29.10.2008

Abord de l'Espace

Le Blues Band LIGHTNIN'BUG sur Classic 21 Blues (émission de Francis Delvaux) le lundi 26 janvier 2009 entre 21.00 et 23.00 - Concert Live dans les studio de la RTBF Mons - Lightnin'Bug, Little Jimmy (alias Don Croissant) et Jean-Pierre Froidebise Trio.

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Notre tout récent coup de coeur littéraire

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Joies, Anne GUILBAULT, roman, XYZ Editeur, collection "Romanichels", Montréal Québec, décembre 2008. Distribution en Europe : www.librairieduquebec.fr

 

Vient de paraître chez XYZ Editeur (collection Romanichels, Montréal, Québec, 2008) le dernier ouvrage en date de la romancière Anne Guilbault. C’est un court roman d’une centaine de pages. Dans le ciel littéraire de cette fin d’année, cette petite pièce raffinée, douloureuse et sensible, construite avec une grande maîtrise, a le scintillement d’une étoile. Un jeune homme (le narrateur) est à la recherche de sa sœur à qui il voue un amour passionné. Profondément affecté, déséquilibré par un drame familial, il fuit l’hôpital psychiatrique où il est soigné pour retrouver Georgie, sa soeur. Georgie, un prénom qui sonne comme celui qui fait pleurer le bluesman dans son chant amoureux et désespéré. Le récit a d’ailleurs, par bien des aspects, l’allure d’un bel et fascinant blues existentiel. Un blues de l’errance dans le monde urbain sordide et hostile, un blues de la quête de lumière, un blues de la nostalgie des « verts paradis des amours enfantines », un blues de la déchirure intime, un long et mélodieux et sauvage blues contre la mort, contre l’aliénation, contre l’enfermement, contre l’effacement, le mutisme et la disparition.

Avant même d’être invité à percevoir les subtils et nombreux nœuds du récit, le lecteur est captivé par l’efficace du style. Anne Guibault a patiemment mis au point une écriture nerveuse, palpitante, poétique, tendue, qui procède en frappes lapidaires, qui accumule les petits bonheurs de formulation, qui s’impose sans emphase dans des paragraphes courts et pantelants. Par les moyens de cette écriture alerte et sensible, de ce lyrisme tout en lueurs, exhaussé d’éclats et de saillies brèves et tranchantes, de ce lyrisme fragile et qui halète, l’auteur nous jette dans le désarroi, dans l’intime subjectivité, dans le pouls même du désordre affectif et mental de son personnage.

Ensuite, le récit, au diapason même des épreuves de son narrateur, dans la complexité de ses hésitantes et problématiques appréhensions du réel, au travers des gouffres et des cimes d’une quête existentielle singulière, dénoue lentement ses secrets, propose prudemment ses révélations, soulève quelques-uns de ses voiles.

Ce livre gigogne qui chante, qui chante douloureusement bien, nous offre en outre une épatante petite galerie de personnages vu au travers du prisme singulier de son narrateur. Chacun d’entre eux semble tirer profit de l’évolution du récit pour gagner en épaisseur, en profondeur, en ambiguïté et en intensité dramatique. Les énigmes successives que propose le récit s’illuminent très lentement à la bougie des événements qui finissent par se dire. Parce que l’ouvrage de Guilbault est aussi une quête de la parole. Une parole qui doit d’abord apprivoiser et dépasser sa forme primaire : l’irrépressible désir de cri.        

Car ce qui séduit encore, c’est l’habileté de la construction de l’œuvre, une habileté et une maîtrise technique qui laissent pourtant s’épanouir une sensibilité poignante. L’œuvre palpite, sans défaillance, douloureusement. Alors, pourquoi ce titre de « Joies » ? Parce que l’œuvre montre la volonté d’une mémoire sans doute grièvement endolorie de recueillir, de célébrer et d’aimer les fleurs du passé, parce qu’elle s’oppose au renoncement, parce qu’elle dit une volonté d’aller au-delà de soi, parce qu’elle se souvient superbement qu’il faut, pour précéder un désastre, qu’un astre se soit levé, parce qu’elle bénit avec de pauvres et superbes mains toutes les acceptions de la passion (amour, désordre & calvaire), parce qu’elle dit une parole et une lucidité reconquises de haute lutte. « Et ça fait un mal fou dans la tête, la joie ». Parce que peut-être le livre évoque ce fragile prodige du salut par la parole. 

Denys-Louis Colaux, 28 décembre 2008

Emission Radiophonique

 

LE TETRAPHONE UNIVERSEL sur Equinoxe Namur 106 - Présentation, programmation et conception : Justin Colaux et Denys-Louis Colaux. Pour découvrir le projet, la nature de l'émission, voir dans nos catégories :  "Le Tétraphone Universel (émission radiophonique)" et "Le Tétraphone Universel (agenda chronologique des émissions)". 

