• Avec Isabercée Di-Puglia

    Isabelle de la nuit et des couleurs

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    Oeuvres : Isabercée Di-Puglia - Poèmes : Denys-Louis Colaux
    Les oeuvres sont la propriété des auteurs
     
    http://www.isabercee.com/
    http://berceedipuglia.blogspot.be/
    http://www.agentdartistespeintres.ca/isabercee-di-puglia/
     
    INCIPIT
     
    J'aimerais
    après la traversée
    après le temps des foudres et des chutes
    que la nuit enfin réparée
    vous fût douce 
    comme sont à mes yeux
    intenses
    les lampadophores de vos couleurs

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    AVERSES NOIRES & CHANTEPLEURE
     
    Isabelle
    il pleut ces derniers temps
    d'énormes gouttes
    des brassées de fleuves
    et des cieux entiers
    sur la rue de votre vie
    je suis venu
    avec cette chantepleure
    afin de donner ou de rendre
    à toute cette eau de malheur
    le chemin de la mer
    et le sens oublié du bleu

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    AU FOYER D'ISABELLE
     
    Au foyer d'Isabelle
    là où sans se consumer
    brûlent et dansent les couleurs
    se mêlent les étincelles
    les papillons et les ombres
    je devine des astres de sang ardent
    le ciel mêlé au fond de la mer
    le jour attaché à la corde du soir
    le clou du rêve enfoncé dans la planche du réel
    le bénitier amoureux de la main qui se trempe à son eau
     
    Au foyer d'Isabelle
    à la javelle où ses gestes
    s'unissent et se déprennent
    j'entends valser l'âme enflammée
    du tableau vivant de sa vie
    j'entends bouillir
    le thé exalté
    de son désir de peindre
    j'entends hurler
    au centre de l'étang
    où ses huiles reposent
    la héronne cendrée qui se déploie en elle
    quand elle ouvre les bras
    pour mener son orchestre
     
    Au foyer d'Isabelle
    la mer entre par la fenêtre
    comme un grand chat liquide
    de gros caillots de nuit
    heurtent
    les banquises de l'aube
    des navires de glace
    fondent au soleil incendié
    de longs plumeaux de paons
    enlassent des corbeaux
    et dans la neige féminine l'ombre
    sertit son khôl et son rimmel
     
    Au foyer d'Isabelle
    les souffleuses de pigments
    aux embouchures du cristal
    mettent l'empreinte de leurs lèvres
    et les orgues de leurs poumons
    Puis comme un début d'éventail
    au secret d'Isabelle
    un mystère s'entrouvre
    et son charbon intime
    comme deux paumes jointes
    héberge
    la braise d'un couple d'oiseaux

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    ISABELLE EN SA FORGE
     
    Je la connais je crois
    cette ardeur à battre son fer
    à se déposséder
    des peuples qu'on héberge
    en un musée au fond de soi
     
    Sans vous lasser jamais
    vous poussez dans la course
    qui mène au pays de la trace
    au ciel visible de tous
    les comètes cachées
    dans vos constellations secrètes
     
    Du haut de vos balcons
    vous jetez des fenêtres
    ouvertes sur vous-même
    et le ciel tout entier
    De grands oiseaux d'extase
    mènent rêver vos femmes
    dans le velours des nuits
    et leurs regards sublimes
    ont cet éclat liquide
    des grands diamants crus
     
    Vous semez de la fièvre
    les vrais fantômes de l'étreinte
    les combustibles orangés
    les pelures d'or fin
    que la volupté laisse
    dans le ciel où elle passe
    vous répandez
    le goût 
    palpable et vif
    comme le corps d'un poisson pris vivant
    de la passion qui tourne
    dans ces fleuves qui vont
    leur ruban autour de la terre

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  • Isabercée Di-Puglia

    Isabercée Di-Puglia

    Incarnation de la fièvre

    Pour en savoir davantage sur l’artiste, veuillez visiter les espaces suivants :

    http://berceedipuglia.blogspot.be  -   http://www.isabercee.com
    https://www.facebook.com/isabercee.dipuglia/photos_albums 

