• Avec Diane Paquin

    Photographie : Diane paquin (autoportrait) - Poème : Denys-Louis Colaux

     

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    L'AUBE ET LE BLÉ

    Elle a pour elle l'aube et le blé
    les épis balancés des lentes libellules
    ce sable de lumière - fine fumée des fleurs
    que le début du jour
    jette par-dessus les clairières
     
    Elle a pour elle l'aube et le blé
    son encens blond coulé sur les nappes de la vallée
     
    Le fleuve de son long bras blanc
    va d'elle à son image
    comme l'écho revient
    s'entendre doucement
    aux lèvres de son embouchure
     
    Et sa nuque est peut-être la forêt dévalée 
    par les rayures de l'été
    une lame d'or une lame d'ombre
    un oiseau pris et un piège d'oiseau
     
    L'âme d'un violoncelle s'éveille
    au calme élan de son épaule
    un large albatros lentement s'accorde 
    à l'envol de ses omoplates
     
    Tout autour d'elle la musique
    étend son linge intime
    et ses dentelles de poudrin
     
    Et je m'aperçois alors
    qu'un instant
    elle détient
    toute la mer réfugiée
    dans la nacre bleue de ses yeux 
  • Petits inédits

    LE LAIT ET LE NOYAU DES ÉTOILES

    Je suis là
    où la couleur se tait
    presque
     
    Là où elle
    se fait voile d'absence
    se panse dans son aile
    se dilue dans l'eau de son aube
     
    je suis là
    où la couleur fait silence
    comme assoupi un soleil pâle
    dans la pâte de sa toile
    un astre blanc posé
    contre la buée du vitrail
     
    je suis là
    où la couleur hèle
    le fantôme précis de la mort
    la mémoire apaisée de l'amour
     
    Je suis là
    homme flotté
    dans les volutes d'un calumet
    que je fume
    en tournant dans ma main
    la cartouche brûlée
    de l'avenir
     
    Je suis là 
    comme à l'âtre de l'hiver
    l'épi rouge du feu   
  • Marie Palazzo (suite)

    MARIE PALAZZO

    NOUVEAUX BOURGEONS D'UN GRAND TALENT

    Je viens de découvrir chez la sculptrice, dessinatrice et peintre française Marie Palazzo, une d'entre mes favorites, une toute récente suite d'une trentaine de petits formats (dessins) d'une remarquable puissance évocatoire et expressive. Cette suite est merveilleusement griffée. Très réjouissante découverte. Adresse, sûreté, subtilité et efficacité du trait, très habile adjonction de la couleur, signature esthétique, univers fantastique. Je mène fréquemment dans ce monde hanté, intensément habité des incursions toujours exaltantes. J'ai déjà consacré un article à Palazzo et je suis attentivement cette artiste douée. Je suis ravi, transporté par ses nouvelles pièces. Chez elle, une belle oeuvre cohérente est en train de se bâtir patiemment. Je recommande très vivement au visiteur de se rendre dans les espaces de l'artiste dont je rappelle ici les liens :

    http://www.mariepalazzo.fr/

    http://www.facebook.com/marie.palazzo.5      

  • "La Langoureuse" & "La Délicate"

    Photographies : Philippe Bousseau - Poèmes : Denys-Louis Colaux

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    https://www.facebook.com/philippe.bousseau.75/photos_albums

    LA LANGOUREUSE

    Paisible
    chandelle alanguie
    dans le lait épais de sa cire
    elle vaquait
    à ses langueurs
    immergeant sa main blanche
    au lent alizé tiède
    qui doublait le cap de sa nuque

     

     LA DÉLICATE

    D'un doigt de buveuse de thé
    elle lisse et caresse
    le flot défait de ses étoffes
    et chacun de ses gestes
    soigne et achève
    les gerbes de sa pose
  • Denys-Louis Colaux aux éditions du Cygne

    DENYS-LOUIS COLAUX

    http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-anonymes.html

    denys-Louis - JL.jpgAnonymes
    Nouvelles   ISBN : 978-2-84924-083-0   14 x 21 cm   136 pages   15,00 €

