• Avec Elisabeth Gore (4/4)

    Peintures : Elisabeth Gore - Poèmes : Denys-Louis Colaux

    LES SECRETS DE LA LITOTE

    4/4

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    Le peu suffit à nous dire
    le peu et ses nuances de beige
    ses nuances au ciel
    de nuages d'argile
     
    Le peu
    va lentement
    portant
    à son épaule
    sa lyre blanche
    d'homme déjà réconcilié
    avec la victoire sur l'étincelle
    de la poussière
     
    oui la poussière
    petite soie défaite
    soulevant derrière elle
    la vanité des ornements
     
    oui la poussière
    tiède et sensible
    sous quoi couve déjà
    l’œuf qu'une plume
    et un poème
    approchent

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    Oui je m'en irai cueillir 
    cueillir ou ramasser
    des crêpes de soleil
    que je tamiserai
    au lait froid des étoiles
    des étoiles ou des lucioles
     
    oui je m'enivrerai
    ou je pâlirai d'aise
    aux lourds pétales du printemps
    ses lourds pétales
    ou son herbier
     
    moi j'aurai tout le vent
    la gorge large
    de tous les vents
    la descente des fleuves
    la poussée violente
    des eaux épaisses
    j'aurai 
    le foyer ardent
    des astres
    chacun de leur globe affolé
    sur la mèche de mon quinquet
    mon quinquet ou mon allumette

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    Dans ma pelouse cernée d'oies
    de geais et de ronciers
    le sable dort
    dans son bras replié
    et la mer attirée
    jette de la salive
    et des pétales d'encre
    derrière les bouleaux
     
    Devant la haie
    une hase se roule
    dans un gros chiffon d'herbe
    comme tantôt la lune rousse
    sur les torchis de l'horizon
     
    Le haut le bas
    dans mon champ de vision
    ont eu des gestes similaires
  • Avec Elisabeth Gore (3/4)

    Peintures : Elisabeth Gore - Poèmes : Denys-Louis Colaux

    LES SECRETS DE LA LITOTE

    3/4

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    Nos vies sont traversées
    divisées d'eau
    de sang
    tranchées
    au fil ténu de l'impossible
     
    De fins ourlets de jour
    insistent dans la nuit
    et la frontière se délaie
    très au-delà de son symbole
     
    Dans la vie telle
    que je l'éprouve
    rien ne consent
    à n'être que visible
    à n'être que précis
     
    Et j'aimerais
    que mon destin
    comme les pas d'un fou
    mené par le goût de danser
    n'eût pas de sens

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     Elisabeth
    en rêvant avec vos tableaux
    je songe que
    j'ai atteint l'âge
    de cinquante-cinq ans
    et je souhaite désormais
    devenir un fossile
    d'oubli
    l'eau plutôt que le parapluie
    un épi de blé périssable
    tremblé au vent
    avec son songe de farine
    et de pain blanc
    perdu
     
    Elisabeth
    en parlant avec vos tableaux
    je me vois devant l'étang de ma vie
    que signent
    des fleurs d'or et de miel
    des larmes de rouille
    le clair fantôme d'une barque
    un naufrage de poche
    l'écho d'un ahan de rameur
    et des frissons sur l'eau gémie
    presque apaisée
    alors je songe
    à cet insecte que je suis
    vrai gravier de montagne
    pur copeau dans la canopée
    petite lettre
    debout
    au pied de la bibliothèque
     
    Elisabeth
    en faisant silence avec vos tableaux
    j'erre un instant
    présent et déchiré
    entre fœtus scaphandrier
    naufragé sur son nénuphar
    entre cerceau
    bulle de la légende
    long clou acéré du réel
    Et dans le nid du poème j'installe
    le vol de l’œuf
    menacé par
    les stalagmites amoureux
     
    Elisabeth
    je me tiens au hublot
    par quoi vos tableaux m'apparaissent
    comme des terres
    défrichées par
    l'appétit d'exister

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  • Sur des œuvres d'Elisabeth Gore (2/4)

    Peintures : Elisabeth Gore - Poèmes : Denys-Louis Colaux

    LES SECRETS DE LA LITOTE

    2/4

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    Je me tiens dans le songe
    des diagrammes amoureux
    des astres frôlés des cailloux
    dont la diaspora
    tout le long du chemin
    érige des ruines intimes
     
    Je me tiens dans le songe
    céleste des aérostats
    des souliers de l'enfance
    que le temps paisiblement leste
    de sable
    de poussière et de sang 
     
    Je me tiens penché et je hèle
    quelque chose qui me survole

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    Ici
    tout se méfie de l'évidence
    Ce qui résiste à tout
    c'est un automne fauve et plein
    qu'habite en filigrane
    le murmure glissé
    d'un long désert fécond
    de sa propre lumière

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    Toute légende
    finit
     toujours par épouser
    la couleur et la chair
    du bois ouvert
    écrous copeaux
    lunures et poignées
     
    Marques étranges
    infini gradué
    le temps de quelques centimètres
    l'espace de trois grains de sable
     
    Rien n'est profond
    ni étanche à l'eau de l'oubli
    et rien n'est beau
    comme la signature
    vivace
    d'un peintre passager
  • Sur des œuvres d'Elisabeth Gore

    Peintures : Elisabeth Gore - Poèmes : Denys-Louis Colaux

    LES SECRETS DE LA LITOTE

     1/4 

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    Penché sur la vie sans miroir
    la vie dispensée de miroir
    assis dans le simple désir
    d'approcher le goût fermé du mystère
    je pressens d'un œil presque clos
    d'un œil sensible à l'encens chaud de l'âme
    ocre l'écorce soluble du temps
    liquide l'huile effleurée d'un passage
    du bleu descendu par le chas du sable
    et pour vêtir l'instant
    en guise de présence
    ce signe que je prends
    pour le rêve hanté d'une trace 

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    Plus tard  très au large du temps
    les oiseaux laissent
    une aile minérale
    un soupçon de parole
    et le poinçon précis d'un saut
     
    Plus tard
     à la paroi fantôme du vaisseau
    les forçats de la vie
    les passants bleus
    les clairs hippocampes de la débâcle
    et les gens un instant heureux
    abandonnent gravés
    transmis
    les nuages emplis
    de leurs intempéries secrètes
     
    Et par un long fil d'équilibre
    ce phylactère
    vient s'amarrer
    au papier où j'écris

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    J'ai quelquefois rêvé
    d'être un chasseur d'indices
    un ramasseur de friselis
    un passant enivré devant
    la rumeur fraîche des lilas
     
    Est-ce la nuit ?
    non un trait de fusain 
     
    Est-ce l'espace ?
    non une ligne qui sinue
     
    Est-ce du sang ?
    non c'est la fresque fugitive
    que font aux murs les fastes effacés
    et les frissons qui leur survivent
     
    Je suis très souvent parvenu
    sur un destin conçu à mon échelle
    à n'agripper
    que l'ourlet du poème
    à ne saisir
    qu'une pincée des choses 
  • Arita chante et enregistre Lhasa

    ARITA chante et enregistre LHASA

    Découvrez le projet d'un album public que l'excellent groupe de Nancy veut consacrer à Lhasa. Consultez le lien sous l'affiche. 

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    http://fr.ulule.com/arita-album/