ANTHOLOGIE DU POISSON PILOTE - Page 3

  • Anthologie du Poisson Pilote - Eric Allard

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    a 86.jpgEric Allard

    Né en 1959 un jour de carnaval, il a ainsi appris que la fête, l’esprit festif n’est qu’un masque posé sur la face du réel. Si on l’a souvent vu sourire, on s’est certainement beaucoup mépris sur l’origine de sa joie. Il a dû rêver de contenir toute sa vie ou l’histoire d’une seule sensation dans un livre pour être ensuite confettisé et soufflé aux quatre vents. Les seuls titres auxquels il croit sont les titres de certains livres. Peu importe, pourrait être sa devise. Mais n’allez pas croire qu’il soit insensible à l’espoir, au Voyage, aux élans du cœur et de l’âme, au péché de la politique ou de la spiritualité, qu’il n’aspire pas à une forme sévère d’éternité. Non, il lui arrive de sortir dans la foule en toute saison avec des serpentins à la main et de les jeter à la gorge d’un quidam dans un mouvement subit et enveloppant d’amour ou de haine, assuré, pas si fou, que le ruban, à la première tension, se brisera.

    Quelques titres aimés : Le gai savoir, Le métier de vivre, La rose de personne, Mourir m’enrhume, Le dur désir de durer, Les villes invisibles, Espèces d’espaces, Retour définitif et durable de l’être aimé, La vie est brève et le désir sans fin, L’insupportable légèreté de l’être, Le pont flottant des songes, Histoire de l’œil, La chambre aux miroirs, L’addition des songes, Les corbeaux brûlés, Les lièvres de jade… 

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    Poème inédit

     

    EN COURANT VERS LE CRI

     

    Ta bouche

    elle remue

    dans le silence

     

    Des corps

    d’opéra bouffe

    à la chair marine

     

    Ta voix

    elle seconde

    dans le temps

     

    Des pages de sang

    plus sombres

    qu’un livre d’orage

     

    Ni le vent

    cet esclave malin

    du sens

     

    Ni la terre

    cette fille bâtarde

    du soleil

     

    Ne peuvent

    atteindre

    ton dedans

     

    Ce que ton dieu

    commande

    à ta peau

     

    Pendant qu’au ciel

    les oiseaux se déchirent

    des miettes d’azur…

     

    Ce que tes yeux

    retiennent

    du monde sensible

     

    Pendant que l’espace

    se brise

    en courbes imbéciles…

     

    Il faut s’achever

    se parfaire

    et te dire

     

    Tant que les mots

    marchent

    dans ta direction

     

    En divisions armées

    par groupes de cent

    en courant vers le cri

     

    Le canon de fusil

    plaqué 

    contre ta langue

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    a 87.jpgPoète invité : PIERRE REVERDY (1889-1960) 

    Pour une bibliographie qu’on lui réclama, Reverdy écrivit :

    Né le… mort le…

    Il n’y a pas d’événements,

    Il n’y a pas de dates

    Il n’y a rien c’est merveilleux

    De même qu’il tendait à l'anonymat en tant que personne, son œuvre est difficilement assimilable à un courant poétique, tout à la fois indispensable et au cœur de la poésie qui a compté en France au siècle dernier. Sous le bois sec mais vigoureux de ses mots, sous les dehors d’une écriture en noir et blanc, presque aphoristique, affleure la pulsation et la sensibilité d’un cœur ardent ainsi qu’une incessante interrogation existentielle.

    Char le plaçait au-dessus d’Apollinaire et Aragon, dont on a pu dire qu’il était son exact contraire, a écrit à son propos : On ne prend pas garde à cet inconnu qui se tient à l’écart, puis le soleil tourne et son ombre croît, s’étend, couvre le siècle.

