• DY LAY : l'Enchanteresse

    Dy Lay    Une enchanteresse

    De son vrai nom, Diane Laillé (chasseresse et être lunaire), Dy Lay est une artiste française née en 1977 en Loire Atlantique. Je reprends ici, en usant de l’italique, quelques-uns des éléments écrits par lesquels l’artiste se signale à notre attention. Née sous le signe du feu, sa préférence pour les pastels orange à la cire lui a permis de s’exprimer dès son plus jeune âge, sur tout support blanc immaculé. Cela va sans dire que le mur de la résidence familiale ne fut point épargné. Dy Lay a connu un important premier point de repère : « les tableaux de son oncle Patrick ». A l’école, elle s’emploie essentiellement, durant les fastidieux cours de math, à remplir ses cahiers de  dessins de chefs-d’œuvre immémoriaux. Après une approche, sans réelle conviction, du métier de tapissier décorateur, elle entre à l’Ecole de Graphisme Publicitaire d’Angers en 1997 et en sort diplômée en 1999. En 2000, l’association Petite Brise Créative l’invite en août pour réaliser une fresque de sept mètres sur douze relatant la rétrospective d’une école depuis 1836. Depuis ce chantier, quelques particuliers lui font des commandes de portraits et de copies de tableaux. Déclarant forfait à l’infographie, elle se tourne vers le métier de peintre illustrateur. Elle illustre également quelques ouvrages de littérature pour la jeunesse, tente une expérience, qui demeurera sans suite, en bande dessinée. Entre 2005 et 2006, le Québec l’accueille durant une année pleine de surprises en tout genre, elle y réalise deux petits mandats d’illustration pour une maison de production de Montréal (pour un documentaire). Entre 2008 et 2009, elle réalise des travaux graphiques pour une firme commerciale, et connaît les premiers émois du stylet et de la palette graphique et découvre la peinture digitale. Elle prépare une importante collaboration avec une auteure pour la jeunesse et les adolescents, Magali Laurent. Magali Laurent est une auteure d'origine française immigrée au Québec. Leur collaboration paraîtra aux belles Editions de la Bagnole, établies à Montréal : http://www.leseditionsdelabagnole.com/. Dy Lay propose cette définition d’elle-même : peintre autodidacte, illustratrice d’inspiration, graphiste de formation, revient sur ses premières aspirations au sens pictural du terme. Nourrit son imagination en peignant.

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    Dy Lay m’a d’emblée accroché par son étonnant univers : un monde baroque, exotique, maboul, bariolé et ludique dans lequel une belle ligne esthétique fait l’heureuse rencontre d’une étonnante faune ornementale et d’arrière-plans accidentés. Ceci fonde une atmosphère assez inédite, charmante, délicieusement déroutante qui évoque le conte et l’enfance, une atmosphère teintée de fantastique tout autant que de burlesque et de poésie. Une atmosphère où le pétillement, les étincelles, la pétulance, les oiseaux étranges de l’imagination sont reçus avec joie. L’art de Dy Lay est une espèce de belle et insolite boussole qui invite aux agréments de la dérive. Un art qui nous sort des chemins battus, des longues et épuisantes lignes droites, qui tourne dans la sciure étoilée de la piste. Un art qui valse, un art qui affole et ravit, un art qui invente et qui rit. Notez cela car la chose est rare : un art qui rit et dont le sourire est beau comme un baiser, dont le sourire ne désunit par le beau dessin des lèvres. Il y a de la beauté qui rit dans le travail de Dy Lay. Son formidable jeu de cartes (réalisation de très longue haleine toujours en cours) est un magnifique pari pictural, une aventure farfelue et belle, pleine de magie, de séduction, de drôlerie où Dy Lay, en déesse omnipotente, distribue les drôles, écrit les scénarios, dirige les scènes et les castings, déploie toutes les grâces de son acception très personnelle et très convaincante de la poésie. Oui, Dy Lay, c’est beau, c’est touchant, c’est séduisant, c’est la poésie qui joue, qui danse, qui n’en fait qu’à sa tête. C’est la poésie avec une fleur-plume à son chapeau. Dy Lay me semble le produit du plus singulier cocktail qui soit : il y a, dans les ingrédients physiques et métaphysiques qui la composent, du poète (Prévert, Robert Desnos, Benjamin Péret, Francis Jammes, Charles Cros,…), une étincelle de Frida Kahlo ou un éclat du douanier Rousseau, quelque chose de non identifié, un clown en balade, de la rigueur et de la maîtrise, deux ou trois empreintes inconnues, une cartomancienne et une voyante extra-lucide, un croissant de lune, un arc et des flèches, de la poussière astrale (ou magique ou de perlimpinpin), une vendeuse d’entonnoirs, un personnage de cartoon et une héroïne de cinéma, une habilleuse de théâtre, une décoratrice, une fusée, les longues ellipses de l’imagination, une technicienne, et le reste, environ trois quarts, est occupé par le talent singulier et strictement personnel de l’artiste. On aura compris que j’aime beaucoup, je présume, et que j’ai plaisir à chanter ce talent original..

