• Sabine DELAHAUT

    SABINE DELAHAUT

    Gravure, dessin, peinture 

     

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    Ce que dit l’artiste :

    « Après une première approche des arts plastiques par l’apprentissage de la peinture à l’huile, je me suis graduellement tournée vers les techniques d’impressions artistiques, particulièrement, la lithographie et la gravure sur cuivre. Mais je suis repartie de zéro quand, pour la première fois, en 2006, on a posé un burin dans le creux de ma main. J’ai laissé dernière moi les préjugés et le peu de certitudes que j’avais, avançant en terre inconnue, confiante malgré tout. Dès lors, la ligne est devenue omniprésente dans mon travail, comme un écho à ma formation initiale de couturière, avec le fil conducteur qui nous mène d’une étape à l’autre…. point par point. Le geste de la lame pourfendant le cuivre, prémédité crée le temps, l’étirant avec douceur mais fermeté. Il le suspend également lorsque, par la taille répétée, hypnotique et réconfortante de sillons dans le cuivre, il révèle ici, une toison hirsute, là une chevelure au vent, là encore la matière d’un corset constricteur. »

    « Nourrie d’images absurdes par le spectacle de la rue et sa tyrannie du paraître, par les visages factices et les corps postiches …. je joue à la poupée. Ainsi, je dénude, pour mieux parer d’artifices, des silhouettes mutantes. Tour à tour, je donne et je reprends, je magnifie et je mutile. Je découpe et j’assemble, j’additionne, jusqu’à la soustraction de moi-même…

    Ces personnages, échafaudés jour après jour, se prêtent avec docilité, voire complaisance, à ce petit jeu de dupe.

    Je laisse cependant quelques brèches, ici et là, afin que puisse se faufiler et s’épanouir la nature sauvage et instinctive que j’entrevois par bribes… elle n’est jamais bien loin et trépigne d’impatience, contenue et bridée, jusqu’au moment où elle pourra se dévoiler avec panache. »

    « La source de mon inspiration est le vêtement à travers l’histoire et les liens qu’il tisse entre le corps féminin et le sublime, la cruauté ou le ridicule. Je m’interroge sur cette relation masochiste, sur ce carcan imposé par la société mais bien souvent voulu et défendu bec et ongles par la femme elle-même. J’aime aussi explorer notre part d’animalité, les jeux et les mutations du corps. »

    « Le geste de la gravure, celui de laisser une trace qui se révèlera être un relief tangible, une petite boursouflure sur le grain du papier, comme un fil posé, me fascine. C’est un geste ancestral, simple et beau. Je privilégie le burin par rapport à l’eau-forte (dont je n’apprécie pas le coté aléatoire et que je n’utilise qu’exceptionnellement pour travailler des fonds), car il me permet de maîtriser mon sujet de bout en bout. Le burin pousse la ligne vers l’avant, étire le temps dans un geste hypnotique, rassurant. Il est parfois nécessaire de bloquer sa respiration afin de manœuvrer une plaque de grand format, car c’est toujours la plaque qui bouge et donne le mouvement à la ligne et non le burin. Enfin, la gravure est une passion dévorante….. Celle du cuivre vierge, et plein de promesses qui s’offre généreusement à l’assaut des outils et que j’aime caresser incessamment pour vérifier l’absence d’aspérité ou pour combler ses creux de blanc d’Espagne et ainsi révéler le dessin au fur et à mesure de son exécution. C’est aussi la passion des beaux objets que sont les outils et le geste de leur affûtage. J’aime cette noble vieille dame qu’est la presse, alliée imposante faite d’engrenages, de rouleaux et de plateau. J’aime aussi les mots de la gravure: encre, huile, papier, grain, filigrane, grattoir, ébarboir, roulette, burin, pointe sèche, tarlatane, spatule, trousser, essuyer, lange, berceau, fantôme, tirage, épreuve…. Tout comme ces parfums d’ateliers et d’encres chauffées,…. La gravure est art confidentiel, discret et silencieux qui implique un partage de savoir et une transmission. La gravure est mon refuge »

     

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    Ce que nous disons à propos d’elle : 

    Sabine Delahaut est née en 1973 à Liège, en Belgique. Issue de l’Ecole supérieure des Arts de Saint-Luc à Liège, elle est diplômée en Arts plastiques (peinture de chevalet) depuis 1995. Elle cumule les diverses formations : couture, modèlisme, stylisme, décoration (ensemblier-décorateur), gravure sur cuivre, lithographie, offset, sérigraphie. Chacune de ses formations habite et enrichit ses œuvres.  

