ANTHOLOGIE DU POISSON PILOTE - Page 2

  • Anthologie du Poisson Pilote - Eric Brogniet

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    a abro.jpgERIC BROGNIET

    Eric Brogniet (1956) est un poète et critique belge d'expression française. 
    Son oeuvre poétique, riche d'environ une vingtaine de livres, explore la condition humaine et le désenchantement du monde. Pour lui, le poète est  "celui qui met sa nuit sur la table".
    Non pour s'épancher dans une écriture du moi, nécessairement fallacieuse, mais pour tenter de baliser, à partir du doute et de la lucidité, les territoires encore possibles d'une rencontre avec l'autre, son "hypocrite lecteur", son "frère", selon le mot de Baudelaire.
    A lire, entre autres : "Sahariennes" (Al Manar, 2015), "Graphies, nue noire" (Tétras Lyre, 2013),   "A la table de Sade" (Taillis Pré, 2012), sa trilogie : "Autoportrait au suaire" (L'Age d'homme, 2001), "Ce fragile aujourd'hui" (Le Taillis Pré, 2009) et "Ulysse, errant dans l'ébloui" (Le Taillis Pré, 2009).
    Eric Brogniet a créé et dirigé, à Namur, de 1987 à 2000, la revue "Sources" et organisé de nombreux colloques et rencontres littéraires. Citoyen d'honneur de la Ville d'Andenne en 2010, il a été élu la même année au fauteuil de Fernand Verhesen au sein de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique.

    Poème

    Journal d'une fille perdue - cette héroïne au visage à la Louise Brooks - alanguie et rêveuse - allongée le menton dans la paume de la main sur ce vieux canapé en cuir de style anglais - que tient-elle dans l'autre main - coupe papier d'obsidienne ou plume de style - trip à l'acide - chacun dans son voyage - icône christique entre ses deux larrons - celle qui, une seule fois, fut crucifiée et ne peut plus aimer - l'arme et la bouteille de jack sont vides comme une journée de désœuvrement - ou la conscience stupéfiée devant ce qui nous attend - en marge du monde très utile qui fait de l'argent - parmi cette noirceur majuscule la chair seule fait lumière - s'offre comme la preuve d'une rédemption - alors même qu'elle est corruptible et qu'ils le savent - comme si en cet instant ils voyaient le sublime au milieu des déjections et de la fatigue de vivre - comme si en cet instant ils pressentaient que le monde ne sera sauvé que par le fragile et l'éblouissement -

    (Extrait de "Les merveilles de l'enfer", inédit 2014 (tous droits réservés), d'après l"oeuvre photographique "L'heure sale du banditisme" de Sadie von Paris)

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    a abro 1.gifPoète invité : Christian HUBIN

    Christian Hubin, par son art de voir et de nommer l'expérience de sa vision, déploie une poétique intransigeante, qui ne raconte rien mais qui tente de tout dire. Son registre syntaxique troue le discours, comme si seuls en surnageaient des blocs, des éclats, des intuitions. Pourtant, un phénomène antinomique s'élabore dans cette langue en mouvement, sorte d'accélérateur qui, fracassant le noyau de l'élémentaire, libère d'autres particules infra, leur énergie en expansion... ce phénomène est musical d'une part : cassant la syntaxe, le poète libère l'énergie des vocables qui, par contamination, se greffent, métabolisant leurs éléments pour une plus-value de sens. Par ailleurs, les registres métonymiques abondent et se répercutent à partir de quelques figures : le souple, le liquide, le mouvant, le pur, le rapide, d'une part ; auxquels répondent celles du fixé, du mélange, de l'informe, d'autre part . Le poème hubinien, qui s'affronte aux limites, se développe autour de son noyau qui n'est peut-être, pour reprendre les termes employés pour décrire son expérience de la traduction par Verhesen, dans une continuité de pensée avec Blanchot, "que le rien central dans le silence duquel tout se crée et autour duquel le poète répond à un appel. Cet inviolable espace intérieur, avec sa lisière de mots qui seuls sont visibles, est en réalité le lieu de cette "pensée sans pensée" dont parlait Pierre Chappuis à propos d'Octavio Paz (...). C'est à partir de ce lieu-là que commencent à penser les mots, (...) à l'écoute de ce "rien", de ce "silence" on perçoit à son tour et comme en écho, l'appel de ce qui n'est pas dit, l'appel du "muet". L'oeuvre est sans doute une des plus cinétiques de la poésie contemporaine. Un grand "Disjecta Membra", fruit d'une expérience des limites de l'existant. Un ensemble de figures phonétiques dont la trame musicale crée une sorte de glossolalie, un chant par éclats, révèle les intervalles, l'espace même d'où l'expérience est possible, les conditions du silence d'où naît le son, s'approchant au plus près du noyau. Une lecture douloureuse mais positive de la condition humaine au sein même de la conscience de mourir.

