29.09.2007
André TILLIEU (2) suite de l'interview
Suite de l'interview d'André Tillieu (Uccle, Mai 1996)

J'aimerais revenir un instant à votre biographie. J'y lisais le superbe épisode de l'avant-première de Fernande.
Oui
Un jour, vous arrivez chez Brassens et, à brûle-pourpoint, il vous balance Fernande qu'il vient de composer. Pouvez-cous évoquer pour nous ce souvenir extraordinaire ?
Oui. J'arrive à Santos-Dumont, je sonne, évidemment, Georges arrive dans un grand sourire, ce sourire qui avait pris des racines. Il me dit : "Monte tout de suite là-haut". Je monte tout de suite la volée d'escaliers, pas le temps d'enlever mon imperméable, il me dit : "Assieds-toi, je vais te faire écouter la dernière chanson que j'ai faite". Il me chante Fernande. Euh ... j'en prends plein la gueule ! Bon. Il me dit : "Ecoute encore". Il me la rechante une deuxième fois. Et puis il me dit : "Tu sais, j'aurais pu le faire comme ça, j'aurais pu faire des arpèges". Et alors, il me fait tadada tadada (Tillieu chante) Mais il dit : "Je préfère ceci" (Tillieu reprend en chantant la "pompe Brassens". Disons le tout net, il chante bien). Et il me la rechante une troisième fois. Alors là, moi, j'avais une nouvelle copine, tout de suite, j'étais content, j'étais heureux. J'ai quand même réussi à enlever mon imper et puis on a parlé de cette chanson. Et l'après-midi, quand des copains sont venus, c'est-à-dire Loulou Bestiou, Mario Poletti, d'autres dont j'ai oublié les noms, il l'a rechantée. Je dois dire qu'il y a la femme d'un des copains qui regardait ça un peu de travers. Comme le jour de la première. Il y avait Gréco, Denise Glaser. Au premier couplet, tout le monde s'est regardé. Et puis après, ça a marché. Mais là, je dois dire, c'est un de mes grands souvenirs. Le lendemain matin, j'ai eu droit à toutes les chansons.
La première du récital !

Juliette Gréco

Denise Glaser

L'ouvrage de Mario Poletti
Eh oui ! Tout le récital. Vous savez, il était gentil. Il me faisait des bandes personnelles. (Tillieu quitte le micro et se rend dans une armoire de laquelle il extrait des bandes-son qu'il nous fait écouter. Nous interrompons un instant l'enregistrement. Tillieu nous fait notamment entendre la bande-son de L'Elégie pour un rat de cave, titre que l'on retrouve, chanté par Brassens, dans Giants of Jazz play Brassens. Sur la bande-son, moment mémorable, superbe, chaleureux, André Tillieu, d'une très belle voix, nous chante la chanson de mémoire, in extenso. Nous possédons ce précieux document).

D'immenses pointures jouent Brassens : Eddie Davis, Harry Dison, Joe Newma, Cat Anderson, Dorothy Donegan

Lionel Hampton, Clark Terry, Henri Salvador

Et ... ce gras du bide de Moustache ...

Clark Terry joue dans le big band de Count Basie 48, en 51 dans l'orchestre de Duke Ellington, puis dans celui de Quincy Jones. Il est le premier musicien noir à entrer dans l'orchestre de NBC. IL co-dirige un quintette avec Bobby Brookmeyer. Une pointure !

La pianiste Dorothy Donegan fut un protégée du prodigieux pinaiste Art Tatum. Entre blues et jazz, son coeur balance, emportant frénétiqement le nôtre. Elle a aussi joué avec Cab Calloway. Elle a mené une grande carrière solo.

Joe Newman, en 41 et 42, joue avec Lionel Hampton. Entre 43 et 47, il sévit dans le big band de Count Basie. En 62, il part en tournée en Russie avec Benny Goodman.

Lionel Hampton : vibraphoniste, percussionniste, pianiste et batteur. Une étoile considérable qui a travaillé avec les plus grands : Louis Armstrong, le quartette du clarinettiste Benny Goodman. Quand il forme son propre orchestre, des éminences viennent s'y produire : Quincy Jones, Art Farmer, Dexter Gordon, Charlie Mingus.
Voilà (reprend Tillieu dès après son interprétation), c'était donc l'arrangement musical de L'Elégie qu'il avait enregistré pour moi sur une bande pour que je puisse chanter pour mon plaisir. Ce que je viens de faire, très mal d'ailleurs.
Oh mais pas du tout, c'était très beau !
Vous savez, je n'avais jamais chanté comme ça. Voilà, c'est dire qu'il était amical, il était gentil, prévenant, il avait des attentions, c'était le parfait honnête homme.
A présent une question à laquelle vous seul probablement pouvez répondre. Il s'agit de savoir comment Brassens considérait le travail sur scène. Est-ce qu'il aimait se produire en public, était-il anxieux avant un récital, une télé?
En réalité, il repoussait au plus loin les exhibitions, les tours de chant, il n'était pas très chaud. Il devait y passer, il savait que pour que ses chansons soient connues il devait aller les présenter au public mais il y avait quelque chose qui le retenait. Mais quand il y était, il entrait vraiment dans la peau de l'interprète et puis il trouvait ça normal. Et il avait du mal quand il avait terminé son tour de chant (après trois mois, quatre mois à Bobino) à rentrer dans la vie quotidienne, dans la vie civile. Mais non, il n'était pas chaud. Il n'avait pas le trac. Il disait : "Je vais me trouver devant des amis donc je peux me gourer, ils me permettent tout, pas d'histoire". Mais un jour il a eu le trac et je l'ai vu. C'était en janvier, je ne sais plus si c'était le 18 ou le 19, je crois que c'est le 18 janvier 72, il devait passer en direct. Pourquoi passait-il en direct ? François Chatel, qui était un producteur d'émissions, lui avait demandé de passer une heure. Or, il craignait la censure. Voilà pourquoi il avait dit : "Je passerai en direct sinon vous allez me sucrer des trucs". Il a donc voulu le direct. (...) Je l'ai vu d'une nervosité sans pareille, me dire des trucs qui trahissaient son émotion. (...) "Si j'avais repris les affaires de mon père, je ne devrais pas aller me présenter devant ces cons ". Et après la soirée, il me disait : "Tu vois, mon public comme il a été !". C'étaient plus des cons, c'était mon public ! Mon public ! Et nous sommes restés jusqu'à six heures du matin à parler du public, et de tas de choses, en décoiffant des bouteilles de bière. Ca fait partie des grands souvenirs, c'est une des nuits qui éblouit ma vie aujourd'hui encore parce qu'il y avait l'amitié, parce qu'il y avait des sentiments qui étaient très vifs, très forts. Voilà. Non, il n'avait pas le trac, en principe. Il faisait ses cordes, il venait deux heures avant son passage. Il avait des cordes métalliques et il les faisait, c'est-à-dire qu'il les assouplissait. Pendant deux heures il jouait, il tirait dessus comme un damné.

