• Rita Damasio

    RITA  DAMASIO

    interview

     

    a rita 1.jpgInutile d'y aller par quatre chemins : Portugaise née en France, elle est grièvement talentueuse, elle a une voix délicate et parfumée (une voix mêlée des quatre horizons musicaux), une sorte d'alizé aiguisé de miel et d'épices en guise de voix, elle a la présence, l'âme, le charme naturel des grandes interprètes, elle a été, entre 2008 et 2010, l'une des chanteuses du célèbre groupe portugais Madredeus & a Banda Cosmica, elle est une sorte d'humaniste pleine de projets passionnants, elle est polyglotte, elle possède tout cela et, comme si cela ne suffisait pas, elle est prodigieusement belle. C'est sous la sauvegarde de Lhasa, sous son étoile magique, que j'ai eu l'occasion de faire sa connaissance. Rita Damazio m'a fait parvenir sur Lhasa un témoignage précieux et poignant. Découvrons à présent un peu l'artiste.

     

    DLC : Vous êtes née en France, à Sainte-Adresse. De quelle(s) nationalité(s) sont vos parents ? (Le français et le portugais, ai-je lu, sont vos « deux langues maternelles »). Votre enfance a-t-elle été heureuse en France ? A-t-elle été obscurcie par des problèmes, des difficultés ? Quels souvenirs en gardez-vous ? Vous semblez dire que dans le pays qui a pour devise « liberté, égalité, fraternité » vous ne vous êtes pas sentie accueillie ou admise.

     

    R. D : Mes parents sont tous les deux Portugais. Je ne crois pas à la naturalité, en tant que lieu de naissance, ni pour autant aux appartenances ethniques de nos parents pour expliquer notre identité. Nous sommes faits de beaucoup d´autres choses. Ma nationalité est portugaise et je suis née en France par contre j´ai du mal à dire que je suis portugaise quand on me questionne sur mon identité, je trouve toujours que c´est trop réductif. Du coté de mon père vous trouverez un apparemment authentique portugais mais il se peut qu´il ait des origines juives. Ma mère vient par contre d´un endroit très métissé, il y avait énormément de Noirs africains venus d´Angola et du  Mozambique. Les gens de ces terres ont une peau pas seulement mate comme les latinos du Sud de l´Europe, c´est une peau très belle et différente, métissée.  J´ai eu une enfance très heureuse mais à l´école c´était pénible. J´étais souvent traitée d´« arabe » ou « noire » et je savais qu´en apparence j´étais différente mais je ne comprenais pas cette nécessité de classifier. Néanmoins,  dans un pays qui n´était pas le nôtre, moi et mes frères nous avons vraiment eu la chance de grandir entourés d´amour et affection. Je loue surtout ma mère pour son don immense. C´est sûr que la France devrait repenser à sa devise, ça fait déjà un bon bout de temps qu´elle n´est plus actuelle en ce qui concerne la fraternité.

     

    DLC : Vous avez mené des études universitaires. Pouvez-vous nous en parler sommairement ?

     

    R.D : Mes études ont été interrompues pendant 6 ans, le temps pendant lequel je me dédiais à la musique entièrement  et j´ai recommencé l´année dernière quand le groupe Madredeus & a Banda Cosmica a cessé. Je finirai cette année. Je fais aussi un stage en tant qu´assistante éditoriale pour l´association Buala, - Culture Contemporaine Africaine-, que je dois réaliser pour terminer ma Licence universitaire en Études Africaines. C´est un cours qui est bien pour ma culture générale mais qui ne m´apportera jamais du travail. Cela se passe dans beaucoup de cours universitaires au Portugal. La situation de chômage devient très grave et atteint beaucoup de jeunes universitaires diplômés, non seulement à cause de la crise mais parce que il y a des cours qui ne servent plus à rien en ce moment. Ils sont créés pour des raisons économiques et cette finalité est absurde. Ce n´est pas le cas de mon cours car il est fruit de la grande passion de ses créateurs mais je dois dire quand même que les derniers changements structurels sont loin d´être suffisants pour que cela devienne un cours qui prépare réellement les individus, il est trop générique. Je le fais parce que je  suis décidée à le terminer, après il me faudra étudier quelque chose de plus spécifique. Je sens qu´il y a tellement de choses que j´aimerais savoir et faire et je n´aurai hélas pas le temps de les faire toutes. Malheureusement il y a trop de choses inutiles qui nous font perdre notre temps alors qu’il est très précieux. J´aurais pu étudier beaucoup d´autres sujets comme la photographie, la peinture, le cinéma, la danse : je sens que j´aurais été heureuse. Une étrange curiosité me poussait vers l´Afrique. C´était une envie très naïve á la base parce que je me disais que je voulais protéger les minorités.

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    DLC : Vous semblez très habitée par l’idée d’identité, par la quête des racines et des appartenances. J’ai lu que vous vous consacrez à la recherche sur la culture Amazigh (Berbère). J’ai découvert, dans un article qui vous est consacré et qui est signé par Hadjira Oubachir (La Dépêche de Kabylie, janvier 2010) un superbe proverbe touareg : L’arbre ne s’élève qu’en enfonçant ses racines dans la terre nourricière. Ce proverbe semble s’inscrire tout entier dans votre pensée. S’agit-il dans votre esprit de saisir la complexité du monde dont vous êtes issue ? De vous approprier tous les éléments et toutes les influences de votre culture ? De remédier à des oublis de l’histoire ?

