• Guy Thomas, poète et parolier de Ferrat

    Guy THOMAS

    poète, parolier de Jean Ferrat

     

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_Thomas

    http://pb60.e-monsite.com/pages/les-auteurs-de-ferrat/guy-thomas-le-poete-et-parolier-de-chansons-de-jean-ferrat.html

    Guy Thomas est né en 1934 à Ensival, aujourd’hui section de la ville de Verviers, en Région wallonne, sur la Vesdre. Son père est bourguignon et sa mère est wallonne. Poète précoce, il publie dès l’adolescence dans un grand nombre de revues et est distingué par quelques éminences. En lisant Guy Thomas, affirme l’écrivain et homme de science Jean Rostand, on se veut le frère d’un homme sincère, douloureux et libre, dont le cri nous réveille et nous délivre. Léo Ferré évoque le jeune poète en ces termes : « Un grand bouquet de roses sauvages, heureusement vêtues de ronces viriles, quand on pense aux roses courantes et à leurs épines en plastique ». Même d’Ormesson, qui ne peut pas se tromper à tous les coups, lui trouve du talent et estime que les poèmes de Thomas « s’inscrivent dans la ligne des Carco ou des Corbière ». Ah, Tristan Corbière,  Les Amours jaunes, ce n’est pas rien !

     

    Elle était riche de vingt ans

    Moi, j’étais jeune de vingt francs,

    Et nous fîmes bourse commune…  

     

    François Mauriac, de son côté, reconnaît en Thomas « un héritier de la poésie populaire française ». Le poète rencontre François Cavanna en 1960 qui vient de fonder avec Georges Bernier le mensuel Hara-Kiri. Cavanna, qui a reçu par la poste quelques poèmes de Thomas, en pense à peu près ceci : « Cela sautille comme une java, ça claquette comme une danse macabre, ça saigne comme un mur des fédérés ; ça mord ; ça crache et ça profane ; ça s’attendrit aussi, pas souvent. Un anar sincère. En tout cas, un poète ». Une collaboration prend forme. Pendant ce temps, Guy Thomas s’est établi dans le village jurassien de Pillemoine. Pillemoine, un nom rêvé, pratiquement un exaucement pour un ennemi de la calotte. Il exerce le métier de professeur de français au lycée de Champagnole. Dès 1969, il publie ses premiers recueils de poésie et de nouvelles. Entre 1969, avec Vers boiteux pour un aveugle et 2011, avec Sur un air de java vache, Guy Thomas publie une quinzaine d’ouvrages. En 1973, Serge Brindeau le répertorie aux côtés d’André Hardellet et René Fallet et le présente dans son ouvrage « La Poésie contemporaine de langue française depuis 1945 » (Editions Saint-Germain-des-Prés). « Guy Thomas aime la liberté, même quand elle est mal portée. Il est anti-sabre et anti-goupillon, très violemment, anti-capitaliste et anti-stalinien. Il chante Rita la blanche et les mauvais garçons. Un air d’accordéon a pour lui des amertumes de beaujolais. Sa poésie est orale, cousine germaine de la goualante ».

     

    J’ai l’air du bon citoyen

    J’ai tout du Français moyen

    Pourtant je suis le contraire

    Du Français réglementaire

    Je suis un Monsieur Durand

    Pas conforme au plan courant

     

    (Extrait de Guérilla, prélevé dans Je ne suis qu’un cri)

     

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    Bien sûr, la notoriété lui vient surtout de son œuvre de parolier. Donnons ici, en espérant être exhaustif, la liste de ses textes chantés par Jean Ferrat. (A gauche, Guy Thomas et Josette Jagot) 

    La leçon buissonnière, 1972 (C’est au numéro trente-deux/ De l’av’nue de la République/Que j’enseigne aux petits merdeux / Les théories philosophiques, …)

    Le petit trou pas cher, 1972 (C’est dans du bois d’ébéniste / Qu’on enterre les gens tristes,…)

    Caserne, 1972 (Blanchis les troncs des marronniers / Tous au carré, bien alignés/Rouges les toits, rouges les briques / Bleu le ciment patriotique)

    Le singe, 1975 (Dans mon jardin zoologique / Je suis vraiment dans du coton / J’ai des cocotiers métalliques / J’ai des bananiers en carton, …)

    Berceuse pour un petit loupiot, 1975 (Mon marmouset, mon nouveau-né/ Tu mériterais qu’on te gronde / Tu brailles comme un forcené / T’as pas l’air content d’être au monde,…)

    Le bruit des bottes, 1975 (C’est partout le bruit des bottes / C’est partout l’ordre en kaki / En Espagne on vous garrotte / On vous étripe au Chili, ...)