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  • ENRICO ROBUSTI

    Maestro ROBUSTI

    Formidables miroirs assassins

    Un maître italien contemporain nous regarde dans les yeux. Son regard insoutenable et magistral nous vaut une extraordinaire galerie de l’espèce humaine, de ses trognes, de ses sinistres cinoches, de ses pompes, de ses œuvres et de sa plantureuse misère. L’art nous fixe de grands rendez-vous. En voici un.

    Enrico Robusti est un grand peintre italien né à Parme en 1957. Bon sang, il me semble que je puis en dire davantage, crânement entamer la copie sur les chapeaux de roue : dites, voilà, je vous le certifie, un peintre exceptionnel. Un type d’une envergure considérable. Un homme qui a une geste artistique, une signature, un univers. Voilà un artiste qui déploie, pour montrer la difformité du genre, des trésors de maîtrise et d’excellence.

    Voilà, au travers du maestro parmesan, le monde rendu dans son immense déséquilibre, décentré, aspiré, secoué. Voilà le monde dans sa torsion, le monde « tordu ». Rupture d’équerre. Vertige. Houle de travers. Force de l’attraction revue et corrigée. La mise en espace elle-même interpelle, saisit, dérange, inquiète. Robusti est un type inquiétant. Un artiste qui n’inquiète pas, il vaut mieux qu’il dégage. Robusti va rester. L’œuvre est édifiante. Vous saute furieusement aux yeux, vous prend brutalement à la gorge. Sévère attrapade, distribution de giroflées à cinq feuilles, on va voir que c’est du sévère. Il n’est pas exclu qu’on rie, il est exclu qu’on sorte indemne de la galerie. L’enfer, c’est nous autres.

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    Il a de très solides ancrages, dirait-on, le talentueux Italien, c’est un lointain et libre descendant de Hieronymus Bosch et de Pieter Brueghel, de Goya, d’Honoré Daumier, c’est un parent éloigné des glorieux « dégénérés » allemands (ces gens-là étaient prodigieusement sains, insupportablement sains devant la gangrène nazie) comme l’immense Otto Dix ou le grand George Grosz, c’est un homme de l’exacerbation, c’est le peintre de la démangeaison d’être, du prurit existentiel, un maître de l’exorbitant  carnaval humain, du faramineux cirque humain. Il y a des citations dans l’œuvre, des éléments qui lie intimement l’artiste à l’histoire de son art.

    Robusti est un peu là pour secouer, comme un cocotier, le socle, le juchoir sur lequel nous nous croyons appelés à nous percher. Il sait les rendre, les trousser, les magistralement torcher, les appétits incontrôlés, la quête inaboutie, avortée du grand sérieux, les voracités fameuses et les phénoménaux vertiges d’être, les gloutonneries et les grimaces extatiques. Il y a du fellinien en lui, de l’outrance efficace, de l’excès pertinent. Il va à sa vérité par la voie de l’excès. Je le juge toujours perspicace, clairvoyant, formidablement démesuré. Il passe la mesure comme un indomptable Pégase saute l’obstacle. Prouesse. Ce n’est pas tout d’être méchant, il faut encore avoir la manière. Elle est là, classieuse en diable, époustouflante.

