Denys-Louis Colaux aux éditions du Cygne

DENYS-LOUIS COLAUX

http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-anonymes.html

denys-Louis - JL.jpgAnonymes
Nouvelles   ISBN : 978-2-84924-083-0   14 x 21 cm   136 pages   15,00 €

Don Quichotte est un possible de Sancho Pança comme le valet l’est de son maître. C’est alentour de cette hypothèse carnavalesque que sont écrites les nouvelles de ce recueil. Vingt-huit nouvelles qui, chacune, suscitent leur double où le même épisode est repris mais selon un autre éclairage qui en révèle une face ignorée, une phase antérieure ou une lointaine variation. Ce second tour de piste rappelle qu’entre l’héroïsme et la bouffonnerie la distinction est souvent indécidable, aussi indécise et capricieuse que, en nous, la trame de l’oubli et de la mémoire. Cet exercice de dédoublement ose le pari de transgresser le code de la nouvelle, « cet art de la clôture ». Pari tenu : la maîtrise narrative est étonnante et ce, sans jamais donner l’impression d’un exercice oulipien. Il faut dire que les moments ici brossés le sont avec ce mélange de drôlerie et d’amertume qui est la signature de la vraie tendresse, celle qui ne se dupe ni ne condamne. (René BOHET) (Photo : Jacky Lepage)

Portrait d’une Flibustière, Nelly Kaplan

Dreamland Editeur, Paris, 2002

« J'ai mon panthéon privé, quelque chose d'assez chic où tombent, vers les moelleux divans, d'épais velours cramoisis. Celle dont je parlerai aujourd'hui - Nelly Kaplan, la Flibustière, mon héroïne - était annoncée par le poète athénien Aristophane dans une éblouissante prémonition. Il n'est point de bête indomptable : nulle panthère, n'est à ce point effrontée ! » Fasciné par l'œuvre  cinématographique et littéraire de Nelly Kaplan, admirateur fervent de La Fiancée du Pirate qui, affirme-t-il, modifia radicalement sa vision de la femme et du cinéma, Denys-Louis Colaux compose ici une étonnante "stylographie" de la Flibustière, analysant avec subtilité l'oeuvre dérangeante et la personnalité de cette étrange comète plus connue sous le nom de Nelly Kaplan. Passant en revue les films, les scénarios, les romans, les nouvelles, les poèmes, et débusquant avec humour les facettes cachées dans le prisme de cette créatrice singulière, le poète Denys-Louis Colaux instaure avec ce Portrait d'une Flibustière, une manière flamboyante d'envisager l'art de la biographie.

La Sirène originelle

La Sirène originelle - 17 nouvelles - 15 € - Atelier de l'agneau éditeur - France - atagneau@wanadoo.fr

http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20121103_00226835 

SCHLASS

Les Eperonniers, 244 pages

Schlass - Les Éperonniers - coll. Maintenant plus que jamais – 1999 - 255 p

Denys-Louis Colaux, brut et précieux

HAUBRUGE,PASCALE – Le Soir - Lundi 15 novembre 1999 

Quant à lui né dans la province de Namur, en 1959, Denys- Louis Colaux a déjà fait parler de lui, et ravi plus d'un lecteur, notamment avec son roman «Le fils du soir». Egalement poète, cet auteur de première force a l'art de percer l'os des vies et d'en livrer la moelle en quelques mots et images. Parlant tout à la fois beau et brut, dur et tendre, il écrit magnifiquement le goût clair qu'ont parfois les larmes, les petites beautés qui courent les rues, l'histoire de gens qui nous ressemblent toujours un peu. Aujourd'hui nouvelliste au gré des récits de «Schlass», il approche le réel, l'amour, la mort, les filles, la poésie. Balzac et Rimbaud font parler d'eux dans ses lignes, mais au même tire que le fossoyeur, le fêtard tendre, la journaliste locale, le pseudo-grand auteur en tournée de promotion, le géomètre amoureux ou le licencié fou de Dieu. L'auteur reprend pour cadre de ses nouvelle le Bordeau sans «x» qui était déjà la ville dans laquelle se déroulait son «Fils du soir». On y rencontre des gens comme ils sont, de simples bougres à la vie pas forcément dure mais tout de même... Rien de banal cependant, ou alors du banal qui prendrait des couleurs grâce à une écriture superbe, et à un regard d'auteur. Denys-Louis Colaux raconte les plis, les erreurs de parcours, les mauvaises distributions des rôles, toutes ces choses qui se mettent entre nous et nous et qui empêchent d'entrer des deux pieds dans le monde. Il écrit aussi comme la vie est belle quand on lui dit oui.