    Le chef de gare est amoureux, 1979 (Quand il sort le matin d’la gare / Chacun sourit, chacun se marre / Quand il passe au milieu d’la rue / Chacun murmure il est cocu, …)

    Les 14 titres de l’album Je ne suis qu’un cri  en 1985

     

    Hospitalité

    L’âne

    Viens mon frelot

    Concessions

    Comptine pour Clémentine

    La porte à droite

    Le cœur fragile

    Le châtaignier

    Petit

    Vipères lubriques

    Pardonnez-moi mademoiselle

    Le Kilimandjaro

    Les Cerisiers

    Je ne suis qu’un cri

     

    (Je ne suis pas littérature / Je ne suis pas photographie / Ni décoration, ni peinture / Ni traité de philosophie/ Je ne suis pas ce qu’on murmure / Aux enfants de la bourgeoisie / Je ne suis pas saine lecture / Ni sirupeuse poésie/ Je ne suis qu’un cri, …

     

    Mais Guy Thomas est aussi chanté par Isabelle Aubret, Francesca Solleville, James Ollivier, Jean-Marie Vivier, Claude Antonini, Zouzou Thomas, Yannick Savoye, Les Octaves ou Les Nomades. Il se produit aussi sur scène en tant que lecteur avec la chanteuse Josette Jagot.

     

    Voir le site personnel du poète :  http://www.guythomas.fr/

    Voir le bel espace que lui consacre le blog d’Annie Raynal-Andrieu :

    http://mozalyre.over-blog.com/article-36525475.html

    L’espace de la chanteuse de variété française Josette Jagot :

    http://www.josettejagot.fr/  

    Bibliographie du poète :

    http://www.guythomas.fr/bibliographie_guy_thomas.html?PHPSESSID=a6e441ab5ba11552396b3ec9a169fee1 

  • Interview de GUY THOMAS par DL Colaux

    GUY THOMAS,

    Poète, parolier de Jean Ferrat

    Interview

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    En consultant les éléments biographiques sur lesquels j’ai mis la main, je note que vous avez été, au travers de vos premières publications poétiques en revues, remarqué par Léo Ferré, François Mauriac, Georges Brassens et Jean Rostand. Pouvez-vous évoquer pour nous les conditions et les effets sur vous de ces glorieuses reconnaissances ?

     

    Quand j’ai rencontré François Mauriac puis Léo Ferré, j’étais encore lycéen et je ne mesurais pas trop l’importance de ces encouragements. Remarqué par mon professeur de lettres classiques (français-latin-grec), je publiais mes poèmes assez rancuneux dans des revues poétiques assez bien cotées. C’est plus tard que j’envoyai des poèmes à Brassens et à Jean Rostand qui présidait alors le Mouvement contre l’Armement Atomique et que je pensai que je devais avoir du talent. Mais c’est François Cavanna qui me donna ma première chance en publiant mes poèmes dans Hara-Kiri puis dans Charlie-Hebdo. Le texte de « La Leçon buissonnière », qui devait être la première de mes chansons interprétées par Jean Ferrat avait d’ailleurs été publié dans l’un des premiers numéros d’Hara-Kiri, illustré d’un beau dessin de Fournier.

     

    Vous avez été longtemps professeur de français (et peut-être de latin) dans le lycée de Champagnole. Y avait-il une relation entre le professeur que vous avez été et ce professeur de cette « Leçon buissonnière » que Ferrat a chantée et dont vous êtes l’auteur ? Êtes-vous parent de ce rêveur cynique ? « C’est au numéro trente-deux/ De l’av’nue de la République/ Au-d’ssus du Café des Flots bleus/ Que je cingle vers les tropiques / Et que j’deviens vieillard hideux/ Batelier de la rhétorique/ En aidant les petits merdeux / A rester des enfants d’bourriques ».