    Sabine Delahaut dit beaucoup de choses à propos de ses créations, elle dispose d’une belle langue pour évoquer son art, ses techniques, ses précieux outils et les gestes qu’ils exigent. La flamme de la passion traverse sa parole. L’œuvre de Delahaut est une œuvre d’une très grande finesse, d’une étonnante minutie dans le trait, dans le tracé tout autant que dans le propos. C’est une œuvre délicate, féminine, gracieuse, hantée par la femme (les indices féminins) et l’animal. J’ai parlé d’œuvre féminine car Delahaut burine avec la grâce et la souplesse de la couturière de Velasquez et un indéfinissable petit plus féminin exhausse l’œuvre. C’est une œuvre élégante dans laquelle l’absence est un des personnages essentiels, l’absence de l’être en tant que tel et sa manifestation réduite à ses avatars, à ses mutations, à ses ornements, ses masques ou ses métaphores. L’absence ici semble curieusement et poétiquement jumelée avec une quête de l’identité. Essentiellement, me semble-t-il, l’être s’absente derrière quelque chose ou est physiquement absent, ou partiellement absent. Delahaut nous propose des indices, des tracés incomplets ou masqués (plaisante trouvaille, le regard du  loup lui est quelquefois un masque). Elle se situe évidemment du côté de la poésie : elle invite l’imagination à déployer les trames qu’elle propose, et parfois elle sème les traits et nous invite à imaginer  qui les habite. Oui, son œuvre est une invitation à imaginer, à rêver, à rire, à s’étonner. Delahaut n’est pas une montreuse, son art tient dans la subtilité élégante de l’évocation, les nuances de la suggestion. J’aime ses gravures en rouge où chaque trait a la formidable palpitation d’une veine.  Il y a chez elle un grand sens de la métaphore et un art du sens caché, c’est une héritière des surréalistes belges aussi. Le merveilleux est dans son œuvre. Elle aime redire des formes, les répéter en y apportant des modifications, travailler tout à la fois dans la série et dans l’originalité, la constance et la transformation. Il y a en elle du baroque, mais un baroque étrange, une rencontre étonnante de la profusion et de l’ascèse. On trouve l’ornement sans le noyau souvent, la parure sans l’être paré. Quelque chose du conte hante son œuvre, de même que la présence obstinée de l’animal (qu’elle aime et pour les droits duquel elle milite infatigablement). Il me semble que, par certains aspects, la présence du fantastique est manifeste dans l’œuvre. Au travers de ce baroque sobre et inhabituel, insolite et charmant, dans ce lieu des identités masquées, du secret et de la révélation, de la fantaisie et du phantasme, de la féminité elliptique, du rapport singulier entre l’être et l’animal (l’humanité de l’animal, l’animalité de l’être humain), nous découvrons l’univers fascinant d’une poésie visuelle subtile et rare, quelque chose comme le merveilleux présent d’un art épuré et formidablement complexe.

     

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    On consultera, pour faire plus ample connaissance avec elle, les espaces suivants :

    http://arsenic-editions.tumblr.com/Sabine%20DELAHAUT

    http://www.artmajeur.com/?go=user_pages/bio&login=sabinedelahaut

    https://www.facebook.com/media/set/?set=a.344449858967052.80579.339531816125523&type=3      

    https://www.facebook.com/media/set/?set=a.342063305872374.79929.339531816125523&type=3

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  • Joseph Loughborough

    JOSEPH LOUGHBOROUGH

     L'impondérable lourdeur de l'être

    Loughborough est un jeune artiste anglais originaire de Portsmouth et établi à Berlin. J’ai consulté un peu ses espaces. Son œuvre circulerait autour d’idées aussi saugrenues et passionnantes que l’idée du péché mortel, du désir, de la crainte et de la reconnaissance de sa propre absurdité. Je viens aussi, afin de découvrir un peu l’artiste, de parcourir sommairement une courte interview de lui découverte sur le net: 

    (http://www.smashboxstudios.com/yello/2012/10/interview-artist-joseph-loughborough/).