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    Poème 

    Dont ce. Dont la vitesse, les synchrones - ou une autre sous elles, exclues d'elles. Dont scandant au-devant - rétractée.

    Greffes de ce qu'on n'entend pas.

    Dont on est la répercussion

     

  • Anthologie du Poisson Pilote - Francis Denis

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    a fd 1.jpgFrancis DENIS

    « Je ne peins pas pour faire beau mais pour faire vrai » ( Francis DENIS, Octobre 2009 ) Né en 1954, auteur et artiste peintre, Francis Denis réside à Longuenesse, près de Saint-Omer en France. Parallèlement à son métier d'éducateur, il s'est adonné à l'écriture, le dessin, la peinture. Il fut le cofondateur de la revue poétique Lieux-d'Être avec le poète Régis LOUCHAËRT puis coorganisateur du festival d'art sacré contemporain « Les Regardeurs de Lumière » en la cathédrale de Saint-Omer de 2008 à 2013. Il a désormais à son actif deux recueils de nouvelles : « Les saisons de Mauve ou le chant des cactus » et « Le château des dieux », qui viennent de paraître à compte d'éditeur aux Éditions Delatour France. Ses textes et illustrations paraissent en revue papier ou sur le net à travers le monde ( Le Chasseur Abstrait, Népenthès, Aéra zinc,Blue Fifth Review, Ellipsis, Les Trompettes Marines, Le Capital des Mots, Squeeze, Voxpoesi, The Ilanot Review , Taj Mahal Review, Monolito, La Ira de Morféo, The Milo Review, L'Ampoule ( aux éditions de l'Abat-Jour ), Under the Gum Tree, Kritiks, Artyhum, Arte.es, Sliver of Stone Magazine, etc... ) . Expositions en France et à l'étranger.

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    POEME 

    C'est Ma chair, Seigneur

     

    C'est ma chair, Seigneur

    C'est ma chair qu'on t'offre

    Ma chair flagellée

    lacérée

    découpée

    ensanglantée

    écartelée

     

    Ma chair lourde de souffrance

    et d'incompréhension

    Mon corps saignant

    Ma tête de côté

    *

    Ô père,

    Pourquoi t'ai-je choisi?

    *

    Tu m'as trahi, ô mon père

    Tu m'as trahi

    *

    J'ai mal, si mal

    J'avais cru en toi Seigneur

    J'avais cru en ton amour

    En l'amour de l'homme

    En la beauté du monde

     

    Toute créature est innocente

    Toute chose baigne dans la paix

    Tout est lisse

    Et la mer étale

    Tout est si proche de toi mon père

    Que je me sens frère du monde

    Frère et sœur des hommes

    *

    J'ai transformé l'eau en vin

    Et le vin est devenu sang

    Et le sang qui coule de mes plaies

    Abreuve maintenant le désert des âmes

    Où est le pardon?

    Où est l'amour qui transcende?

    La pureté du regard?

    *

    Ce chemin qui n'en finit pas

    Où mes pieds traînent et cognent sur la terre

    Et résonnent des coups de boutoir

    Qui vont bientôt déchirer ma chair

     

    Les cris et les injures pleuvent à mon passage

    Comme si de ma présence je salissais la vie

    Leur vie

    Que leur univers n'était pas le mien

    Et que je devais payer pour quelque faute inconnue

     

    Suis-je donc si proche de toi, mon père?

    *

    Le ciel s'enflamme et s'assombrit

    La lumière joue avec la nuit

    Et la crainte gagne le cœur des hommes

    Mais de quel dieu ont-ils peur

    Sinon d'eux-mêmes?

    *

    Mais c'est ma chair, Seigneur

    C'est ma chair qu'on t'offre

    Rien que ma chair

    Loin de mon corps

    Loin de mon être

    Loin de mon âme déjà

    *

    Ô, vous qui pleurez au bas de ma croix

    Ma chair mon sang mon moi

    Ne m'en veuillez pas si je vous abandonne à la vie

    Et dites-leur à ceux qui ne croient pas

    Qu'il existe un monde meilleur ici ou là-bas

    Dehors et dedans en eux et hors d'eux

    Et que le choix est ingrat

    *

    Ai-je donc la force de me déclouer

    D'arracher mon corps au feu de ma croix

    Moi qui ai su réveiller les morts?