Pas de rhétorique qui vaille. L'écrivain abrège les douleurs comme les beautés en de petites phrases claires et fortes, noires et précieuses, avec clins d'oeil à la matière brute du langage. Il est du genre à faire songer au narrateur d'une de ses nouvelles, en train de rédiger son testament: Il suffit de vouloir faire le point pour s'apercevoir qu'on part en avaries, qu'on se possède comme un tonneau des Danaïdes. Il suffit de vouloir laisser quelque chose pour d'un seul coup ne plus rien trouver de durable dans le fourbi des babioles.Et aussi, ailleurs: Je voyais, au travers de mes grosses larmes, passer les anges. Ces petites volailles du Bon Dieu, je me les suis gardées par-devers moi. Il ne faudrait pas passer à côté de cet auteur-là.

De bonnes nouvelles

Laurent Demoulin – Le Carnet et les instants – Promotion des Lettres

Schlass est un recueil de neuf textes s'addi­tionnant parfaitement au point de créer un ensemble cohérent. L'auteur déclare d'ail­leurs au dos du livre avoir voulu écrire « une comédie humaine de poche». Pourtant, la grande unité du recueil ne doit pas grand chose à Balzac : il n'est pas question ici de recréer une société entière en superposant ses différentes strates de texte en texte. Il s'agit plutôt d'une galerie de portraits mas­culins qui se répondent de deux façons. D'abord au niveau du thème : chacun d'eux traite des rapports entre l'homme et la femme. Ensuite, par les vertus du style. Le thème des rapports entre l'homme et la femme est abordé chaque fois de manière très différente : observation réciproque, nuit d'amour, regard de l'élève sur son pro­fesseur qui s'emporte, brutalité de celui qui défend sa bien aimée, déception, deuil, ren­contres. Tous les personnages parlent à la première personne, sauf un : et il est sans doute significatif que seul celui-là soit clai­rement misogyne. Les autres oscillent entre la démystification de la femme et la ten­dresse. Ils découvrent que celle-ci n'est après tout qu'un être de chair imparfait, mais cette découverte, loin d'entraîner une déception, les fait aimer davantage. Ainsi, nombre de descriptions cruelles se transfor­ment en déclaration d'affection. La nou­velle la plus exemplaire à cet égard s'appelle «Le fossoyeur». Une belle jeune fille éthérée et gracieuse vient à mourir trop tôt en plein été et sa dépouille, sous la tombe, dé­gage une odeur si violente que tout le monde la fuit, sauf le fossoyeur que cette pestilence inconvenante émeut au dernier degré. Enfin, dans ce recueil, le style joue un très grand rôle. Le ton adopté par Denys-Louis Colaux ici n'a rien à voir avec celui de ses poèmes et si je devais le qualifier en un mot, je dirais qu'il est célinien. Célinien parce qu'il adopte certains tours oraux que réprouverait Grevisse («Où qu'elles sont») et parce qu'il n'a pas peur des répétitions de mots ou de structures qui feraient crier un classique. Célinienne aussi l'amplitude du texte qui n'hésite pas à multiplier les méta­phores pour désigner une seule réalité (par exemple les sensations de l'amour). Céli­nienne la richesse incroyable du vocabu­laire. Mais, alors que le vieil antisémite de Meudon excellait dans l'expression de la haine ou dans la peinture de la misère, Colaux détourne au dernier moment ce que sa verve pourrait avoir de dévastateur pour laisser une place à la tendresse et à la paix. Par ailleurs, à ce style est lié le rythme du texte : durant plusieurs pages, l'accumula­tion des métaphores ralentit le récit puis, soudain, une chute éclaire la situation dé­crite ou permet d'en sortir. Et ce rythme-là, seules des nouvelles pouvaient l'épouser d'aussi près.

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