    Don Quichotte est un possible de Sancho Pança comme le valet l’est de son maître. C’est alentour de cette hypothèse carnavalesque que sont écrites les nouvelles de ce recueil. Vingt-huit nouvelles qui, chacune, suscitent leur double où le même épisode est repris mais selon un autre éclairage qui en révèle une face ignorée, une phase antérieure ou une lointaine variation. Ce second tour de piste rappelle qu’entre l’héroïsme et la bouffonnerie la distinction est souvent indécidable, aussi indécise et capricieuse que, en nous, la trame de l’oubli et de la mémoire. Cet exercice de dédoublement ose le pari de transgresser le code de la nouvelle, « cet art de la clôture ». Pari tenu : la maîtrise narrative est étonnante et ce, sans jamais donner l’impression d’un exercice oulipien. Il faut dire que les moments ici brossés le sont avec ce mélange de drôlerie et d’amertume qui est la signature de la vraie tendresse, celle qui ne se dupe ni ne condamne. (René BOHET) (Photo : Jacky Lepage)

    Portrait d’une Flibustière, Nelly Kaplan

    Dreamland Editeur, Paris, 2002

    « J'ai mon panthéon privé, quelque chose d'assez chic où tombent, vers les moelleux divans, d'épais velours cramoisis. Celle dont je parlerai aujourd'hui - Nelly Kaplan, la Flibustière, mon héroïne - était annoncée par le poète athénien Aristophane dans une éblouissante prémonition. Il n'est point de bête indomptable : nulle panthère, n'est à ce point effrontée ! » Fasciné par l'œuvre  cinématographique et littéraire de Nelly Kaplan, admirateur fervent de La Fiancée du Pirate qui, affirme-t-il, modifia radicalement sa vision de la femme et du cinéma, Denys-Louis Colaux compose ici une étonnante "stylographie" de la Flibustière, analysant avec subtilité l'oeuvre dérangeante et la personnalité de cette étrange comète plus connue sous le nom de Nelly Kaplan. Passant en revue les films, les scénarios, les romans, les nouvelles, les poèmes, et débusquant avec humour les facettes cachées dans le prisme de cette créatrice singulière, le poète Denys-Louis Colaux instaure avec ce Portrait d'une Flibustière, une manière flamboyante d'envisager l'art de la biographie.

    La Sirène originelle

    La Sirène originelle - 17 nouvelles - 15 € - Atelier de l'agneau éditeur - France - atagneau@wanadoo.fr

    http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20121103_00226835 

    SCHLASS

    Les Eperonniers, 244 pages

    Schlass - Les Éperonniers - coll. Maintenant plus que jamais – 1999 - 255 p

    Denys-Louis Colaux, brut et précieux

    HAUBRUGE,PASCALE – Le Soir - Lundi 15 novembre 1999 

    Quant à lui né dans la province de Namur, en 1959, Denys- Louis Colaux a déjà fait parler de lui, et ravi plus d'un lecteur, notamment avec son roman «Le fils du soir». Egalement poète, cet auteur de première force a l'art de percer l'os des vies et d'en livrer la moelle en quelques mots et images. Parlant tout à la fois beau et brut, dur et tendre, il écrit magnifiquement le goût clair qu'ont parfois les larmes, les petites beautés qui courent les rues, l'histoire de gens qui nous ressemblent toujours un peu. Aujourd'hui nouvelliste au gré des récits de «Schlass», il approche le réel, l'amour, la mort, les filles, la poésie. Balzac et Rimbaud font parler d'eux dans ses lignes, mais au même tire que le fossoyeur, le fêtard tendre, la journaliste locale, le pseudo-grand auteur en tournée de promotion, le géomètre amoureux ou le licencié fou de Dieu. L'auteur reprend pour cadre de ses nouvelle le Bordeau sans «x» qui était déjà la ville dans laquelle se déroulait son «Fils du soir». On y rencontre des gens comme ils sont, de simples bougres à la vie pas forcément dure mais tout de même... Rien de banal cependant, ou alors du banal qui prendrait des couleurs grâce à une écriture superbe, et à un regard d'auteur. Denys-Louis Colaux raconte les plis, les erreurs de parcours, les mauvaises distributions des rôles, toutes ces choses qui se mettent entre nous et nous et qui empêchent d'entrer des deux pieds dans le monde. Il écrit aussi comme la vie est belle quand on lui dit oui.