Brassens à l'affiche de Bobino avec Mireille en première partie

Brassens à Bobino, décembre 1976. A l'arrière-plan, Pierre Nicolas. Photo : Jean-Jacques Fournier
On a dit qu'au départ Brassens ne souhaitait pas être l'interprète de ses chansons et il y a une espèce de mythe autour du Brassens débutant, agressif avec le public, crachant ...
Non, crachant, non, il ne faut pas exagérer ! Mais disons qu'à certains moments, ça s'est mal passé. Le public n'était pas préparé. Le public s'est trouvé d'un seul coup face aux chansons de Brassens, des chansons complètement dépouillées du point de vue musical, des chansons qui, sur le plan de la langue, étaient tellement différentes des meilleurs auteurs d'avant, sans parler de ceux qui faisaient de la soupe ! Le public s'est trouvé comme des mineurs de fond qui ont fait la grève quinze jours au fond de la mine et qui reviennent à la lumière ! Le public était désarçonné, dérouté, ça a troublé les gens. Ils ne s'attendaient pas à cela. Nous, nous étions contents, c'était notre petite bataille d'Hernani qui était gagnée mais il y en a d'autres qui n'ont pas apprécié. C'était l'époque des Mariano, Tino, André Claveau, avec de grands orchestres derrière. Brassens débarquait avec sa petite guitare et sa basse. Il fallait écouter la mélodie. Avec deux fois rien et une bonne orchestration, on peut faire quelque chose. Là, c'était nu. Une voix, deux instruments. Les orchestres ont parfois pour fonction de boucher les trous de la voix. Ici, il n'y a pas de trou, il ne peut pas y en avoir. Au début, des gens, notamment à l'Ancienne Belgique où il y avait un principe d'abonnements à l'année, se demandaient qui était ce citoyen, ce paroissien. Mais ça s'est très vite retourné. Il y a eu des trucs dans des cabarets, à la Villa d'Este, notamment. Les gens buvaient, fumaient, bouffaient. Brassens a refusé de chanter. Il a dit : "C'est des cons !". Il a joué à l'arrière pour ceux qui étaient venus le voir, des Belges notamment. C'était à l'époque de ses débuts. Très rapidement, il faut bien dire qu'il a connu un succès énorme. Ca a été rapide, ça a pris un petit peu comme de l'étoupe.

Brasses à ses débuts
Il a commencé à se produire sur scène assez tard, il avait 32 ou 33 ans ?
Oui mais enfin il chantait tous les jours pour lui et pour les copains. Quand il a débuté, il avait 31 ans. Mais il n'avait jamais été très chaud. Les copains l'avaient emmené chez un tel, chez un tel autre, il est allé chez Léo Campion, chez Léo Noël, dans tous les cabarets quoi ! A cette époque, avant d'entreprendre les grandes salles, on faisait les cabarets. Et dans les cabarets, on se rôdait, on rôdait son tour et puis après, si on avait de la chance, on passait dans les grandes salles. (...) Bon, au début, il est finalement allé chez Patachou et là, ça a pris. Pour un certain public. Mais ce certain public est devenu très rapidement un public certain. Au bout de 15 jours, on savait qu'il y avait une sorte de personnage chevelu comme il n'est pas permis qui crachait des pleines bouches de mots crus et qui chantait des chansons poétiques. Un poète qui s'accompagnait d'une guitare soutenue par une contrebasse. Au bout de trois mois, la Belgique était au courant. Même des Flamands, au demeurant. Il y a beaucoup de Flamands qui aiment Brassens et qui le connaissent bien. Brassens a toujours eu, évidemment des contradicteurs, des gens qui n'aimaient pas mais là, tant mieux. Brassens disait que l'unanimité est toujours suspecte.