     

    R.D :La question d´identité est très présente pour moi toujours. Je ne me suis jamais sentie française et quand je suis venue au Portugal je ne me sentais pas pareille aux enfants de mon âge d´içi non plus. J´ai commencé à me poser des questions très tôt. Si je ne me sens pas française ni portugaise, seraient-ce donc des origines plus lointaines qui m´appellent ? D´où vient ce sang africain qui coule ou plus loin encore une berbérité, une arabité  qu´il faut que j´explore ?  L’arbre ne s’élève qu’en enfonçant ses racines dans la terre nourricière. Ce proverbe touareg est chargé de  vérité car cette terre peut signifier à la fois notre héritage culturel ou familial mais aussi beaucoup d´autres composants que ce soient nos voyages, les personnes que nous rencontrons, nos expériences…tout ce qui nous enrichit. De plus, c´est vrai que si l´histoire n´est pas racontée, elle sera oubliée. Nous avons une présence berbère et arabe de près de 700 ans au Portugal dont personne ne parle, les livres d´histoire á l´école ne font aucune référence à cet héritage dont on a tellement de preuves vivantes encore de nos jours. Les États cherchent à manipuler les identités et à les mouler comme cela leur convient. Donc comment dire que je suis portugaise et par ça, que je suis formée d’une seule et unique identité, si je m´identifie beaucoup plus avec la pluralité identitaire c´est-à-dire, avec ce que les États se sont efforcés au fil du temps d’effacer ? Les Portugais ont gagné leur indépendance mais ils n´auraient jamais dû chasser les Juifs, les Berbères et les Arabes. Chaque peuple avait un savoir très spécifique qui aurait pu agrandir les horizons de ce pays mais le monde politique est peuplé de ce genre de cupidité et d’arrogance. Contrôler,  assimiler et réduire. C´est à chacun de nous de trouver l´identité et la liberté.

     

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    DLC : En France, on vous tenait pour « Noire » ou pour « Arabe ». Au Portugal, un métis est surnommé « cabrita » (c’est-à-dire « biquette »). Vous ne saviez plus trop à quoi vous en tenir, ai-je cru comprendre. Est-ce cette perte de repères, cette impossibilité à sentir son appartenance qui a suscité chez vous d’abord une révolte et ensuite une quête, une recherche, un désir de percevoir votre source et vos origines ? 

     

    RD : La révolte je l’ai sentie, éprouvée pendant beaucoup de temps, c´était ma façon de dire que j´existais et que je ne voulais surtout pas mener la vie que la société m´imposait. Je voulais découvrir mes ailes et voler. La sonorité était agressive et je n´avais que 14 ans quand j´ai commencé à faire du gothique. Il fallait que les guitares soient très puissantes parce que moi-même je n´arrivais pas à crier. Finalement, je pense que l´âge m´a apporté une certaine délicatesse et je peux dire les mêmes choses de façons différentes.

     

    DLC : Vous sentez-vous, par ailleurs, une citoyenne du monde ?

     

    RD : Avant, je disais ça… que j´étais une citoyenne du monde. Cela ne fait plus de sens. J´ai connu beaucoup de personnes qui ont beaucoup plus voyagé que moi et je n´ai jamais vécu ailleurs qu´au Portugal et en France. Quand le sujet est l´Afrique, je me dis que même si, me comparant à la majorité des personnes, j’en connais un peu plus, c´est parce que j´ai étudié le continent. Mais plus j’en sais sur l´Afrique et plus je me dis qu’il y a tellement à savoir que je n´aurai pas le temps de  m´y connaitre vraiment. J´admets aussi que je ne suis qu´une théorique puisque je ne suis jamais allée en Afrique continentale. En ce moment, je ressens le besoin de partir mais je ne sais pas où. J´attends que le bon moment vienne et je sais qu´il viendra et me dira où aller.

     

    DLC : Vous exercez des activités qui semblent clairement attester votre militantisme humanitaire. Vous êtes une militante de la condition féminine. Vous êtes administratrice de l’Association « Parrainer un Enfant Touareg » et vous exercez la fonction de traductrice dans les domaines de la Coopération au Développement et de la Défense des Droits de l’Homme. Est-ce que vous pouvez nous parler de ces activités ?

     

    RD : Des fois j´ai la sensation de me mêler de beaucoup de choses parce que je n´ai toujours pas trouvé ma cause ou les bonnes personnes. Regardez autour de vous… Il y a tant à faire ! C´est difficile de choisir un sujet plus urgent qu´un autre. Je suis par contre très déçue par les projets humanitaires au Portugal et je ne peux pas critiquer le fonctionnement dans d´autres pays, je ne sais pas si c´est pour autant pareil. L´Aide ici fonctionne  beaucoup, au niveau pratique, avec le volontariat. Mais dans le cas où, comme moi, vous possédez une licence qui vous forme intellectuellement à gérer  ces questions, on ne vous emploie pas parce que vous n´avez pas l´expérience minimum de 3 ans. Les bonnes organisations humanitaires qui travaillent bien sont rares ici et quand elles fonctionnent bien, elles emploient des spécialistes étrangers ou des directeurs qui sont avocats, politiciens, etc. et qui n´ont rien à voir avec l´humanitaire. Dans ce dernier cas, je ne veux pas perdre mon temps avec des personnes qui en savent moins que moi ou qui n´ont pas la bonne formation pour m´instruire. J´ai co-créé une association au Niger mais il est pour moi très difficile de faire un projet dont je m´occupe tous les jours à distance, il faut être sur le terrain et il faut avoir des connaissances de gestion de projet que je n´ai pas pour le moment. Pour cela,  je cherche à aller ailleurs, à acquérir de nouvelles armes : un bon master, par exemple, serait parfait.