    *

    Des mots chantent encore dans ma tête

    Des mots humains

    Des mots fragiles et tendres

    Comme la mie du pain quand elle se déchire entre les mains

    Mes mains! Seigneur

    Ces mains qui ont guéri

    Ces mains aux ailes de colombe

    Ces mains aux promesses de ciel

    Ces mains qui ont parlé pour toi

    Ces mains qui crient Ces mains qui souffrent

    Ces pauvres mains qui se recroquevillent agonisantes

    *

    Je tombe Je tombe, Seigneur

    Le sol se dérobe sous le poids qui m'accable

    Et la honte s'empare de tout mon être

    Tant de faiblesse à pardonner!

    Qu'on me donne l'ultime réconfort

    D'un cri déchirant la nuit

    D'une pointe me perçant le torse

    Que les étoiles s'éteignent

    Que Marie s'enfuie loin du calvaire

    Que la terre s'entrouvre

    Et que mes tueurs pleurent de misère!

    *

    Le sel a goût de trop peu Ma mère

    Le sel a goût de trop peu!

    Je suis ton objet de lumière

    Ton objet de douleur

    Ta chair et ta misère.

    Quelles furent donc ces folles promesses

    De la bouche de l'ange

    A ton humble cœur?

    *

    Je suis un homme

    Et on me crucifie comme un dieu!

    Pardonne-leur mon père car ils ne savent ce qu'ils font

    Pardonne-leur, mon père

    Comme je sais te pardonner.

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    a fd 2.jpgPoète invité : Gérard COUSIN

    Né dans la région des mines du Pas-de-Calais et fils de mineur. Instituteur jusqu’en 2003. Anime avec d’autres passionnés du groupe « Lieux d’Être » des lectures associant poésie et musique. Anime également des ateliers d’écriture en milieu scolaire ou autres. Fut membre du comité de rédaction de la revue « Horizon 21 » et est actuellement administrateur de la Maison de la Poésie Nord-Pas-de-Calais.

    Participation à diverses revues (Cahiers Froissart, Horizon 21, Nard, Rétroviseur … et surtout Lieux d’Être).

    Présent dans plusieurs anthologies.

    Présent sur différents sites internet dont « La toile de l’un » et celui de Guy Allix.

    Recueils :

    Fille du Nord, Bleu de saule en saule (livre d’artiste sur papier artisanal avec la collaboration de 6 plasticiens), Matinales, avec l’aquarelliste Dominique Darras,, Les tercets du pin (livre d’artiste pour l’exposition Michel Butor de Saint-Omer ,aquarelles de Nicole Louchaert), Picorer les étoiles avec l’aquarelliste Nicole Louchaert. Sera en résidence écriture et animation à Arques (62) lors du Printemps des Poètes 2016.

    Picorer les étoiles

    ( 2014, dédié à mes petits-enfants)

     

    Ce soir,

    tu veux rester éveillé

    pour voir, dis-tu,

    arriver le premier rêve.

    Et voilà qu’il neige doucement

    dans tes yeux qui se closent.

    Tu sais maintenant

    où patiente l’autre lumière.

    L’étoile derrière tes paupières,

    c’est pour en savoir le chemin,

    comme un geste de la main.

     

    « Picorer les étoiles »

     

    A mots doux,

    les flocons ont brodé

    des chemins de lumières

    et de patience.

    La mésange,

    que tu hèles,

    emplit le paysage au bout de tes doigts.

    Tu louvoies entre les îles du silence

    et cherches des réponses.

    Elles laisseront leurs pas à la neige,

    la nuit les veillera.

     

    « Picorer les étoiles »

     

    Tout est bien :

    dans le pommier,

    le soir agence ses bleus et ses ocres,

    la  poignée de coquelicots

    prend des poses d’aquarelle,

    à tue-tête, le rossignol

    se déclare heureux de sa journée,

    les chiens perdus ont trouvé leur asile,

    la lune fait la roue sur le toit du voisin.

    Ta main cherche la mienne.

    Ta quiétude et ta confiance

    allument la première étoile.

     

    « Picorer les étoiles »

  • Anthologie du Poisson Pilote - Carine-Laure Desguin

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    a 105.JPGCarine-Laure Desguin

    Née à Binche le 7 février 1963, Carine-Laure Desguin aime sourire aux étoiles et dire bonjour aux gens qu’elle croise. Ses textes se lisent dans les revues littéraires « Le Spantole » et « Aura ». Elle participe à plusieurs recueils collectifs et publie entre autres Rue Baraka (roman, Ed Chloé des Lys) et des recueils de poésies et de nouvelles. Elle signe également quelques textes mis en musique par Ernest Hembersin et en 2014, elle reçoit le Prix Pierre Nothomb pour le texte « Hélène Hélène Hélène ». Son inspiration ? Dans le souffle des vents, sur les trottoirs des villes et dans les instantanés de la vie, instantanés qu’elle grignote comme ça, au gré de ses fantaisies.