Et le rôle de Patachou, il a été déterminant ?
Oh, mais elle l'a lancé ! Elle a été la rampe de lancement.
Et par la suite, ont-ils gardé de bons rapports ?
Mais oui, ils ont gardé de bons rapports comme on peut en garder dans un métier où l'on ne se rencontre pas souvent. A la mort de Brassens, elle a dit des choses très précieuses et très émouvantes. Mais Brassens formait un couple avec Püppchen et Püppchen n'aimait pas trop que des femmes viennent trop souvent voir Georges pour les raisons qu'on devine. Avec Jeanne, c'était encore pis quand une fille venait pour voir Georges à l'Impasse ! C'est de la que vient sa réputation de misogynie près des journalistes hâtifs, des gens qui n'étaient pas allés très loin. (...) Mais Brassens adorait les femmes, il a écrit les plus belles chansons d'amour ! La Non-demande en mariage, La Chasse aux papillons, Putain de toi...

Brassens avec Jeanne et Marcel Planche, "La Jeanne" et "L'Auvergnat" à l'Impasse
Bécassine !
Oui, Bécassine, tout, tout et Le Vingt-deux septembre...
Les Casseuses aussi !
Oui, oh ! ... oui, allons, les plus belles chansons d'amour sont des chansons de Brassens. Elles sont délicates. La femme qui veut avoir sa place à hauteur d'homme, elle est là et nulle part ailleurs ! Brassens ne suppliera pas une femme de rester avec lui, elle a droit aussi à sa liberté ! Dans soixante cas sur cent, l'homme a le mauvais rôle, c'est la femme qui tient le haut du pavé dans les chansons d'amour de Brassens. (...) Quand Brassens tenait une chanson qui devenait trop, je ne vais pas dire sentimentale, mais trop sensible, il disait à Joël Favreau : "Là, tu me mets du rythme ! Il ne faut pas que ça soit pesant ".

Joël Favreau, dernier guitariste de Brassens
Pas trop pathétique ...
Non ! Cela me remet en mémoire un sujet de dissertation que j'ai eu en sortant de l'Athénée en 43. Je ne sais plus de qui était la citation, du professeur lui-même peut-être : " Sois toujours pour tous ceux avec qui tu vivras des ailes et non un poids". Et bien Brassens était des ailes et non un poids ! Il n'aimait pas la pesanteur des donneurs de leçons, des philosophes à la manque, des penseurs avec un grand P. Non ! Et il aime aussi composer un beau poème : "Il est morne, il est taciturne / Il préside aux choses du temps / Il porte un joli nom, Saturne / Mais c'est un dieu fort inquiétant ... Un beau poème !
Ne peut-on pas dire que l'une des grandes qualités de Brassens, c'est d'être parvenu à faire passer un courant de pensée au travers de personnagesqui deviennent inoubliables. Il y a Le Gorille, Margot ...
Oui, bien sûr, il y a une formidable galerie de personnages. Il y a L'Oncle Archibald.
Tonton Nestor !
Le grand art de Brassens, sa grande politesse, c'est de faire passer ses idées pour des sentiments. L'idée donne toujours une espèce de supériorité à celui qui l'impose par rapport à celui qui l'entend. Tandis que le sentiment met tout le monde à égalité. Ou bien il introduit ça dans une description, dans une mise en situation. C'est jamais Brassens qui criera : "Les bourgeois sont dans l'égoût !". Il ne dira pas ça ! Non, mais il le montre. Il présentera un juge de telle façon qu'il sera destitué et que le pouvoir judiciaire aura perdu en crédit. On en rigole ! Dans La Guerre de 14-18, il met une telle musique là-dessus, tellement allègre, que, avec la drôlerie du poème, il tue la chose. Ils ont bien compris d'ailleurs les anciens combattants qui lui envoyaient des lettres d'insultes. Ca a été formidable ! Là, Brassens était toujours rebelle. Un rebelle joyeux ! (...)
Oui, Hécatombe, dans un registre comparable, est aussi une chanson extraordinaire
Oui, tout. Je crois, je suis sûr que Brassens est l'auteur-compositeur-interprète chez qui il y a le moins de déchet ! Il y a des chansons qui sont plus mineures, Le Roi des cons, c'est pas aussi important ...
Oh ! Nous, on l'aime !
Enfin, quand même, c'est une belle pensée ! Et qui risque d'être éternelle ! Mais il n'y a pas de déchet. Vous savez, il a jeté suffisamment de poèmes, il les a envoyés à la poubelle, à la corbeille alors que d'autres les auraient gardés. Il en a jeté assez pour faire le bonheur et le succès de quelques auteurs-interprètes !
Il y a toute une partie de l'oeuvre qui n'a pas été interprétée par Brassens
Il y a toute une partie posthume, quoi !
C'est peut-être l'occasion de parler de l'album que Renaud vient de consacrer à Brassens. Un superbe album d'hommage, un travail particulièrement soigné, respectueux, fidèle, loyal et très émouvant. Je dis loyal en pensant que le terme est bien utilisé.
Non, non, vous avez raison, c'est le terme.
Vous êtes, ainsi que le mentionne le livret de l'album, associé à cette aventure.
Oui, avec Gibraltar !

Pierre Onteniente, dit "Gibraltar", rempart, secrétaire, imprésario et ami de longue date de Brassens. Un ouvrage de Jacques Vassal. Vassal est l'auteur d'une impressionnante suite d'excellents ouvrages sur Brassens, Dylan, Woody Guthrie, Ferré, Brel, Higelin, Cohen...
Oui ! Dites-moi, quelle fut dans cette louable entreprise la nature de votre rôle de conseiller et quelle est, à vos yeux, la portée d'un album de ce type ?