    Le secteur de l´Aide Humanitaire est beaucoup plus complexe que ce qu´on imagine car il dépend toujours de politiques externes et les projets doivent aussi avoir pour objectif la durabilité et cela implique la formation des populations locales. C´est pour cela que parfois je pense aussi à suivre  une formation en pédagogie. En fait quand on commence à comprendre mieux, tout devient confus car on ne sait plus vraiment par où commencer. Je ne pense pas avoir eu des bons conseils jusqu’à  maintenant alors je cherche toujours. Ce que je ne veux surtout pas faire c´est porter mon effort sur de mauvais projets et malheureusement il y en a beaucoup trop.

    En ce moment, les soutiens à l´humanitaire et aux projets en général sont devenus extrêmement difficiles. C´est un pays magnifique à bien des égards mais il faut être très créatif en ce moment au Portugal. Je ne sais pas quand mais je suis sûre que je travaillerai professionnellement dans l´humanitaire un jour car je ne peux pas rester sans rien faire pendant que la misère et l´injustice rôdent partout. Pour ça il faut me munir de connaissances pour pouvoir combattre ceux qui prétendent détenir le savoir, pour l’acquérir et le mettre au service de ceux qui sont moins protégés.

     

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    DLC : Venons-en, si vous le voulez bien, à votre carrière artistique. Adolescente, vous regagnez (peut-être avec soulagement, ai-je lu) le Portugal. Etiez-vous soulagée de quitter la France ? Là, vous chantez au sein d’un groupe rock gothique vos révoltes adolescentes et vos espérances. Comment s’appelait ce premier groupe ? Cette révolte par le chant, par la musique, était-elle pour vous une nécessité vitale, une manière résolue de prendre position ? 

     

    RD : Soulagée de quitter la France ? Non, c´est un peu trop fort. Je me rappelle de n´avoir même pas discuté cette décision quand on a déménagé ici pour de bon, j´ai fait confiance à mes parents mais à Rouen aussi j´ai été heureuse. La vie ici paraissait plus jolie et je suis une fille du soleil. La vie est peut-être, au niveau économique, plus dure, et en France j´aurais peut-être eu d´autres chances. C´est après un certain temps que j´ai eu du mal à m´adapter à cette petite ville, pas à une nouvelle culture, mais à grandir peut-être dans ce milieu si standardisé et petit. Il n´y avait aucun cours qui me plaisait, pas de matières au niveau des arts, rien, que des trucs très ennuyeux. Heureusement pour moi, Cardilvm me sauvait au bon moment. J´ai fait des concerts et on a enregistré des maquettes pendant 3 ou 4 ans, on a grandi ensemble.  J´ai fait mes changements de voix pendant le temps que j´étais avec eux, eux, ils apprenaient à conduire. J´ai grandi en écoutant des trucs très dark  comme Joy Division, Bauhaus ou Fields of The Nephilim. Ça a été pour moi une période très fertile parce qu´ils étaient de 4 ans plus âgés que moi et ils avaient en commun des idéaux communistes et très rebelles. Nos chansons étaient déguisées en poésie, soutenues par un style vraiment bizarre à l´époque puisque elles servaient notre contestation en même temps qu´elles évoquaient les douleurs, la peine, l´incompréhension qu´on éprouvait. Cela nous calmait. La musique avait une âme géante à l´époque. J´ai envie de regagner cette âme géante á nouveau mais je suis beaucoup plus exigeante. Je n´ai pas encore trouvé la bonne équipe. Ça fait longtemps que je ne chante pas et j´ai toujours des chansons qui attendent de voir le jour mais tant que ça ne fait pas de sens, je préfère ne pas chanter plutôt que de faire n´importe quoi.

     

    DLC : On sent chez vous un grand intérêt culturel, une passion pour la culture, une soif d’apprendre, une curiosité pour le monde. J’ai lu avec intérêt que vous aimez Charles Baudelaire, Marcel Proust, Marguerite Duras. Pouvez-vous nous dire quelques mots à ce propos ?

     

