21/04/2012

Brassens (partie 5)

André Tillieu, intime de Brassens, nous apprend encore qu’outre les poètes qu’il a chantés, Brassens aimait aussi Verhaeren, François Maynard, évidemment Jean de La Fontaine dont les fables furent le dernier livre de chevet, Nerval, Baudelaire, Prudhomme, Apollinaire, Georges Fourest, Tristan Derème ou Jacques Prévert. Bien sûr, c’est une indication, Tillieu ne cherche pas ici à être exhaustif. (Ici, à droite, Brassens et Paul Fort)

Nous vous l’avons dit, nous mettons essentiellement en avant les œuvres moins souvent diffusées. Petit écart, nous diffusons néanmoins le célèbre et très gracieux « Je me suis fait tout petit ».

La chanson qui vient, en raison de la qualité de sa formulation et de son imagier, mérite toute notre estime. De petits prodiges poétiques s’y trouvent déposés comme ce puissant et poétique raccourci : « Est-il encore debout le chêne / Ou le sapin de mon cercueil ? ». Il y a là quelques élégances. Faisant la tombe buissonnière, le personnage de la chanson s’explique : « Je veux partir pour l’autre monde par les chemins des écoliers ». Le chrysanthème effeuillé y est nommé la marguerite des morts. Les images sont extrêmement plaisantes. « Ici-gît une feuille morte, ici finit mon testament ». Georges Brassens chante : « Le Testament »  

C’est tout le problème, quand on a le bonheur de consacrer une édition à un artiste de la trempe de Brassens, d’opérer des choix. Affreux casse-tête. On est hélé de tous côtés. On ne sait où donner de la tête. Entre 1952 et 1976, Brassens compose quatorze albums de chansons. A cela, on ajoutera un album-live enregistré en Grande-Bretagne en 1974. Faisons l’économie des nombreux albums-live posthumes et de l’impressionnante suite de coffrets. Les 14 albums officiels, enregistrés du vivant de l’artiste sont La Mauvaise Réputation, en 1952, Le Vent, en 53, Les Sabots d’Hélène en 1954 , Je me suis fait tout petit en 1956,Oncle Archibald en 57, Le Pornographe en 58, Les Funérailles d’antan en 60, Le temps ne fait rien à l’affaire en 1961, Les Trompettes de la Renommée en 62, Les Copains d’abord en 64, Supplique pour être enterré sur la page de Sète en 66, Misogynie à part en 69, Fernande en 72 et Trompe-la-mort en 76. On pourrait, après cette énumération, se désaltérer un instant dans un petit bistrot parisien. Gaffe, pas d’œillade à la patronne, toute audace est sévèrement punie. On écoute « Le Bistrot »

Brassens, ce dimanche, à la une du Scaphandrier sur Run 88.1. Là, pour brosser un portrait original de Brassens, nous allons recourir à notre ami André Tillieu et à nos archives personnelles.

Il s’agit d’une interview d'André que nous avons réalisée, mon fils Justin et moi, à Uccle, au domicile de l'écrivain, en mai 1996 dans le cadre d’une autre émission radiophonique. Voici comment André peignait au débotté le portrait de son ami Brassens.

« Brassens est un anarchiste, mais tolérant et cette tolérance, ça va tellement loin qu'on s'aperçoit en regardant un petit peu sa chronologie et ses chansons que lui, qui n'était pas communiste, qui détestait somme toute, toute forme de totalitarisme et notamment le communisme (...), et bien, le premier type qu'il met en musique, c'est Aragon avec « Il n'y a pas d'amour heureux ». Et pour faire bonne mesure, il prend la même musique et il la met sur un poème de Francis Jammes qui est un chrétien alors que Brassens n'est pas du tout, du tout un chrétien. Il a cherché Dieu, il est manifeste qu'il l'a cherché, il ne l'a pas trouvé. Dans La Supplique, Brassens écrit : "Quand mon âme aura pris son vol à l'horizon, vers celles de Gavroche et de Mimi Pinson...", ce n'est pas un hasard. Gavroche et Mimi Pinson, ce sont les deux grands pôles de l'oeuvre brassénien ou brassénienne, comme on veut. D'un côté Gavroche, la révolte, la non-respectabilité, le côté un peu rebelle de Brassens et de l'autre côté, Mimi Pinson, le côté tendre et romantique. Il y a un côté romantique chez Brassens. Quand vous regardez de près une chanson comme «Le vingt-deux septembre », je m'en fous c'est fini, c'est l'adieu au romantisme mais avec tout l'appareil romantique, les larmes, les ailes qui se rompent, etc.  Mais ça se termine par : "C'est triste de n'être plus triste sans vous". C'est-à-dire que le serpent se mord la queue. La boucle est bouclée, c'est admirable ».

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