• Stéphanie CHARDON, artiste peintre

    S t é p h a n i e   C H A R D O N

    une  magnifique  perle  baroque

    a char a.jpgComment, à la suite de quelle effarante méprise peut-on s'appeler Chardon quand on a la grâce, le port altier, le parfum offensif et vénéneux, l'orgueil majestueux d'une fleur baudelairienne ? Mystère ! Découverte époustouflante de Stéphanie Chardon. Quelle merveilleuse, quelle exquise surprise, quel bel et délicieux instant, quelle agréable secousse ! Stéphanie Chardon est une artiste-peintre et sculptrice française qui vit en Bourgogne. Ses sculptures sont ravissantes et ses travaux sous globe une trouvaille exaltante. Je sais peu de choses d'elle, je n'ai d'ailleurs pas trop cherché à en savoir beaucoup, mais je me suis senti traversé par le merveilleux rayonnement de son oeuvre. Cette artiste éclectique est follement originale. Son oeuvre exhale un parfum de fraîcheur savamment soufrée. C'est une artiste au sens plein du terme : libre d'esprit, voguant sans autres lois que celles du talent et de son bon vouloir, ingénieuse, inventive, virtuose, un peu rock'n roll,  sans doute exquisément dingue, pleine de ressort et de joie communicative et de gravité. C'est une grande décadente (dans l'acception artistique du terme), une décadente pleine de santé, d'audace et de vigueur, c'est une charmeuse, une sorcière, une sourcière, une piratesse, une envoûteuse, c'est une grande élégante, une tragédienne qui rit, une comédienne inquiète. Son art déborde de ressources, de vitalité et de créativité. Elle réussit la rencontre heureuse de l'humour et de la poésie. Elle est raffinée et bohème, c'est une créature classieuse aux yeux sublimes. C'est un oiseau singulier qui peut, avec  une grâce égale, cingler à la surface des eaux et des pâquerettes ou battre des records du monde d'altitude. On est heureux de savoir qu'elle existe. Une espèce d'insolence qui appartient aux regards, aux attitudes de ses personnages, à un certain mépris des convenances et des codes achève de griffer son oeuvre. Dès que le visiteur aura pris le temps de regarder la galerie que je lui propose, il se rendra aux adresses que je mets ici à sa disposition pour découvrir plus avant l'oeuvre de Stéphanie Chardon : 

    http://cargocollective.com/stephaniechardon/Stephanie-Chardon-portraits-en-pied
    https://www.facebook.com/stephanie.chardon.3?fref=ts
    http://lesamazones.fr/expo-virtuelle/stephanie-chardon/

    a char 28.jpgIl faut que je revienne un instant sur cette artiste qui m'épate. Qui m'épate parce que, de façon unique, je crois, elle saisit, elle capture, comprend et rend avec une cinglante virtuosité dans sa peinture et dans ses portraits quelque chose de notre époque : ce mélange étrange, hétéroclite, délétère de sensibilité et d'ironie, d'indécence et de charme, de sérieux et d'absurde, de sincérité et de jeu, cette humanité en jeu, en représentation et sincère, unique et insignifiante, cette curieuse balance entre l'affirmation de soi et la saillie du doute existentiel, du chancre existentiel. Ici, on voit ensemble la pose et le désarroi, l'autosatisfaction et la recherche de l'autre, la romance toute proche de la satire, le carnavalesque violent de la beauté à proximité des chiottes. Cette impressionnante oeuvre spéculaire, et jusqu'en ses autoportraits, offre un faramineux et troublant portrait de notre société et de notre époque.

    NB La galerie que je propose contient un certain nombre de détails, publication que je justifie par la beauté du trait, le travail pictural méticuleux et le formidable sens des contrastes.

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  • AMRITA SHER-GIL

    A M R I T A   S H E R - G I L

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    Je viens de découvrir l’existence de cette artiste indienne. Il m’a fallu peu de temps pour me dire que, hélas, si l’artiste avait été un homme, on lui eût élevé des monuments. Pourtant, cette femme – d’une beauté remarquable et qui disparaît d’une façon inquiétante, à l’instant où son sacre devient possible -, est une incroyable puissance de nouveauté. Elle apporte dans l’Inde de son père, avec une classe et une virtuosité rares, le violent tumulte de l’art moderne. Une Inde qu’elle aime, qu’elle respecte et qu’elle s’approprie lentement, passionnément, dans une quête sans fin. Elle est celle par qui un changement s’opère. Amrita Sher-Gil est une figure de la nouveauté, de la loyauté et de la fidélité. 