    Il a aussi écrit des apophtegmes qui caractérisent sa problématique humaine et poétique comme ceux-ci, pour n’en citer que deux : « Beaucoup d’insensibilité prend parfois figure de courage ». Et : « Le plus solide et le plus durable trait d’union entre les êtres, c’est la barrière. »

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    Poème

    LE BONHEUR DES MOTS

    Je n’attendais plus rien quand tout est revenu, la fraîcheur des réponses, les anges du cortège, les ombres du passé, les ponts de l’avenir, surtout la joie de voir se tendre la distance. J’aurais toujours voulu aller plus loin, plus haut et plus profond et me défaire du filet qui m’emprisonnait dans ses mailles. Mais quoi, au bout de tous mes mouvements, le temps me ramenait toujours devant la même porte. Sous les feuilles de la forêt, sous les gouttières de la ville, dans les mirages du désert ou dans la campagne immobile, toujours cette porte fermée – ce portrait d’homme au masque moulé sur la mort, l’impasse de toute entreprise. C’est alors que s’est élevé le chant magique dans les méandres des allées. Les hommes parlent. Les hommes se sont mis à parler et le bonheur s’épanouit à l’aisselle de chaque feuille, au creux de chaque main pleine de dons et d’espérance folle. Si ces hommes parlent d’amour, sur la face du ciel on doit apercevoir des mouvements de traits qui ressemblent à un sourire. Les chaînes sont tombées, tout est clair, tout est blanc – les nuits lourdes sont soulevées de souffles embaumés, balayées par d’immenses vagues de lumières. L’avenir est plus près, plus souple, plus tentant. Et, sur le boulevard qui le lie au présent, un long, un lourd collier de cœurs ardents comme ces fruits de peur qui balisent la nuit à la cime des lampadaires.

    La liberté des mers (1960)

  • Anthologie du Poisson Pilote - Pierre Perrin

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    a 82.JPGPierre Perrin

    Pierre Perrin, poète né en 1950, habite le pays de Courbet.

    Il a dirigé la revue de poésie Possibles, de 1975 à 1980, 22 numéros parus, dont un spécial Jean Breton, un spécial Yves Martin, etc.

    En 1985, Pierre Perrin choisit dans quatre recueils épuisés les poèmes qui vont former la première moitié de Manque à vivre. Le volume de 256 pages, augmenté d’une postface d’Yves Martin, suscite une trentaine d’échos.

    En 1996, Pierre Perrin est lauréat du prix Kowalski de la ville de Lyon, pour son recueil La Vie crépusculaire, chez Cheyne, épuisé depuis. À partir de 1997, à la demande de Jean Orizet, Pierre Perrin rejoint le comité de rédaction de Poésie 1 / Vagabondages.

    Il collabore par des études et de nombreuses notes de lecture à La Nouvelle Revue Française. Plus de trente contributions, de 1999 à 2005, traitent aussi bien de la littérature française qu’étrangère, de la poésie que du roman, et des essais littéraires.

    Le Cri retenu [récit, Cherche Midi, éd. 2001] explore l’existence d’une mère à travers son enfance, sa jeunesse, ses amours, son mariage, sa maternité, son labeur incessant, son veuvage, ses silences, ses vraisemblables regrets. Il s’agit d’un travail de mémoire qui engage un dialogue par-delà la mort, sans illusion.

    Après une dizaine d’années de retrait en silence, il revient à l’écriture poétique et critique. Il publie de nouvelles notes de lecture sur La Cause littéraire et Nonfiction.fr, entre autres.

    Il dirige la revue Possibles, nouvelle série en ligne sur son site internet : http://possiblesuite.free.fr

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    Poème

    La Sève sous le gel

    Que ne vient-il avec ses JE T’AIME ? Le froid la gagne, les cuisses en tétanie. Le canapé n’est pas un havre, moins tranquille qu’une tombe. La télé roule à ses tympans. La nuit s’ouvre sans personne et sans bruit pleurent les vignes.