    Loughborough se souvient qu’il a toujours dessiné, depuis au moins le temps où sa mémoire a commencé à enregistrer, vers l’âge de 4 ou 5 ans, je crois. Il a un livre phare, l’Etranger d’Albert Camus et sa série d’œuvres intitulée « The Anatomy of strangers » est une exploration de la notion d’absurdité existentielle, cet absurde qui, selon le philosophe et écrivain, naît de la « confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde ». Camus ne prône pas l’abdication devant « cette fracture » entre le monde et l’esprit humain,   mais la révolte et « la longue complicité des hommes aux prises avec leur destin ». Si je sens, dans l’œuvre passionnante de Loughborough une prise en considération de l’absurdité existentielle (le douloureux appel de l’homme définitivement inentendu du monde), je ne sens pas – et c’est peut-être délibéré –  ni le bonheur de Sisyphe ni la complicité des hommes s’affrontant à leur destin. Il y a dans son parcours artistique, dit encore l’artiste, une dissection « presque scientifique » de la condition humaine. Mais bien sûr aussi, de son propre aveu, une fascination pour le corps humain, la forme humaine.

    Je vois encore, dans cette œuvre qui m’alerte et me passionne, un formidable univers, sombre généralement et une merveilleuse virtuosité du trait. Je trouve dans l’ensemble un caractère très littéraire aux compositions, une association très heureuse entre la calligraphie et le dessin. J’aime les formidables et très dynamiques rapports du blanc et du noir, l’électricité de la surcharge et de la hachure, les effets de tension créés par les rapports de la clarté et de l’obscurité, du plein et du vide, de la lèpre et de la grâce, de la présence et de la disparition., de la masse et de la légèreté, de la beauté et de la décomposition.

    Il y a aussi, sur un plan anecdotique, que je retrouve un peu ici du Rops dessinateur (et de ses préoccupations) croisé avec le trait d'Anki Bilal. Mais je sens surtout un artiste d'une très grande originalité.

    Les espaces où l’artiste est visible : 

    http://www.thefuturetense.net/      

    http://www.galerienaclil.fr/ 

    http://www.josephloughborough.co.uk/      

    http://www.flickr.com/photos/illjoseph/

    https://www.facebook.com/illjoseph/photos_albums

  • Petite Poissone - Trésors découverts (10)

    Petite  Poissone

    Merveilleuse et talentueuse agitée du bocal 

    « Je suis née en 1976 et je vis à Grenoble. Je suis graphiste (je travaille en partie avec des agences de com, en partie avec un organisme de formation, ça peut paraître terne dit comme ça mais je trouve ça passionnant, la pédagogie, apprendre et transmettre des choses aux autres). Dans mon travail 'normal' je fais des animations flash (j'aime l'animation, raconter une histoire)

    A côté je dessine tout le temps et depuis toujours et j'aime écrire aussi, pour moi les deux sont indissociables. 

    J'ai été influencée par les dessins de Glen Baxter, de Pierre La Police, la peinture de Bacon, Basquiat, Schiele, mais aussi les textes de Boris Vian et de Barbara. Les films de Woody Allen ou des Monty Python... J'aime l'absurde.

    C'est très dur d'écrire sur soi, j'ai donc survolé et je suis restée dans le factuel, si vous voulez me poser des questions n'hésitez pas ! Peut-être même que j'ai oublié l'essentiel et que je vous réécrirai un mail à 3h du matin . 

    J'ai un site : 

    www.petitepoissone.com ».

    Ce qui me plaît chez Petite Poissone, c’est l’élégance et la netteté du trait, une allégresse, une plaisante impertinence, la vivacité, les qualités d’observation et de pertinence du caricaturiste et le savoir-faire du bédéiste. J’aime la beauté de certains de ses portraits (en elle, dans une étonnante cohabitation pacifique, l’esthète coudoie l’agitée du bocal), son art consommé du croquis, un tracé nerveux, exact, rapide.

    Une vraie peintre est embusquée sous la brillante dessinatrice et il y a là quelques superbes travaux, puissants et savants dans leurs couleurs.