    Je me suis documenté sur elle. Je n’en suis qu’au début. Mais la fièvre du partage est là.

    Quelques prélèvements sur le web :

    Amrita Sher-Gil est née en 1913 à Budapest d’un père Sikh et d’une mère hongroise. Elle a étudié à l’Ecole des Beaux-arts à Paris avant de retourner en Inde en 1934. Elle est décédée en 1941 à l’âge de 28 ans. Amrita Sher-Gil est considérée comme la pionnière de l’art moderne en Inde.

    http://ambafrance-in.org/Amrita-Sher-Gil-A-Life-lancement

    The majority of works by Amrita Sher- Gil in the public domain are with the NGMA, which houses over 100 paintings by this meteoric artist. Born of a Sikh father from an aristocratic, land owing family, and a Hungarian mother, Amrita Sher-Gil’s life veered between Europe and India. She was blessed with beauty, breeding, charismatic personality and extra ordinary talent as a painter.

    http://www.ngmaindia.gov.in/sh-amrita.asp

    http://www.sikh-heritage.co.uk/arts/amritashergil/amritashergill.html

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    Amrita Sher-Gil est née en 1913 à Budapest. Son père est un aristocrate sikh, un intellectuel versé dans l’étude du sanskrit et du persan. Sa mère, Marie-Antoinette Gottesmann est une artiste lyrique hongroise d’origine juive. Le couple a deux ans, Amrita est l’aînée. L’enfance d’Amrita se déroule à Budapest, « la perle du Danube ». Amirta est la nièce d’Ervin Baktay, d’abord peintre et ensuite auteur, célèbre indianiste connu pour avoir popularisé la culture indienne en Hongrie. La vocation artistique d’Amrita apparaît tôt, elle est immédiatement encouragée par la mère de l’artiste mais également par son oncle qui la guide et la conseille. Dans ce milieu intellectuel et artiste, Amrita jouera du violon, du piano, elle donnera avec sa sœur Indira de petits concerts et de petites représentations théâtrales. Amirta, dit-on, peignait dès l’âge de cinq ans mais elle a officiellement commencé à peindre à l’âge de huit ans. En 1921, la famille s’établit à Shimla, en Inde.

    En 23, Amrita et sa mère s’établissent pour quelque temps en Europe, en Italie. Amrita fréquente un peu une école d’art à Florence. En 24, c’est le retour en Inde. Mais la rencontre avec l’art italien et l’art européen a eu lieu.

    En 29, Amrita et sa mère prennent à nouveau le chemin de l’Europe. Amrita veut entreprendre une formation de peintre à Paris. Elle fréquente successivement L’Académie de la Grande Chaumière, fondée en 1902 par Martha Stettler  et qui se démarquait par un rejet  des règles strictes de la peinture académique, et, entre 30 et 34, l’Ecole des Beaux-Arts où elle aura pour professeur Lucien Simon. Elle se nourrit, ai-je lu, de l’influence de Cézanne ou de Gauguin. Elle se fait, dans ce groupe d’élèves, une place parmi les jeunes peintres et se lie avec l’artiste russe Boris Taslitzky, qui deviendra un adepte du réalisme socialiste. Les premiers travaux d’Amrita révèlent, très logiquement, une influence des modes occidentaux de peinture et s’inscrivent dans cette mouvance de la peinture des milieux bohèmes du Paris des années 30. C’est en 1932 qu’Amrita peint sa première œuvre significative, une œuvre intitulée « Les Jeunes Filles ». Grâce à cette œuvre, Amrita devient membre associé du Grand Salon à Paris en 1933. Ceci fait d’elle, paraît-il, la plus jeune et la seule artiste asiatique à avoir bénéficié de cette reconnaissance.

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    L’Inde attire Amrita, elle l’appelle. Elle commence, écrit-elle, « à être hantée par un désir intense de retourner en Inde ». L’artiste, mue par une curiosité légitime et qui touche à l’essence de son identité, a entrepris une quête : redécouvrir les traditions de l’art indien. Cette quête ne prendra fin qu’avec la mort de l’artiste. A cette époque, on lui prête une aventure sentimentale avec le journaliste et écrivain anglais Malcolm Muggeridge. Durant un voyage de découverte des racines indiennes, elle s’enthousiasme pour les écoles Mughal (style particulier de la peinture en Asie du sud) et Pahari (style pictural de l’Inde du Nord) mais également pour la peinture rupestre dans les grottes d’Ajanta (parmi les plus beaux exemples ayant survécus d’art indien).

