In Memoriam Papa Becaye Ba

Papa Becaye Ba, 22 ans, fruit étrange

samedi 24 novembre 2012, par Denys-Louis Colaux, Sandro Baguet

Les faits sont avérés, deux jeunes hommes d’origine sénégalaise, dans la nuit du 10 au 11 novembre, à La Louvière, ont été agressés par une meute d’une quinzaine de fachos en sortie de lynchage. Papa Becaye Ba, agressé en raison de sa couleur de peau, a été tabassé à mort. Entré dans le coma, il n’en est plus sorti et vient de décéder ce jeudi au CHU du Tivoli. La police a appréhendé deux suspects et lance un appel à témoins pour identifier les autres membres de la bande meurtrière. Dire sa consternation ne suffit pas.

La Louvière a désormais ses « strange fruits ». Ses Noirs lynchés et exécutés par les fleurons de la race blanche. On sent la recrudescence de la violence ordurière et raciste de l’extrême-droite, colportée par une regrettable bande d’éclopés du cerveau, des abrutis aux (pro)thèses fascisantes, des hyènes meurtrières, de scandaleux degrés d’humanité déchéante et qui nous font honte. Mais la honte, elle non plus, ne suffit pas. Ni le dégoût devant cette barbarie.

Un jeune homme de 22 ans est décédé, bastonné à mort par une bande de crapules. Il ne faut pas chercher la périphrase ou la métaphore quand il est question de désigner des ordures. Quinze types, deux jeunes Sénégalais, la supériorité de la race blanche était tout simplement numérique. Elle nous écœure, cette prétendue supériorité, elle nous éclabousse, cette violence odieuse. Nous voulons non seulement nous distinguer de ces tueurs mais nous exigeons qu’ils paient et qu’ils expient. Nous voulons d’une justice qui condamne catégoriquement et sévèrement ces atteintes à la dignité de l’être et ces agressions raciales meurtrières. Pour nous, il n’est qu’un seul être, l’être humain, heureusement décliné en mille diversités. Il faudrait que nous n’eussions plus à ressasser ces truismes. Mais c’est la pitié de l’espèce, elle draine une lie de la pensée, une lie qui ne s’interdit rien et inlassablement nous venons opposer à ces carnassiers un discours humaniste qu’ils compissent et conchient. Voulons-nous qu’on se torche avec nos principes ?

C’est la question qu’on voudrait adresser à la ville : qu’est-ce que cette peste sans remède dans tes rues ? Qu’est-ce que cette lèpre contre quoi tu ne tentes rien, cette lèpre devant laquelle, couardement, tu fermes les yeux ?

S’il est aujourd’hui encore une meute capable de lyncher un type parce qu’il est Noir, alors nous ne valons pas grand-chose, alors nos principes sont sans vitalité aucune, alors les démocrates, les militants des droits de l’homme sont des poules mouillées, des beaux parleurs planqués et frileux, des lâches, alors les hommes sont des ratés, des médiocres, de grands impuissants, alors nous sommes revenus dans le territoire morbide de la haine, celui qui conduit aux horreurs qui ont abâtardi l’humanité. Celui que ceci ne soulève pas de dégoût, zéro ! Nous garantissons que si ce crime n’est pas l’affaire de chacun d’entre nous, alors nous allons vers de dégoûtants lendemains. Et il y aura des coups de gourdin pour chacun d’entre nous.

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