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    Vous avez raison de remarquer qu’il est difficile d’attribuer ce texte à un prof ; mais ce texte, je l’ai écrit quand j’étais étudiant ; et comme mes parents n’avaient pas un rond, je gagnais ma vie en faisant des petits boulots. D’autres donnaient des leçons particulières « aux enfants de la bourgeoisie », avocats, médecins, industriels, etc. C’est les parents qui les envoyaient pour combler leurs lacunes, mais beaucoup, parmi ces jeunes s’intéressaient très peu à la syntaxe, à la littérature et à la grammaire latine… D’où la violence de ma pochade. L’enfant de pauvres que j’étais ne supportait pas « les petits merdeux » ; il n’aimait pas non plus certains de leurs parents qui croyaient tout pouvoir acheter.

    Il va sans dire que devenu professeur de français dans un lycée professionnel et m’occupant d’élèves en difficulté, j’avais pour eux le plus grand respect.

     

    Dans les chroniques que j’ai consultées, l’auteur-poète que vous êtes est distingué pour son cynisme, sa férocité parfois, son insolence très souvent, son humanité toujours. Vous reconnaissez-vous dans ce portrait succinct ?

     

    Je ne pense pas avoir été accusé de cynisme. J’ai eu parfois de méchantes critiques, qui venaient du journal Minute ou de certains ayatollahs de la chanson à textes. Par contre on a relevé mes insolences, la violence de mon vocabulaire, mes « mots tranchants comme des lames », et l’âpreté de mon style. Et l’on a eu raison. C’est sans doute parce que j’avais des comptes à régler. « On ne guérit pas de son enfance » a chanté mon ami Jean, et la mienne fut particulièrement tourmentée. Je n’étais donc pas prédisposé à chanter des guimauves et à devenir un poète de salon.

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    Quand Ferrat recourt à votre talent, il passe de la poésie savante et virtuose de Louis Aragon à la poésie savoureuse, plus orale, plus populaire d’un poète peu connu. Comment la rencontre s’est-elle produite ? Comment Ferrat, pour la première fois, a-t-il choisi de chanter Guy Thomas ? Pouvez-vous évoquer pour nous votre première rencontre avec Ferrat ?

     

    Vous avez eu les mots justes pour cerner la poésie d’Aragon et pour cerner la mienne. Mauriac a dit de moi que j’étais un héritier de la poésie populaire française qu’il connaissait d’ailleurs assez mal. Ma poésie est faite pour être chantée ou dite sur scène et elle provient de la rue. D’ailleurs je n’appelle pas mes textes des poèmes mais des « goualantes ». Certains critiques se sont étonnés que le grand interprète d’Aragon ait choisi aussi souvent les textes d’un poète peu connu au style aussi rugueux. Jean s’en est expliqué plusieurs fois, en déclarant que « ça correspondait à son envie de traiter les choses de manière acérée, très dure, ironique, sanglante ».

     

    Y a-t-il chez vous un mélange complexe, presque hérétique, de libertaire et de sympathisant communiste ?

     

    On a dit de moi que j’étais socialiste… tendance Gaston Couté et Louise Michel. C’est assez juste. C’est dans ces eaux-là que je cherche mon équilibre, entre mes amis libertaires et mes amis communistes.

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    Vous avez collaboré à des journaux satiriques comme Charlie-Hebdo ou Hara-Kiri. Pouvez-vous nous parler de cette époque, de François Cavanna, des autres, peut-être, Wolinski ou Reiser ? François Cavanna a déclaré, pour évoquer la manière dont il a eu vent de vous : « Gut Thomas, de sa province, nous envoyait des poèmes enragés sur des rythmes de java vache ». Enrage, Guy Thomas ? Cette formulation bien sonore de « java vache » est entrée dans le titre de votre dernier recueil.

     

    J’ai rencontré Cavanna début 1961 et j’ai collaboré à Hara-Kiri pendant que je faisais mon service militaire dans les Tirailleurs Marocains, j’ai rencontré aussi Bernier et les dessinateurs, mais j’envoyais mes textes de ma province. Cavanna m’a aidé quand j’ai été inculpé d’insultes à l’armée pour un article sur la torture. Nommé prof dans le Jura, ma collaboration fut ensuite plus épisodique dans Charlie-Hebdo.

     

    Dans vos chansons que Jean Ferrat a si merveilleusement interprétées, on trouve une variété assez étourdissante. Cela va du folâtre et réjouissant « Le Chef de gare est amoureux » au poignant et grave « Je ne suis qu’un cri » en passant par l’attendrissant et touchant « Les Cerisiers ». Est-ce donc nécessaire, voire indispensable, à vos yeux, que le poète voyage dans ses états d’âme et rende compte de chacun d’entre eux, de la légèreté au tragique ?