    Foutus bonshommes, à tout culbuter ! Un pas de deux, un an de paix, est-ce impossible ? D’autres font pire, la mort sous eux. Il se tait, il se terre ; il la condamne à vieillir seule. Peut-on rien contre l’oubli, la trahison 

    Les mains repoussent le pinceau ; la musique, elle la vomit par les oreilles. S’est-il brûlé ? Elle boirait le vinaigre sur la plaie. Pour qui tintent les cloches dans les prés ? Ses ailes sous ses doigts, elle savait les lisser, les dresser.

    Cependant le souffle entre ses lèvres s’ensommeille, quand même elle sursaute au moindre bruit. Un chat détale – ce n’est pas lui. Genoux pliés, nuque froissée ; séchée, poussière, l’ultime rose glisse encore, un lent toboggan.

    Le bonheur ravalé, le jour ferme son couvercle.

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    a 83.jpegPoète invité : Jean Pérol

    Né en 1932, Jean Pérol poursuit des études supérieures à Lyon. Poète, il fréquente notamment Roger Vailland. En 1961, il part pour le Japon ; il y dirigera l’Institut français de Tokyo  de 1984 à 1989. Jean Pérol a vécu aussi en Louisiane, en Afghanistan et deux ans à New-York, de 1992 à 1994. Il a publié une vingtaine d’ouvrages, parus chez Gallimard et à La Différence. Des recueils : Ruptures, Histoire contemporaine Asile exil, À part et passager ; des romans : Un été mémorable, Le Soleil se couche à Nippori et La Djouille. Il a collaboré à La Nouvelle Revue française, aux Lettres françaises et au Magazine littéraire.

     

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    Poème 

    Si belle amour de mes amours

    mais quelle bête chaque jour

    en nous toujours trouve à manger

    en nous toujours trouve à ronger

     

    que de blanc s’ajoute à la neige

    qui blanchit mes cheveux moins fous

    que de cendre en nous désagrège

    tout ce feu que le temps bafoue

     

    notre vie de la vie s’allège

    notre cœur compte un peu ses coups

    où sont-elles tes jupes Courrèges

    et nos nuits dans le Kiyou-Shou

     

    le jaloux qui s’agace à qui

    près de toi osait jouer l’ange

    nos baisers parmi les oranges

    et la mer en or à Nagasaki ?

     

                                 Nagasaki

         ***********

    Poème extrait du prochain recueil de Jean Pérol

        « L’infini va bientôt finir », à paraître.    

  • Anthologie du Poisson Pilote - Géraldine Andrée

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    a 80.jpgGÉRALDINE ANDRÉE

    Poétesse lorraine, j‘écris depuis l’âge de sept ans. J’ai hérité ce talent de ma grand-mère. J’ai toujours aimé l’odeur des cahiers neufs qui promettent un départ vers soi-même. Petite, je coloriais mes poèmes. J’en faisais aussi des dessins. J’ai reçu le Premier prix de Poésie libre du CEPAL pour le poème La Petite Chambre du sud. J’ai publié un recueil poétique en mars 2015 aux Éditions Amalthée Tu es riche de toutes les gouttes de pluie. Enseignante de Lettres modernes, j’ai le projet de créer une entreprise d’écrivain public biographe. J’aime la musique classique, les après-midi d’été, les senteurs des menthes dans le soleil au bord d‘un chemin méditerranéen.

    Voici l’un de mes poèmes :

     

    A l’écoute du jour

     

    Quand j'étais petite, il m'arrivait souvent de me réveiller à l'heure de l'aube qui allumait des roses sur le lit.

    Je me levais alors, les cheveux encore emmêlés, les yeux voilés par mes rêves et j'allais vers la fenêtre entrouverte.

     La chaleur de la nuit était vaincue. L'air enfin était doux, apaisé comme un souffle qui reprend son cours après le tambour de la fièvre.

     J'approchais mon oreille des persiennes.

     Et j'entendais l'eau du robinet gris qui tintait dans l'arrosoir de Denis, le soupir de contentement de l'herbe rafraîchie, le bourdonnement du frelon sur la feuille de vigne, la brise qui remuait ses mille corolles pour accueillir la première note du carillon de l'église, le silence des collines accrochant son écharpe de soie aux branches des frondaisons ;

     et plus loin, plus haut, le murmure de la cascade comme une annonciation dans ma paume.