    A3 Amrita.jpgD’un formidable curiosité, Amrita prend en 37 la route pour l’Inde du sud. Elle y peint des toiles qui deviendront considérables et qui révèlent son sens de la couleur et sa prédilection pour les Indiens pauvres et désespérés. C’est d’ailleurs la découverte même de sa vocation qui s’incarne là : exprimer la vie des Indiens à travers son œuvre.  Dire aussi la condition des femmes. Son art porte témoignage de la condition des femmes indiennes.

    En 38, Amrita épouse son cousin, le docteur Victor Vegan. Elle affermit ses influences indiennes dans l’amour qu’elle porte à l’œuvre des deux Tagore, Rabindranath (chez qui elle aime le portrait de femme) et Abanindranath (qu’elle aime pour son clair-obscur ou ses couleurs). Elle poursuit sa conquête picturale de l’âme de l’Inde. Elle représente le rythme de l’Inde rurale. La critique salue l’œuvre, l’œuvre trouve pourtant peu d’acheteurs. Politiquement, elle n’épouse pas les opinions familiales, elle est indépendantiste, elle aime la philosophie et le mode de vie de Gandhi et elle apprécie Neruda (qu’elle a rencontré et qui admire son talent et sa beauté), elle est une sympathisante du Congrès.

    Le couple s’établit à Lahore où l’artiste établit son atelier à l’étage de la maison. Nous apprenons qu’Amrita – et je crois avoir compris, en écoutant quelques spécialistes de l’œuvre, que le couple n’était pas épanoui et que l’époux n’avait aucune fibre artistique – a des aventures dont quelques-unes homosexuelles. Quelques œuvres la représentent avec l’un de ses amantes.

    En 1941, quelques jours avant sa première grande exposition à Lahore, Amrita tombe gravement malade et entre dans un état comateux. Elle décède le 6 décembre 1941 sans que l’énigme de sa mort soudaine ne soit éclaircie. On a évoqué la cause d’un avortement mal conduit ou d’une péritonite. Des suspicions se sont portées sur l’époux. La mère de l’artiste accusait l’époux.

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    L’œuvre, que je commence à découvrir, dit une rencontre picturale entre différentes cultures, entre l’Europe et l’Asie mais aussi entre les diversités des arts de l’Asie. Elle met en lumière, dans le monde l’art, son pays natal et le jette dans la faramineuse aventure de l’art moderne. Elle pose, entre une vieille culture et la ruée vers le modernisme, un jalon unique et remarquable. Elle élargit, - avec son œuvre audacieuse, nouvelle, passionnée -  l’iconostase de la peinture mondiale.     

    Mon article est en grande partie fondé sur la page wikipédia dont voici la référence : http://en.wikipedia.org/wiki/Amrita_Sher-Gil

    Voir encore :

    http://www.tate.org.uk/whats-on/tate-modern/exhibition/amrita-sher-gil

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  • Ruta JUSIONYTE

    R U T A    J U S I O N Y T E

    L’art de faire penser la terre et frémir la couleur

    https://www.facebook.com/jusionyte

    a ru 13.jpgL’artiste, jeune, est lituanienne (Klaïpeda) et vit en Ile-de-France. A l'heure actuelle, me fait-elle savoir, elle se considère comme une artiste française. Elle a étudié aux Beaux-Arts supérieurs de Vilnius. Ruta Jusionyte réalise d’étonnantes terres cuites, plus petites que la grandeur nature, entre 15 cm et 160 cm de hauteur. Je me la représente, ayant longtemps contemplé ses réalisations, dans son atelier modelant ses étranges créatures comme une sorte de modeste  potière divine, comme un humble et orgueilleuse démiurge en action, mais plus encore comme une sage-femme qui met au monde les créatures étranges et touchantes qui peuplent son monde intérieur. Jusionyte a créé un univers singulier et passionnant, il est pleinement sien, très original.

