Les Lièvres de Jade (Burvenich, Allard, Colaux)

LES LIÈVRES DE JADE

Deux auteurs : Eric Allard et Denys-Louis Colaux - Une illustratrice : Laurence Burvenich

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Les illustrations de Laurence Burvenich (gravures)

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Laurence Burvenich

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Eric Allard

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Un extrait de l'ouvrage

Faim de futur 

Je marchais depuis longtemps. Je ne savais pas d’où je venais, quand j’étais parti, qui j’étais avant de me mettre en route. Et cela ne m’inquiétait guère. Je savais seulement que j’avais fui quelque chose de plus insupportable que mon errance sans cause et sans but. Un long rêve, un livre non achevé peut-être me séparaient du jour. Avais-je seulement connu la pleine lumière, la plénitude de la page blanche ?

Et cette lune, que j’avais tenue à l’oeil durant mon cheminement, qui m’avait tenu lieu de soleil. Mais qui n’éclairait aucun souvenir, ne réveillait aucune mémoire. Sinon celle de traits extatiques, d’yeux brouillés par des pleurs. Je sentis l’odeur caractéristique d’un œuf qu’on frit et j’eus faim de futur. Dans le même élan, j’avisai quelqu’un qui sortait d’un hôtel. (Eric Allard)

Denys-Louis Colaux

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Portraits de DL Colaux (dont un avec Eliott) réalisés par Andreas Vanpoucke

Un extrait de l'ouvrage

Apercevoir la lune

Désenchanté, penché à la fenêtre, je m’enlisais dans des rêvassements sordides, sujet à cette étrange mélancolie bleue qu’on voit flotter sur la marmite des mangeurs d’aristocrates.  Ce soir-là, usé, hersé par les abrasions de la vie, je n’avais plus guère qu’un napperon d’âme. Une âme ajourée, trouée, dentelée comme une chair dépecée par un carcharodon. Une âme abandonnée par l’hypnose du jasmin. 

Ma vie, flétrie par des ecchymoses de spleen mauve, peinait à se tenir debout. Mon équerre rompue, je penchais tout entier, défait, aléatoire. De lourds pégases de trait piétinaient mon misérable cœur saboté. O, pesant vide de l’être, sinistre misère de durer, train qui s’égare dans le néant existentiel !  La glissade que c’est, de vivre, le vautrement !

La nuit tiède exhalait, comme un vulgaire thé anglais, une lourde odeur de fleur fanée et de potion.

Dans le deuil profond du ciel, en haut de la colline qui faisait face à l’hôtel, la lune, grosse aspirine hallucinante et divine, se mit à me héler. Un pouls semblait l’animer et intensifier peu à peu  ses lueurs. Elle eut bientôt la luisance irrésistible d’un front en fièvre. Cette  clarté mouillée me délivrait de ma cécité. Elle me détachait de la croix de mon abdication. Soudain luminescente, l’opale insistait et entrait en gloire. Et sa puissance d’ensorcellement me contraignait à marcher vers elle. Fasciné, je sortis de l’hôtel et me résolus à gravir la colline. (DL Colaux)

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