     

    Je pense que c’est indispensable parce que j’écris toujours sur un coup de cœur ou sur un coup de sang. Je pense que Léo Ferré a raison quand il écrit : « Il n’y a plus rien à attendre du poète muselé, accroupi et content dans notre monde ».

     

    Le choix d’un texte faisait-il entre Ferrat et vous l’objet d’un dialogue ? Comment les choses se passaient-elles ?

     

    J’adressais toujours à Jean mes petits bouquins de « goualantes », et lui choisissait les textes qui lui plaisaient et qui correspondaient à sa sensibilité. Quand il avait choisi tel ou tel texte, il me le chantait au téléphone, et il m’envoyait une petite cassette. En général il n’avait pas touché au texte. Mais parfois il me demandait de le raccourcir en me proposant de supprimer tel ou tel quatrain. Pour deux ou trois chansons, il m’a demandé des modifications en m’indiquant ce que je devais et dans quel esprit. Mais il ne m’a jamais rien imposé. Il respectait les poètes. Mais il avait trouvé toujours la mélodie rêvée qui mettait le texte en valeur et en faisait vraiment un petit chef-d’œuvre. Quand nous nous retrouvions à Antraigues ou à Pillemoine, nous ne pensions pas tellement à travailler. Nous aimions déguster la vie, la beauté des choses, et nous aimions beaucoup rire. Jean disait que j’avais un grand humour ravageur, mais le sien n’était pas mal non plus !

     

    Votre amitié, dites-vous, est longue de quarante années. Mais c’est tout de même l’album « Je ne suis qu’un cri », sorti en 1985 chez Temey, qui vous institue en tant que premier parolier de Ferrat. Un album de 14 titres, et 14 titres signés par vous. Quel sentiment vous inspirait à l’époque cette consécration ? A la sortie de l’album, je présume que vous êtres projeté en avant, jeté dans la célébrité ? Quelles sont les implications pour vous ?

     

    La sortie de cet album a été pour moi, c’est vrai, la reconnaissance d’un long travail. D’un long travail solitaire. Dans ce métier, on connaît à peine le nom des paroliers. On connaît les interprètes. Moi je suis fier d’avoir été interprété par un homme comme Jean, mais je ne suis pas devenu une célébrité. Moi je continue à fabriquer mes goualantes dans mon arrière-boutique, à polir mes insolences, à les publier en essayant de les vendre.

     

    Après la sortie de l’album, vous adressez au public une saillie formidable : ‘Mes chers amis, vous dites le vieux fou s’est apaisé, détrompez-vous j’ai toujours envie de baiser ». Poète, confirmez-vous ces nobles dispositions ?

     

    C’est mon côté « canaille ». Il plaît beaucoup dans mes lectures. Ce n’est pas par hasard que Jean a interprété « Le chef de gare est amoureux », « Vipères lubriques » et « Le Kilimandjaro ».

     

    Vous avez aussi été chanté par Isabelle Aubret ou Francesca Solleville, toutes deux de loyales, fidèles et talentueuses amies de Ferrat. Pouvez-vous nous dire un mot sur elles ?

     

    Quelle fierté aussi d’avoir été chanté par ces grands interprètes ! Il faut avoir entendu Isabelle chanter « Les Cerisiers » mais aussi « Amazonie » et « Mon petit chercheur d’or ». ET ne pas oublier que c’est Francesca qui créa « Je ne suis qu’un cri » mais aussi « Une écolière au tableau noir » et « Adultère » avec des musiques de Jean. Mais comment ne pas citer aussi mon ami James Ollivier chantant « Aquarelles » et « Framboise », lui qui nous quitta brusquement alors que nous préparions un album.

     

    J’ai lu qu’aujourd’hui, en tant que lecteur, vous vous produisez sur scène, en compagnie, par exemple, de la chanteuse Josette Jagot dont le charme et la voix sont réellement convaincants (j’ai vu des images sur Youtube). Le spectacle dans lequel vous vous produisez s’appelle « Soirée Canaille ! ». Voulez-vous en dire quelques mots ? L’expérience de la scène est-elle nouvelle pour vous ? Que vous apporte-t-elle ? Quelques mots sur vos projets ?

