Brassens (partie 6)

http://www.youtube.com/watch?v=75sruWulOP4
http://www.youtube.com/watch?v=qwckm5TqxjY
http://www.youtube.com/watch?v=MP7hAzHmn1k
http://www.youtube.com/watch?v=jz2HmxKUI5Y
http://www.youtube.com/watch?v=03t8GA62vH0

 

André aimait Brassens, c’est sur cette admiration commune qu’ont eu lieu nos premières rencontres et que s’est fondée ensuite notre amitié. Brassens aime à revisiter les mythes. C’est amusant ce qu’il fait de celui du Burlador, une sorte de saint libidineux qui aime à séduire et à contenter les plus vilaines. Mais derrière la farce, dans la coulée, deux ou trois choses essentielles se disent. Là, tout de suite, de Brassens, nous écoutons « Don Juan ».

Brassens, et il entre un peu de coquetterie et de pudeur tout à la fois dans sa réaction, n’aimait guère qu’on parlât à son propos d’une œuvre. Ce mot sent le monument, affirmait-il. Nul doute, il y a du modeste en lui. Nul doute qu’il y a aussi quelqu’un qui a conscience de son impact, même s’il ne s’en glorifie jamais, même s’il ne déroge jamais aux lois de son humilité souriante. Fallet évoquait ainsi, avec une pointe d’humour, la tête de Brassens en début de carrière : « Staline, Orson Welles, bûcheron calabrais, Wisigoth et paire de moustaches ».  On écoute tout cela dans l’admirable et triste « Cupidon s’en fout ».

a brassas 1.jpg

Brassens écrivait Pierre Desproges est un vaccin contre la connerie. Dans ses Lettres à Toussenot, 1946-1950, publié chez Textuel, Brassens, qui est encore parfaitement anonyme, a cette belle formule : « Je suis né pour fumer la pipe et mesurer la vanité de tout ».  Mais il ajoute : « Un jour, je vendrai des chansons. Ne crains rien, je mettrai dedans de l’insolite ». Il a incontestablement tenu parole. On écoute « Histoire de Faussaire ».

Au début, le projet initial de Brassens n’était pas de monter sur scène. Ce qu’il souhaitait, c’était écrire des chansons qui seraient interprétées par d’autres. Dieu merci, des gens de la clairvoyance de Patachou chez qui il s’est d’abord produit ont estimé que de telles chansons ne pouvaient être valablement défendues que par leur auteur.

Brassens, artiste à multiples facettes, est définitivement distinct du Gaulois à quoi certains s’ingénient à l’identifier. Certes, il aime la gauloiserie, l’énormité et le raffinement, la grâce, l’élégance. Ici encore, nous allons nous en rendre compte, la légende doit être nuancée. Et notamment la réputation, souvent justifiée, du mangeur de curé doit être revue au travers de ce magnifique hymne qui s’intitule « La Messe au pendu ».

a brassas 2.jpg

Le dénuement brassénien. Brassens, sa guitare, Favreau à la seconde guitare, Pierre Nicolas à la contrebasse. Pas d’orchestration, pas d’arrangement, pas de fioritures. C’est comme une signature. Le dénuement. C’est ce dénuement, par ailleurs, qui rend la musique de Brassens intemporelle, qui la met à l’écart des modes surtout détectables dans les orchestrations et les arrangements.

Notons, pour rendre hommage à ceux qui l’ont escorté, qu’avant Favreau, Brassens a été accompagné, à la seconde guitare par Barthelémy Rosso et Victor Apicella. Réservons une petite place à part à Pierre Nicolas. C’est à partir de 1954, pour son premier Olympia, que Nicolas devient le contrebassiste de Brassens. Leur collaboration ne cessera qu’avec la mort de Brassens. Brassens et Nicolas se sont connus en 1952 chez Patachou, dans son cabaret à Montmartre. Nicolas était contrebassiste dans le groupe de Léo Clarens qui accompagnait la chanteuse. Lorsque Brassens n’était pas sur scène, Nicolas accompagnait notamment Patachou, Barbara, Brel, Trenet ou Francis Lemarque. Nicolas, lors de l’enregistrement des inédits de Brassens, accompagne Jean Bertola. Pierre Nicolas est décédé en janvier 1990.

a brassas 3.jpg

Dénuement, en effet. Brassens a toutefois consenti à une exception avec l’orchestre des Petits français sous la houlette du monumental Moustache. Cette exception, très plaisante, je vous propose de la découvrir tout de suite. C’est l’Elégie à un rat de cave.

Brassens possède l’art de faire jouer à la morale le rôle de l’acrobate et de la contorsionniste. Ici, il fait très subtilement appel à la marmite pour mitonner sa petite recette éthique. Brassens n’est pas un homme du rejet (si l’on excepte les va-t-en-guerre, les patriotards nostalgiques, les corbeaux et les processions) et il a toujours une sympathie naturelle pour les réprouvés, ceux que la bienséance s’autorise à  disqualifier. Par ailleurs, rarement une coda aura été aussi cinglante que celle-ci. « Il s’en fallait de peu, mon cher / Que cette putain ne fût ta mère ». Brassens chante « La Complainte des filles de joie ».

Les commentaires sont fermés.