Frédérique Fenouil

F R É D É R I Q U E    F E N O U I L

U N   O L Y M P E    F É M I N I N

Je reviens au sculpteur céramiste languedocien, la belle Frédérique Fenouil, jumelle, par certains aspects, de chacune de ses créations. D'abord, pour rappeler au lecteur/visiteur les moyens dont il dispose pour découvrir l'oeuvre. L'Olympe féminin de Frédérique Fenouil. Lieu d'enchantement.

http://www.frederique-fenouil.net/ 
https://www.facebook.com/pages/Fr%C3%A9d%C3%A9rique-Fenouil/154372961422241

a fenouil 6.jpg

Ensuite, pour vous dire à nouveau, pour chercher à formuler ce qui cause mon exaltation. L'artiste aboutit à quelque chose de rare et qui me ravit. Je veux parler d''une alliance harmonieuse, au sein de sa sculpture, de la spiritualité, de la grâce, de la féminité en gloire et du rire, de la joie, de la poésie en joie. Du mystère et de la fête. Regardez ces visages splendides et admettez que quelque chose de hiératique, de sacré, de mystérieux y passe, non comme l'ombre, mais comme la lumière. Une autorité se lit aussi sur ces beaux visages. Un caractère bien trempé. Une fermeté. Il y a le lumineux mystère et le tempérament des créatures fenouiliennes. Des beautés fenouiliennes. Elles sont les indépendantes, les séduisantes, les ravissantes fleurs de l'Olympe féminin conçu par la céramiste. On les sent émancipées, libres. L'exquise épice d'une once d'érotisme serein exhausse leur aura. Elles sont antiques et contemporaines, immémoriales et fraîches comme la rosée, lunaires et solaires, déesses et presque réelles. Totems antédiluviens, à la fois primitifs et coquets, simples et sophistiqués, les femmes de Frédérique Fenouil ont la beauté des passantes de nos rues, la jeunesse du monde en été, la santé des circassiennes aux seins admirables, les yeux languides des Vénitiennes peintes à la Renaissance, une vitalité presque pop art, l'attrait de la Margot de Brassens, et "si les fleurs, le long des routes, se mettaient à marcher", c'est aux filles de Frédérique Fenouil qu'elles feraient songer. Comme le Sétois bien-aimé, les filles de Frédérique ont la passion des chats et des félins de poche, des souris aussi, c'est dire qu'elles ont un sens magique de la conciliation, de l'entente avec la nature, les couleurs et l'art et le pouvoir de faire cohabiter les contraires. Elles sont instinct et savoir, nature et culture, enfance et maturité, conte et réel. Elles ont un équilibre particulier. Elles sont des astres, d'étranges véhicules sur roues parfois qui traversent les époques et créent des liens entre elles. Ce sont de magnifiques petits bolides lents qui nous laissent le merveilleux loisir de la contemplation. Elles sourient, voltigent, toréent dans la grâce, dans la légèreté et la pondération, avec l'orgueil des ballerines et une déclinaison de la gravité qui n'appartient qu'à elle et à quoi nous ne résistons pas. Ce sont des objets, des sujets mythiques, des beautés conçues par leur auteure pour l'effeuillage aromatique, pour l'édification des hommes, pour l'agrément d'un regard poétique sur l'espèce. Ce sont des êtres de terre, de ciel, de lumière. Des fées des jardins, des elfes des rues, des sorcières adorables et peut-être bien redoutables parfois. Parterre, eden de déesses : Artémis, Séléné, Hécate, Vénus Hottentote, Aphrodite, Erèbe, Héméra, Ether, ... Vraies, enivrantes et vraisemblables. Etant déesses, elles sont aussi irrésistibles pépées, oiselles de passage, égéries, poétesses, créatrices, inventeuses, divas, bouquets de couleurs, toutes choses qui m'incitent à penser que l'intense complexité du regard des femmes sur les femmes constitue toujours une leçon de savoir-(v)ivre et de savoir-être. Tout ceci forme, avec un savoir-faire et une ingéniosité technique, une dignité de regard et de conception qui me captivent, une présence qui m'intrigue et m'enchante. A quoi sert l'art ? Il nous aide à respirer, il nous donne envie de respirer, il complique notre respiration, il réenchante notre univers malmené, il jette du doute et du désordre parmi nos clichés, il démasque nos petits conforts hypocrites, il associe des contraires et nous contraint à repenser notre sens de l'équilibre, il troue notre carapace et nous émeut alors que nous nous pensions à l'abri, il ravive l'enfant qui sommeille en nous, il déstabilise l'adulte, l'attendrit, lui joue d'un violon inattendu et qui perfore jusqu'à l'âme, il insinue en nous du vertige et des délices, il sème des étincelles, du beau dans une forme inédite, il met de l'allégresse dans nos heures figées, il place sous le somptueux balcon de notre résignation la folle tentation du bonheur, il administre des gifles considérables à notre candeur, il noue ensemble notre désir et notre inquiétude, il éveille ce que nous cherchons à bercer, il nous dérange, c'est-à-dire qu'il nous sort du rang où nous étions en train de disparaître, il se moque aimablement de nous, il nous empêtre dans les fils confondus de la légèreté et de la profondeur, il pousse immodérément à la création... Voilà quelques-uns des effets que l'art de Frédérique Fenouil produit sur moi.