    a rita a.jpgRD : Il est peut-être plus facile de nommer les choses auxquelles je ne m´intéresse pas… Je m´intéresse á beaucoup de choses vraiment. Je fais toujours un effort pour me concentrer sur un nombre limité de choses parce que j´ai tendance à me disperser très facilement. Cela m´arrive avec les bouquins. Il est rare que je termine un livre ou mieux, quand je le fais, je lis plusieurs ouvrages à la fois. Je lis en ce moment « Mon intime conviction » de Tariq Ramadan, « La tragédie » de Mano Dayak et Pepetela, un auteur angolais. Je fouille presque tous les soirs à chercher des articles pour le site Buala. (Ndlr. : Buala, cultura contemporânea africana, http://www.buala.org/pt )  Cette soif d´apprendre est une conséquence de cette recherche personnelle. J´aimerais beaucoup un jour dire que j´ai trouvé ma place mais tant que je ne l´ai pas trouvée, je continue à chercher. Ce qui est plus épuisant c´est que la société généralement nous impose le poids d´être comme les autres, de se poser tranquillement. Il faut en plus mener tout un combat contre ça. Il  y a un essai que j´ai beaucoup aimé, d’un auteur libanais qui vit en France, Amin Maalouf et qui m´a éblouie par sa façon de voir le sujet de l´identité… Dans « Les Identités meurtrières »  il écrit à propos de chacune de nos appartenances, ce composite qui nous complète et qui fait de nous une personne unique, sans jamais nous réduire à une seule identité. Les identités deviennent meurtrières quand elles opposent « Nous » aux « Autres » et c´est cela, je le comprends, que j’ai fui dès mon enfance parce que je l´ai senti, éprouvé dans la peau. Aujourd´hui je n´ai plus la patience de mener mon combat de l´identité à chaque nouveau discours, c´est trop épuisant. Je souhaite le faire d´une façon plus subliminale et j´évite aussi d’être si intense à ce sujet.

     

    DLC : De retour au Portugal, après votre période rock, vous découvrez le fado. Est-ce que ce chant mélancolique faisait retentir quelque chose de profond, d’intime en vous ? Est-ce que vous avez immédiatement identifié dans le fado une de vos fibres intérieures ?

     

    RD : J´ai compris très tôt que le fado faisait partie de moi mais que je ne ferais jamais du fado professionnellement. J´ai toujours besoin d´écouter plus d´instruments que la guitare d´accompagnement et la guitare portugaise. Les chansons aussi se terminent toujours de la même façon et j´ai toujours envie d´écouter de la percussion ou autre. C´est une très belle et unique expérience mais, à la maison, nous écoutions beaucoup la musique d´Amérique du Sud, argentine et mexicaine surtout, et la chanson française : Aznavour, Brassens, Moustaki et Brel. J´aime la musique révolutionnaire de n´importe quel pays mais il me faut connaitre les histoires derrière. Du Gospel et plus particulièrement les negro-spirituals, Victor Jara, Violeta Parra, Zeca Afonso, José Mario Branco etc.  Alors oui, j´ai une tendance particulière à écouter des musiques nostalgiques, de Chavela Vargas à Mercedes Souza, du fado à la morna du Cap-Vert, les chants mandingues. Après j´apprécie énormément la musique gypsy ou tzigane que ce soit de l´Europe de l´Est, de l´Espagne ou des Indiens du Rajasthan. Le Fado est une de mes fibres intérieures mais ces fibres sont faites surtout de moi alors j´essaye de les identifier, de les nommer et de les connaitre une à une. C´est un processus lent mais tellement enrichissant. Dans ce chemin vers la découverte on connait des personnes d´autres cultures ou avec d´autres abords qui nous apportent une autre vision et je suis toujours ravie quand cela arrive.

     

     DLC : Peut-on penser que le fado est une sorte de blues ibérique ? Vous percevez, ai-je lu, une parenté entre le fado et certains chants berbères ? A la longue, vous allez vous écarter un peu du fado. Pourquoi ?

     

    RD : Je ne suis pas très bonne à soutenir des catégorisations pareilles. Le blues c´est très spécial, c´est plus posé je pense. Mais c´est vous le spécialiste du blues alors dites-moi vous-même. (Rires). Le fado est très dramatique, en général, ça ne vous repose pas du tout, ça vous choque, ça vous émotionne. Je m´écarterai toujours du fado traditionnel parce que cette tradition, - même si j´ai grandi avec -, je ne pourrai jamais me l´imposer de cette façon. J´ai besoin de mon histoire entière et de mes appartenances. Quand je pense au fado, au flamenco et aux chants de l´Afrique du Nord, j´imagine souvent un triangle et je me demande à quelle époque et comment les différents styles se sont séparés les uns des autres parce que il est plus qu´évident qu´ils ont  beaucoup de choses en commun.

     

    a rita b.jpgDLC : Votre polyglottisme (français, portugais, espagnol, arabe, anglais et vous avez le projet de vous intéresser à d’autres langues encore) est-il une sorte de clé qui vous ouvre le monde ? N’êtes-vous pas une sorte de magnifique (je m’étonne que les Français ne s’en soient pas rendu compte) carrefour d’humanité(s), le point de rencontre d’un ensemble d’intelligences et de sensibilités ?

     

    RD : Pour l´instant je ne parle que le français, le portugais, le créole du Cap-Vert, l’espagnol et l’anglais. J´ai commencé à étudier l´arabe mais je n´avais plus le temps. L´arabe classique est magnifique. Si je pouvais, je passerais ma vie à apprendre les langues. Les langues berbères du Tamazgha (Nord Afrique), le hindi, le roumain me passionnent. C´est une vrai richesse, une langue. Que ce soit pour un abord superficiel ou pour aller à fond dans une culture, on doit s´intéresser à la langue. Une langue saisit en elle beaucoup d´informations et de codes qui lui sont uniques et qui traduisent la culture et les gens.

     

    DLC : Pouvez-vous nous parler de votre aventure musicale au sein du groupe Touareg "Tinariwen", de votre duo avec Hassan ?