     

    J’ai commencé à faire des lectures publiques il y a une dizaine d’années, pour vendre mes petits bouquins, seul d’abord et sans trop y croire. Et à ma grande surprise je me suis aperçu que je pouvais avec mes impertinences amener un public à aimer la poésie. Alors le bouche à oreille a fonctionné. Josette et ses musiciens ont appris mes chansons et nous avons tous ensemble monté un spectacle intitulé « Soirée canaille ». On nous a demandé aussi de donner des « Hommage à Jean Ferrat » dans notre région. Et nous jouons souvent à guichets fermés.

    Pour le reste j’ai un projet de disque pour enfants « Les petites impertinences » avec des musiques de Daniel Coulon et un projet de chansons très insolentes avec un jeune interprète.

     

    Pour commander les ouvrages, se rendre ici : http://www.guythomas.fr/
    Inconographie :
    le site du poète
    http://www.ledauphine.com/ardeche/2011/07/13/ferrat-l-immortel

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  • Inge BRANDENBURG - article 2

    INGE BRANDENBURG

    Présentation de l’artiste

    (à partir de l’article http://www.inge-brandenburg.de/index.php/en/the-movie/contents)


    a inge 2.jpgInge Brandenburg est née à Leipzig le 18 février 1929 et a été élevée dans la pauvreté. Querelles, actes de violence et excès d’alcool étaient des faits habituels de son quotidien. Elle n’a pas connu l’amour parental. « Quand Papa rentrait ivre, il frappait Maman. Mais ils se battaient également quand Papa était sobre. C’était terrible. Et je n’ai jamais su qui je devais le plus craindre ou de qui je devais prendre le parti. »

    Le père d’Inge était communiste et objecteur de conscience, ce qui signifiait qu’aux yeux des nazis c’était un parasite et un inadapté social. Inge l’a vu se faire battre par la gestapo et il a ensuite été emmené de force et interné. Selon une transcription douteuse dans le registre du camp de concentration de Mauthausen, il s’est suicidé en 1941 en se jetant contre la clôture électrifiée qui entourait le camp. « Ma mère travaillait très dur à cette époque et j’ai dû prendre en charge mes deux petites sœurs. Ma mère travaillait pour un négociant en charbon. Elle conduisait la charrette de charbon et transportait de très lourds sacs de charbon dans la cave des gens du petit peuple. Je me sentais terriblement honteuse en présence de mes camarades en raison du travail dégueulasse  qu’accomplissait ma mère. Parfois, quand je rentrais à la maison après l’école, je la croisais avec son chariot tiré par les chevaux, elle m’adressait un signe de son visage noirci. Si d’autres enfants de l’école m’entouraient,  je me détournais prestement car je craignais qu’ils me taquinent à propos d’elle. Mais à la maison, il m’arrivait de pleurer en pensant qu’elle travaillait si durement ».

    a inge 1.jpgLa mère d’Inge a, de la même façon, été arrêtée pour avoir tenu des propos antigouvernementaux. Elle est morte dans des circonstances inexpliquées tandis qu’elle était transportée vers le camp de concentration de Ravensbrück. Les cinq frères et sœurs furent séparés et emmenés dans ce que l’on a appelé des « maisons pour enfants inadaptés » où l’on procédait à la stérilisation obligatoire. Les enfants étaient regardés comme dégénérés et les docteurs étaient convaincus que la criminalité était héréditaire et que, en conséquence, elle devait être éradiquée. « En 1941, j’ai été envoyée dans l’unité de sécurité de Bernburg. J’ai d’abord tenté de m’échapper, mais après quelques tentatives, j’ai renoncé. Chaque fois que vous commettiez un délit mineur, ils affirmaient que vous étiez les enfants de criminels ou que rien jamais ne sortirait de nous ou que cela n’avait rien d’étonnant avec des parents tels que les nôtres. Je me retirais souvent dans un coin où je lisais ou rampais durant la cour de récréation  vers les nids d’hirondelles. Je voulais caresser les hirondeaux. Lorsqu’ils se sont envolés du nid, j’ai été  réellement malheureuse. Je voulais juste leur montrer un peu de tendresse. Ensuite, il y a eu l’affaire avec les pommes. Pendant des semaines ils m’ont battu jusqu’à ce que j’admette, bien que je ne l’aie pas fait, que je les avais volées. Je n’ai jamais surmonté cet événement. Même aujourd’hui, je me sens incertaine de moi dès que j’ai l’impression que les gens ne me croient pas. Le seul amour que j’ai reçu durant ma jeunesse était l’apaisante main d’une nonne qui m’a caressée quand j’ai contracté la diphtérie. »