    Ses êtres conservent quelque chose de fœtal, quelque chose du nouveau-né chauve et étonné de ce qu’il découvre. Ses créatures ont aussi quelque chose d’inachevé, leur enveloppe est rustique, trouée parfois, striée, leur enveloppe porte les visibles et ostensibles traces de la main de l’artiste. Dans le même temps, mais un peu à l’instar du nourrisson, les personnages portent en eux une sorte d’extrême vieillesse, quelque chose qui appartient à l’allure des ancêtres. De même, les animaux de la sculptrice ont-ils ces mêmes caractéristiques, ils sont jeunes mais viennent de très loin, de l’aube de l’humanité et leurs formes gardent une certaine imprécision en même temps qu’elles les rapprochent des états fossilisés. L’œuvre tout entière, comme un fildefériste audacieux, semble marcher sur la ligne du temps.

    Les créations de Jusionyte me semblent porter un troublant témoignage sur leur inachèvement, leur inaccomplissement, leur rusticité – qui sont, sans aucun doute, les nôtres aussi. Oui, ces créatures disent et portent des choses qui nous sont destinées et qui, bien qu’elles semblent exprimées dans un langage étrange, nous sont perceptibles. Ces drôles d’oiseaux nous parlent de nous. Ils nous parlent de tout ce qui est animé de vie (l’oiseau et l’être humain sont presque jumeaux, ou du moins y a-t-il des formes et des traits humains dans le corps de l’oiseau), ils nous parlent de ce qui est habité par la vie et semble en rester surpris. Ils laissent aussi sur une impression de méfiance. 

    Avec une impressionnante tendresse qui vous étreint le cœur et l’âme, avec une captivante qualité de présence, ces créations laissent un sentiment de haute mélancolie, d’inusable mélancolie. Elles vivent, dirait-on, dans un étrange et déstabilisant équilibre, dans une sorte de conscience attristée de leur incomplétude. Elles sont puissamment humaines, elles nous reflètent quelque chose qui appartient non pas sociologiquement mais intimement à notre condition. Elles sont à l'inédite intersection de la beauté et de l'inachèvement, de la grâce et de la pesanteur, de l'amour et de la crainte. Une fois entrevues, les créatures de Jusionyte deviennent inoubliables.

    Je viens à l'instant de découvrir quelques tableaux de Ruta Jusionyte. Le talent est là aussi au rendez-vous. Ces tableaux tiennent aussi dans un captivant écartèlement qui va de la nostalgie à la joie, de la solitude à la fête des couleurs, de la mélancolie à l'allégresse. Il y a ici un feu vif, une ardeur chromatique qui ravit, un rouge phénoménal qui peut inquiéter et toujours cette grâce doublée d'une épaisseur existentielle. Ces êtres-là portent ou semblent porter en même temps la jeunesse et le poids des ans. Une sorte d'ivresse hallucinée et troublante s'empare d'eux et les emmène dans une espèce de giration où nous sommes pris. Eux aussi vivent dans une sorte d'inachèvement, parmi des esquisses, des fantômes, des flottements. La paix et le tourment sont assis à la même table, le réel et une dimension inconnue cohabitent. Les fantômes et les fantasmes se superposent, se doublent. Cette belle maternité ensorcelée par les couleurs a soudain quelque chose d'étrange : ne dirait-on pas que cette mère attentive s'étreint soi-même ? Les peintures et les sculptures de Jusionyte font de vertigineuses incursions dans la destinée humaine, des bonds, des raccourcis, des ellipses. Ces œuvres vous happent et vous regardent tout au fond : quelque chose en vous frémit d'aise et d'angoisse. Formidable justification de la création artistique. 

    Espace de l’artiste : http://www.rutajusionyte.com/

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  • Brassens (partie 7)

    http://www.youtube.com/watch?v=tS2kpqPlGEo
    http://www.youtube.com/watch?v=gWRzopyZBSA 
    http://www.youtube.com/watch?v=3Mibw9BRKGU 
    http://www.youtube.com/watch?v=qxTv-PrgVOo
    http://www.youtube.com/watch?v=6lVhNSnXUeg
    http://www.youtube.com/watch?v=FHtjow9a9sU
    http://www.youtube.com/watch?v=JUQdczfrJ94 

     

    Il y a chez Brassens, pour affronter et évoquer les pires choses, un sens de l’humour qui n’appartient à lui, un petit air de provoc, une franche allure de défi à l’égard de certaines valeurs, si elles en sont, comme le patriotisme, l’héroïsme ou cette effarante nostalgie de l’aventure militaire .