     

    RD : Le duo dont Hadjira a parlé, une journaliste algérienne d´origine berbère, c´était juste une jam session improvisée que j´avais faite avec les Tinariwen à l’occasion de leur passage au  Portugal. J´ai essayé de mélanger des airs de fado avec les mélodies de blues touareg et ça collait bien. Enfin, rien de sérieux. Ce sont des gens très orgueilleux de leur culture et j´essaye d´apprendre un peu le tamasheq (la langue) et le tifinagh (alphabet qui date environ du VI siècle av. J.C) chaque fois qu´ils passent ici. C´est une culture admirable et très noble, ils ont toujours les valeurs des anciens guerriers et la femme jouit chez eux d´un statut unique en Afrique. L´homme et la femme tamasheqs ou touaregs sont égaux en droits et c´est elle la gardienne de la culture, elle la préserve dans l´oralité à travers les chants et une guitare monocorde : le imzad. Par contre, ce sont les hommes les danseurs. Incroyable, non ? Aller au Mali et au Niger fait partie de mes rêves, je suis consciente que ce que je raconte n´est pas réaliste, je suis consciente aussi des mutations, la vie a beaucoup changé pour eux, les nomades se sont sédentarisés, les jeunes n´habitent plus dans des campements et vont à la disco la nuit, portant des jeans. Mais néanmoins il y a toujours des femmes et des hommes sages qui me raconteront des histoires autour du feu parce que ceux qui détiennent la culture originelle existent toujours ...

     

    DLC : Je suis assez intrigué par un aspect de votre carrière artistique. Vous vous lancez dans le gospel. Percevez-vous le gospel, à l’instar du fado, comme l’une de vos racines ? Ensuite vous vous investissez dans le slogan publicitaire et les programmes d’humour. Pouvez-vous évoquer ces aspects de votre carrière ?

     

    RD : Le Gospel ne fait pas partie de mes racines du tout. Je l´ai adopté pendant un certain temps. Je trouvais ça merveilleux de chanter en chorale et les chansons étaient si puissantes que j´ai voulu essayer. De la même façon que je me suis intéressée au judaïsme, que j´ai fréquenté la mosquée de Lisbonne, je me suis aussi intéressée à l´Eglise Evangéliste parce que la chorale répétait dans une église. Le côté spirituel me manquait aussi et donc je me suis investie dans différentes expériences religieuses pendant un certain temps mais j´ai vite compris que mon chemin c´est moi-même, c´est ma petite voix à l´intérieur.

    Pour moi, à la fin, elles parlent toutes de la même chose sauf qu’elles le font de façons différentes.

    La connaissance de ma voix a été toujours un sujet délicat et quand je suis venue à la capitale, j´ai fait pas mal de différentes choses. Les locutions, la musique africaine, le gospel, tout a été un ensemble de découvertes. J´aimais sentir ma voix dans différentes ambiances et écouter comment elle se plaçait dans ces différents contextes. Quand j´ai fait des locutions et le programme d´humour, je trouvais très amusant ce côté d´interprétation qu´il fallait donner. J´avais 18 ou 19 ans à l´époque et je découvrais à la fois ma voix parlée et, quand j´enregistré différentes choses en tant que choriste, je découvrais ma voix au micro et je trouvais ça magique. J´aimais bien jouer le caméléon avec ma voix. Ça m´amusait.

     

    a rita c.jpgDLC : En 2008, vous intégrez la prestigieuse formation Madredeus & a Banda Cosmica. Cette belle aventure durera jusqu’en 2010. Comment avez-vous vécu cette collaboration couronnée par deux albums Metafonia (2008) , A Nova Aurora (2009), Castelos na Areia  (2010) ? 

     

    RD : Ça a été la plus belle expérience musicale. Je pense que ça doit être un peu partout pareil dans le monde mais il n´est pas toujours facile de gérer une carrière dans les arts et payer ses comptes. C´est un équilibre très difficile : avoir du temps pour développer ses projets tout en arrivant à vivre moyennement. Faire de la musique a 100% et dépendre d´elle uniquement cela veut dire, dans la plupart des cas, faire un peu de tout jusqu´à un moment où on devient esclave de la musique. Ça je ne l´ai jamais fait. Pour moi, la musique se doit d´avoir un cœur et une âme libres. Pendant presque 2 ans j´ai pu faire de la musique sans le moindre souci et je suis chanceuse d’avoir vécu cette aventure. Ils ont été pionniers à une époque où pour faire de la musique portugaise il fallait faire du Fado. Ce n´était pas du rock ou autre, c´était de la musique portugaise autre que du Fado… Chose énorme et jamais vue ! Ils sont toujours le plus international des groupes portugais,  jamais un groupe n´a connu autant de succès, à part Amália Rodrigues, la diva du Fado. J´ai commencé à chanter « par-dessus » les disques de Madredeus à l´âge de 15 ans et 15 ans après, je réalise un rêve. Quand on m´a dit que le groupe faisait des auditions pour une nouvelle chanteuse, j´étais révoltée car je n´imaginais pas une autre chanteuse que l´originale mais je me suis dit que s’il fallait qu´il y en ait une autre que Tereza, cela pouvait être moi. Alors j´ai passé l´audition et je suis restée.