    Carine-Laure Desguin aime dans les textes poétiques leur sonorité, leur musicalité, leurs fragments d’ombre et de lumière, de sens interdit et de non-sens. Des lames et des lumières, son dernier opus préfacé par Eric Allard et illustré par Catherine Béraël vient d’être édité par les éditions Le Coudrier.

    http://carineldesguin.canalblog.com

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    Poème inédit

    la  ville accroupie

     

    un lendemain de carnaval

    les confettis aussi loin à propos

    les confettis oui

    dans le creux du temps

    surnagent les couleurs

    juste sur les bordures

    celles des souvenirs

                             des oranges sur les tissus

                             délavés des tourbillons

    et les mémoires s’enflamment

    sur les pavés urbains

                            tous ces bruits encore eux

                            qui me déraisonnent

    Place du Manège

    ne tournent plus

    que des lambeaux de riens

    des paupières mortes

                              de flâneries en flâneries

                              la ville libère ses relents

                                d’écorce viatique

    déjà un copeau du jour

     

    et l’aube aux portes des aurevoirs

    se décale de la nuit

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    a 106.JPGInvité : Roger Foulon

    Roger Foulon est né à Thuin le 3 août 1923 et est mort dans cette même ville  dont il restera l’un des plus grands chantres, le 25 février 2008. Poète, romancier, essayiste, auteur de plus d’une centaine d’ouvrages, il fut membre de l’Académie royale de langue française et fondateur en 1956 de la revue littéraire « Le Spantole ». De 1973 jusqu’en 1994, il présida l’Association des écrivains belges. Il reçut de nombreux prix littéraires. Parmi eux, le Prix Charlier-Anciaux  et le Prix Maurice Carême. Il restera, pour la ville de Thuin, une des personnalités les plus emblématiques.

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    Retraite

     

    On n’entre pas ici comme dans un moulin,

    Il faut faire silence à l’intérieur de soi,

    Détruire ce qui blesse et assassine l’âme,

    Puis se parer d’une aube aussi pure qu’un lis

    Et marcher dans la virginité des rosées.

    Alors, parfois, on touche à ce pays de cygnes,

    A ces étangs que la parole fait trembler

    Et l’on voit se lever de la brume et des eaux

    Des mots qui sonnent clair comme un fruit de cristal.

  • Anthologie du Poisson Pilote - Jacqueline Fischer

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    a 92.jpgJacqueline Fischer

    Je dis souvent que j’écris depuis que je sais écrire, et peut-être même déjà dans ma tête auparavant.  J’ai commencé par des poèmes, puis des récits- et puis je suis revenue aux formes poétiques ou plutôt ce sont elles qui me sont revenues.- Ma tête est pleine constamment de visions colorées, rythmées  que je traduis en tissus assemblés et brodés ou en images numériques et les mots souvent s’y associent. Pour moi c’est le même langage intérieur illustré de trois manières différentes.

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    Le poème (extrait du Journal ajourné – 2012)

     

    Prisonnière sur parole

     

    J’ai fermé mes paupières comme on tire un rideau

    déposant là

    les mots d’un idiome étranger

    à tous comme à moi-même

    que ne traduirait pas la langue des oiseaux

    ni corbeau, ni colombe.

    ni code ni symbole

    juste   les portées de rythmes invisibles

    où m’abandonner en aveugle  ivre      

    cherchant à m’évader  là où déjà je suis.

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    a 93.jpegInvité : Jules Supervielle (1884-1960) 

    J’aurais aimé désigner un poète vivant, et bien des  noms me viennent à  l’esprit. Mais en élire un c’est risquer de blesser les autres, alors lâchement, je choisis un mort. Un de ceux dont la rencontre a compté pour moi, tant dans ses poésies que ses nouvelles et notamment l’Enfant de la Haute mer l’Inconnue de la Seine.

    Jules Supervielle et sa double origine franco-uruguayenne, son sens du mystère  de la vie, mais aussi ce « je ne sais quoi » dans la mélodie de ses phrases  ou de ses vers - suivant ses voix. Un de ceux qui ressentaient puissamment la vie naturelle et animale, et les mondes cachés sous les mondes, d’où  ces Amis inconnus.