Il dit conseiller, il dit que je lui ai prodigué des conseils. Si je lui ai donné un conseil, c'est qu'à un certain moment je l'ai un peu asticoté. J'avais rencontré Renaud à la première de Germinal en Belgique. Il se fait que la première du film était organisée par le PAC (Présence et Action Culturelles) qui avait édité mon Brassens vivant, le succès dans la rupture. C'est eux qui l'avaient édité et Jean Pol Barra, qui dirige ça, un copain, m'avait dit, comme il sait que je ne me déplace pas (...), il m'avait dit : "On voudrait bien que tu offres un exemplaire de notre bouquin à Miou-Miou, à Claude Berry et à Renaud". Pourquoi pas ? Miou-Miou n'était pas là, Claude Berry a cru que je sollicitais un autographe mais alors Renaud, tout de suite, a mordu à l'hameçon. "Mais alors, vous avez connu Brassens ? ". J'ai dit oui. "Ah ! vous en avez eu de la chance !". En ce moment-là, on démarchait pour organiser un hommage à Brassens en apposant une plaque sur la maison de l'Impasse où il avait vécu pendant 22 ans. J'en ai parlé à Renaud. Il m'a dit "Oui, je viendrai volontiers". Puis, il a été happé par son service et, comme nous avons été pris de court, le PAC lui a donc envoyé mon premier ouvrage. Et Renaud m'a répondu. Comme un type très poli, il m'a envoyé son bouquin à lui avec un petit mot : "J'espère un jour écrire une chanson qui arrivera à la cheville de celles de Georges". Je l'ai invité à l'Impasse, je passe sur les détails. Il m'a répondu par une lettre admirable: "Rien ne me comblerait plus que de voir l'Impasse légendaire et l'énigmatique Gibraltar ". Nous nous sommes vus là. Au début, j'ai carrément dit à Renaud, on se vouvoyait au commencement : "Vous savez, pour nous, la chanson, depuis 81, elle est un peu morte. Ne nous en voulez pas si on ne connaît pas votre oeuvre de A à Z". Dans la conversation, je lui ai dit : "On vous aproposé de chanter des oeuvres de Brassens, ses chansons posthumes, et vous auriez refusé". Il a dit : "Oui, je n'ai pas osé, je ne voulais pas toucher à cette oeuvre qui me semblait tellement parfaite, je ne voulais pas la chiffonner, je ne voulais pas surtout que des gens comme vous, ses amis, vous me tapiez sur les ongles ". J'ai répondu que c'était bien mais que c'était un excès de modestie de sa part. Puis, nous nous sommes tutoyés. Et quand on a fait la fête, c'est lui qui a fait la plaque, c'est lui qui a gravé la plaque ! De 18h00 à 01h00, lui, Maxime Leforestier, Valérie Ambroise, Bruno Granier, petit-neveu de Georges, on a fait la fête avec les guitares, on n'a chanté que du Brassens. De temps en temps, je lui disais : "Alors, j'espère que tu vas chanter une chanson de Georges sur scène à présent !" Oui. Deux jours plus tard, il m'a appelé en me disant : "Je vais t'annoncer une catastrophe, j'enregistre un disque de 24 chansons de Brassens !". Là, j'ai dit : "Putain, la fête continue !". J'étais heureux. En réalité, je n'ai fait que l'aiguillonner et Gibraltar m'approuvait. On lui demandait de chanter Brassens sur scène, il a été plus loin. Parfait. L'album a été enregistré chez lui et il nous a invités à aller voir. Moi, j'y suis allé une fois, Gibraltar, deux fois. (...) De plus, il y avait un inédit, Les Illusions perdues. De mon côté, j'étais en possession d'une musique sur une bande. Il s'agit d'une bande sur laquelle Brassens avait travaillé des musiques. (...) Il m'avait donné cette bande de travail. Il y avait là-dedans une musique qui marche très bien. J'ai essayé à plusieurs reprises de la faire chanter par ... des sous-fifres quelquefois, je veux désigner par là, sans mépris, des gens qui n'ont pas de succès, qui ne peuvent pas réellement faire connaître cette chanson au grand public et ces gens pinaillaient. Renaud a accepté tout de suite. Je l'ai vu lors de son dernier spectacle ici aux Beaux-Arts et il m'a dit que des copains à lui affirmaient que rien que pour cette chanson l'album valait la peine. Eh ! On a sauvé une chanson de Brassens ! Moi, je n'en suis pas peu fier ! Je suis content ! Voilà une chanson de Georges en plus !
Une très belle chanson !
C'est une très belle chanson !