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L'équipe du Tétraphone dans les studios d'Equinoxe Namur 106

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Nora Colaux rallie l'équipage en tant que conceptrice et présentatrice


Vous êtes dans l'espace littéraire et poétique de Denys-Louis Colaux. Il s'agit d'un capharnaüm et d'une brocante toujours en chantier au générique desquels on peut, si l'on cherche, trouver des chroniques, des billets d'humeur, des découvertes & enchantements, des amitiés, complicités & affections, des éblouissements, des bizarreries, de la matière iconographique, un survol de l'oeuvre, des extravagances & bizarreries et quelques autres choses encore de cette disparate nature. 

Colaux signe à Dinant 29 juin 2008 (4)b

Denys-Louis Colaux - Photo : Pascal Nivaille, 29 juin 2008, Dinant

denyslouiscolaux@hotmail.com

LITTERATURE : Anonymes - nouvel ouvrage de DL Colaux aux éditions du Cygne à Paris : visitez la catégorie "Anonymes, DL Colaux (commandez l'ouvrage en librairie ou achetez-le par l'entremise du site de la maison d'édition : toutes les infos dans notre catégorie "Anonymes, DL Colaux")http://www.editionsducygne.com/ (cliquez sur "catalogue littérature", choisissez la collection "Le Chant du Cygne").

Voir nos nouvelles catégories : "séance de dédicaces à Dinant" (29 juin 2008) et "Pascal Nivaille" (photographe : http://pascalnivaille.skynetblogs.be ), projet APAM (artistes haïtiens, art vs injustice : http://pagesperso-orange.fr/apam-haiti )

 

 
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Tentatives photographiques de l'auteur

Funebrarium

 

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Avec KUNDERA

Avec KUNDERA

 "L'humour: l'éclair divin qui découvre le monde dans son ambiguïté morale et l'homme dans son incompétence à juger les autres ; l'humour :  l'ivresse de la relativité des choses humaines ; le plaisir étrange issu de la certitude qu'il n'y a pas de certitude." (Les Testaments trahis)

"Le kitsch, par essence, est la négation absolue de la merde; au sens littéral comme au sens figuré: le kitsch exclut de son champ de vision tout ce que l'existence humaine a d'essentiellement inacceptable. " (L'Insoutenable Légèreté de l'être).


kundera

Dans les affaires de cette nature, mille dangers guettent le commentateur. Braire avec les ânes, trancher sur base d’un sentiment, trouver dans la chose une occasion de faire un sort à sa propre litost, (« la litost est un état tourmentant né du spectacle de notre propre misère soudainement découverte »), hurler avec les loups, sombrer dans le kitsch, se dégager de la mêlée en choisissant la voie du silence, faire preuve d’un prudent désintérêt, défendre par conviction, (s’)innocenter pour la raison que quelqu’un qu’on admire est incapable de se commettre d’une telle façon, prétendre que le génie ne saurait prêter le flanc à de telles insinuations, se réjouir qu’une occurrence puisse laisser entrevoir le faux pas du danseur ou le couac du ténor, établir des similitudes, parler d’autre chose, etc. Mais qu’est-ce, finalement, qu’un commentateur que nul danger ne guetterait ?

Commentons et faisons cocktail de quelques-uns des mille dangers. Selon nous, celui qui est accusé d’avoir dénoncé un jeune compatriote à la police communiste en 1950, est, pour dire les choses sommairement, un des romanciers majeurs du vingtième siècle. Ceci ne le met pas tout à fait à l’abri de la faute. Mais tout de même, la qualité de l’œuvre, - soit qu’elle puisse lui servir de garantie morale, soit qu’elle nous éblouisse -, nous semble plaider en faveur de la dignité de son auteur. Nous n’avons pas avancé. Mais nous avouons que nous rechignons à croire que l’accusation est fondée. Sous l’effet de l’électrochoc du pauvre avec lequel nous nous bottons le train, nous consentons à écrire qu’une telle accusation nous paraît relever de la calomnie. Car oui, il n’a pas suffi d’une accusation pour que notre admiration s’effiloche, pour qu’elle se désintègre à la première alerte. Oui, notre patiente fréquentation de l’œuvre est ancienne et régénérée par d’incessantes relectures. Oui, nos jubilations de lecteur sont vives, profondes, durables. Elles sont imprimées dans notre vie même. Non, jusqu’à présent, on ne nous a rien prouvé. Non, une accusation n’établit pas une culpabilité. Non, le romancier n’a rien reconnu. Il a fermement protesté. Attitude qui ne distingue jamais, ou si rarement, un coupable d’un innocent. Le procès-verbal sur la foi duquel on accuse Kundera n’est pas signé par le romancier. Le document est vieux de près de soixante ans et attendait la providentielle fouille quasiment archéologique d’un journaliste du quotidien Respekt pour prendre l’air et révéler son odieux secret. Avant cela, personne n’avait songé à en faire usage. Avant cela, l’idée de ternir la réputation de Kundera n’était venue à l’esprit de personne. En Tchécoslovaquie, il plaisait à tous et à chacun. Il faisait l’unanimité. Les services secrets (des spécialistes de la destitution et de la falsification) l'adoraient et faisaient à son égard preuve d'une mansuétude et d'une complaisance époustouflantes ! C’est par pure estime qu’après 68 on avait retiré à Kundera son poste d'enseignant à l'Institut Cinématographique de Prague, que ses livres avaient été retirés des librairies et qu’il lui était interdit de publier. C'est par une autre marque d'admiration qu'il avait été déchu de sa nationalité tchèque. Et voici qu'on avait omis, dans ce lynchage, dans ce copieux acharnement, dans cette entreprise de liquidation systématique de mentionner une pièce capable de causer un réel préjudice au romancier ! A qui fera-t-on croire que les bourreaux font des fleurs, qu'ils songent seulement à glorieusement vous élever à la condition de martyr ? A qui fera-t-on croire que, avant l’exhumation de cette pièce, Kundera était sans ennemi, que personne n’avait songé à maculer son aura. La patience et la discrétion de ce document infamant sont remarquables. Le patient document providentiel a-t-il fait, au demeurant, l’objet d’une patiente authentification ? Dirait-on pas qu’on s’ingénie à prendre la lenteur de court ? M’en voudra-t-on de formuler ainsi mon indignation : même un célèbre, un illustre écrivain comme Kundera doit être regardé comme innocent tant que la preuve de sa culpabilité n’a pas été établie.