    Même si il existe une rupture avec l´ancien style et ce que nous avons fait en tant que « Madredeus & a Banda Cósmica » au long des 3 albums, je ne regretterai jamais mon choix car j´ai énormément appris et j´ai pu rencontrer pendant le travail et hors du travail d’excellents compositeurs et des êtres humains incroyablement intéressants tels que Pedro Ayres Magalhães et Carlos Maria Trindade. Je veux dire non seulement que leur talent était pour moi évident mais que j´étais dépassée à chaque fois par leurs histoires de vie et la vision qu´ils avaient des choses. Pour tout cela je leur suis extrêmement reconnaissante. Pour  ces deux années d´apprentissage et sans soucis durant lesquelles, en plus, je me découvrais en tant que chanteuse solo. Un vrai rêve.

     

    a rita d.jpgDLC : Quelle tournure va prendre aujourd’hui votre aventure artistique ? Sous quelle forme allez-vous prendre un nouvel élan ?

     

    RD : C’est juste une question de temps pour moi pour finalement faire la musique que j´aime. Je n´ai jamais fait de bonnes rencontres dans le sens où les personnes que je rencontrais ne comprenaient pas exactement ce que je voulais dire. Maintenant je sais pourquoi, c´est parce que je ne dépends que de moi…J´ai toujours attendu le parfait musicien, le parfait duo mais je pense que je n´attendais que moi. C´est moi qui vais décider et c´est pour cela que j´apprends le piano. Encore une fois, je ferai de la musique pour mon plaisir, comme une façon d´exprimer les choses que je n´arrive pas à dire et je ne m´attends absolument à rien puisque j´aurai toujours une carrière parallèle, je préfère comme ça. J´aime la musique mais j´aime aussi les études. C´est inimaginable de vivre sans musique mais c´est également impossible de vivre sans savoir. J´ai beau aller à la saveur du vent, traîner un peu partout, tomber et me relever, je suis sereine quant à ce que je ferai musicalement. Je ne peux pas vous dire á quoi ressembleront mes chansons parce que elles parleront elles-mêmes quand le temps viendra et pour l´instant elles ne disent rien. En ce moment, je m´investis beaucoup dans ma vie académique et parfois j´ai la sensation de tourner le dos à la musique. Cela fait presque deux ans que je n´ai pas un rythme sérieux mais j´ai eu vraiment besoin de finir une chose que j´avais commencée et je suis très contente de cette décision : terminer cette année ma licence universitaire et mon stage. J´ai tellement aimé cette nouvelle étape que j´ai vraiment soif de trouver un master qui me conviendra. Je finirai en juin. J´ai des chansons qui attendent de voir le jour, des chansons que j´ai écrites moi-même et auxquelles je fais vraiment confiance mais ce n´est pas encore le bon moment. En fait, je dis que je ne fais plus de musique en ce moment mais c´est faux, je travaille quand même un peu. Je ne me prends pas au sérieux, je suis un peu lente mais tout de même les chansons arrivent sans le moindre effort quand je suis plus posée. Mais comme ces derniers temps je sors tôt le matin et je ne reviens que tard la nuit, ces moments sont rares. Quand ces moments arrivent par contre, je laisse mon instinct faire tout, les mélodies débarquent seules dans mon imaginaire et moi je n´ai qu´à enregistrer les idées. Je veux avec le temps me permettre d´être plus indépendante au niveau musical, c´est une des choses que je dois accomplir au plus vite.

    (Interview Rita Damazio, entre Lisbonne, Portugal, et Anthée, Belgique – le 6 mars 2011) - Toutes les photographies sont la propriété de Rita Damazio.

     

    Pour écouter la chanteuse, voici quelques adresses, parmi tant d'autres :

    http://www.youtube.com/watch?v=mELKc0EYyQU

    http://www.youtube.com/watch?v=88K0WcSQHxg

    http://www.youtube.com/watch?v=8YwyfCcSSvc

    http://www.youtube.com/watch?v=_2Lx-mUrjPo

     

  • Robert Henri

    Robert HENRI

     

    Je ne sais plus exactement quelle œuvre (Salomé ou un nu) a décidé de mon engouement pour Robert Henri. Il se pourrait que ce fût un nu, oui, le portrait de Doris Trautman, oui, c’est lui. (Doris Trautman à gauche, Salomé à droite). La difficulté à préciser l’œuvre de rencontre tient en ceci que chaque rencontre avec l’œuvre d’Henri a renouvelé mon engouement pour le peintre américain et a suscité en moi une sorte de choc émotionnel. Aux Etats-Unis, Henri a été l’un des plus influents professeurs d’art du début du vingtième siècle.

    « Durant une vie extrêmement active en tant qu’artiste, Henri a exercé une considérable influence comme portraitiste. Une œuvre comme « Himself » (1913) révèle l’aisance de son coup de brosse, sa vivante palette et son aptitude à saisir les gestes fugitifs et les expressions ».

    Ce qui m’exalte dans l’œuvre de l’Américain, c’est moins la virtuosité (qui n’est pas sa préoccupation essentielle), que l’art de saisir l’essentiel, le sentiment projeté, l’art habile de saisir une ambiance et d’en fixer l’essence et le nerf. Il y a dans son réalisme l’évidente marque d’une humanité sensible et généreuse. Il y a dans cette peinture originale et indépendante un intérêt pour l’humanité qui me touche et me plaît.