    Alphonse Bonnafé, qui fut son enseignant à Sète et qui préface l’entrée du chanteur dans la collection Poètes d’aujourd’hui chez Seghers, est convaincu que les défis, les sarcasmes et les gauloiseries de Brassens « recouvrent un fond d’angoisse et de désarroi, une détresse ». Il y a aussi dans tout cela un refus catégorique, celui d’honorer les faits d’armes, les guerres glorieuses.

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    Ici, le bon maître atteint à une ironie d’une férocité exemplaire. Plutôt que de semer la bonne et très ingénue parole, le hérissant bêlement du pacifiste, il établit, dans un bel effet de surenchère, un palmarès des plus fameuses et sanglantes catastrophes guerrières à travers l’histoire.

    Après cela, pour lui, nul besoin de prendre position contre la guerre d’Algérie ou celle du Vietnam. Toute guerre est une sordide défaite de l’humanité, un terrifiant affront à l’intelligence humaine.  On écoute « La guerre de 14-18 ».  (A gauche, Brassens avec Tillieu er sa fille France, à l'arrière-plan, Paul Louka).

    Là, vos scaphandriers préférés ont préparé pour vous un petit florilège de ces joyaux brasséniens qui n’ont jamais l’honneur des ondes. C’est une injustice. Il y a là du pur chef-d’œuvre, un degré auquel la chanson n’a pas l’habitude d’atteindre. On renfile d’abord l’aimable végétal insinué entre deux pages de missel. Bon, on commence avec une pièce intitulée  « La marguerite ».

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    Dans l’œuvre de Brassens que j’apprécie dans sa totalité, voici une des chansons que je préfère et qui m’a toujours inspiré une grande tendresse. Elle s’intitule « L’Assassinat ».

    Ce qui épate dans l’œuvre du Sétois, c’est cette formidable habileté qui lui permet de conjoindre et de faire coopérer l’humour et la gravité. La chanson qui vient constitue dans cette perspective une sorte de pic, un véritable sommet. La chanson fait écho à un bal annuel parisien, une grande fête costumée et carnavalesque menée par des étudiants entre 1892 et 1966.

    Brassens joue ici merveilleusement avec les manières et le folklore des carabins et des potaches en joie. Toutefois, quelque chose de tragique couve sous le cotillon. On écoute « Les quat’z’arts ».

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    Nous ne dirons pas qu’ici Brassens signe un autoportrait. Nous dirons plutôt que le personnage de son musicien nous fait penser à lui. Il y a dans cette belle chanson un profond sentiment d’humilité, le refus de trahir sa modeste extrace pour parler comme Villon, la possibilité, somme toute, d’exercer son métier de musicien sans péter plus haut que son cul, sans enflure du cou. Ici aussi, on insistera sur la grande qualité de la mélodie. Hymne à la fidélité, à la loyauté aux siens, nous écoutons « Le petit joueur de fluteau ».

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    La seule révolution possible, c'est d'essayer de s'améliorer soi-même, en espérant que les autres fassent la même démarche. Le monde ira mieux alors, déclarait Brassens. Vos scaphandriers ont été ravis de passer autour de l’œuvre de Brassens, deux heures en votre aimable et néanmoins mosane compagnie. Nous n’avons fait qu’effleurer ce fabuleux patrimoine. Mais si nous avons, au cours de cette édition, été capables de vous faire découvrir et apprécier quelques titres du poète sétois qui n’ont pas la faveur du transistor, nous n’aurons pas échoué dans notre projet. Voilà que notre édition consacrée à Georges Brassens touche déjà à sa fin. La prochaine édition sera consacrée, là aussi, à une personnalité exceptionnelle. Il s’agit de Tom Waits, auteur-compositeur-interprète, musicien et acteur californien.

  • Brassens (partie 6)

    http://www.youtube.com/watch?v=75sruWulOP4
    http://www.youtube.com/watch?v=qwckm5TqxjY
    http://www.youtube.com/watch?v=MP7hAzHmn1k
    http://www.youtube.com/watch?v=jz2HmxKUI5Y
    http://www.youtube.com/watch?v=03t8GA62vH0

     

    André aimait Brassens, c’est sur cette admiration commune qu’ont eu lieu nos premières rencontres et que s’est fondée ensuite notre amitié. Brassens aime à revisiter les mythes. C’est amusant ce qu’il fait de celui du Burlador, une sorte de saint libidineux qui aime à séduire et à contenter les plus vilaines. Mais derrière la farce, dans la coulée, deux ou trois choses essentielles se disent. Là, tout de suite, de Brassens, nous écoutons « Don Juan ».

