légende de la Nonne. Et c’est avec la légende de la nonne que nous allons inaugurer notre récital Brassens. On y goûte l’exotisme, l’élégance de la langue, toute la dextérité hugolienne et une cataracte de très sonores imparfaits du subjonctif. Brassens chante La Légende de la nonne.

    Brassens ne ressemble à personne. Il débarque, massif, maladroit, revêche et impressionné, sur les tréteaux du music-hall, à l’âge de trente-deux ans. A l’origine, il ne souhaitait pas se produire sur scène, il cherchait à placer ses chansons auprès de quelques interprètes. Jusqu’en 1952, personne n’a entendu parler de lui. Il a vécu depuis sa fuite du travail obligatoire à Basdorf, en Allemagne, avec Jeanne et Marcel dans l’Impasse Florimont à Paris, un havre misérable où il est choyé et aimé. Jeanne est persuadée qu’un jour le talent de Georges sera reconnu. Elle a foi en son protégé.

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    André Tillieu et Georges Brassens

    En avril 1953, dans le Canard Enchaîné, René Fallet, qui deviendra un inséparable de Brassens, publie le premier véritable éloge du chanteur, intitulé « Allez Georges Brassens ! ».  Ce très beau papier frappe juste. En voici un court extrait : « La voix de ce gars est une chose rare et qui perce les coassements de toutes ces grenouilles du disque et d’ailleurs. Une voix en forme de drapeau noir, de robe qui sèche au soleil, de coup de poing sur le képi, une voix qui va aux fraises, à la bagarre et… à la chasse aux papillons. »

    Brassens sort de l’anonymat et n’y retrouvera plus jamais place.

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    Brassens et Fallet

    René Fallet : poète, romancier, scénariste française né en1927 et décédé en 1983. Il est l’auteur de Banlieue sud-est (1947),  Les Vieux de la vieille (1958), Il était un petit navire (1962), Paris au mois d’août (Prix Interallié, 1964), Dix-neuf poèmes pour Cerise (poèmes, 1969) Le Beaujolais nouveau est arrivé (1975), La Soupe aux choux (1980).  

     

    Brassens n’est toutefois pas un poète qui se laisse aisément circonscrire. C’est un être d’une grande subtilité et qui est habité, au fur et à mesure de son évolution, par un vrai sens de la nuance. Chacun, ayant entendu sa Non-demande en mariage, le tient pour un farouche opposant au mariage. Brassens ne s’est effectivement jamais marié avec celle qui fut la compagne de sa vie, Joha Heiman, qui repose aujourd’hui à ses côtés au cimetière du Py, le cimetière des pauvres, à Sète. Il l’a rencontrée en 1947. Elle est originaire d’Estonie, ou de Lithuanie selon les biographies consultées, elle est vraisemblablement d’origine juive, il la surnomme Püppchen, ce qui signifie petite poupée. Ils auront chacun leur domicile et resteront unis jusqu’à ce que la mort les sépare. C’est peut-être bien la frêle silhouette de la délicate petite Joha qui sert de filigrane à des titres comme « Je me suis fait tout petit », « Rien à jeter » ou « Saturne ». C’est elle, peut-être, qu’il appelle, dans la Non-demande, « la dame de ses pensées » ou « son éternelle fiancée ».

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    Georges et Joha

    Brassens n’en a pas moins consacré une très émouvante, une magnifique chanson au mariage de ses parents. C’est d’un souvenir content et inoubliable qu’il nous entretient ici avec une délicatesse mais aussi une détermination qui touchent et émeuvent. Brassens chante « La Marche nuptiale ».

    Dans la chanson qui vient, Brassens raconte, comme personne, l’aventure d’un type qui, affamé, s’en prend à un passant en or massif. Mais les flics passent malencontreusement par là et le voleur se retrouve derrière les barreaux. A sa sortie, honteux, il n’ose lever les yeux. Pourtant, par quelques petits signes délicats et bienveillants, l’humanité se signale à lui. Brassens interprète « Celui qui a mal tourné ».