    Henri est né à Cincinnati le 25 juin 1865. Il se forme à la Pennsylvania Academy of Fine Arts de Philadelphie, où il est l’élève de Thomas Pollock Anshutz, un peintre naturaliste américain. En 1888, il suit à Paris, à l’Académie Julian les cours de William Bouguereau,  à qui l’on doit des œuvres académiques comme La Naissance de Vénus (1879), La Danse (1856) ou Le Retour du printemps (1886). Notons au passage que l’Académie Julian a accueilli des artistes comme ceux que l’on appelait les Nabis, - en hébreu, nabi signifie « intellectuel » -, parmi lesquels on citera Sérusier, Bonnard, Cazalis ou Vuillard. Elle a également contribué à la formation d’un grand nombre de peintres décisifs comme Albert André, Léon Bakst, Dubuffet, Duchamp ou Henri Matisse.

    Henri manifesta un réel intérêt pour l’impressionnisme et fut admis à l’Ecole des Beaux-arts, section peinture, la prestigieuse école fondée en 1682 et célèbre à travers le monde. A la même époque, Henri voyage, se rend en Italie, en Grande-Bretagne.

    En 1891, Henri quitte l’Europe et regagne la ville de Philadelphie où il suit les cours de Robert Vonnoh. Robert William Vonnoh (1858-1933) est un peintre impressionniste américain connu pour ses portraits et ses paysages. Lui aussi a étudié à Paris, à l’Académie Julian.

    En 1892, Henri inaugure sa carrière de professeur dans un collège fondé en 1848 à Philadelphie, le Philadelphia School of Design for Women. Il partage ensuite son temps entre Philadephie et Paris. C’est à Paris qu’il rencontre James Wilson Morrice, l’un des grands peintres canadiens, selon le peintre et auteur John Lyman, « le premier peintre canadien à se rattacher à une tradition vivante ». Morrice fera la connaissance d’artistes comme Matisse ou Abbott qui auront une influence sur son parcours artistique.

          

    En 1898, Henri épouse Linda Craige qui était une de ses étudiantes américaines. En 1899, quatre travaux d’Henri sont acceptés au prestigieux salon du Champ-de-Mars. Le gouvernement français acquiert sa toile intitulée « La Neige » pour la Galerie Luxembourg à Paris. Ceci contribue à l’essor de sa renommée en Europe et aux Etats-Unis. En 1905, son épouse décède après une longue suite de maladies. Trois ans plus tard, il épouse une autre de ses élèves originaire d’Irlande, Marjorie Organ.

    En 1902, Robert Henri est engagé comme enseignant à la New York School of Art, fondée en 1896 par le peintre impressionniste William Merritt Chase. Là, Henri aura quelques élèves prestigieux : Edward Hopper, Rockwell Kent, Georges Wesley Bellows, Norman Raeben et Stuart Davis.  

    Henri fait partie de l’Ash Can School, (littéralement « école de la poubelle »), mouvement américain de peinture réaliste. Henri fédère le groupe des Eight avec des artistes aussi divers que Arthur B. Davies (un artiste avant-gardiste, peintre, mécène, organisateur d’événements, 1863-1928), l’aquarelliste postimpressionniste Maurice Prendergast (1850-1924), Ernest Lawson, peintre américano-canadien situé à mi-chemin de l’impressionnisme et du réalisme (1873-1939), William Glackens, peintre américain lui aussi partagé entre le réalisme et l’impressionnisme (1870-1938), Everett Shinn, peintre réaliste américain (1876-1953), John French Sloan, artiste-peintre et illustrateur américain (1871-1951) et George Luks, lui aussi artiste-peintre et illustrateur.

           

    En 1911, Robert Henri est fortement marqué par sa rencontre avec l’anarchiste Emma Goldman. Goldamn est une anarchiste russe d’origine juive, elle est connue pour ses écrits et discours radicaux libertaires et féministes (1869-1940). Emma Goldman propose à Henri de créer la Modern School dans le cadre du Centre Ferrer de New York. Henri y enseignera, en alternance avec Bellows, jusqu’en 1918. Dans le cadre de ces cours, Robert Henri eut pour élève des gens comme Man Ray ou Léon Trotski qui, durant son exil, étudia la peinture.

    En 1923, Robert Henri publie un ouvrage dans lequel il consigne ses théories et qui contribue aujourd’hui encore à sa notoriété : The Art Spirit.

                      

    Sources :

    http://www.all-art.org/art_20th_century/henri1.html

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Henri

    http://en.wikipedia.org/wiki/Robert_Vonnoh

    http://www.achill247.com/artists/roberthenri.html    

    http://en.wikipedia.org/wiki/Arthur_Bowen_Davies

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Emma_Goldman

     

    Quelques éléments à consulter :

    http://www.artactif.com/lexique/183/ashcan_school_histoire_art_mouvement_artistique_peintre_peinture_realiste.htm

  • A Walk For Lhasa

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    Ces 25, 26 et 27 avril 2012, le Printemps de Bourges rendait hommage à notre favorite au cours d'un hommage intitulé "A Walk For Lhasa", donné à trois reprises sur la scène du Théâtre Jacques Coeur. Les trois soeurs circassiennes de Lhasa, Sky, Miriam et Ayin (qui sont à l'origine du titre de cet hommage), proposaient une marche chorégraphiée, une ronde, un chant a cappella, créant, ai-je lu, de grands moments d'intensité émotionnelle, une "atmosphère chaleureuse et magique".  A leurs côtés, on trouvait Arthur H, Patrick Watson, Sonia Wieder-Atherton, les Barr Brothers, L, Emily Loizeau, et Alejandra Ribera. A l'arrière-plan, Lhasa apparaît en image, sa voix parle de la mort, du début de quelque chose d'autre. Selon toutes les sources que j'ai consultées, l'événement est heureux, beau à voir et à entendre, un frisson l'habite et le transcende. "A la fin de la dernière chanson, peut-on lire dans le journal Ouest-France, ses soeurs s'assoient en cercle et jouent, comme elles le faisaient petites filles, à se taper dans les mains. Elles lèvent les paumes vers le ciel en communion : l'absente est là".