    Brassens, et il entre un peu de coquetterie et de pudeur tout à la fois dans sa réaction, n’aimait guère qu’on parlât à son propos d’une œuvre. Ce mot sent le monument, affirmait-il. Nul doute, il y a du modeste en lui. Nul doute qu’il y a aussi quelqu’un qui a conscience de son impact, même s’il ne s’en glorifie jamais, même s’il ne déroge jamais aux lois de son humilité souriante. Fallet évoquait ainsi, avec une pointe d’humour, la tête de Brassens en début de carrière : « Staline, Orson Welles, bûcheron calabrais, Wisigoth et paire de moustaches ».  On écoute tout cela dans l’admirable et triste « Cupidon s’en fout ».

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    Brassens écrivait Pierre Desproges est un vaccin contre la connerie. Dans ses Lettres à Toussenot, 1946-1950, publié chez Textuel, Brassens, qui est encore parfaitement anonyme, a cette belle formule : « Je suis né pour fumer la pipe et mesurer la vanité de tout ».  Mais il ajoute : « Un jour, je vendrai des chansons. Ne crains rien, je mettrai dedans de l’insolite ». Il a incontestablement tenu parole. On écoute « Histoire de Faussaire ».

    Au début, le projet initial de Brassens n’était pas de monter sur scène. Ce qu’il souhaitait, c’était écrire des chansons qui seraient interprétées par d’autres. Dieu merci, des gens de la clairvoyance de Patachou chez qui il s’est d’abord produit ont estimé que de telles chansons ne pouvaient être valablement défendues que par leur auteur.

    Brassens, artiste à multiples facettes, est définitivement distinct du Gaulois à quoi certains s’ingénient à l’identifier. Certes, il aime la gauloiserie, l’énormité et le raffinement, la grâce, l’élégance. Ici encore, nous allons nous en rendre compte, la légende doit être nuancée. Et notamment la réputation, souvent justifiée, du mangeur de curé doit être revue au travers de ce magnifique hymne qui s’intitule « La Messe au pendu ».

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    Le dénuement brassénien. Brassens, sa guitare, Favreau à la seconde guitare, Pierre Nicolas à la contrebasse. Pas d’orchestration, pas d’arrangement, pas de fioritures. C’est comme une signature. Le dénuement. C’est ce dénuement, par ailleurs, qui rend la musique de Brassens intemporelle, qui la met à l’écart des modes surtout détectables dans les orchestrations et les arrangements.

    Notons, pour rendre hommage à ceux qui l’ont escorté, qu’avant Favreau, Brassens a été accompagné, à la seconde guitare par Barthelémy Rosso et Victor Apicella. Réservons une petite place à part à Pierre Nicolas. C’est à partir de 1954, pour son premier Olympia, que Nicolas devient le contrebassiste de Brassens. Leur collaboration ne cessera qu’avec la mort de Brassens. Brassens et Nicolas se sont connus en 1952 chez Patachou, dans son cabaret à Montmartre. Nicolas était contrebassiste dans le groupe de Léo Clarens qui accompagnait la chanteuse. Lorsque Brassens n’était pas sur scène, Nicolas accompagnait notamment Patachou, Barbara, Brel, Trenet ou Francis Lemarque. Nicolas, lors de l’enregistrement des inédits de Brassens, accompagne Jean Bertola. Pierre Nicolas est décédé en janvier 1990.

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    Dénuement, en effet. Brassens a toutefois consenti à une exception avec l’orchestre des Petits français sous la houlette du monumental Moustache. Cette exception, très plaisante, je vous propose de la découvrir tout de suite. C’est l’Elégie à un rat de cave.

    Brassens possède l’art de faire jouer à la morale le rôle de l’acrobate et de la contorsionniste. Ici, il fait très subtilement appel à la marmite pour mitonner sa petite recette éthique. Brassens n’est pas un homme du rejet (si l’on excepte les va-t-en-guerre, les patriotards nostalgiques, les corbeaux et les processions) et il a toujours une sympathie naturelle pour les réprouvés, ceux que la bienséance s’autorise à  disqualifier. Par ailleurs, rarement une coda aura été aussi cinglante que celle-ci. « Il s’en fallait de peu, mon cher / Que cette putain ne fût ta mère ». Brassens chante « La Complainte des filles de joie ».