    Pas de rhétorique qui vaille. L'écrivain abrège les douleurs comme les beautés en de petites phrases claires et fortes, noires et précieuses, avec clins d'oeil à la matière brute du langage. Il est du genre à faire songer au narrateur d'une de ses nouvelles, en train de rédiger son testament: Il suffit de vouloir faire le point pour s'apercevoir qu'on part en avaries, qu'on se possède comme un tonneau des Danaïdes. Il suffit de vouloir laisser quelque chose pour d'un seul coup ne plus rien trouver de durable dans le fourbi des babioles.Et aussi, ailleurs: Je voyais, au travers de mes grosses larmes, passer les anges. Ces petites volailles du Bon Dieu, je me les suis gardées par-devers moi. Il ne faudrait pas passer à côté de cet auteur-là.

    De bonnes nouvelles

    Laurent Demoulin – Le Carnet et les instants – Promotion des Lettres

    Schlass est un recueil de neuf textes s'addi­tionnant parfaitement au point de créer un ensemble cohérent. L'auteur déclare d'ail­leurs au dos du livre avoir voulu écrire « une comédie humaine de poche». Pourtant, la grande unité du recueil ne doit pas grand chose à Balzac : il n'est pas question ici de recréer une société entière en superposant ses différentes strates de texte en texte. Il s'agit plutôt d'une galerie de portraits mas­culins qui se répondent de deux façons. D'abord au niveau du thème : chacun d'eux traite des rapports entre l'homme et la femme. Ensuite, par les vertus du style. Le thème des rapports entre l'homme et la femme est abordé chaque fois de manière très différente : observation réciproque, nuit d'amour, regard de l'élève sur son pro­fesseur qui s'emporte, brutalité de celui qui défend sa bien aimée, déception, deuil, ren­contres. Tous les personnages parlent à la première personne, sauf un : et il est sans doute significatif que seul celui-là soit clai­rement misogyne. Les autres oscillent entre la démystification de la femme et la ten­dresse. Ils découvrent que celle-ci n'est après tout qu'un être de chair imparfait, mais cette découverte, loin d'entraîner une déception, les fait aimer davantage. Ainsi, nombre de descriptions cruelles se transfor­ment en déclaration d'affection. La nou­velle la plus exemplaire à cet égard s'appelle «Le fossoyeur». Une belle jeune fille éthérée et gracieuse vient à mourir trop tôt en plein été et sa dépouille, sous la tombe, dé­gage une odeur si violente que tout le monde la fuit, sauf le fossoyeur que cette pestilence inconvenante émeut au dernier degré. Enfin, dans ce recueil, le style joue un très grand rôle. Le ton adopté par Denys-Louis Colaux ici n'a rien à voir avec celui de ses poèmes et si je devais le qualifier en un mot, je dirais qu'il est célinien. Célinien parce qu'il adopte certains tours oraux que réprouverait Grevisse («Où qu'elles sont») et parce qu'il n'a pas peur des répétitions de mots ou de structures qui feraient crier un classique. Célinienne aussi l'amplitude du texte qui n'hésite pas à multiplier les méta­phores pour désigner une seule réalité (par exemple les sensations de l'amour). Céli­nienne la richesse incroyable du vocabu­laire. Mais, alors que le vieil antisémite de Meudon excellait dans l'expression de la haine ou dans la peinture de la misère, Colaux détourne au dernier moment ce que sa verve pourrait avoir de dévastateur pour laisser une place à la tendresse et à la paix. Par ailleurs, à ce style est lié le rythme du texte : durant plusieurs pages, l'accumula­tion des métaphores ralentit le récit puis, soudain, une chute éclaire la situation dé­crite ou permet d'en sortir. Et ce rythme-là, seules des nouvelles pouvaient l'épouser d'aussi près.