     

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    Poème 

    Il vous naît un poisson qui se met à tourner

    Tout de suite au plus noir d'une lame profonde,

    Il vous naît une étoile au-dessus de la tête,

    Elle voudrait chanter mais ne peut faire mieux

    Que ses sœurs de la nuit, les étoiles muettes.

     

    Il vous naît un oiseau dans la force de l'âge

    En plein vol, et cachant votre histoire en son cœur

    Puisqu'il n'a que son cri d'oiseau pour la montrer,

    Il vole sur les bois, se choisit une branche

    Et s'y pose ; on dirait qu'elle est comme les autres.

     

    Où courent-ils ainsi ces lièvres, ces belettes,

    Il n'est pas de chasseur encore dans la contrée

    Et quelle peur les hante et les fait se hâter,

    L'écureuil qui devient feuille et bois dans sa fuite,

    La biche et le chevreuil soudain déconcertés ?

     

    Il vous naît un ami et voilà qu'il vous cherche,

    Il ne connaîtra pas votre nom ni vos yeux,

    Mais il faudra qu'il soit touché comme les autres

    Et loge dans son cœur d'étranges battements

    Qui lui viennent des jours qu'il n'aura pas vécus.

     

    Et vous que faites-vous, ô visage troublé,

    Par ces brusques passants, ces bêtes, ces oiseaux,

    Vous qui vous demandez, vous, toujours sans nouvelles :

    Si je croise jamais un des amis lointains

    Au mal que je lui fis, vais-je le reconnaître ?

     

    Pardon pour vous, pardon pour eux, pour le silence

    Et les mots inconsidérés,

    Pour les phrases venant de lèvres inconnues

    Qui vous touchent de loin comme balles perdues,

    Et pardon pour les fronts qui semblent oublieux.

  • Anthologie du Poisson Pilote - André Campos Rodriguez

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    a 91 ACR.JPGAndré Campos Rodriguez

    André Campos Rodriguez, né en 1951, a publié plusieurs recueils de poèmes dont se détachent : “Notes pour désigner la cendre” (Polder / Jacques Morin, éditeur) ; “Les Douze Balises”  (L’Arbre / Jean Le Mauve, éditeur),  Odes à la nuit étale (L’Horizon Vertical), “L’Invisible Correspondance” (Cahiers Froissart / Jean Dauby, éditeur),  “Légendes, Eclats, Approches” (Editinter / Robert Dadillon, éditeur).

    A été, un temps, co-animateur de la revue Franco-Belge RegArt. puis directeur de la publication de la revue et des éditions RétroViseur. Il a publié articles ou poèmes dans de nombreuses revues dont : Foldaan, La Bartavelle, Sources, Lieux d’Etre etc...    

    Il prépare un volume anthologique de 200 pages regroupant un choix de ses poèmes de 1985 à 2015 accompagné d'une préface d'Alain Lemoigne.

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    Poème  

     

    VIII

     

    L’essor toujours

    Pour célébrer la joie

     

    La grâce d’un élan

    Conjugué par la beauté

     

    Jamais je ne parviendrai

    À situer sa source

     

    Ni dans le pur espace

    À emprunter

    Ses ailes invisibles

     

    (in «Toutes ces voix»)

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    a 90 Alain Lemoigne.JPGPoète invité : Alain Lemoigne

    Alain Lemoigne est né en 1948 . Poète, romancier, ancien chroniqueur à La Bretagne à Paris. A collaboré a de nombreuses revues (Europe, La Barbacane, la Sape, Vagabondage...). Membre de l'équipe de Rétro-Viseur (revue et éditions). Préfacier et essayiste, récitant et conférencier (Jean Follain, Jean Laugier, Charles Le Quintrec. Nombreuses publications où peuvent se distinguer : Justice du Fruit, Éditions de L'Age d'Homme (prix Max-Pol Fouchet 1989) ; Mes Guillevic, Éditions Lem ; Foyers de Fractures, Editions Editinter ; Passages de témoin Editions Rétro-Viseur.

     

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    Poème

     

    Qui dira demain

    l'épiphanie de cette terre

    ses siècles de broussailles

    ses vertus de lumière

    et la sévérité songeuse de ses buis ?

    Dans les brumes de l'aube

    nos yeux ne savent plus leur pouvoir hors du monde,

    une même blessure nous sépare de nous-mêmes

    et notre âme est pareille aux arbres qui ont peur.

    Qui dira l'innocence du ciel

    le long piétinement des pluies sur les baissières ?

    Dans la liesse des mots

    le suffrage d'un nom a force d'avenir.