     Nous la rejoindrions bientôt, peu avant la lumière de midi, enserrant dans la corbeille de nos

     mains un panier rempli de pains, de gâteaux et de fruits rouges.

     Quand j'étais petite, j'approchais toujours ainsi mon visage

     pour entendre battre le coeur du jour.

     Et la patience me comblait telle une coupe pleine,

     puisque j'étais certaine

     que la joie de chaque instant

     promis par ce jour d'été

     

     naîtrait à la bonne heure,

     quand le temps en sonnerait le tour,

     et ce serait tant de joies jumelles

     que, pour les compter, il faudrait que je penche,

     

     le soir,

     avec patience,

    mon visage

     sur mon coeur.

     

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    a 81.jpgPoète invité : Maurice Carême 

    (Photo Jeannine Burny) J’associe le souvenir des poèmes de Maurice Carème à une classe que baigne le soleil de printemps ou aux fenêtres de mon école étoilées de givre. J’ai la main encore maladroite quand je recopie ses poèmes dans mon cahier de récitations. Le soir, je les apprends avec ma mère sous la lampe. Le lendemain matin, je les récite devant la maîtresse, droite et un peu timide. Poète belge, Maurice Carème eut une merveilleuse enfance dont la lumière inonde toute son œuvre. Il fut baptisé « poète de la joie ». Mais il demeura toute sa vie sensible aux misères et grandeurs de la condition humaine. Coïncidence ? Maurice Carème passa en Lorraine l’année de ma naissance. Il vécut avec Jeannine Burny une histoire d’amour qui ne cessa qu’à sa mort. Jeannine Burny a créé la Fondation Maurice Carème et publie aujourd’hui toute son œuvre. Voici le poème que j’ai choisi, extrait de Souvenirs :

     

     J’embrassais follement ma mère

     

    J’embrassais follement ma mère.

    « Un baiser, disais-je, encore un. »

    Ma mère avait beaucoup à faire.

    Il fallait penser à chacun.

     

    Elle cherchait à s’échapper.

    Je la rattrapais par la main

    Que je ne cessais d’embrasser

    En la suivant jusqu’au jardin.

     

     « Tu ferais bien mieux de m’aider,

     Me disait-elle alors. Tiens, cueille

    Moi une touffe de cerfeuil.

     Les poireaux, je les tirerai. »

     

     Et j’étais si émerveillé,

     Si heureux d’être ainsi près d’elle

     Dans le jardin ensoleillé

     Que je baisais parfois soudain

     Le cerfeuil que j’avais en main.

  • Anthologie du Poisson Pilote - Jo Hubert

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    a 76.JPGJo HUBERT

    Amoureuse des mots et des images, dès que j’ai su écrire, j’ai écrit. Pendant plus de quinze ans, j’ai animé des ateliers et stages d’écriture et, parallèlement, j'ai continué à écrire (c’est ma drogue pas toujours si douce que ça !). Des textes courts ont été publiés dans diverses revues papier et virtuelles et un petit livre écrit sur des estampes numériques de Jacqueline Fischer, Chambre d'échos a été publié par Vincent Rougier. Il existe aussi un blog, qui n'est pas tenu à jour :
    http://johub.blogspot.be/

     

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    Poème inédit  

    Ping !

    De la phrase le fil se tend

    tant et tant qu’il se casse.

     

    Mots caricoles

    crocodiliens

    croquent villes

    s’entrefilent

    en colliers.

     

    Langue emperlée

    long chapelet

    file salive

    sève au palais.

     

    Ephémérides

    soleils levés

    phases lunaires

    sonorités

    fugue en phonèmes

    légers légers.

     

    Pâle inceste
    perfidie larvée

    langue materne

    axe toxique

    de l’ombilic

    tronçons lombrics.

     

    Mots scindés

    fragmentés

    transe en dés

     

    Langage

    matamore

    met à mort

    phrases.