Valérie Ambroise

Renaud

Plaque commémorative apposée à l'Impasse et réalisée par Renaud
Aucun doute, c'est très bon !
Oui, une excellente chanson et Renaud la chante bien et les musiciens font un arrangement comme si ça avait été fait par Brassens ! C'est très chouette ! Voilà, ça s'est limité à un asticotage, en fait ! Je lui ai un peu posé des banderilles. Mais il avait envie de le faire mais il n'osait pas ! Il a été heureux qu'on soit tous derrière lui ! Et je crois, comme vous le dites, qu'il a fait un très bon travail. C'est un travail très respectueux, très fidèle, on est dans l'écrin de Brassens et puis il y a la particularité de l'interprète, sa voix, son petit accent traînard, traînant et parigot. Renaud apporte autre chose. Evidemment, les cons, qui ne se privent jamais d'intervenir, diront ceci ou cela. On s'en fout. (...) Renaud a enregistré ça pour réinstaller Brassens dans la mémoire de ceux qui l'ont courte et surtout pour installer ces belles musiques, ces belles paroles, ces belles chansons dans la mémoire de tous les gosses qui n'avaient pas Brassens dans leur héritage. (...) Quand on parlait, Renaud et moi, il m'a dit que les chansons de Brassens étaient très difficiles à chanter parce qu'elles ont une amplitude qu'on n'imagine pas. (André chante à nouveau, à l'improviste : tatatadada. J'ai reconnu, c'est Je me suis fait tout petit ...). Voilà, ce n'est pas n'importe qui peut se mettre à chanter des trucs pareils ! Non, je crois que Renaud a fait quelque chose de bien, c'est un bel hommage, c'est un beau relais pour Brassens sur la route de l'éternité ! Tout au moins de la pérennité ! Parce que l'éternité, je ne sais pas ce qu'on va nous en foutre !
Nous l'avons dit, Monsieur Tillieu (pour la radio, on se donnait du vous), vous avez consacré à Brassens un important travail biographique. Vous êtes aussi un auteur, vous avez publié à ce jour Cherche-bonheur et autres nouvelles et je crois savoir que vous aviez déjà publié avant ce livre des chroniques, des nouvelles,des articles, des critiques littéraires et musicales sur le jazz et sur la chanson. Est-ce qu'on peut dire que c'est le travail du biographe qui a attisé en vous la démangeaison de l'écriture et de la publication ou cette démangeaison était-elle antérieure ? Quels sont aujourd'hui vos projets littéraires ?
Oh, des projets, je n'en ai pas trop ! J'en ai, j'ai des trucs ! J'ai un contrat qui est signé pour une chronique. En réalité, j'écris depuis l'âge de dix-huit ans. Des choses ont été publiées un peu plus tard dans de petits journaux comme La Gauche qui était un journal trotskyste. On m'y laissait écrire ce que je voulais, j'ai écrit des trucs sur Céline, sur Giono. On m'a laissé faire. Bref, j'écris depuis tout le temps. Je le suis mis peut-être assez tard à écrire de la fiction, je me suis mis à écrire des chroniques pour Le Rail qui étaient articulées comme de petites nouvelles. Après, je me suis lancé dans des trucs un peu plus amples, parfois sans le savoir. Dans le livre Cherche-bonheur, que vous me faites la gentillesse de rappeler, il y a notamment Le Tambour de la Toussaint. Je voulais raconter une histoire qui dure cinq pages et puis ça en a pris trente, quarante, cinquante, je ne sais plus exactement. Parce que, au lieu de raconter l'histoire de l'homme, j'ai raconté l'histoire de la femme. Et cette bonne femme, dès qu'elle a existé en tant que personnage, elle m'a tourné autour de son doigt, elle m'a fait faire exactement ce qu'elle voulait ! Un personnage, pour finir, quand vous y avez eaucoup songé, il a pris forme. je n'invente rien en disant ça, on l'a dit avant moi, j'enfonce des portes ouvertes, mais enfin, il a pris une consistance. (....). J'avais passé certaines de ces nouvelles à Brassens avec qui je n'en parlais pas, je lui envoyais ça et puis il lisait. Je crois qu'il a dû lire Le Tambour. Bref. Donc, c'était antérieur à cette oeuvre-là. J'ai encore des nouvelles, et certaines sont du même tonneau, les personnages ont la même liberté. Quand on donne la liberté à des personnages, on ne peut plus la reprendre après. Je n'essaie pas de démontrer. Il se fait que la nouvelle, Julien Bragard, c'est un truc contre le racisme et, pour ne pas arriver avec mes gros sabots ou avec nos frères noirs, nos frères arabes, j'ai mis un rouquin. Quand j'étais à l'école, on se foutait des roux. D'ailleurs dans l'Egypte antique, on tuait les roux ! Il paraît que Judas Iscariote était roux.
Ah bon !
Ah oui, c'est pour ça qu'il est devenu le bouc émissaire. Il paraît ! Bon. Mais j'ai rien voulu démontrer. Il se fait que mon personnage était une ordure d'extrême-droite et qui n'aimait pas les roux. Si je veux démontrer, je fais un essai. Je fais des nouvelles pour divertir les gens avec une histoire et des personnages. Je ne suis pas du tout "nouveau roman". Je ne sais pas, la cafetière est sur le feu, non ! (...) A présent, j'ai écrit l'histoire de ma rue qui s'appelle Chronique du soleil levant. Elle aurait dû paraître il y a deux ans. L'éditeur n'était pas prêt et maintenant il me la réclame. Mais moi, je ne suis plus tout à fait d'accord parce que je veux supprimer et introduire de nouvelles choses. Je veux l'amincir. Je ne sais pas encore. Et puis, j'ai d'autres nouvelles. Pour le moment je consacre beaucoup de temps à des chroniques littéraires pour Le Peuple. J'essaie de me tenir au courant de la sensibilité actuelle. Ce n'est pas facile. (...) J'essaie avec les moyens du bord. Je fais mon possible avec les moyens du bord.
Le principe de notre émission prévoit un instant consacré à l'interview-réflexe. Je vous soumets simplement des mots ...
Au feu brûlant !
et vous réagissez, à propos de feu, à brûle-pourpoint. Nous allons procéder. Le premier mot, c'est: Dieu
Ouais. Woody Allen disait : "Je veux bien croire en Dieu mais qu'il me donne une preuve de son existence, par exemple en déposant une forte somme d'argent dans une banque suisse". Je réponds par une pirouette parce que je ne sais que répondre d'autre. Mais une pirouette, c'est déjà une petite réponse.
Cinéaste
Je ne les connais plus beaucoup pour la bonne raison que je reste à la maison. Mais j'ai entendu en radio et à la télé qu'on parlait du film de Jaco Van Dormael, Le Huitième Jour. Je ne suis pas du tout nationaliste, je hais les réflexions petit-belge. Mais je crois que c'est un grand film, il a trouvé un ton, une politesse pour parler d'une différence malheureuse. Pour accuser, en riant, le destin, là où il s'est trompé. (...)
Boisson
Hélas, j'ai connu des problèmes d'estomac mais la bière noire ! La bière noire et la bière d'Audenarde ... et le scotch !
Le livre
Sans hésiter, Le Hussard sur le toit. Giono, sans hésiter. Il y a tout là-dedans, Shakespeare, Stendhal, tout, tout, tout, Machiavel, tout.
Belgique
C'est quoi ? La francophonie ? Oh, je ne suis pas anti-flamand ! Bien loin de là, j'ai de bons amis flamands. Mais avec le lait maternel, on suce une mentalité. On n'est pas uniforme. Mais on est modelé, façonné. On est dans un même creuset. (...) Je viens de lire un énorme ouvrage sur l'histoire de la France. C'est à 80 % notre histoire. (...) Mais je ne suis pas davantage francolâtre. Je suis Belge par hasard. Il ne me viendrait pas à l'idée de demander ma naturalisation françase parce que ça ne veut rien dire une naturalisation. La patrie, ça ne veut rien dire. Ce sont des pointillés qui se trouvent sur les cartes. Et on rectifie de temps en temps ces pointillés à coups de canon comme disait Ambrose Pierce. Il ne faut pas être petit-belge. J'ai horreur de ça. Je n'aime pas que l'on nous déconsidère non plus. Mais qu'on le veuille ou non, Paris reste la bourse des talents. Mertens se fait éditer à Paris, Marie Gillain, la petite actrice, a été obligée de passer par Paris, Charles Bertin est édité à Paris. Il a raison. (...) Moi-même, bien que je me situe en dessous, j'ai été édité à Paris pour obtenir une audience. (...) Mais le patriotisme, je n'y crois pas, ça a partie liée avec le sabre, le coffre-fort, une conception sacrée du sol. Je crois simplement qu'on a une chance ou une malchance d'être né là où on est. Je crois que pour la beauté du regard, il vaut mieux être né là où vous êtes né qu'à Marcinelle. Parce que le regard y trouve son compte. (...) Le regard, c'est important dans la construction d'une personnalité !
Un peintre
Je vais vous étonner peut-être, Serge Fiorio. J'aime bien Van Gogh aussi. Je ne suis pas très... Brassens disait : "Je ne me sers pas beaucoup de mes yeux". Moi, probablement un peu plus parce que je suis moins profond que lui. Quand j'avais 20 ans, je croyais que j'étais un expert en peinture, j'aimais Picasso comme tout le monde parce qu'il foutait un peu la merde dans la bourgeoisie mais ce n'était pas tellement profond. Ceci étant dit, il y a des oeuvres de Picasso que j'aime bien. Mais je ne suis pas un grand expert. Je ne suis spécialiste en rien. Et tant mieux ! Comme disait l'autre, n'oubliez pas que le Titanic avait été construit par des spécialistes.