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    Isabercée Di-Puglia est une jeune et talentueuse artiste, à la fois dessinatrice et peintre. C’est une artiste complexe, en perpétuelle quête, infatigablement attentive à multiplier ses accès vers l’art et la vie, chez elle très intimement conjoints. C’est un être qui palpite, qui emmène son œuvre (et celui qui la regarde) dans une formidable palpitation, dans un troublant enivrement.  Di-Puglia est une puissante nature, à la fois solaire et épanouie dans la couleur et le trait, dans les éclaboussures de vie, secrète et réfugiée dans la crypte de son œuvre où elle nous convie à regarder les précieux et délicats trésors qu’elle amasse à l’abri du bruit et du mouvement, agile et souple dans un dessin très racé et élégant, exaltée et affirmant la vie et l’amour dans des images d’une formidable vitalité. La vie, - dans tous ses états, de la gourmande délectation aux lenteurs passionnées et intenses de la volupté en passant par la fulgurance ou l’énergie du cri et de l’affirmation, - habite cette œuvre saisissante et dynamique. Entrer dans cette œuvre, c’est s’aventurer dans une formidable agitation, c’est rejoindre pratiquement et s’accorder à la course du sang dans les artères. Isabercée, contrairement à ce que ce joli prénom pourrait laisser entendre, est un être en perpétuel état d’alerte. Elle émet et reçoit à tout instant. J’aime chez Di-Puglia l’électricité d’une nature toujours sur le qui-vive, toujours saturée d’émotion, de passion, cette façon de vivre et de rendre dans son art l’élan de vie, de témoigner de ce foyer ardent autour duquel elle se tient dans un perpétuel et séduisant état de fièvre. Isabercée Di-Puglia est l’incarnation de la fièvre.

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    J’aime dans l’œuvre l'intarissable lumière qu’émet la lanterne intérieure de l’artiste, c’est une lumière embrasée, un vrai brasier incandescent. Il distribue une étourdissante et exigeante chaleur humaine. Mais cette lumière dit aussi l’amour sacré, l’amour immodéré de l’art. Même les maternités d’Isabercée rayonnent de cette ardeur à aimer, de ce feu brûlant de l’amour. J’aime chez Di-Puglia ces images de couples qui doublent les débâcles pour affirmer la beauté de l’étreinte et de la rencontre. J’aime, dans l’œuvre, nombreuses, ces âmes plus fortes que l’abîme. Car oui, dans les combustibles qui alimentent le feu « bercéen », il y a une spiritualité profonde, incarnée, une spiritualité puissante et fermement reliée au corps, puissamment ancrée en lui. J’aime quand son art atteint à la fresque, à ces fresques plus fortes que la suie, plus fortes que l’éponge de la suie. J’aime le témoignage qu’elles portent, ce témoignage de résistance obstinée à l’usure et à l’effacement. Chaque fois, Di-Puglia semble engager sa vie dans ce qu’elle affirme. Et cette œuvre dit une confiance formidable en l’art. Elle est aussi admirable à cet effet, dans cette confiance totale, cette immersion complète, cet investissement définitif. Être, exister, c’est créer. Le moindre trait de Di-Puglia l’affirme, l’assène. Et créer, c’est exalter, attiser le foyer de la vie.  Isabercée Di-Puglia est un être si proche de ses convictions, si intimement liée à elles qu’elle se trouve toujours en état de combustion. Ceci est une des explications de son œuvre ardente et admirable.

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  • Aurore Lephilipponnat (2)

    La Passion selon sainte Aurore

    Je reviens à l'oeuvre virulente de cette artiste comme on revient à un pays étranger qu'on aime et dont le magnétisme nous hante. J'y reviens très souvent. Par goût, par intérêt. Je reviens à ce lieu d'art et de tragédie humaine dans lequel la passion, la douleur, l'attente impatiente, le désir, l'effroi, la colère, la fièvre forment des nœuds inextricables et brûlants. Lieu de tempérament, d’ébullition, de convulsion et de maîtrise. Lieu presque shakespearien. En dehors du temps et pour cette raison infiniment présent. Je reviens avec la conviction qu'il faut témoigner d'un talent de cette force.

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  • Moché Kohen

    MOCHÉ KOHEN

    L a   t r a m e   d e   l ’ ê t r e

    a moché a.jpghttps://www.facebook.com/moche.kohen?fref=ts
    http://www.mochekohen.com/
    https://www.facebook.com/pages/Moch%C3%A9-Kohen/226016790768496 

    D'où sont issus les papillons humains de Kohen ? Quelle est cette poudre (cette poussière, cette cendre) qui recouvre le tissu léger de leurs ailes invisibles ? Ces suspensions menacées d’évaporation, ces êtres d’une étrange grâce tragique  nous étreignent le cœur. Ils visitent et émeuvent, dirait-on, ce qu’il y a de frêle en nous, ce qu’il y a de fragile, la soie menacée, le coton léger, le tulle fluet de l’être. Il me semble parfois que Kohen rend la trame de l’être, sa toile. L’humanité se dépouille ici de ses apparences, de ses armures, de ses cuirasses pour dire, pour chuchoter le cristal fragile qui la constitue. Ce murmure assourdissant, cet obsédant zonzonnement d’abeille valent tous les cris. Kohen a compris que l’essentiel est parfois ténu, secret, intime. Son œuvre muse, chante et danse cette conviction. Et l'hypnose opère.