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    Tout de suite après la guerre, au cours d’une dangereuse opération clandestine, Inge est parvenue à s’échapper vers le secteur américain. Elle a été arrêtée par la police à Hof, à demi nue, s’étant défaite de sa robe de confirmation. Un GI ivre l’avait déchirée et avait violé Inge. Elle n’avait aucun papier et a été enfermée durant six mois pour vagabondage. Après cela, elle se mit en route pour Augsburg. « J’ai alors travaillé dans une boulangerie pour 25 marks par mois. Et l’on m’a également permis d’utiliser le piano familial. Le boulanger et sa femme aimaient la musique et ils m’ont mis en contact avec un professeur de piano. De mes 25 marks, j’ai dû lui en abandonner 20 pour les leçons. Mais je suis devenue un être différent. Désormais, j’avais un but devant moi ».

    a inge 3.jpgSa grande passion, son grand amour, ça a toujours été la musique. Sa station de radio favorite était The American Forces Network (AFN), et les interprètes qu’elle préférait étaient Peggy Lee, Judy Garland et Frank Sinatra. Un jour elle a vu une publicité dans le quotidien d’Augsburg annonçant qu’un orchestre de danse local cherchait un chanteur(se) de belle allure avec une voix grave et elle s’est présentée. A partir de février 1950, elle chante dans des boîtes de nuit allemandes pour 170 marks par mois. Que ce soit le swing, le cool jazz, le blues, le hillbilly ou les chansons populaires du moment, Inge Brandenburg a chanté à sa manière durant les années 50 mais sans capter l’attention d’un large public.

    Le tournant de sa carrière correspond au moment où elle est invitée à se produire en Suède. Un agent qui avait entendu parler d’elle la signe pour un engagement de quatre semaines. Le succès est tel que d’autres engagements suivent. Prévu initialement pour quatre semaines, l’engagement se prolonge durant huit mois. Durant toute cette période, elle travaille en compagnie des grands du jazz suédois. Dans les années 50, la Scandinavie et la France sont regardées comme les principaux centres du jazz en Europe. C’est avec une confiance en soi très stimulée mais avec des sentiments mitigés qu’Inge rentre à Francfort au printemps 1958.

    a inge 6.jpg« L’idée de rentrer à la maison après mon succès en Suède et de retrouver une vie anonyme était une terrible perspective et cela m’a presque conduit au bord du désespoir. Et puis quelque chose est advenu et je me suis retrouvée assise dans le légendaire domicile de Carlo Bohländer à Frankfurt et j’ai reçu bien trop à boire. Cela m’a donné assez de courage pour dire au pianiste : « Allez-y, jouez simplement pour moi et je prouverai que je sais chanter. » Quelques personnes ont commencé à ricaner mais dès que j’ai chanté quelques accords, ils se sont tus. Deux jours ^lus tard ; ils m’ont annoncé que je me produirais au festival de jazz. Désormais, il n’y avait plus de retour en arrière ».

    Cette apparition a fait de Inge Brandenburg une soudaine étoile de nuit et l’a fait reconnaître comme la principale chanteuse de jazz allemande. Les spectateurs aussi ont été très impressionnés par son aptitude à transformer des ballades comme « Lover Man » en numéros d’une émouvante intensité. Les critiques se répandaient en éloge sur la qualité de son chant et le principal auteur de jazz allemand Joachim Ernst Berendt  a écrit : « elle chante avec une émotion incroyable. Son chant est habité par une intensité dans laquelle un monde entier semble vibrer. Par-dessus tout, elle ne chante pas comme June Christy mais comme Inge Brandenburg. Le jazz allemand a finalement une voix. »

    « C’est en 1958 que l’on m’a découvert ». Les gens me célébraient. Et j’ai pensé : « j’espère que ces femmes âgées des maisons pour enfants sont toujours vivantes ». J’ai pensé que mon grand moment était arrivé. Mais je devais être démentie ».

    a inge 4.jpgQuelques mois plus tard, Inge Brandenburg était nommée la meilleure chanteuse de jazz européenne au festival de jazz de Juan-les-Pins dans le sud de la France. Peu après, elle et la session allemande ont triomphé au Festival de Knokke en Belgique. S’en suivirent des apparitions pleines de succès tant en Allemagne qu’à l’étranger, tant en radio qu’en télévision. Entre ce moment et la fin des années 60, elle a entrepris de nombreuses tournées en Yougoslavie, au Maroc, en Lybie et en Laponie. Elle a été accompagnée par des ensembles internationalement acclamés comme ceux d’Albert Mangelsdorff, Kurt Edelhagen, Klaus Doldinger, Max Greger et Ted Heath.