Deuxième portrait de Jean Giono, Serge Fiorio, 1989
Espoir
J'ai des petits-fils. Donc, je ne suis pas totalement désespéré. Et même si je l'étais, pour eux, je dois espérer. Pour qu'ils aient quand même une vie aussi agréable que celle que j'ai eue. Tout au moins qu'ils soient dans de bonnes tonalités, des tonalités pastel, que tout ne soit pas fuligineux. J'espère pour eux. C'est le petit côté de la lorgnette, il y a la planète, oui. C'est vrai. J'espère aussi. Je ne suis pas totalement désespéré mais je crois qu'on est quand même au bord, il faut faire gaffe. (...) Le plutonium, Tchernobyl, la planète qui se réchauffe, les centrales nucléaires, espérons qu'une génération va arriver et dire aux birbes qui nous dirigent : "Vous nous emmerdez, on fout tout ça en l'air !" (...)
Le jazz
Ah ! Le jazz ! Surtout celui qui m'a été révélé à mon adolescence. C'était la révolte, la musique que les parents n'aimaient pas ! C'était une façon de résoudre le conflit des générations sans faire de mal ni à soi-même ni à personne. Actuellement, ça se fait beaucoup avec des armes redoutables comme la drogue.
La drogue est très associée au jazz aussi !
Oui, oui. C'étaient les grands. Les artistes aussi ! Tant qu'elle restait entre les mains de Cocteau, Michaux qui tentaient de trouver une porte ...
C'était expérimental chez Michaux ...
Oui, peut-être chez Cocteau aussi, je ne sais pas. Mais quand ça entre dans les couches populaires, c'est grave parce que c'est l'arme tout-terrain ! C'est mortel mais le jazz, c'était extraordinaire. Si je vous donne des noms, je vais en donner vingt, cent ! Et le jazz est intervenu en partie dans les relations que j'ai eues avec Georges. On avait découvert le jazz en même temps. Les Armstrong, les Duke Ellington, les Count Basie ... Du jazz, j'en passais encore de temps en temps à Georges. Je me souviens lui avoir passé un disque de Jimmy Lunsford en lui disant qu'on sentait que Ray Ventura s'en était inspiré. (...). J'aime beaucoup les trompettes et le sax tenor Lester Young, pour moi le sommet de la sensiblité. J'aime des trompettes comme Roy Eldridge lontemps considéré comme un "modern style". J'aime beaucoup Charlie Cootie Williams. Il fait partie de mon adolescence comme Trenet, comme Virgile. (...)