    Fragiles, presque évanescents, ces êtres se manifestent par la luciole ou le charbon du regard, par des visages ambivalents où s'enchevêtrent les grâces de l'enfance et une douloureuse usure des traits. Ils entretiennent des rapports avec la fumée et la brume, quelque chose semble les menacer de dissipation, et, en raison du rendu de ce danger d'effacement, ils sont formidablement évidents, infiniment présents. Ils ont aussi la beauté, la force presque surnaturelle des halos et des fantômes. Ils ont la puissance de la hantise. Ils sont ourdis dans la toile de la mémoire.

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    Il arrive qu'ils aient pour fond, pour sauvage écrin un violent bain de sang. Ils ont racine dans l'enfance, le tragique et la légèreté. Ils sont le sfumato. Ils sont matiérés dans un modelé vaporeux, dans un état d'estompement. Kohen atteint à un très haut degré d'intensité poétique par cette façon qu'il a d'établir dans le présent, dans la présence ce dont il suggère l'infinie fragilité. Une tragique impression de chefs-d’œuvre en péril plane sur l’œuvre, l’intensifie, la rend ardente. Ici, lorsqu'ils sont plusieurs, les êtres se blottissent, se cramponnent, s'étreignent. Quelque chose de redoutable est autour d'eux, derrière. Lorsqu'ils sont seuls, quelque chose souvent appuie sur leurs épaules, les fait ployer. Une menace est tapie. Et pourtant, oui, au-delà d'un effroi parfois porté par les êtres, vulnérable et sublime, la beauté se signale, l'irréductible humanité se manifeste. 

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    J'ai lu quelque part que Kohen est entré en peinture dans le bouleversement provoqué par les oeuvres d'Egon Schiele. Se pourrait-il qu'au-delà de la contorsion violente et du troublant tourment des modèles de l'expressionniste autrichien, Kohen ait trouvé cet état intermédiaire de présence/absence où l'une et l'autre, la présence et l'absence, en raison de leur association intime, sont étrangement exaltées ? Ceci me remet en mémoire la scène de l'effacement des fresques dans Fellini Roma. Et Kohen serait le peintre qui œuvre à l'instant où l'effacement commence à opérer. Kohen serait celui qui jette dans la durée une braise qui a failli s'éteindre. Apollinaire écrivait : "Il y a un poème à faire sur l'oiseau qui n'a qu'une aile". Il me semble que l'oeuvre de Kohen porte cette affirmation en filigrane. Il me semble qu'il y a un poème menacé dans chacune des toiles de Kohen.

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    J'écoutais, en regardant les œuvres de Kohen, les magnifiques prières juives que l'excellente Sonia Wieder-Atherton interprète avec génie au violoncelle. Instant de sensibilité vibrante. Il me semblait que la musique et la peinture entraient en correspondance. Profonds échos mutuels, les respirations semblaient se croiser.

    http://www.youtube.com/watch?v=suAwiZ0y4Pk

    Bien sûr, il faut dire et redire que l'oeuvre est poignante, qu'elle remue le regardeur en profondeur. Et pourtant, cet art subtil fait songer à deux doigts délicats cherchant, pour le retenir, à pincer le fil ténu de la mémoire.

  • Betina La Plante

    Poèmes inspirés par la recontre avec des photographies de Betina La Plante

    Photographies : Betina La Plante - Poèmes : Denys-Lois Colaux

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    S E C O N D E S   D ' É M E R A U D E
     
    En haut du vase de son cou
    parmi les vapeurs de tissu
    d'une trame de soie
    lentes ses lèvres entrouvertes
    parlent la langue intime de la nuit
     
    De longs oiseaux écartés volent
    dans le feutre moelleux des mots
    et son haleine isole
    dans cet encrier d'ailes
    le cygne noir d'un poème échappé
    des ouvrages de la nécessité
     
    Comme la plume sur la page
    le tulle de son chuchotis
    glisse doucement passe 
    et s'amuït
    dans le silence ému

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    D E S   E S P O I R S

    Le temps avance
    sur les eaux mouvementées d'un miroir
    où résiste au naufrage
    le boat people
    saturé de toutes nos solitudes