  • Georges Brassens (partie 1)

    Le présent espace résulte de notre chronique brassénienne sur le Scaphandrier Bicéphale – Run 88.1 en février 2012

     

    G E O R G E S    B R A S S E N S

     

    http://www.youtube.com/watch?v=prO0sRYckmA
    http://www.dailymotion.com/video/xhrxs_georges-brassens-le-grand-pan_news 
    http://www.dailymotion.com/video/x7do6x_venus-callipyge-georges-brassens-19_music

     

     

    a geo 1.jpgGeorges Brassens (né dans la ville de Sète, dans l'Hérault, le 22 ocotobre 1921 et décédé à Saint-Gély-du-Fesc, dans l'Hérault) est un poète et auteur-compositeur interprète français. On célébrait, en octobre 2012, le trentième anniversaire de son décès. « Sans doute l’auteur-compositeur le plus marquant de la chanson française depuis Charles Trenet, écrit Jean-Claude Klein pour le compte de l’Encyclopédie Universalis, (…), Georges Brassens a su préserver une richesse d’inspiration et une authenticité qui font de lui un personnage à part dans l’histoire de la chanson française ». Nous sommes, au Scaphandrier Bicéphale, d’accord sur l’essentiel même si la plaisante et alerte écriture de Trenet a, en regard de l’architecture savante et ciselée de l’écriture brassénienne, un petit air d’ombrelle devant un chapiteau.

    Reconnaissante à un orfèvre du langage, qui manie toujours ce dernier avec justesse, esprit et invention – jusque dans l'usage de la langue verte –, l'Académie française décerne à Brassens, en 1967, son grand prix de poésie, nous signale l’encyclopédie Larousse. Le Sétois a écrit plus de 120 chansons. Cela fait un peu plus d’une trentaine d’années que Brassens, inépuisable, fait du pédalo sur la vague en rêvant.  

    Notre passion pour l’éternel estivant est ancienne. L’ayant entendu une fois, nous l’adoptâmes définitivement. Nous n’avons pas souhaité nous inscrire dans cette vague d’hommages qu’au demeurant nous respectons. Mais notre passion brassénienne n’est pas liée à des échéances ou à un calendrier spécifique. Brassens est tous les jours chez nous. Et nous déplorons qu’entre les hommages, la voix du poète sétois se fasse si rare sur les ondes.

    a geo 2.jpegBrassens est comme institué, on lui a érigé une sorte de monument, on lui a consacré des centaines d’ouvrages, des thèses, des biographies, des études, témoignages et documents, on a prêté son nom à des rues, des places, des écoles, des squares, des musées, on lui a aussi consacré des bandes dessinées, on a monté des spectacles en son honneur, on oublie seulement parfois de le diffuser en radio.

    En tous les cas, on ne le diffuse pas assez au goût de vos scaphandriers favoris. Qui sont-ils, ces fastueux énergumènes ? Leur renommée les précède comme un coup de vent l’orage, un éternuement le rhume, un caresse la volupté.

    L’un est jeune, habité par des prédilections musicales puissamment hétéroclites, il est grand, élastique, distingué, vigoureux et entreprenant, écervelé et inconséquent comme le sont les adolescents, il est modérément velu. Mais, derrière cette apparence pratiquement féminine et scandinave, c’est un vrai, un dur, un tatoué. Il gère avec une habilité de contorsionniste les rhéostats, les trucs pleins de fils, les nœuds de câbles, les boîtiers, les écrans et les vumètres. Il s’appelle Justin Colaux, c’est le fils de l’autre.

    a geo 3.jpgL’autre est mûr, empâté, un peu raide, paré d’une pilosité blanche et luxuriante. C’est un patriarche, il en a l’aura et les courbatures. Il griffonne d’une main hésitante les synopsis et les conduites, il se tient à la rampe pour grimper l’escalier, il gère péniblement le curseur de son sonotone. Il s’appelle Denys-Louis Colaux, c’est le père de l’un.

    Ensemble, ils font la paire qui compose le Scaphandrier Bicéphale, celle qui sévit dans les eaux de l’aquarium namurois Run 88.1. Vous êtes à leur écoute. Portez-vous bien. Dieu vous garde. Un vaut mieux que deux tu l’auras. Ainsi soit-il. Pour guider la pirogue, notre sirène Lhasa chante le générique que nous lui avons affectueusement emprunté. C’est la fée, le nénuphar de notre aquarium acoustique.

     

    http://www.youtube.com/watch?v=cPacZSbJpUY
    http://www.youtube.com/watch?v=XRXJyw200TI