    http://edition2012.printemps-bourges.com/fr/programme/a-walk-for-lhasa.php

    Quelques mots des soeurs de Sela prélevés in http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Musique.-Le-Printemps-de-Bourges-rend-hommage-a-Lhasa-[video]_3724-2070703_actu.Htm

    « On a grandi avec Lhasa, mais sa musique était son autre vie. Et on l’a finalement moins partagée que si on avait su qu’on allait la perdre. On a l’impression de la connaître un petit peu mieux à travers ces musiciens », raconte Sky de Sela. Ses trois sœurs, à l’air de famille indéniable, dressent le portrait d’une femme à la personnalité affirmée, dès son enfance itinérante dans une famille bohème où elle était entourée de huit frères et sœurs. « Depuis toute petite, elle fredonnait, elle écrivait des poèmes, elle était très dramatique par rapport à des histoires de petite fille », raconte Ayin de Sela. « Elle avait quelque chose de singulier, il fallait qu’elle prenne une distance par rapport à notre grande famille. C’était une soliste par sa nature et son besoin de s’exprimer », poursuit-elle.

    Vous pouvez écouter le spectacle retransmis par France Inter (avec des interviews des soeurs, des Barr Brothers, de Patrick Watson, etc.) 

    http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=325029

    Lire aussi : http://www.obiwi.fr/culture/musiques/94301-printemps-de-bourges-a-walk-for-lhasa
     
    ALEJANDRA RIBERA
     
    Pour ceux qui ne connaissent pas l'extraordinaire Alejandra Ribera, voici de quoi rencontrer ce merveilleux personnage à la voix inédite :
    http://www.youtube.com/watch?v=y9US7X6iBpM&feature=related
    http://www.youtube.com/watch?v=dqAw5SpKURU&feature=related
    http://www.youtube.com/watch?v=7kfcTHQ8dB8
    Voir son site : www.alejandraribera.com
  • Lhasa de Sela sur Run 88.1 - Le Scaphandrier Bicéphale

    Deux éditions spéciales consécutives
     
    Autour de Lhasa de Sela
     
    les dimanches 13 mai et 17 juin 2012
     
    entre 16.30 et 18.30
     
    dans Le Scaphandrier Bicéphale
     
    l'émission de Justin et Denys-Louis Colaux
    sur Run 88.1
     
    Suivez nous en direct sur www.run.be
     
    Avec, autour de Lhasa :  ARTHUR H  -  BIA KRIEGER  -  EDEN SELA  - EMILY LOIZEAU  -  THE BARR BROTHERS  -  ESMERINE  -  NICOLAS JAAR  -  IBRAHIM MAALOUF  -  PATRICK WATSON  -  STUART STAPLES
     

    Mais aussi le groupe CINEMATIC ORCHESTRA et l'excellente formation  BRATSCH qui chante avec LHASA le poignant "Nié Bouditié"

    http://www.youtube.com/watch?gl=BE&feature=related&v=K80m3tr1gys

  • Fièvres (Collaboration P. Bousseau - D.-L. Colaux)

    Fièvres

    Philippe Bousseau (photographies)

    Denys-Louis Colaux (textes)

    Textes et images sont la propriété des auteurs

    http://www.philippe-bousseau.com/

     

    Sanction Immédiate 

     

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    Il se trouvait des mots dont, en sa présence, il valait mieux qu’on n’usât pas. Fût-ce avec l’air de plaisanter. Sa Majesté se mettait instantanément à feuler, à darder les ongles, à adopter les poses d’attaque d’un cobra en rage. De stridentes flûtées d’air lui fusaient à l’arceau des narines, et du fond de la gorge, dans un crispant rissolement sonore et rauque, montait une sorte d’inquiétant braiment de faunesse en fureur. Des velléités de vampirisme offensif  lui venaient à l’émail des dents, au cercle pourpre de la bouche. Dans son œil magnifique passaient, tranchantes et électriques, des résolutions de chasseresse, des lames de hachoir et des intentions pavées d’enfer.

    Tout cela, ce balai de foudres féminines, advenait sans que jamais la Magnifique ne commît sa beauté. Si, éberlué et épouvanté, je n’avais été saisi de tremblements, j’eusse affirmé que la virulente éruption de sa colère exhaussait la splendeur de la créature. J’ai à cœur de prétendre qu’il faut, pour peu qu’on ait le goût des sensations extrêmes et le désir de deviner les secrètes abîmes où la femme se tient embusquée, avoir une fois au moins dans sa vie affronté, au péril de son équilibre psychique, le spectacle ahurissant et sublime de ce bouillonnement total.

    Les mots qu’il fallait impérativement qu’on proscrivît ? Je me retourne, je scrute prudemment les alentours avant de les retranscrire : harem, gynécée, sérail. J’en aimais jadis, attendri et aguiché par d’équivoques voluptés masculines, la suave sonorité. Je n’y pense aujourd’hui plus que comme aux infects lambeaux d’une peste morale que je conspue sans repos.