    Inge est approchée par l’industrie du disque en 1960. Teldec signe un contrat avec elle. C’était son souhait formel d’enregistrer des titres de jazz et des numéros de cabaret et elle a assuré que cette clause était transcrite dans son contrat. Mais elle a dû consentir à enregistrer des singles à succès aussi. Le point culminant de l’année fut une série des meilleurs enregistrements de jazz de sa carrière : « All of me », « Lover Man », « Don’t Take Your Love », « They’ll Never Be Another You » et « Pennies from Heaven ».

    a bran 1.jpgTime Magazine l’a salue comme une autre Billie Holiday et il était même question qu’elle se produise en Amérique du Nord. Teldec lui a offert un contrat prêt à la signature, proposant de nouvelles collaborations mais après avoir hésité quelque temps, elle a décidé de ne pas signer. La longue aventure de ses enregistrements a été une permanente  sources d’irritations et d’ennuis car elle a sans cesse refusé de laisser l’industrie du disque la réduire au rôle de chanteuse de « tubes ». Elle a intenté des procès aux sociétés de disque afin de recouvrer ses droits mais dans ces procédures judiciaires, il lui est devenu tout simplement impossible de continuer à fonctionner dans l’industrie du disque. Il lui fut néanmoins possible de réaliser un projet final : son seul jazz LP : « It’s Alright With Me ».

    « Une époque difficile commençait pour moi. Les gens m’ont acclamé, ils m’ont placé sur un piédestal dont on ne m’a plus permis de bouger.A partir de cet instant, j’étais sous une pression constante pour réaliser quoi que ce soit. J’étais en permanence effrayée à l’idée de décevoir les attentes du public ou d’être exploitée. J’avais été un être solitaire depuis l’enfance et à présent sans cesse conviée à des fêtes et mise en valeur. J’ai été frappée par la société mensongère et je n’ai cessé de dire aux gens ce que je pensais, particulièrement quand j’avais trop bu. Cela m’a rendue vite assez impopulaire auprès d’un grand nombre de gens. Ils voulaient me sortir de ma voie et me faire prendre des directions qui s’éloignaient de mes aspirations, en conséquence, mes réactions, bien sûr, étaient parfois complètement revêches. Quand je n’ai plus été capable de m’exprimer, j’ai simplement commencé à crier, je suis devenue violente bien que je me considère essentiellement comme une âme douce. J’ai connu quelques succès artistiques majeurs, mais je n’ai jamais réussi sur le plan financier. Quiconque désire réussir dans le business doit agir comme s’il en était partie prenante. Il y a eu des époques où je ne savais tout simplement pas comment acquitter mon loyer. »  

    a inge 5.jpgDurant les années qui ont suivi, Inge a trouvé une deuxième corde à son arc en jouant comme actrice dans des théâtres allemands et à la télévision. Elle a joué dans des pièces antimilitaristes comme dans « Pinkville » la pièce du dramaturge hongrois Georges Tabori sur la guerre du Vietnam ou dans « Macbeth » au Théâtre Schiller à Berlin. Malgré cela, son succès précédent semblait lui avoir échappé. Les temps avaient changé. Les juke-box écartaient la musique live des clubs tandis que le rock’n’roll et la beat music éloignaient les spectateurs des clubs de jazz pour régner sur de nombreux grands lieux. Les apparitions d’Inge dans des lieux plus confidentiels et des chapelles sont devenues de plus en plus fréquentes tandis qu’augmentaient en nombre ses querelles, ses crises éthyliques et d’autres incidents embarrassants. Une certaine confrontation violente accompagnée d’une tirade d’insultes lui a valu d’être emmenée au poste menottée. Le bureau du procureur a exigé un rapport psychiatrique d’un expert médical.