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    a 77.JPGPoète invité : Jacques Izoard

    Jacques IZOARD (1936-2008) est un poète liégeois.  Il a fondé et animé la revue de poésie "Odradek" et organisé des lectures publiques de poèmes à Liège auxquelles il a convié aussi bien des noms célèbres que de jeunes poètes débutants. Il a publié plus de 50 recueils. Ses oeuvres complètes ont fait l'objet de trois volumes aux édition de La Différence.

    Dans ses poèmes, il s'attache à la sonorité des mots et se sert des parties du corps, des objets, de la nature, du paysage urbain ou suburbain qu'il habite comme autant d'instruments de transmission, de caisses de résonance de ses émotions, de ses sentiments. Sa poésie est miroitante, changeante, ludique. Même quand il aborde des sujets graves, le jeu jaillit au bord des lèvres, sur le bout de la langue, conférant à ses vers un souffle léger qui les fait vibrer.

     

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    Poème

     

    Herbes d'herbes

    La touffe d'herbes, la marquise
    insuffle à la suie l'élan
    d'une rivière au long cours.
    Aimons les courses des nerfs, des astrolabes.
    Ma vigie nue dresse le mât d'herbe
    au sommet du mont pur,
    de l'aube qui s'allume sous l'eau.
    Saisir l'épée de l'eau, la vigueur.
    Jambe évanouie de mai.
    Jambe d'algue ou d'herbe
    au fond de la mer minuscule.
    Et l'herbe est le sifflet noir du poulpe,
    l'aliment des chats frottés de houille.
    Et l'herbe d'herbe amasse
    le poisson qui palpite,
    la nasse du voleur d'éther,
    les mains des poupées pâles.

  • Anthologie du Poisson Pilote - Claude Miseur

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    a 72.jpgClaude MISEUR

    Né à Bruxelles en 1953 de parents curieux des arts de la parole comme des arts plastiques. Après des études classiques, entame le Droit en quête de philosophie mais, par besoin de création, suit les cours de peinture dans l’atelier de Marthe Wéry et Pierre Carlier. Baigné dans la poésie depuis la tendre enfance par une mère qui récite et déclame poèmes et pièces de théâtre (Denise Miseur-Recour,1er prix de Conservatoire, cours d’André Debar), écrit des textes poétiques remarqués par Jane Tony et aussi Pierre Seghers qui l’encourage à poursuivre. Membre du Pen Club, du «Grenier Jane Tony» et adhère au « Cercle de la Rotonde ». "Variations et Sortilèges" – aux Editions Novelas. Livres d’artiste illustré par Marina Bouchei et Patrick De Meulenaere. Textes publiés régulièrement dans diverses revues : Les Elytres (Bruxelles), Les Chemins de Traverse (Fr), Traversées (Virton), Bleu d'encre, "Paroles en archipel" in Le Journal des Poètes, n°3, 2012, son propre blog, revues en ligne : Recours au Poème, Paysages écrits.

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    Poème inédit

     

    Tout ce vent sous

    les portes du soir

    même la lune

    s'éteignait par moment.

     

    J'ai tenu

    à ce qu'aucun mot

    ne sorte d'ici

    sans s'habiller

    de silence.

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    a 73.jpgInvité : José Ángel Valente

    Poète et essayiste espagnol, José Ángel Valente est né le 25 avril 1929 à Orense (Galice). Entreprise de connaissance, plus que de communication ou de dénonciation, sa poésie choisit pour objet premier le langage même, « instrument d'invention » de la vérité des êtres ou des choses.

     

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    Poème

    Paysage englouti. Je suis entré en toi. En toi je suis entré lentement. Je suis entré pieds nus et je ne t'ai pas trouvé. Tu étais là, pourtant. Tu ne m'as pas vu. Nous n'avions plus aucun signe pour nous dire notre mutuelle présence. Se croiser ainsi, seuls, sans se voir. Oiseaux jaunes. Transparence absolue de la proximité.