Anthologie du Poisson Pilote - Charline Lambert

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a antho 1 Ch Lambert.JPGCHARLINE LAMBERT

Difficile de parler de moi quand je n’ai publié jusqu’à présent (et avant mes vingt-sept ans) qu’un seul recueil poétique (Chanvre et lierre, Le Taillis Pré, 2016). Le second (Sous dialyses) suivra bientôt, le troisième (Désincarcération), peut-être aussi, à voir. Ce qui les réunit est une expérimentation de la poésie comme travail et jeu d’élucidation, par l’épreuve de la sensorialité, comme puissance de décloisonnement et de transformation. « Remédier au corrompu », dit le dix-huitième hexagramme du Yi King (traduit par Javary et Faure). Il doit y avoir un peu de ça.

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Poème

Tu veux désincar-
cérer la bête de toi,
tu as des bouches à nourrir, et combien

de chiens affamés
au-dedans, en attente


d’une taxidermie.

Tu fourres toujours dans ta structure,
sous ta peau de bête,
beaucoup trop d’humain.


ébroue-toi broute dans les fentes
noie salive sue
désaltère-toi,
avant que ton corps ne devienne

un organe de phonation. 

(extrait de Désincarcération, inédit)

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a antho 2.JPGPoète invité : GHÉRASIM LUCA

Si « je » est un mot d’ordre, Salman Locker a tôt fait de faire œuvre de désobéissance et de se frayer une « voie pour l’insubordination » (Michaux) en se choisissant, comme le rappelle André Velter dans la préface à Héros-Limite, « un nom et un égarement » : ainsi est né Ghérasim Luca. Il est né en Roumanie en 1913 et s’est définitivement installé à Paris en 1952 (entretemps, Paris déjà en 1938, Roumanie en 1940, bref passage par l’Italie, détour par Israël). Obstinément apatride, résolument récalcitrant aux embrigadements, aux appartenances, aux disciplines. Le seul courant avec lequel il a accepté de faire corps est la Seine : on sait ce qui alarma Luca, peut-être comme Celan, pour qu’il s’y jette le 9 février 1994, soit ce monde, « ce monde où les poètes n’ont plus de place ».

« Bégayer, c’est facile, mais être bègue du langage lui-même, c’est une autre affaire » (Deleuze) et c’est bien en cela que les poèmes de Luca ne se lisent et ne s’entendent pas comme des fantaisies, mais comme des labours puissants dans les profondeurs de la langue et de ce qui sourd de ses gorges, pour montrer que notre « moi » n’est, en fin de compte, qu’un sol mouvant où on perd pied.

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Poème

Écoutez, plutôt :

https://www.youtube.com/watch?v=16ltchO5Vpw

Et aussi :

« (...) Dès lors, comment vais-je vivre ?
À vous de répliquer : chacun doit trouver la formule exacte de sa dissolution. »
(Ghérasim Luca, extrait de Levée d’écrou)

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