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    Il rend comme pas deux le sourire carnassier, effrayant, les soupes de grimaces, les tics, les contractions, la totale absence de paix et de sérénité, la torturante angoisse, les convulsions du vide ou de l’abrutissement, les tenailles de l’intranquillité, les électricités affolantes du désir, les affreuses et grotesques stratégies du désir de paraître et d’en imposer. Il grossit à la loupe déformante de son talent unique les simagrées de frime et d’esbroufe, les pavanes de la basse-cour humaine. Il fait le portait de l’invalidité tourmentée de l’être. Voilà l’homme tel qu’il se démène dans sa trop étroite, dans sa contraignante camisole d’humanité. Ce n’est pas une chrysalide et malgré tous les effarants et hilarants efforts que l’être accomplit pour s’en extraire, il y reste définitivement pris. Robusti nous livre l’homme tel qu’il est emprisonné dans sa très prétentieuse exigüité. Oui, le grotesque de l’humanité trouve ici un de ses talentueux observateurs, un de ses féroces contempteurs.

    Le maestro Robusti est intraitable. Il associe, comme c’est le cas dans la vraie vie, dans la rue, sous les toits, dans les chambres, partout, réalisme et caricature, mais il élève la température du mélange, il le porte à ébullition, sans ménagement. Il est le peintre de l’ironie, celui qui fait peser sur toute trace d’humanité l’insoutenable, le dévastateur regard de l’ironie. Féroce, désopilante, démoralisante, exaltante, l’œuvre de Robusti déshabille l’être de ses prétentions exorbitantes et le laisse risible, ridicule, fragile ou insignifiant  dans un monde instable où les lois de la pesanteur sont sujettes à d’étranges originalités. L’être est incapable de se dominer, il vit dans un espace qui lui échappe. Autre chose que l’homme maître du monde, autre chose que l’affabulation de l’homme souverain,  une autre fable, autrement dérangeante, singulièrement moins glorieuse, foutrement plus vraisemblable !

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    Le rassurant verni du tragique est décapé et fait place aux singeries de la comédie humaine, aux répertoires de grimaces du zoo humain, de la termitière humaine. L’œuvre nous renvoie à notre laideur, à nos médiocrités, elle nous impose sans fard et sans précaution une relation spéculaire délibérément désagréable, déstabilisante, désastreuse. Oui, désastre, nos astres s’écrasent au sol comme des fruits blets.

    C’est du pamphlet pictural très haut de gamme. L’homme ici, dans l’œuvre, est un homme pour l’homme, sommet de l’abjection, puits sans fond de la bassesse. Je l’avais dit, ça avoine sec.

    Tiens, tout de même, un personnage qui pleure. Kitsch émotionnel ? Sûrement pas, il tranche des oignons ! Il n’y a, décidément, guère de compassion dans l’œuvre. Même si l’on comprend qu’elle s’origine tout entière dans un intérêt immodéré pour l’espèce.

    On a peu dit, en écrivant cela. Et mon but, dans mes petites rubriques exaltées, n’est jamais de circonscrire une œuvre mais de susciter chez le visiteur un peu de cet intérêt que j’ai pris à découvrir l’artiste. Fourrer dans sa tête de badaud le germe de la curiosité. Et chez Robusti, on fera remarquer la connaissance et la possession de son art (il s’est consacré, durant ses études, à l’étude des techniques picturales du XVIIème siècle),  l’essentielle et fascinante maîtrise technique et picturale, l’art inaccoutumé des angles de vue et de la mise en scène, et son étonnante exigence esthétique. Un art magistral qui démultiplie tous les effets et la virulence des propos. Personne, pour dire la laideur, n’est pertinent comme un esthète. Pour en découvrir davantage sur l'artiste, consultez les liens suivants.          

    http://www.tumblr.com/tagged/enrico-robusti

    http://www.teknemedia.net/pagine-gialle/artisti/enrico_robusti/dettaglio-mostra/11278.html

    http://www.toxnco.com/index.php?option=com_content&view=article&id=58&Itemid=66

    http://www.facebook.com/enrico.robusti

    http://www.youtube.com/watch?v=U-2xyngbNmE

    http://www.youtube.com/watch?v=3aOuJ3BoZGo