Première partie

S U L T A N E S   H O R S   D E S   H A R E M S

(sculptures : Frédérique Fenouil - Poèmes : Denys-Louis Colaux )

a fenouil 1.jpg

B R A N C H E    D ' I N F I N I
 
Ses grands yeux ont
le satin d'un miel d'émeraude 
 
Ils cachent des forêts
et des forêts dans la forêt
et des renards dans les châtaignes
des chevreuils dans le chèvrefeuille
des langues roses et mouillées
dans la bouche des mots
des lacets de torrents
à travers les sapins
des rubans de ciel vif
tout au sommet des chênes
dans Brocéliande ouverte
comme les mains d'une amoureuse
 
Ses grands yeux ont
volé l'âme de la lavande
 
Ils ont trouvé
réinventé l'eau bleue
qui fait revenir d'Assyrie
les grands taureaux ailés
et s'asseoir leurs longs muscles
leurs lourdes âmes chavirées
dans la langueur immémoriale
de l'oeil enneigé d'aube
des génisses énamourées
 
Et ses seins sur sa robe
gentiment déposés
comme deux fleurs d'euphraise
sur un rien de velours
soignaient de dix ans de misère
la peine de mes yeux

a fenouil 3 - ph Dominique Bernard.jpg

(photo : Dominique Bernard)

J O S É P H I N E    D E S    F L E U R S
 
Ah vous voilà
belle sage estivale
et vos yeux végétaux
où paissent mes pensées
paraissent aux éditions de l'été
 
votre bouche fruitière
où ma chanson se désaltère
presse les mots de tenir leurs promesses
 
et fleuris vos chemins de robe
sentent le pré et la résine des déesses
 
et votre oiseau de nuit
mêle à vos secrets clos le rimmel des forêts
 
et votre orgueil paisible
écoute dans ses doigts commencer des sonates
 
et le monde à votre ceinture
danse comme un poème
dans la conduite de ses strophes

a fenouil 4 a.jpg    a fenouil 4 b.jpg     a fenouil 4 c.jpg

F L E U R    P E U L E
 
A chaque fois qu'elle descend
la rue
où je me tiens assis
à la terrasse
du café des Oiseaux
je bois 
une gorgée de mon destin
 
Elle marche là-bas
là-haut
en guise d'ailes son enfant
et je mélange
le rêve d'un peu de son sang
à la pluie sombre
de ma vie intérieure
 
Elle s'éloigne
son chérubin
assoupi à l'épaule 
et je retombe
dans la faïence de ma tasse
dans l'arène d'un monde
que j'ai trop longtemps cru
réduit à mon champ de vision

Les commentaires sont fermés.