Une information, assez peu relayée, et diffusée par Maurin Picard, correspondant du Figaro à Vienne, n’apporte-t-elle pas un tout autre son de cloche ? Elle émane de Zdenek Pesat, historien de la littérature tchèque. Pesat se souvient avoir recueilli les confidences de Miroslav Dlask en 1950. « Le petit ami d'Iva Militka lui avait alors déclaré être allé à la police dénoncer Dvoracek. «Sans doute pour éviter à son amie d'être punie pour avoir fréquenté un émigrant voire un agent provocateur», analyse Pesat. » Puisqu’on s’est pris d’affection, au royaume des canards, pour l’insidieux emploi du conditionnel, on ne m’en voudra pas d’affirmer qu’une telle déclaration « disculperait » Kundera. J'évoque le conditionnel quand il faudrait encore distinguer et épingler les fumiers qui, au détriment de toute déontologie, affichaient des gros titres catégoriques et définitifs sur la culpabilité du romancier.  

Les médias, avides des sacrifices pratiqués sur leur autel très particulier, préfèrent la version qui fait scandale, celle qui éclabousse un homme qui s’est constamment tenu à l’écart des chants de leurs sirènes. Des sirènes ? Disons que des poissonnières, familières des remugles de toutes les marées, ont deviné là, avec une élégance  et une objectivité qui n’appartiennent qu’à elles, l’occasion de faire payer à un homme de lettres sa profession de foi en la plus impardonnable des vertus : l’ironie. Il s’est évidemment trouvé quelques seconds couteaux, quelques porte-flingues de la littérature pour leur emboîter le sabot.

Tout de même, je dois écrire que je découvre ce matin, en voyageant dans le monde de l’information, que le témoignage de Pesat est à présent largement répercuté. Et que, pour certains, il ne lave pas Kundera de tout soupçon. Certains qui regardent rétrospectivement les passages de l’œuvre où est évoquée la trahison comme un aveu implicite, voire une quête cathartique. Non content de chercher à piétiner l’homme, on tenterait aussi de foutre son œuvre par-dessus bord. Roman. La grande forme de la prose où l'auteur, à travers des ego expérimentaux (personnages), examine jusqu'au bout quelques thèmes de l'existence. (Kundera, « L’Art du roman »).

Quelques lignes, d’une lettre que Flaubert adresse à Tourgueniev en 1872, me reviennent en mémoire. « J’ai toujours tâché de vivre dans une tour d’ivoire ; mais une marée de merde en bat les murs, à la faire crouler … ».

Il faudrait, ai-je lu en susbtance dans quelques-uns parmi les douzaines d'articles que j'ai consultés, que Kundera prît la chose avec détachement, qu'il la traitât avec son humour si particulier, qu'il la délayât dans ce "plaisir étrange de la certitude qu'il n'y a pas de certitude". On croit rêver : faire oeuvre d'art face aux tueurs. Car oui, c'est bien à une tentative d'assassinat que l'on assiste. Rien de littéraire : la volonté précise d'oblitérer un homme, de le sortir du monde de la littérature, de le traîner dans la rue, de l'exposer aux quolibets, de le disqualifier. Un homme à qui, comme des centaines de milliers de lecteurs anonymes, je me sens profondément attaché. Un homme pour qui mon admiration n'a pas décliné d'un degré. Le sort qu'on cherche à lui faire ne saurait me laisser indifférent. De quelque façon que j'aborde les données de la situation, je ne puis considérer sans un réel écoeurement, sans une violente poussée de colère, sans un profond sentiment d'injustice cette odieuse curée, rendue plus crapuleuse encore par une espèce de jubilation sordide.  Je ne puis percevoir ces furieux abois sans la révoltante impression que les chiens de cette meute cherchent à débusquer autre chose que la vérité des faits.  

Denys-Louis Colaux