    Il y a bien sûr la séduisante nature même de l’artiste : un peu cintrée, givrée, encline à l’absurde mais aussi aux humeurs sombres. Il y a dans cette sirène de poche une dinguerie amphibie (car pour une « poissone », elle s’en sort très bien à l’air libre) qui plaît et qui émeut. J’aime son monde inventif et décalé, son humour et ses humeurs, l’irrépressible obligation de dessiner à quoi elle est sujette. Où qu’elle aille, elle dessine. Elle signe des collages (elle colle ses œuvres sur des murs), elle réalise d’hilarantes parodies de romans-photos. Elle est aussi affichiste, je crois.

    https://www.facebook.com/petitepoissone

  • Mansoureh Hosseini - Trésors découverts (9)

    Mansoureh HOSSEINI

    https://www.facebook.com/mansoureh.hosseini11?fref=ts

    Mansoureh Hosseini est une artiste iranienne née en mai 1985. Elle est graphiste, illustratrice et enseignante. Elle s'intéresse à la peinture depuis l'enfance, une enfance qui a été traversée par les guerres. Dans son oeuvre, dit-elle, elle est "à la recherche de la paix". La première oeuvre de Mansoureh Hosseini que j'ai vue a eu sur moi un effet décisif, j'ai été captivé. L'agencement, la densité, la beauté formelle de l'oeuvre m'ont séduit. J'ai aimé cette fantaisie poétique mi-aérienne et mi-aquatique, genre d'ovni amphibie peuplé de créatures étranges qui exécutent de curieux ballets. Les tons sont unis, sans écart. Le trait est fin, souple, inventif, gracieux. Il y subsiste une merveilleuse et savante racine d'enfance. Dans ce curieux bestiaire, on montre les dents et on danse, comme pris dans la grande rotation, le manège enfièvré de la vie. On danse et l'on vole et l'on rampe dans le même espace où chacun cherche à se faire une place. Sur un mode imaginaire et inventif, avec d'évidentes filiations surréalistes, nous sommes devant un foisonnement singulier qui tient de l'attitude d'intimidation et de la parade nuptiale, d'une sorte de ritualisation esthétique de la violence et de l'énergie vitale. Ici, par sa forme, son mouvement, ses dents, son oeil, son élasticité, chacun se singularise et impressionne, chacun se donne à voir et cherche à se faire respecter dans un équilibre d'une étonnante et impressionnante fragilité. Hosseini crée quelque chose qui tient d'une harmonie en danger, d'un carnaval que deux fois rien préserve de l'émeute. Animaux, chimères, êtres humains, créatures farfelues et imaginaires jouent ici, dans une étourdissante chorégraphie, le cycle bel et périlleux de la vie. Et j'aime, ainsi mises en scène, cette délicatesse, cette précarité comme une parabole de notre destinée menacée. Mais l'oeuvre aussi témoigne d'instants de désespérance au travers de ces délicats et touchants fantômes de femmes, tantôt mutilés, tantôt douloureux. Ces oeuvres semblent dire la paix perdue, la vie sacrifiée, la terrible rupture du fragile équilibre, la chute. Hosseini est une chorégraphe du trait et un être d'une immense sensibilité qui révèle, dans ses compositions, la fragilité de cristal de l'harmonie.

  • Irina TIHONOVA - Trésors découverts (9)

    Irina TIHONOVA

    Il y a un certain temps déjà que j'entrevois avec plaisir des travaux de cette artiste. Ils sont d'une veine originale. Je sais qu'Irina Tihonova est peintre, illustratrice, graphiste avec une spécilisation dans le digital art. Elle vit à Kiev. Je suis très impressionné par le magnétisme étrange, le charme délicat et irrésistible de ses dessins. Les créatures (féminines, la plupart du temps) qu'elle représente ont une dignité, une présence altière en même temps que quelque chose de réellement touchant. Oui, j'ai une vraie prédilection pour ses dessins, que le trait en soit large ou fin. j'en aime toujours le tracé même, l'âme à la fois sombre et lunaire, (slave, peut-être), la ligne élégante, rapide, et il me semble que quelque chose de littéraire et de poétique les habite, ils sont conçus, me semble-t-il, pour rehausser des recueils, orner des ouvrages. Enfin, j'aime cette façon qu'elle a de faire vivre intensément un regard. Je recommande à mon visiteur de poursuivre sa découverte de l'artiste aux adresses suivantes :

    http://arts.in.ua/artists/ira

    http://www.youtube.com/user/iratihonova/videos

    http://www.saatchionline.com/profiles/portfolio/id/228369