    En 1976, Inge apparaît à nouveau au Quinzième Festival de Jazz Allemand à Francfort. « Glory Hallelujah » devait constituer sa dernière apparition télévisuelle en tant que chanteuse de jazz. Elle s’est alors totalement retirée de la scène jazz. Ses problèmes avec l’alcool, un manque de motivation et une opération compliquée sur les cordes vocales ont accéléré sa chute. Elle a fini dans les aides sociales et avait pris l’habitude, pour gagner un peu d’argent supplémentaire, de promener les chiens du voisinage. Vers la fin de sa vie, elle avait pris le dessus sur l’alcool et la déprime et renouait avec l’espoir. Pendant ce temps, elle pouvait parler toute la nuit au téléphone avec les quelques amis qu’il lui restait et avec d’anciens collègues.

    a bran 2.jpg« Je suis attristée quand je vois, Bon Dieu de merde ! , que j’ai toujours mes capacités ; elles n’ont tout simplement pas été correctement utilisées. J’avais toujours le sentiment, merde !, qu’il y avait en moi bien davantage que ce que j’ai donné, et qu’il était seulement nécessaire de le révéler, je ne pouvais pas le faire seule. Cela me rendait parfois très triste, et même aigrie. »

    En 1995, une Inge Brandenburg à la voix claire et aux yeux scintillants fait un come back sur la scène du Bayerischer Hof à Munich. Mais seuls quelques-uns de ses vieux fans en ont profité. Malgré les commentaires élogieux qu’elle a reçus, sa tentative désespérée de refaire surface dans l’arène publique a été limitée à une poignée d’apparitions.

    « Les années passent. Et le juvénile glissement d’une jeune fille se révèle, et puis un autre, un autre encore. Et elle atteint le sommet. Désormais, cela ne m’attriste plus. Je me dis à moi-même, laisse les choses être ainsi qu’elles sont venues et elles disparaîtront à nouveau. J’ai le temps d’attendre et de mûrir. Je sais à coup sûr que les meilleures années de ma vie sont toujours dans l’avenir. Personne ne peut empêcher que cela se produise. »

    Le 23 février 1999, cinq jours après son soixante-dixième anniversaire, Inge Brandenburg est morte dans une clinique à Schwabing. Elle a été inhumée dans une tombe de pauvre. Sept personnes ont assisté aux funérailles.

    (J’ai tenté la traduction personnelle la plus scrupuleuse possible). 

  • ARITA chante LHASA

    a arita.jpgA R I T A

    Il s'agit d'un jeune et talentueux groupe français de pop rock originaire de Nancy. Parmi les influences de cette formation, on notera Lhasa de Sela, PJ Harvey ou la suissesse Sophie Hunger (que j'ai beaucoup aimée aux côtés de son glorieux compatriote, l'excellent trompettiste et compositeur Eric Truffaz). La voix de la chanteuse du groupe est une pure merveille, envoûtante, chaude, puissante, formidablement flexible, irrésistible. Une diva pleine de caractère, de folie, de grâce et d'envergure, une personnalité.

    www.zicmeup.com/artiste/arita/
    https://fr-fr.facebook.com/aritafan
    http://www.lesinrocks.com/lesinrockslab/artistes/arita/

    Ce groupe a consacré un spectacle à Lhasa (il la chante, la met en scène) dont voici quelques excellents extraits :

    https://www.youtube.com/watch?v=BPF0Z5G4XS4
    https://www.youtube.com/watch?v=clDwXnnaQ-U 

    arita.jpg

  • Des infos sur le Parc Lhasa-de-Sela à Montréal

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    Lhasa lors de son concert de poche live à Montréal filmé par Vincent Moon en 2009

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    Je recueille ici quelques articles qui traitent de l'inauguration du Parc Lhasa-de-Sela. Un lieu de mémoire existe. Il en est cent, mille, car Lhasa est aussi une nomade, une fille du vent, un elfe du monde. Partout où nous songeons à elle, nous créons un lieu et un instant de mémoire. Il nous reste encore le bonheur d'écouter, de partager la belle œuvre que l'artiste nous laisse. Il nous reste à l'évoquer, à parler d'elle, à souffler sur la formidable braise qu'elle nous laisse. Il nous reste à la maintenir parmi et avec nous.

    http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/arts_et_spectacles/2014/05/15/004-lhasa-desela-parc.shtml
    http://tvanouvelles.ca/lcn/infos/regional/montreal/archives/2014/05/20140515-201921.html

    lhasa 2.jpg

    http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=7297,74515635&_dad=portal&_schema=PORTAL
    http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=7297,75337594&_dad=portal&_schema=PORTAL&id=22922
     

    Nous découvrons aussi sur l'espace facebook de Lhasa ce joli clip consacré à l'inauguration de son Parc. Voici ce clip de Quentin Sixdeniers :

    https://www.youtube.com/watch?v=DP5tUj3NNJs