Cootie Williams

Roy Eldridge
Vous savez, il y a en vous des carrefours où se rencontrent des gens disparates, c'est ça qui fait que vous êtes vous.
Et un trompettiste comme Chet Baker ?
Ah oui ! Bien sûr ! Très bon ! (André se lève et ramène quelques albums) Tenez, j'ai acheté il y a quelques jours un Chick Webb, un batteur tuberculeux, il avait une façon de jouer de la batterie, on n'a pas mieux fait !
Mais oui, c'est lui qui a vécu avec ...
Oui, son orchestre a été repris par Ella Fitzgerald !
Voilà ! Elle a vécu avec lui !
C'est ça. Lui est mort jeune, de tuberculose. ce qui est grave, très grave. Et quand on pense à Jimmy Blanton, le bassiste de Duke Ellington qui est mort à 22 ou 23 ans de tuberculose. Affreux ! Ca prouve que le problème noir n'est pas qu'un problème de couleur.

Chick Webb

Le jazz, j'aime beaucoup le jazz. Je n'aime pas le free jazz. J'aime le jazz quand il est candide. Ca ne veut pas dire qu'il ne peut y avoir une certaine malice. Dans toute naïveté, il y a une part de malice. (...) C'est la seule musique qui me touche. Il faut du rythme, un battement. Brassens disait qu'il allait faire mettre un métronome dans son caveau ! Quand il n'y a pas ça, ça m'emmerde, j'ai besoin de cette quatrième dimension.
La femme
Oh, la femme, ben bien sûr ! Je suis marié depuis 43 ans. Voilà ! La fidélité. La continuité des lignes comme disait Brassens.
On en reste là ?
Oui, on en reste là.
La fidélité
Bien sûr, oui ! Oui, il faut savoir changer dans la vie, savoir évoluer mais en restant fidèle aux grandes déterminations de son adolescence. Ou de son enfance. Mais surtout de l'adolescence. Même si on sait que la vie ne peut pas tenir les promesses qu'elle a données, il faut rester fidèle. Là, je ne parle pas de moi mais je crois que les grands artistes sont ceux qui ont continué à potasser les grands élans de leur adolescence. Vous savez, la naissance, la mort, et entre les deux, il y a la puberté et puis le reste, c'est du remplissage.
Jean Giono
Oh ! Evidemment, évidemment ! Voilà, ça, c'est l'évidence totale. C'est le Jupiter de Haute-Provence, c'est tout, c'est tous les dieux, c'est le concret mais c'est le rêve, c'est l'imagination, c'est le plaisir de la phrase, c'est la rencontre des mots, c'est la musique des mots, c'est la petite morale, c'est l'astuce, c'est la malice, tout, il y a tout là, j'ai tout trouvé. Je lis un Giono tous les mois. Je viens de lire L'Iris de Suse pour la cinquième, sixième, septième fois, je ne sais pas, beaucoup de fois et je sais que je vais lire bientôt Les Récits de la demi-brigade parce que ça fait partie de mon univers, ça fait partie de mon héritage onirique comme dirait l'autre. Je rêve avec ça, je rêve mais ce sont des rêves qui me sont propres, ce sont des rêves qui me concernent. Il y a des tas de rêves qui ne me concernent pas, qui sont pour d'autres. ET là, je suis heureux. Bon, je ne lis pas que ça. Je lis, bon an mal an, cent, cent vingt bouquins, je lis là-dedans huit à douze bouquins de Giono et six ou sept bouquins concernant Giono. J'aime lire aussi le cahier de notes qui se trouve dans la Pléiade qui a été fait par des gens qui n'essaient pas d'épater leurs pairs ou leurs collègues mais qui tentent d'aller plus profond dans l'oeuvre. (...) Je me sens bien là-dedans, ça me convient.
Louis-Ferdinand Céline
Ce n'est évidemment pas un type qu'on lit pour avoir un comportement dans l'existence ! On le lit pour la jubilation du verbe, c'est le plus grand imprécateur du vingtième siècle. C'est ça qui est gai. Lui, il a eu une vie difficile, il l'a cherché ! Mais après il nous fait rire avec ça ! Il y en a un autre qui nous fait rire avec ça, c'est Alphone Boudard !
Oui, Boudard !
Il n'a pas le gabarit de Céline mais il a profité de la leçon de Céline. C'est un bel écrivain quand même, c'est un copain aussi, je l'ai connu par l'intermédiaire de Georges et de Louis Nucéra. Fallet aussi ! Ca fait partie des gens qu'on connaissait autour de Brassens. Ce sont des écrivains. Comparés à Giono et Céline, il y a quand même une relativité qu'il faut instaurer. Je relis Boudard ou Fallet. J'ai relu Comment fais-tu l'amour cerise ?, c'est d'un pittoresque et d'un juteux ! C'est dommage qu'il faille parler de ces gens à l'imparfait.
A propos d'imparfait, l'argent.
Comme disait l'autre, ça ne fait pas le bonheur mais c'est bien pratique pour faire les commissions. Il en faut mais si on vit en prenant l'argent comme seul étalon, on est foutu. Si vous devez acheter un bouquin, un disque, il vous faut du pognon. Si vous voulez culturellement vous développer ! Pour acheter une télévision. Je n'ai pas encore vu qu'on en distribuait gratuitement ! Mais celui dont l'argent est l'échelle de valeur, c'est un malheureux. (...)
Poète
Brassens ! Prévert. Norge. Les grand, quoi ! Des petits trucs d'Aragon. Apollinaire, Nerval, Baudelaire, Verlaine. On ne peut pas vivre sans ça ! Il faut de temps en temps qu'on se replonge là-dedans, faire une cure de jouvence. Et Villon : "Si j'eusse étudié au temps de ma jeunesse folle ...", c'est fabuleux. Il faudrait tous les ans se retirer, deux, quatre semaines avec Villon ! La Ballade de la grosse Margot ! Tout vient de là, c'est le plus grand. "Retournez ci, quand vous serez en ruit / En ce bordeau où nous tenons état...". Il y a une liberté, une moquerie, un humour, "je ris en pleurs". Et ça, le père Brassens ne l'a pas oublié. Il n'a d'ailleurs pas à ne plas l'oublier, c'est dans sa nature. (...)

