Fièvres 4 (Bousseau-Colaux)

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Coco Baronne

 

Je ne sais à peu près rien de plus incongru, de plus consternant que cette regrettable race d’imbéciles qui vouent aux femmes, conçus sous l’action d’une repoussante pression séminale, une sorte de furieux culte aveugle et un irrépressible sentiment d’amour global et immodéré. Aimer les femmes est un vice de troglodyte. A l’instar du très disparate et peu engageant peuple des hommes, le peuple des femmes est parsemé de grues, d’ordures, de performantes crapules, de dondons insalubres, d’outres obscènes et de cancrelats infects.

C’est ce que, épris d’équité et engagé jusqu’à la garde dans la violente dénonciation de tous les errements sentimentaux, je claironnais il y a quelques jours encore à tous les coins de rues, sous tous les balcons.

Choc sismique, j’entrevis Coco Baronne qui scinda immédiatement ma vie en deux fragments nets : avant elle, après elle.

Avant elle, j’étais une bourrique, une clenche, un forgeron en nage, une pantoufle, un méchant roquet. Maintenant, me voilà une irrésolue toupie qui tourne dans le manège de sa raide dingue exaltation. Coco-la-divine a fait de moi, en un distingué claquement de doigts, une faramineuse, une incontrôlable et girouettante panoplie de types bariolés et contradictoires. Me voilà, humant la cime de sa coiffe baroque, un voletant muscadin en poudre. Je suis toute délicatesse, mouchoirs parfumés, génuflexions. Qu’elle avance la gourmande moue de sa bouche d’agnelle et recta, à la seconde, je suis un Priape en protubérante fête, en faramineuse proue. Je suis tout primate, afflux de sang, dilatations et protubérances. Qu’elle penche la tête en portant loin de moi ses noires prunelles d’octobre et, sans délai, me voilà orphelin de père et de mère et de toute espérance, veuf accablé qui cherche un moyen d’en finir avec sa décrépitude, me voilà raclure d’être, sinistre gueux qui quête sous la table le réconfort d’un quignon. Je suis toute déconfiture, moût d’homme, rat de laboratoire. Qu’elle croise sur son sein blanc ses longues mains de claveciniste, et, zou !, dans l’immédiate foulée, j’ai l’âme radicalement musicalisée, percalisée de musique, j’ai l’âme qui part en foyers aromatiques, toutes ses résines se consument et rissolent, je balance tous azimuts des encensoirs étincelants. Je suis toute célébration, derviche en désorientée rotation, petite chose radicalement nue et spirituelle.

Et, dans cet étoilement qui ne cesse de renouveler ses formes, dans cette giration déconcertée, je sens chauffer, bouillir et fumer l’essieu de ma vie.

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