Alphonse Boudard

René Fallet

François Villon
(Justin) J'aimerais savoir ce que vous pensez de la chanson française actuelle.
Ah ! C'est difficile parce que je ne la connais pas bien. En dehors de Renaud, je ne connais pas bien la chanson française actuelle. La télévision présente de moins en moins des gens qui chantent. Renaud hésite à faire certaines émissions parce qu'on ne peut qu'y parler. Mais je crois qu'il y a des gens comme Cabrel, Renaud. Renaud est un type qui a un monde à lui. En fait, c'est très difficile de suivre la chanson quand on a aimé Brassens jusque dans les coins. Pour nous, c'était le plafond, quelque chose au-delà de quoi on ne peut pas aller. Il y a des choses, pas tout à fait actuelles, il y a Péret, qui ne va jamais aussi loin que Brassens, mais c'est pas mauvais. Je ne suis pas très habilité à parler de ça. Mais je ne suis pas défavorable. Je suis heureux d'avoir rencontré Renaud qui me force à me plonger dans des bains nouveaux. Maxime Leforestier, ce n'est pas inintéressant ! Si vous aviez des noms, je pourrais réagir...
Alain Bashung
Je le connais mal.
Et Nougaro, par exemple
Je ne l'écoute plus beaucoup. Je l'ai bien aimé à ses débuts. Je trouve quand même qu'il se prend un peu trop au sérieux. Je le trouve un peu raide. (...)
Ferrat, Souchon
Souchon, c'est un type qui fait bien son boulot. Ferrat, il chante Aragon maintenant. Je crois que Ferrat vit dans son coin maintenant. Il a été trop engagé dans un certain sens et il a déjà opéré quelques courbes rentrantes. Francis Lemarque, qui à 78 ans, fait encore des choses. Mais c'est plus du tout dans la tonalité de l'époque. Mais à nous, ça peut encore faire plaisir. Evidemment, il faut changer ! Ecoutez par exemple le yé-yé, disparu, poubelles de l'histoire, oui, ça va vite.
Gérard Manset
Je ne connais pas du tout. Je vais dire comme Georges, je suis d'un analphabétisme encyclopédique !
Dans le jazz, Sarah Vaughan
Ah, Sarah Vaughan, oui ! Bien sûr ! Mais, pour moi, la plus grande chanteuse de jazz, c'est Billie Holiday. Là, c'est la grande, grande chanteuse ! Elle est plus vieille et elle en a bavé autrement que Sarah Vaughan et ça se sent. En plus, elle avait un don de la nature. Elle chantait des trucs avec Lester Young, ah, tout ! My Man chanté par elle ! Oh, Billie Holiday ! Et God bless the child ! C'est sublime ! Et Ella Fitzgerald qu'il ne faudrait pas oublier non plus ! Mais enfin, Billie, elle a un plus. Ca, c'est mon univers. (...) Ceci dit, pour en revenir à la chanson française, on ne voit pas assez de jeunes qui chantent.

Billie Holiday par William P. Gottlieb / Ira & Leonore S. Gershwin Fund Collection

Ella Fitzgerald
La promotion de la jeune chanson française n'existe plus à la télévision
Oui, oui, on les fait parler. On n'arrête pas de parler. On va nous aussi s'arrêter un peu. Hein ?
D'accord. On vous remercie beaucoup...
Non, c'est moi, je suis content, on a pu parler de choses qu'on aime bien. C'est tellement rare.
(Fin de l'interview)
RECOMMANDATIONS CHALEUREUSES
- cette liste n'est évidemment pas exhaustive -
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http://www.aupresdesonarbre.com
Ce beau site plein de ferveur comporte, par exemple, la liste (avec une fiche commentée) des ouvrages consacrés à Brassens. On y trouve des documents sonores (extraits d'interviews de Brassens), la liste des cd, dvd, des photos, un relevé des interprètes, etc.
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http://georgesbrassens.artistes.universalmusic.fr
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14:53
Écrit par dlc
dans André Tillieu 2 |
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